mercredi 11 février 2015

Fils de personne !

Fils de personne !


Chanson française – Fils de personne ! Johnny Hallyday – 1971


Il y en a qui naissent
Dans les plis du drapeau
Au son des hymnes militaires






Tiens Lucien l'âne mon ami, une chanson de Johnny. D'accord, elle date, mais Johnny aussi . Mais comme on le sait, certains chanteurs en France sont d'une incommensurable longévité. Juste pour te préciser la chose, Charles Trenet chantait encore à 87 ans…


Certes, dit Lucien l'âne en riant et en se trémoussant dansant d'une patte sur l'autre, lui, il aurait même chanté comme fantôme… À propos de fantôme, je me rappelle très bien ta parodie : Je Chôme [[9561]], tirée de sa chanson « Je Chante ». Mais quand même, il est mort…


Lui oui, mais il en est d'autres qui sévissent encore : Guy Béart, 85 ans ; Hugues Aufray, 86 ans ; Marcel Amont , 86 ans ; Annie Cordy : 87 ans et Charles Aznavour : 91 ans… et toujours en activité.


M'est avis qu'il faudra bien tout pour qu'ils laissent place à leurs successeurs. Et même, je pense que seule l'enveloppe violette pourra les calmer.


Oui, oui… Je le pense aussi ; seule la camarde en viendra à bout. Dès lors, dans tout ça, le brave Johnny a l'air d'un jeunot avec ses 72 ans. Ce qui ne l'empêche pas de s'activer comme un volcan sur de gigantesques plateaux et d'avoir un fort goût de revenez-y, comme une saveur de réchauffé, un parfum de camembert trop fait, une consistance de yaourt périmé. Ce qui n'empêche pas qu'il ait pu avoir quelques chansons intéressantes. Celle-ci par exemple. D'accord, c'était à ses débuts et in illo tempore, il avait quelques bons paroliers autour de lui. C'était il y a un demi-siècle, ou presque.


Je me demande bien pourquoi ils persistent à des âges pareils, dit Lucien l'âne.


Tu peux bien parler toi qui as commencé ta carrière il y a plus de vingt siècles… Cependant, je vais te donner un éclaircissement. Il te faut considérer ceci qui est une question simple : que pourraient-ils faire d'autre ? Et puis aussi, autre façon de voir la chose, le fait qu'à mon sens, ce sont des victimes du système commercial de la chanson, qui les exploite tant qu'ils peuvent rapporter. Il ne manque d'ailleurs pas d'artistes – peu importe qu'ils fussent ou non à notre goût ou selon nos attentes – que le-dit système a laissé finir dans une misère crasse.


En somme, dit Lucien l'âne en secouant la tête, on les presse jusqu'à la dernière goutte et puis, on les abandonne. Comme on a souvent fait avec les ânes... Cela dit, que raconte-t-elle cette chanson qui lui vaut d'être ici dans les chansons contre la guerre ?, dit Lucien l'âne en agitant malicieusement les oreilles.


Eh bien, ce fils de personne commence par affirmer qu'il n'est en aucun cas fils de militaire… et il enchaîne, ni fils de milliardaire, ni fils de fonctionnaire. Pour un peu, on le croirait anarchiste. Comme je te l'ai dit, c'était il y a longtemps. Depuis, ce n'est plus trop crédible. Et de toute façon, il est fort différent de cet autre fils de personne [[49002]] que chantait Jean Arnulf.


Ben, écoutons-la et reprenons notre tâche un peu répétitive, mais comment faire autrement, et tissons le linceul de ce vieux monde plein de guerres, de richesses, de bruits et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Il y en a qui naissent
Dans les plis du drapeau
Au son des hymnes militaires
Et quand la troupe défile sous leurs carreaux
Ils ont l'âme guerrière.

Mais pas moi,
Mais pas moi,
Je ne suis pas né militaire.
Mais pas moi,
Mais pas moi,
Je suis le fils de personne !

Il y en a qui naissent avec dans leur berceau
Les milliards de leur père.
On leur apprend que tout peux s'acheter.
Les affaires, oui, sont les affaires.

Mais pas moi,
Non, pas moi,
Je ne suis pas né milliardaire.
Mais pas moi,
Non, pas moi,
Je suis le fils de personne !

Il y en a qui naissent
Dans le respect des lois.
Ils peuvent faire une belle carrière.
Leurs paradis, c'est un bureau étroit
Dans un immense ministère.

Mais pas moi,
Non, pas moi,
Je ne suis pas né fonctionnaire.
Non, pas moi,
Non, pas moi,
Je suis le fils de personne !


Non, pas moi,
Non, pas moi,
Je suis le fils de personne.
Non, pas moi,
Non, pas moi,
Je suis le fils de personne !

Je ne suis fils de personne

Je ne suis fils de personne



Chanson française – Je ne suis fils de personne – Jean Arnulf1976
Paroles : Serge Rezvani




LES PLUS BELLES CHANSONS CONTRE LA GUERRE SONT DES CHANSONS DE PAIX.



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Nous n'avons pu retrouver une version de l'interprétation de Jean Arnulf. Il existe cependant une version plus récente de Mona Heftre : http://www.dailymotion.com/video/x7r4zt_mona-heftre-chante-rezvani-je-ne-su_music






Laissez-moi me prendre au piège
Du doux plaisir d'exister.






Je ne suis fils de personne.
Je ne suis d'aucun pays.
Je me réclame des hommes
Qui aiment la Terre comme un fruit,
Qui aiment la Terre comme un fruit.




Au gré de l'amour, je veux m'abandonner
Au rythme des jours et des nuits dévoilées.
J'aime le goût d'écume, la saveur des embruns,
La douce amertume des brumes du matin.




Reverrai-je encore l'automne ,
Le temps des grandes marées,
Puis l'hiver où tout frissonne,
Puis un printemps, puis l'été,
Toutes saisons pour aimer ?




Je ne suis fils de personne.
Je ne suis d'aucun pays.
Je me réclame des hommes
Qui aiment la Terre comme un fruit,
Qui aiment la Terre comme un fruit.




Au gré de l'amour, peut-on s'abandonner
Quand on se souvient ce que sera demain
Contre les humains qui s'aiment dans leur coin ?
Les forêts d'acier fleurissent de barbelés.




Sommes-nous si peu de choses,
Des insectes trop petits ?
Ne sommes-nous plus des hommes
Pour nous laisser faire ainsi ?
Est-il encore temps d'aimer ?




Je ne suis fils de personne.
Je ne suis d'aucun pays.
Je me réclame des hommes
Qui aiment la Terre comme un fruit,
Qui aiment la Terre comme un fruit.




Au gré de l'amour, j'aimerai m'abandonner
Dans un lit de sable, par les vagues bordé,
Sous le grand soleil, avant d'être glacé,
Au bruit des abeilles, vivre le temps d'aimer




Reverrai-je encore les neiges,
Les feuilles mortes s'envoler ?
Laissez-moi me prendre au piège
Du doux plaisir d'exister.
Laissez-nous le temps d'aimer.





Je ne suis fils de personne.
Je ne suis d'aucun pays.
Je me réclame des hommes
Qui aiment la Terre comme un fruit,
Qui aiment la Terre comme un fruit.

mardi 10 février 2015

L'émigré

L'émigré

Chanson française – L'émigré – Jean Arnulf - 1976
Paroles : Serge Rezvani

Je le revois accordant son violon...


Il venait tout droit, son violon sous le bras
D'un ghetto polonais, ça se voyait
D'une ville polonaise aux cent carillons
Qui sonnaient au beffroi
La peur et la mort sur son front bien trop pâle
Dès l'enfance avaient gravé leur nom
La peur et la mort et tellement d'autres choses
Dont jamais il ne voulait parler
Ses yeux fiévreux, beaucoup trop fiévreux
Trop profonds, trop tristes
Ont marqué mon âme à tout jamais
Je le revois accordant son violon
De ses mains si blanches
Son sourire si doux me hante encore

Chaque jour, il partait son violon sous le bras
Et mon cœur se serrait chaque fois
Il tenait par la main, sa fille
Une enfant, c'est tout ce qui lui restait
Sa femme, ses amis, ses parents étaient morts
Aucune tombe n'existait à leur nom
Rayés de la vie par ces terribles choses
Dont jamais il ne voulait parler
C'était la guerre, nous étions voisins
Et il venait s’asseoir
Chez nous en souriant doucement le soir
Je le revois accordant son violon
De ses mains si blanches
Son sourire si doux me hante encore

Il venait tout droit, son violon sous le bras
D'un ghetto polonais, ça se voyait
Il fut arrêté avec son enfant, l'hiver était très froid
La nuit et la mort, les souffrances qu'il craignait
Quelque part en Pologne furent leur sort
La peur et la mort et tellement d'autres choses
Dont jamais il n'avait voulu parler
Ses yeux fiévreux, beaucoup trop fiévreux
Trop profonds, trop tristes
Ont marqué mon âme à tout jamais
Je le revois accordant son violon
De ses mains si blanches
Son sourire si doux me hante encore

LA TEMPÊTE

LA TEMPÊTE

Version française – LA TEMPÊTE – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – La tempestaLorenzo Monguzzi2013




Je veux seulement rester ici et attendre la tempête.
Une fois passée, regarder ce qui reste.







« Je n'ai plus de mots de paix pour votre guerre... »



J'en ai fait des erreurs, oui Monsieur !
Mes fautes, je les ai toujours payées, oui Monsieur !
J'ai laissé tomber la pluie sur mon courage
Et la rouille a interrompu mon voyage
Puis, j'ai vu le soleil et il m'embrassa
Alors, je compris que tant que le soleil sera
Sa chaleur m'appartiendra.

J'en ai vu des choses dégoûtantes, oui Monsieur !
Un serpent dans un bouquet de roses, oui Monsieur !
Un ami a pris mes forces pour s'échapper,
Et le bourreau pleure sur le cou à couper ;
Puis, j'ai vu la mer et elle m'a lavé
Alors, je compris que tant que la mer sera
Son eau m'appartiendra.

Et aujourd'hui, je veux remercier celui qui m'a trahi,
Qui a cherché à me tromper et qui a réussi.
Je veux remercier celui qui, sans scrupules,
S'en est allé me saluant d'un mensonge.

Je n'ai plus de mots de paix, non Monsieur !
Aucun argent caché, non Monsieur !
Je n'ai plus de mots de paix pour votre guerre;
Aucun argent caché dans ma guitare.
Je veux seulement rester ici et attendre la tempête.
Une fois passée, regarder ce qui reste.
Le vent se lève, bon vent, je souris et j'ai compris que
Ce vent souffle pour moi, aujourd'hui
Je pense et je souris
Ce vent souffle maintenant pour moi,

Il est venu seulement pour moi.

dimanche 8 février 2015

PORTE OUVERTE

PORTE OUVERTE

Version française – PORTE OUVERTE – Marco Valdo M.I. – 2015
d'après la version italenne d'une
Chanson en Lombardo brianzolo – PortavértaLorenzo Monguzzi - 2013


Ils sont forcés à fuir pour ne pas mourir de faim
Ce n'est pas une nouveauté, ce fut aussi le sort les Italiens



J'ai voyagé par le monde, je te dis en confidence
Nous ne sommes pas les seuls à avoir une conscience :
Il y a des gens qui meurent de faim, ne savent plus de quel côté se tourner
Et, pour tout dire, dont nous avons peu à nous plaindre

Il y a des gens nés au cœur de la guerre qui continuent à se tuer
Et nous ici à pester de devoir payer les taxes

Tous veulent fermer la porte
Et par contre, il me plaît à moi de la laisser ouverte.
Tous veulent fermer la porte
Et par contre, il me plaît à moi de la laisser ouverte.

Qu'est-ce que ça peut me faire à moi, à moi plaisent les gens
Qu'ils soient de mon pays ou d'un autre continent
Et tous avec leur histoire, et tous avec leurs problèmes
Penser que nous sommes mieux est un raisonnement stupide

Ils sont forcés à fuir pour ne pas mourir de faim
Ce n'est pas une nouveauté, ce fut aussi le sort les Italiens
Et il ne s'agit pas de perdre l'identité,
Cessons de jeter la pierre sur les plus malchanceux
Tous veulent fermer la porte
Et par contre, il me plaît à moi de la laisser ouverte.
Tous veulent fermer la porte
Et par contre, il me plaît à moi de la laisser ouverte.

Vous direz qu'il y a trop de délinquance
Que nous avons déjà trop supporté et que maintenant, nous n'avons plus de patience
Et qu'au centre de Milan, marcher dans la rue
C'est jouer au rat dans la souricière.

On nous dit des mensonges, car la vérité
Est qu'autrefois, nous avions bien peu à voler,
Et maintenant que nous avons quelque chose, que bien plus nous avons,
Nous sommes devenus mauvais, car dessus nous-mêmes, nous nous chions.

Tous veulent fermer la porte
Et par contre, il me plaît à moi de la laisser ouverte.
Tous veulent fermer la porte
Et par contre, il me plaît à moi de la laisser ouverte.
Tous veulent fermer la porte
Et par contre, il me plaît à moi de la laisser ouverte.
Tous veulent fermer la porte

Et par contre, il me plaît à moi de la laisser ouverte.

samedi 7 février 2015

Le Twist Du Déserteur

Le Twist Du Déserteur

Chanson française – Le Twist du Déserteur – Jean Arnulf – 1963


Twist du déserteur
(déserteur allemand (1945) pendu par les SS et dépendu par des soldats alliés)


Mon cher ami Lucien l'âne, voici une chanson de déserteur, une de plus dans les Chansons contre la Guerre, où elle va rejoindre le déserteur [[1]] de Boris Vian et des tas d'autres, y compris Joseph Porcu [[9046]]. Comme tu le vois dans son titre, c'est une chanson d'époque : c'est un twist. Si tu te souviens et peut-être serais-tu le seul âne à l'avoir pratiqué, le twist était une sorte de déhanchement assez douloureux auquel les danseuses et les danseurs s'astreignaient pendant qu'un chanteur (une chanteuse ou plusieurs) essayaient de se faire entendre par delà les instrumentistes eux-mêmes bien décidés à se faire entendre. Et très audacieusement, ce twist est intitulé : Le Twist du Déserteur. Très audacieux, car à l'époque, ça rigolait pas avec le service militaire. J'en tiens pour exemple, Bon pour le service , ce petit film – une merveille (interdit à l'époque) qui parle de twist et de service militaire.


Certes, je me souviens, mais je n'ai au grand jamais pratiqué pareille chose… À mon âge, t'imagines. Donc, un twist anti-militariste… Ce devait être une marchandise assez rare… Le twist n'était pas, du moins pour ce que je m'en souviens, parmi les genres musicaux préférés des chanteurs militants…


C'est exact. Mais quand même Jean Ferrat, qui ne l'a d'ailleurs jamais fait, se proposait, par dérision ou comme exploit de twister dans une, par ailleurs, très belle chanson : Nuit et Brouillard [[19]]. Mais ce n'était plus de son âge… et puis, comme tu le verras, Jean Arnulf l'avait déjà fait. Et Jean Arnulf n'y va pas de main morte… Tout-à-fait dans la foulée du Déserteur de Boris Vian. Je dirais en plus chargé d'acide sarcastique. L'acide sarcastique se fait en broyant des roches sarcastiques que l'on va chercher dans les profondeurs du sol que l'on mélange de sels de poésie et de cadences catasoniques. Enfin, tu verras à l'usage, c'est pas mal.


Voilà qui est bien et qui m'intrigue, dit Lucien l'âne l'oeil illuminé de saine rigolade. Mais encore…


Mais encore, justement. Venons-y. C'est là que je t'attendais, car tu vas rire plus encore. Il s'agit du dernier couplet, qui est extrait d'un chant ancien repris au répertoire militaire. Pour te dire, ma grand-mère, celle qui a fait la guerre de 14-18 à l'hôpital du côté de Reims, le fredonnait souvent, comme une rengaine ironique. Ce couplet est en fait une partie du refrain du Tambour Miniature, sorte de Blechtrommel [[40093]] avant la lettre. Et comme je te l'ai dit, pour te faire bien rire, car elle est drôle et à mon sens assez peu enthousiaste des exploits militaires. Enfin, tu jugeras. Pour un peu, moi, je la mettrais comme chanson contre la guerre, s'il n'y avait ses interprètes : chorale et musique militaire. Et maintenant, pour toi, en direct, cet étonnant morceau de l'art lyrique militaire :


Chanson française – anonyme – avant 1900.
Interprète : Troupes de Marine


Je suis un tambour miniature
Marquez le pas
On m'admire pour ma belle stature
Par le flanc droit
J'ai fait trois fois le tour du monde
Au garde à vous
J'ai courtisé des brunes et des blondes
Serrez les rangs
Et de moi l'on dira toujours
Au garde à vous
Qu' j'étais foutu pour la guerre et l'amour
Tireur debout

J'ai perdu mes jambes à Gravelotte
J'ai perdu mes deux bras à Valmy
Au Tonkin, j'ai perdu ma culotte
Et le reste, dans le faubourg Saint-Denis
Chez la mère cass'bite
Ah! il fallait pas, il fallait pas qu'il y aille
Ah! il fallait pas, il fallait pas y aller
Mais il a fallu, il a fallu qu'il y aille
Mais il a fallu, il a fallu y aller
Quand je rencontre une belle petite
Marquez le pas
A monter chez moi je l'invite
Par le flanc droit
Comme un soldat je la commande
Au garde à vous
Et si parfois, la belle en redemande
Serrez les rangs
J' lui dis que je n' suis pas toujours
Au garde à vous
Des mieux foutus, pour la guerre et l'amour
Tireur debout

J'ai perdu mes jambes à Gravelotte
J'ai perdu mes deux bras à Valmy
Au Tonkin, j'ai perdu ma culotte
Et le reste, dans le faubourg Saint-Denis
Chez la mère cass'bite
Ah! il fallait pas, il fallait pas qu'il y aille
Ah! il fallait pas, il fallait pas y aller
Mais il a fallu, il a fallu qu'il y aille
Mais il a fallu, il a fallu y aller
Ma femme accouche toutes les trois semaines
Marquez le pas
Faut voir comment le gosse s'amène
Par le flanc droit
J'entends la voix de la sage femme
Qui dit tout bas
Allez-y donc, allez-y ma p'tite dame
Serrez les flancs
C'est un p'tit gars beau comme le jour
Au garde à vous
Des mieux foutus, pour la guerre et l'amour
Tireur debout

J'ai perdu mes jambes à Gravelotte
J'ai perdu mes deux bras à Valmy
Au Tonkin, j'ai perdu ma culotte
Et le reste, dans le faubourg Saint-Denis
Chez la mère cass'bite
Ah! il fallait pas, il fallait pas qu'il y aille
Ah! il fallait pas, il fallait pas y aller
Mais il a fallu, il a fallu qu'il y aille
Mais il a fallu, il a fallu y aller


Bien, bien. Repos, messieurs les chanteurs ! Nous, nous reprenons notre tâche et nous tissons le linceul de ce vieux monde où l'on se tue gaillardement, on se décapite régulièrement, on se brûle spectaculairement, bref, on s'assassine inconsidérément et vieux monde néanmoins cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Du plomb dans la cervelle des autres,
Les morts qu'on compte à coups de civières,
Celui qui fait le bon apôtre,
L'autre qu'est content de sa lumière.
Les morts s'entassent sur leurs grands-pères,
Demain, nous serons des violettes,
Les affaires deviendront prospères,
On continuera les courbettes.

Yeah yeah, c'est la vie

Du plomb fondu à l'illusion
Dans des moules qu'on s'est offerts,
Ça ressortira en canon,
Mais c'est pas pour demain, la guerre.
Une guerre, ça se déclenche pas comme ça
Faudrait d'abord qu'on soit d'accord
C'est pas l'intérêt d'un État
De marchander avec des morts.

Yeah yeah, c'est la vie

Un petit peu de plomb dans ta cervelle
Tu comprendras que t'avais qu'à dire
T'étais pas fait pour la chapelle
Et t'aimais pas les gueules de cire
Maintenant, mon vieux, c'est trop tard
Tu ne peux plus parler, c'est fatal
Tu n'es plus qu'un pauvre soudard
Qui a tourné bien, bien, bien mal

Yeah yeah, c'est la mort

Ah, y fallait pas
Y fallait pas qu'y aille !
Ah, y fallait pas
Y fallait pas y aller ! 

jeudi 5 février 2015

LE CADEAU

LE CADEAU


Version française – LE CADEAU – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Il RegaloFabularasa – 2012




On m'a apporté votre cadeau à la maison :
Une corbeille emplie de présents divins






Chanson librement inspirée de la lettre écrite par Giuseppe Di Vittorio au Comte Pavoncelli le 24 décembre 1920. Lire le texte de cette chanson est comme ouvrir une vieille enveloppe dans laquelle on trouve des photos décolorées et en noir et blanc – qui retracent des scènes de travail dans les champs des Pouilles durant les premières années du siècle passé – et une lettre ancienne (la première des trois de ce disque). Ce n'est pas n'importe quelle lettre : Giuseppe Di Vittorio l'écrivit à son patron, le Comte Pavoncelli, la veille de Noël 1920, pour lui rendre, de la manière la plus aimable possible, une petite corbeille de vœux qu'il lui avait fait porter chez lui. Di Vittorio l'a renvoyé parce qu'il ne veut pas d'un quelconque privilège par rapport aux autres journaliers qu'il représente ; un geste nécessaire pas seulement par honnêteté de conviction individuelle, mais aussi car, dans la vie publique, cette même honnêteté est un devoir civique et doit être bien visible à l'extérieur. Un événement lointain, mais de déconcertante actualité, dans cette période de désorientation politique. Un exemple à ne pas oublier. L’élégante clarinette de Gabriele Mirabassi ponctue un morceau qui voyage sur une marche rapide et constante, vers un finale instrumental. La chanson a été présentée à Bari, en avant-première, à l'occasion de l'inauguration d'une pierre dédiée à la résistance de la Bourse du Travail face aux milices fascistes, en 1922.

Juste deux mots pour situer Giuseppe di Vittorio, encore connu et même très connu en Italie, il est quelque peu ignoré dans le reste de l'Europe actuelle.
Giuseppe Di Vittorio , né le 11 août 1892 à Cerignola, dans la région des Pouilles et mort le 3 novembre 1957 (à 65 ans) à Lecco. Fils de paysans, autodidacte, il fut un militant syndical, antifasciste et sur le plan politique, député PCI. Comme syndicaliste, il fut parmi les fondateurs et jusqu'à sa mort, un des dirigeants principaux de la CGIL – le principal syndicat italien.


Très honoré patron, ce matin
On m'a apporté votre cadeau à la maison :
Une corbeille emplie de présents divins,
Amandes douces, vin, fruits de saison.

Ne pensez pas que je n'apprécie pas au plus haut degré
L'amabilité d'une si noble pensée,
La courtoisie qui certainement l'a inspirée
Et je vous en remercie, mais je dois refuser.

Je le sais que vous ne l'avez pas fait pour me piéger
Et que vous ne pensez pas à m'acheter ;
Mais mes compagnons qui n'ont pas à manger
Pourraient le penser…

L'aube sur la place solitaire descend
Les équipes se rassemblent doucement:
Cent bâillements, cinq tintements,
Une colonne (lente) derrière le surveillant.

Qu'on ne dise pas que je fricote avec le patron
Lorsque le prix du travail, nous négocions
Mes compagnons qui n'ont pas à manger
Pourraient le penser.

Ce n'est pas seulement une question de conscience,
De méfiance, de bonne renommée :
C'est une pratique d'honneur que la politique ;
Vous me comprenez, je ne dirai rien d'autre.
Salutations distinguées.

À midi le soleil tape sur la nuque,
Le contrôleur vient au champ, il surveille
Les paysans qui essuient leurs tempes,
Serrent les dents et courbent l'échine.


Dans ce purgatoire de chaleur…
Le soleil se couche sur les tas de grains,
J'arrive avec mes souliers poussiéreux,
Les paysans sèchent leur sueur,
Ils me regardent dans les yeux,
Ils me serrent la main…