mardi 23 décembre 2014

CONVERSATION PATRIOTIQUE AU LIT


CONVERSATION PATRIOTIQUE 

AU LIT

Version française – CONVERSATION PATRIOTIQUE AU LIT – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande – Patriotisches Bettgespräch – Erich Kästner – 1930

Viens, soignons le recul de la natalité.
Éteins la lumière,



Et voici, Lucien l'âne mon ami, la chanson intime, au plus intime des moments de vie des humains et des humaines.


Chanson intime ? Moments intimes des humains et des humaines ? Tu ne veux quand même pas me dire que cette chanson se passe dans un lit et au moment intime…


Et bien, si ! C'est très exactement ça et si tu fais bien attention au texte, tu pourras suivre l'action. Ainsi, voici que soudain, il dit :
« Mon membre s'endort - Il se redresse. Ah ! … »
et elle lui répond un peu plus tard :
« Viens, mon trésor, tirons un coup, jouissons ! »


Il est vrai que c'est assez intime, mais en quoi est-ce patriotique ?


Tout simplement car les deux amoureux discutent du fait que le Landtag (le Parlement) et les ministres sont très soucieux de la natalité et condamnent par avance toute pratique qui pourrait ralentir la progression de la population et la fabrication en série d'enfants, si utiles pour les patrons et la nation. C'est une chanson nettement critique à l'égard de la politique nataliste. Politique que décrit si bien Boris Vian dans Le Petit Commerce [[317]], sauf que Erich Kästner écrivait ça en 1930.


J'imagine qu'elle ne devait pas être plus appréciée par les autorités que les chansons de Vian…


En effet… Trois ans plus tard, ils brûlaient les livres de Kästner avec ceux d'autres écrivains… Mais ce n'est pas tout, cette canzone au picrate est déjà une chanson de résistance… dans l'intimité. Et scandaleuse avec ça… Une chanson qui parle d'éjaculation et d'avortement, de personnes qui envisagent de se livrer sans complexe aux joies du coït… et pas seulement. Des gens qui envisagent la vie hors des sentiers battus du K.K.K. (Kinder, Küche, Kirche – Enfant, cuisine, église), que préconisait déjà le Kaiser Wilhelm II. Ce K.K.K. qui deviendra bientôt le leitmotive du délirant Troisième Reich.


Ohlala, dit Lucien l'âne remuant oreilles, tête et queue, on ne peut même plus se livrer aux joies de la conversation intime sans que les autorités politiques et religieuses s'en mêlent. D'ailleurs, ça recommence… Peut-être trouvera-t-on bientôt dans les écoles, dans les classes et jusque les chambres des panneaux « Éjaculation interdite ». Et n'oublie pas, Marco Valdo M.I. mon ami, prends des précautions et éteins la lumière comme il est dit dans la chanson...Non pas pour te voiler la face, si j'ose dire, mais bien pour que les inquisiteurs ne te voient pas dans ces instants de tranquille bonheur ou de furieuse exaltation mystique… du genre de celle qu'atteignait, dit-on, Thérèse ou Mélanie [[9026]]. Moi, je ferme un œil pudique et de l'autre, je veille à ta paisible intimité, afin de prévenir toute intrusion malsaine. Quand tu auras fini, nous tisserons à nouveau le linceul de ce vieux monde nataliste, religieux, militariste et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


As-tu lu ce qu'on dit dans le journal, ?
Une fois encore, le Landtag est très préoccupé
Par la diminution de la natalité
Un ministre l'a même déclarée immorale.

De mille Allemands naissent par an
Exactement dix-neuf virgule zéro quatre enfants.
Zéro quatre ! - Et voilà ce que cet homme croit.
Que ça ne peut pas être exact, même un aveugle le voit.
Les enfants après la virgule ne peuvent provenir
Que de lui et des autres ministres.
Et ces morceaux de décimales vont grandir,
Et être à leur tour aussi ministres.

Je te demande, en quoi ça concerne l'homme ?
En fait, comme on éjacule de haut en bas,
Il suffit d'un torchon humide.
Mon membre s'endort - Il se redresse. Ah !

Il a dit aussi : le recul de la natalité –
L'histoire l'enseigne – c'est la fin de l'Allemagne.
Puis, il a déploré ta fausse couche.
Et dit qu'il trouverait horrible qu'on ait avorté.

Ben oui, nous devons fabriquer des enfants
Pour l'industrie et les militaires,
Pour faire baisser les prix et perdre la guerre.
Ah, c'était ton genou. Sois prudent !

Viens, mon trésor, tirons un coup, jouissons !
Ta poitrine est vraiment encore fameuse.
Si nos parents avaient su ce que nous savons :
Qui ne vient pas au monde, ne va pas au chômage.

L'abondance d'enfants ne naît pas de la volonté.
Cachons-nous bien. Je fantasme, lui il tire.
Viens, soignons le recul de la natalité.
Éteins la lumière,
Du Landtag, tenons-nous cachés.


BALLADE DES PENDUS


BALLADE DES PENDUS



Version française –  Ballade des Pendus – Marco Valdo M.I. – 2008.
Chanson italienne – Ballata dei impiccati – Fabrizio De André et Giuseppe Bentivoglio – 1968








Civils pendus par les Allemands et les fascistes en représailles. Figline Valdarno (Florence), 6 septembre 1944. 













Un discours suspendu
par Riccardo Venturi
Figline Valdarno (Florence), 6 septembre 1944. Civils pendus par les Allemands et les fascistes en représailles.

Ce site s'occupe, par définition, de la violence du pouvoir et de la confusion, de la dévastation qu'elle entraîne. Le même mot « guerre », « guerra » en italien, « war » en anglais, [« werra » (en francique)] nous reporte à ceci : elle est l'ancienne racine germanique, tant en italien qu'en anglais, de la confusion, en allemand « Verwirrung ». La confusion, donc, comme élément nécessaire pour que le pouvoir puisse exercer sa violence. Laquelle s'exprime, et il ne pourrait en être autrement, aussi au travers de la peine de mort. La peine capitale, c'est-à-dire primaire, sans retour. Les guerres ne sont rien d'autre que de gigantesques exécutions de masse, de soldats, de civils, de choses, de peuples et de paysages.

On a donc voulu, dans le cadre du nouveau parcours sur la peine de mort, insérer cette chanson de Fabrizio De André. Cette terrible chanson de ce terrible album qu'est Nous mourûmes tous à grand peine. Une chanson qui a des racines très anciennes, car le pendu a, de toujours, quasiment la fonction de condamné à mort « exemplaire », soit en raison de la honte particulière attachée à ce type d'exécution (à l'intérieur-même des condamnations à mort, il y a aussi l'extrême perversion des condamnation « nobles » et des « ignominieuses »), soit en raison des connotations rituelles et magiques qu'elle a assumées depuis les époques révolues. Ce n'est pas par hasard que le Pendu est une carte du tarot. L'afflux de sang soudain et forcé provoque chez l'homme pendu une érection et les femmes sous le gibet touchent le corps du mort pour assurer fécondité et virilité à leur compagnon. L'urine du pendu (une autre réaction physique usuelle) est recueillie et fait l'objet de rituels magiques. Et les pendus deviennent des figures symboliques, des personnages littéraires, des simulacres édifiants. L'arbre des pendus est une des images qui se transmet depuis la nuit des temps, une image en même temps symbolique et bien réelle (voir, par exemple, Strange Fruit).

En particulier, cette chanson de De André provient directement, même s'il n'en reprend pas le texte, de la Ballade des Pendus de François Villon, le grand poète maudit du Moyen-Âge, qui avait vu mourir sur le gibet ses amis. Une poésie qui fut par la suite mise en musique par Louis Bessières et interprétée par Serge Reggiani ; mais les influences villoniennes sont décisives aussi sur Brassens, auteur à son tour de diverses chansons où sont présents les pendus, parmi toutes La messe au pendu.[on ajoutera le merveilleux Verger du Roi Louis]. Mais dans sa chanson, Fabrizio De André va bien au delà. La tradition des pendus veut que ceux-ci, comme du reste beaucoup d'autres condamnés à mort, racontent leur triste vie et les motifs qui les ont conduits au gibet, en cueillant cette dernière occasion de demander pardon à Dieu et aux hommes ("mais priez Dieu que tous nous vueylle absouldre"). De André nous présente des pendus qui ne demandent aucun pardon.

Il nous présente des pendus remplis de fureur et de rancœur. Il nous présente un blasphème, pas une prière. Il nous présente une phrase qui devrait être rappelée à tous les gens qui, dans le monde, encore aujourd'hui, prononcent une condamnation à mort :
Avant même qu'elle fût finie
nous rappelâmes à ceux qui vivent encor
que le prix payé fut notre vie
pour un mal fait en une heure.
On pourrait aller plus loin et rappeler à ceux qui vivent encor, que volontiers et souvent la vie est le prix à payer pour n'avoir rien fait de mal, ni même une heure, ni même une minute. C'est même le prix réservé à celui qui s'est refusé à faire le mal, vu que la pendaison est une des pratiques les plus répandues pour l'exécution des déserteurs. À celui qui donc se refuse à tuer, est réservée la peine ignominieuse. La même appliquée à celui qui combat pour la liberté contre un oppresseur; la photographie ci-dessus n'est qu'une des milliers de preuves à cet égard.

Les pendus de cette chanson sont des hommes jusqu'au bout. Ils ne se prêtent pas à la peur du « divin », même pas au dernier moment. Ils souhaitent unanimement que celui qui les a fait finir de cette façon ait à subir le même destin. [Comme disait Brassens : « Gare au Gorille !!!! »; De André aussi du reste, qui le traduisit... NDT]. Ils en viennent à souhaiter du mal aux croque-morts qui les a enterrés comme si de rien n'était, par profession. Rien n'est plus loin de Brassens et de son humaine compassion pour le « Fossoyeur ». Celle-ci est chanson de rancœur. La rancœur de celui qui se voit arracher la vie par un pouvoir qui a décidé sa mort, peut-être même le même pouvoir qui bredouille de quelque chaire d'église que seul Dieu a le pouvoir de donner et de retirer la vie, mais qui, ensuite, sur terre, agit tout autrement.

C'est un discours suspendu. La douleur ne génère pas ici de la résignation, mais de la rage. La Ballade des Pendus de De André est, dans ce sens, encore une chanson politique. De ces corps qui lancent des coups de pieds au vent, on promet que l'histoire ne se termine pas ici. Elle continue, et continuera pour toujours, en criant contre.




Nous mourûmes tous à grand peine
Engloutissant notre ultime cri.
Balançant des coups de pieds au vent,
Nous vîmes s'estomper la lumière.
Notre hurlement emporta le soleil
Notre air se raréfia.
Des cristaux de mots dirent
Notre ultime blasphème.

Avant même qu'elle fût finie
Nous rappelâmes à ceux qui vivent encor
Que le prix payé fut notre vie
Pour un mal fait en une heure.

Puis nous balançâmes dans le gel
D'une mort sans abandon
En récitant l'antique credo
De ceux qui meurent sans pardon.
Que celui qui se moqua de notre détresse
De notre honte extrême et de notre façon
de suffoquer, connaisse
Le nœud du même étranglement.

Que celui qui répandit la terre sur nos os
Et reprit tranquillement son chemin
Parvienne lui aussi bouleversé à la fosse
Dans le brouillard du petit matin.

Que la femme qui cacha par un sourire
Le désagrément de se souvenir de nous,
Découvre chaque nuit sur son visage
Une insulte du temps et une scorie.
Nous cultivons pour tous une rancœur
Qui a l'odeur du sang perdu.
Ce qu'alors, nous appelions douleur


Est seulement un discours suspendu.

dimanche 21 décembre 2014

Le Douanier

Le Douanier

Chanson sans musique – Le Douanier – Fernand Raynaud – 1972







Le Douanier Raynaud





















Il est vrai, Lucien l'âne mon ami, que Fernand Raynaud n'est pas vraiment connu comme chanteur, mais comme tu le sais pour le texte, la musique n'est qu'un adjuvant, parfois plaisant, parfois moins, parfois soporifique, parfois anesthésique… Dans la chanson, l'essentiel, c'est ce qu'on dit. L'homme est un être parlant ; c'est ce qui le distingue de tous les autres êtres vivants… Quand je dis « parlant », je parle de la parole signifiante, bien évidemment.


Même quand elle ne signifie rien…


Oui, même quand elle ne signifie rien, car signifier le rien, c'est déjà signifier quelque chose et précisément, le rien. C'est ce que disait un autre amuseur public de langue française, l’inénarrable Raymond Devos … Une fois rien, c'est rien, deux fois rien, c'est déjà quelque chose, mais trois fois rien, on peut déjà acheter quelque chose. Dans un sketch où la conclusion politique est de toute première grandeur : « Est-ce en remettant toujours au lendemain la catastrophe que nous pourrions faire aujourd'hui, que nous l'éviterons ? »


Là, tu m'embrouilles ; je suis, comme qui dirait perdu. Alors, si tu le veux bien, revenons à la chanson sans musique, qui suit cette chanson sans paroles [[48670]] de l'autre jour. De quoi parle-t-elle ? Et en quoi peut-elle intéresser les Chansons contre la Guerre ?


En fait, tout d'abord, deux mots sur les amuseurs publics, les comiques, les humoristes… dont on ne peut ignorer l'importance dans la critique sociale et politique ; évidemment, sous un jour différent de celui de la chanson. On en trouve une série dans les Chansons contre la Guerre, mais jusqu’à présent, principalement de langue italienne et ce n'est que normal, s'agissant d'un site commencé et continué par des gens dont la langue est habituellement l'italien. Sans doute, faudrait-il leur réserver une place ou une présentation particulière et les regrouper – toutes langues confondues. Cependant, au fil du temps, le champ linguistique et culturel s'étend à d'autres univers linguistiques. Ici, en l'occurrence de langue française. On trouve déjà parmi les dizaines de milliers de textes et de chansons, certains de Pierre Dac, Jean Yanne et il en est d'autres qu'il faudra bien découvrir. Cette fois, pour répondre à ta question, il s'agit de mettre en évidence au travers du personnage d'un douanier la question du racisme et de l'immigration. Peut-être (on est en 1972), la question – qui est aujourd'hui très cruciale, en Italie – se posait-elle lourdement en France à cette époque en raison des flux de populations venues de colonies et ex-colonies françaises. Bref, le « douanier » de Raynaud – sorte d'incarnation de Français moyen – s'en prend aux « étrangers qui viennent manger le pain des Français » ; d'abord, de façon générale, en quelque sorte théorique, c'est la rumeur, c'est une opinion… Puis de façon directe et personnelle à l' « étranger » du village. Suite dans le texte…


Voyons donc le texte et tissons le linceul de ce vieux monde idiot, raciste, imbécile et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Je ne suis pas un imbécile moi,
Je suis douanier.

Je n'aime pas les étrangers !
Ils viennent manger le pain des Français...
Ouais !
C'est curieux : comme profession, je suis douanier,
Et puis je n'aime pas les étrangers...
Quand je vois un étranger qui arrive,
Puis, qu'il mange du pain,
Je dis : "Ça, c'est mon pain !"
Puisque je suis Français,
Et puis, il mange du pain français,
Donc, c'est mon pain à moi.
Je n'aime pas les étrangers
Parce que moi, je suis Français,
Et je suis fier d'être Français.
Mon nom à moi, c'est Koulakiastensky du côté de ma mère...
Et Capuano-Banditi du côté d'un copain à mon père.
C'est pour vous dire si je suis Français !
Je n'aime pas les étrangers,
Ils viennent manger le pain des Français…

Dans le village où on habite, on a un étranger ;
Alors, quand on le voit passer,
On dit : "Tiens, ça, là, ... ».
On le montre du doigt,
Comme un objet… Un étranger…
Il vient manger le pain des Français...
Quand sa femme passe,
la tête basse,
avec ses petits enfants qui baissent la tête; on dit :
"Ça, ça là, c'est des étrangers :
ils viennent bouffer le pain des Français."

L'autre dimanche, dans mon village,
J'avais été - c'était à la sortie de la messe de dix heures -
J'avais été communier au café d'en face.
Il y a l'étranger qui a voulu me parler.
Moi, j'avais autre chose à faire, pensez,
Parler avec un étranger.
J'avais mon tiercé à préparer...
Enfin, du haut de ma grandeur, j'ai daigné l'écouter...
Il m'a dit :
« Ne pensez vous pas qu'à notre époque
1972,
C'est un peu ridicule
De traiter certaines personnes d'étrangères,
Nous sommes tous égaux.
Voilà ce que j'avais sur le cœur,
Je voulais vous dire ça, Monsieur le Douanier,
Vous qui êtes fonctionnaire et très important,
Vous qui avez le bouclier de la Loi...
Nous sommes tous égaux.
On peut vous le prouver :
Quand un chirurgien
Opère un cœur humain,
Que ce soit au Cap, à Genève, à Washington, à Moscou, à Pékin,
Il s'y prend de la même manière :
Nous sommes tous égaux. »

Andouille !
Venir me déranger pour dire des inepties pareilles !
Il a poursuivi...
Ils sont tellement bêtes ces étrangers,
Ils viennent manger le pain des Français.
Il m'a dit... :
« Est-ce que vous connaissez une race
Où une mère aime davantage
Ou moins bien son enfant qu'une autre race ? »
Là, je n'ai rien compris à ce qu'il a voulu dire...
J'en ai conclu qu'il était bête...
En effet, lorsque quelqu'un s'exprime
Et que l'on ne comprend pas ce qu'il dit, c'est qu'il est bête !
Et moi, je ne peux pas être bête ....
Je suis douanier.
"Va-t-en, étranger !"
Il m'a répondu: « J'en ai ras-le-bol. Chaque race a sa noblesse.»
Il a pris sa femme, sa valise, ses enfants,
Ils sont montés sur un bateau,
Ils ont été loin au delà des mers, loin...
Et, depuis ce jour là, dans notre village,
Eh bien,

On ne mange plus de pain !

Il était boulanger ! 

samedi 20 décembre 2014

Le Défilé Militaire


Chanson française sans paroles – Le Défilé Militaire – Fernand Raynaud – 1960 (circa)



















Mon ami Lucien l'âne, as-tu déjà assisté à un défilé militaire ? C'est comme un défilé de majorettes, mais en plus habillé et en moins coloré. Finalement, c'est moins dansant.


Oh que oui, dit Lucien l'âne en riant aux éclats (d'obus). Imagine combien j'ai pu en voir depuis la plus haute Antiquité. J'y ai même été traîné de force avec un bât sur le dos qui contenait une mitrailleuse et tout le fourbi…


Et alors, qu'est-ce que tu en penses ?


Ben, qu'il n'y a rien de plus con qu'un défilé militaire… Mais, dis-moi Marco Valdo M.I., pourquoi me demandes-tu ça ? Tu ne vas pas quand même pas me faire entendre une fanfare ou un chant de marche hurlé par un régiment…


Non, non… pas vraiment, quoique fanfare, il y a. C'est une marche militaire, c'est indispensable à l'exercice. Mais quand même, c'est une chanson – si on veut – une chanson sans paroles, une chanson-mime. Un grand numéro et tout un discours silencieux qui ne peut être qu'anti-militaire, tenu par un fantastique Pierrot , un splendide comédien… le dénommé Fernand Raynaud. Une chanson à voir sur fond de marche militaire… À voir et à entendre, donc. Ce qu'il y a de fantastique ici, c'est que le Fernand arrive à faire un défilé militaire complet tout seul.


Et bien, voyons ça et tissons en marchant le linceul de ce vieux monde guerrier, militaire, enrégimenté, cadencé et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Description du défilé :

Le Tambour-Major, qui marche en tête et manie un grand bâton. C'est lui qui entraîne tout le régiment. Son exploit est de lancer son bâton au plus haut… Évidemment, il finit par le prendre sur la tête.
Ensuite, il y a le trompette.
Puis, le tambour.
Un jeune appelé, qui se trompe de pas.
Un vieux dur à cuire qui le remet au pas et fume en cachette.
Un soldat un peu maniéré
Un rigolo qui s'amuse
Un gradé un peu snob
Et pour finir, celui qui s'y croit et tellement concentré perd le régiment.




Le Grand Manitou



Le Grand Manitou

Chanson française – Le Grand Manitou – René Louis Lafforgue – 1962



Le Grand Manitou














Une version dérivée, une parodie, une variante de « L'Auvergnat »… Un Auvergnat revisité par René Louis Lafforgue, qui fleure bon la tolérance, les droits de l'homme, le communautarisme et une sorte de panthéisme conciliateur.


Moi, d'expérience millénaire, dit Lucien l'âne en souriant de tout son piano, j'aurais fortement tendance à me méfier de ce chèvre-choutisme, sauf évidemment si cette prière au grand manitou se lit et se dit au second degré. Ce dont je ne suis pas certain.


Allons, allons, Lucien l'âne mon ami, ne va pas ignorer l'humour de notre ami René Louis Lafforgue, ainsi que le titre l'indique. Certes, cette canzone est pleine de déités, remplie de noms de Dieu : Grand Manitou (c'est son titre), Dieu lui-même, le Grand Architecte, le Seigneur, le Chef, Jupin – alias Jupiter, Zeus, Sorcier tout puissant, Jehovah, Divin Bouddha, Patron… Sans omettre le Jugement Dernier, les Cieux et le Ramadan… Un fameux ramassis de bondieuseries, comme tu le vois. Mettez le tout dans un grand sac et secouez… Tu comprends bien qu'en agissant ainsi, il ne pouvait que mécontenter tous les croyants aux dieux uniques… Ce mélange, ce syncrétisme sent l'hérésie à plein nez. Évidemment, il en manque encore beaucoup des dieux de tous les temps et de tous les lieux, des petits, des grands, des moyens, des masculins, des féminins, des asexués aussi. Il faut le pardonner car la chanson est une forme courte et de ce fait, il ne pouvait décemment en mettre tant. Quand même, il y en a un Amérindien, un universel, un maçonnique, un Catholique, un hiérarchique, un Romain, un Grec, un Africain (on suppose!), un Juif, un Asiatique, un capitaliste…



Faisons donc confiance à l'humour… Plaisir d'humour… et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde rempli de dieux et de déesses, de sorciers et de sorcières, de chamans et d'imams, d'abbés et d'abbesses, de papes et de papesses… et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




(Parlé)
Quand je passerai l'arme à gauche
S'il faut me faire pendre ailleurs
Pour le pire et pour le meilleur
Je ne raterai pas le coche



Par la route la plus directe
Si Dieu n'est pas un chicanier
J'irai jusqu'au Grand Architecte
Le jour du Jugement Dernier
Le jour du Jugement Dernier

Si le Seigneur, en tête-à-tête,
Inquiet de mon hérédité
Veut un curriculum vitae
Moi, j'écrirai sur ses tablettes
"Je suis faiseur de ritournelles,
Roturier comme mes aïeux,
Je suis sans parti, sans chapelle
Je ne suis qu'un fesse-mathieu
Je ne suis qu'un fesse-mathieu"

Si le Chef venait à m'absoudre
Je lui dirai "Mon vieux Jupin
Chapeau bas, t'es un vrai copain
Nom de Zeus, tu es un bon bougre
Tu n'as rien de croque-mitaine
Voilà pourquoi, avec ferveur
De tes qualités magiciennes,
Je te demande la faveur
Je te demande la faveur"

Pour la négresse, ma nourrice
Qui m'a donné son lait tout blanc
Permettez, Sorcier tout puissant
Que je ne sois pas un jocrisse
Je dois le jour à ses mamelles
Et c'est pourquoi je fais le vœu
Par ma négresse maternelle
Faites-moi négro dans les Cieux
Faites-moi négro dans les Cieux


Pour le Juif errant sur ma route
L'amour n'était pas de l'hébreu
Quand ma bourse sonna le creux
Il m'épargna la banqueroute
Ma bonne étoile fraternelle
Jéhovah, exaucez ce vœu
Par mon Juif et son escarcelle
Faites moi youpin dans les Cieux
Faites moi youpin dans les Cieux

Pour l'Indien qui s'ouvrit les veines
Quand mon corps se vidait de sang
Pour le Chinois qui, souriant
Sauva ma vie, perdant la sienne
Grand Manitou, si ton doigt bouge
Divin Bouddha, si tu le veux
Par mon Chinetoque, par mon Peau-rouge
Faites-moi comme eux dans les Cieux
Faites-moi comme eux dans les Cieux
Patron, pour suivre cet oracle
Qui paie ses dettes s'enrichit
Faites de moi un mal blanchi
Si vous n'y voyez pas d'obstacle
Que je sois les uns et les autres
Et Rouges et Jaunes et Noirs et Blancs
Je vous dirai des patenôtres
Dans un éternel Ramadan
Dans un éternel Ramadan.

vendredi 19 décembre 2014

Tyrolienne haineuse

Tyrolienne haineuse


Chanson française - Tyrolienne haineuse – Pierre Dac – 1956

Paroles : Pierre Dac – 1956

Pierre Dac – Francis Blanche : http://www.youtube.com/watch?v=4XZbUbI_724






La Haine










Voilà une chanson que d'une certaine manière, on pourrait définir comme un chanson de notre région et même, « la » chanson. On pourrait même, si tant est qu'on en ait jamais l'envie, en faire un hymne national. Cette chanson, c'est bien cette Tyrolienne haineuse…


Que je sache, nous ne sommes pas au Tyrol et nous en sommes bien loin. De mon pas d'âne, il me faudrait des jours pour y arriver et tu me racontes qu'une tyrolienne pourrait être une chanson de notre région, au point d'en faire un hymne national. Quelle est donc cette aberration ?


Mais, Lucien l'âne mon ami, je ne me permettrais pas pareille ineptie et je m'en vais de mon pas d'homme te montrer en quoi cette chanson nous concerne tant et si bien. Quoique, bien sûr, il ne te faut pas t'inquiéter, je ne suis pas subitement devenu nationaliste, ni même régionaliste, ni rien de ce genre. Voici donc de quoi il s'agit, je m'envais te citer une partie des paroles de la chanson et tu pourras par toi-même constater combien ce que je t'annonçais est exact et pertinent. Alors, voilà :
« Nous vivons à présent
Sous le signe affligeant
De la haine et de ses affluents.

C'est triste et déprimant !

Il y a de la haine partout.
Il y a de la haine tout autour de nous... »

Évidemment, vu comme ça… Je commence à comprendre pourquoi tu as tant voulu me faire écouter cette chanson…
Pour la gouverne de ceux qui ne nous situent pas très bien, je vais quand même donner une petite explication. Primo, nous vivons dans le Hainaut… Et pour tout dire, dans le Centre, qui est une région dont finalement, je me demande si sa caractéristique d'être au centre de deux bassins hydrographiques celui de la Meuse et celui de l'Escaut. Secundo : Nous sommes très riverains de l'affluent de l'Escaut qui a donné son nom à la région : la Haine. Les communes voisines sont respectivement : Haine-Saint-Pierre et Haine-Saint-Paul… On parle d'ailleurs des deux Haines. Tertio : Une série de Rieux sont les affluents de la dite-Haine et l'un deux doit bien passer sous notre jardin. Un peu plus loin, la Trouille se jette dans la Haine…


Ton explication est presque parfaite… Et fait bien comprendre combien cette chanson peut – d'une certaine façon – correspondre à mes propos un peu farceurs du début. Mais venons-en, car je te sens impatient, à la canzone. Quand je t'aurai précisé que son auteur est Pierre Dac et qu'elle a fait l'objet d'une interprétation du-dit Pierre Dac et de son comparse, Francis Blanche (une version courte) et qu'en outre, elle a fait les beaux soirs des récitals des Quatre Barbus (version longue), on comprendra aisément qu'il s'agit d'un des tout grands moments de la chanson française. Elle est drôle, tant mieux ! Elle fait dans la dérision , c'est merveilleux ! Elle ne sacrifie pas aux exigences des tartufes de l'édition musicale et des médias, c'est tout son charme ! Et puis, en ce qui concerne sa présence ici, la question ne me paraît ne pas devoir se poser… C'est une énorme dénonciation de l'anti-fraternité, de cette haine qui anime certains et qui est un des moteurs de toutes les guerres… Bref, une dénonciation de cette partie de l'humanité capable de détruire ses congénères ou de les réduire à de simples objets d'exploitation…


je suis vraiment très impatient de connaître cette Tyrolienne et de la chanter en duo avec toi… Même si la chose ne doit pas être facile. Je nous vois d'ici nous embrouiller dans ces mots-là (à propos de haineux…). Ceci dit, reprenons notre tâche et tissons, avec les Quatre Barbus, Pierre Dac, Francis Blanche et tous les autres qui voudront nous accompagner, tissons le linceul de ce monde haineux, haïssable, haï, haïssant et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Lorsque sans parti pris
On établit
Le bilan de l'humanité d'aujourd'hui
Bien limpide comme
Un clair de lune et lumineux comme
Un clerc de notaire
C'est pas d
e sitôt que les hommes seront frères
Et qu
e malheureusement au contraire
Nous vivons à présent
Sous le signe affligeant
De la haine et d
e ses affluents.

C'est triste et déprimant !

Il y a de la haine partout.
Il y a d
e la haine tout autour de nous,
Surtout partout où
Tout se passe par en d
essous.

De mémoire de grincheux,
Jamais dans les yeux,
On n
e vit tant de regards haineux.

Ah y en a t-y, y en a-t-y
De cette haine qui
Sous les esprits qui
Perdent le sens d
e la fraternité et ainsi
Suit l'altruisme aussi

Hélas hélas, l'altruisme est foutu
Et c'est couru
Il n'y a pas plus d'altruiste
Que de beurre au
cru
Il n'y a plus que de la haine
Si bien que dans l
e pays
Bientôt tout le monde sera haï

L'haï l'haï l'haï ti
L'haï l'haï l'haï ho
L'haï l'haï l'haï ti
L'haï l'haï l'haï ti

Mais là où la chose se complique
Et d
evient tragique
C'est qu
e la haine devient pour chacun
Une espèce de besoin
Que d'authentiques sagouins
Entretiennent de près comme de loin
Il y a de la haine de toutes les nuances
D
e la haine standard ou de circonstancesIl y a de la haine de mouton pour les haineux de salon
Et de la grosse laine de confection

Mais de toutes les façons :
Il y a trop de haine ; oui, il y a trop de haine
Et
il y a trop de haineuxÇa tourne au scabreux
Et au scandaleux
Car certains haineux
En arrivent même entre eux
À se traiter de tête de haineux

C'est un cercle vicieux
Car quand un haineux
Hait un autre haineux
Celui qui hait est aussi
Par l'autre haï
De même que celui
Qui est haï haïssant
Celui dont il est haï
Chaque haï donc est
Un haï qui hait
Ce qui fait qu'en fin d
e compte
On peut voir comm
e ça
L'haï ici et l'haï là.

L'haï l'haï l'haï ti
L'haï l'haï l'haï ho
L'haï l'haï l'haï ti
L'haï l'haï l'haï ti

Et voilà, c'est comme ça !
Oh bien sûr,
il n'y a pas
Non,
il n'y a pas de quoi
En signe de joie
Se passer les paupières à la crème de chester
Avec une tringle à rideau d
e fer.
Il ne reste plus qu'une seule chose à faire
C'est d
e rassembler par toute la terre
Tous les hommes généreux
Qui d'un
cœur valeureux
Haïssent la haine et les haineux

C'est ce qu'il y a de mieux !

Hardi donc allons-y
Roulez tambours
Et sonnez trom-
-pettes et hélicons
Sus à ceux qui suent
La haine par tous les pores
Et qui s
e font un sport
D
e haïr de plus en plus fort.
À bas la haine et les haineux !
Ainsi qu
e ceux
Qui hurlent avec eux
Assez de haine, assez d
e gens
Qui passent leur temps
À haïr bêtement.

Si nous tenons, bientôt nous
En viendrons sûrement à bout.
La confiance alors
Mettra l
e monde d'accord
Et l'on s
era content
De voir alors
Les hommes d'à présent
Dev
enir de plus en plus confiants.

Haine par ci,
Haine par là.
Ah !, y en a-t-y

De la haine ici-Bas.