mercredi 10 décembre 2014

CHANT DE NOËL, CHIMIQUEMENT NETTOYÉ

CHANT DE NOËL, CHIMIQUEMENT 

NETTOYÉ

Version française – CHANT DE NOËL, CHIMIQUEMENT NETTOYÉ – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande – Weihnachtslied, chemisch gereinigt – Erich Kästner – 1928


Le Père Noël vient demain.
Mais seulement chez les voisins.


La canzone de Kästner est un antichant de Noël, parodie du «  chant de Noël pour enfants » traditionnel «  Morgen, Kinder, wird’s was geben! »(« Demain, enfant, on donne quelque chose ! ») ; Kästner dit : « Morgen, Kinder, wird's nichts geben! » (« Demain, enfant, on ne donne rien ! ») . Le texte de « Weihnachtslied für Kinder » est de Philipp von Bartsch (1795)  et la lodie de Gottlieb Hering (1809). Le premier vers de ce chant classique, que connaissent tous les enfants à qui on le serine, dit textuellement : « Morgen, Kinder, wird’s was geben! » - « Demain, enfant, on donne quelque chose ». Bref, c'est le jour des cadeaux au pied du sapin vert… Sur le souvenir de quoi se construit une vision nostalgique de cette fête ; nostalgie qui crée cette ambiance sirupeuse qui caractérise cette période de décembre. Au fait, tout va bien (du moins sur le moment…) quand on peut le faire, quand on peut jouer à faire des cadeaux aux enfants.


Pourquoi cette restriction, demande Lucien l'âne un peu estomaqué. Pourquoi ce « du moins sur le moment » ?


Tout simplement ceci, qu'on ne mesure pas les ravages que peut créer pareille coutume à terme dans une population très largement infantile ; il suffit de songer au formidable hochet que constitue le cadeau : cadeaux d'affaires, cadeaux fiscaux, corruption, goût des jouets – type grosse bagnole, gadget dernier cri, mode… Transformation de la femme (ou de l'homme) en jouet érotique, réification du monde et mercantilisation … C'est Noël tous les jours pour certains… ou à tout le moins, le désir… La glorification de la société capricieuse.


Je vois, dit Lucien l'âne en hochant la tête. Mais quand même, pourquoi Erich Kästner éa-t-il écrit un tel « Noël chimiquement nettoyé »…


Ça tient à son histoire personnelle. Vois-tu, Lucien l'âne mon ami, dans son enfance et toute sa jeunesse, Erich Kästner a vu trimer sa mère… Ida Amalia Kästner, sa mère, travaillait pour son fils les nuits entières. Le jeune Erich sut très tôt, qu'il n'a une enfance et une jeunesse (des études...) que grâce à la quantité de travail inhumaine que sa mère s'imposait pour lui. La reconnaissance pour sa mère le marquera pour sa vie entière. Alors, il va présenter aux (autres) enfants la vérité sur Noël et pour cela, il va « nettoyer chimiquement » le chant traditionnel et en faire une parodie décapante et instructive. Un chant de lumière, une chanson de lucidité.
Aux enfants de pauvres, aux enfants de chômeurs, de mutilés de guerre, de sans-logis, d'ouvriers et d'employés sous-payés, il adresse ce chant qui commence par : « Demain, les enfants, vous n'aurez rien ! ». Il s'agit de briser l'illusion, le tour de passe-passe social. C'est Noël au cœur de la Guerre de Cent Mille Ans  que les riches font aux pauvres, y compris aux enfants de pauvres.


Oui, mais je me demande, dit Lucien l'âne en dressant ses oreilles en points d'interrogation et sa queue en point d'exclamation… Je me demande si une telle chanson a des chances d'être entendue...


Oh, Lucien l'âne mon ami, tu poses là une question fort pertinente et qui concerne toutes les chansons du monde. Mais pour celle-ci, j'ai une réponse très étonnante et encourageante. Je te cite une maman allemande de nos jours parlant de Noël et de la chanson de Kästner :

« Nous n'avons pas d'argent pour cela, vous le savez bien quand même !  », je devais dire au moins une fois cette phrase CHAQUE JOUR à mes trois enfants. (Et encore pour moi c'est comme une pointe dans le coeur : Je pourrais hurler de désespoir - laisser course libre à mes larmes, quand il n'y a personne !)
Au début mes enfants me demandaient toujours à nouveau : « Pourquoi pas ? »
L'année dernière, à Noël, Erich Kästner a donné à mes enfants la réponse à leur question.
Mes enfants sont depuis lors devenu calmes - - - peut-être : réveillés.
La plus jeune a 10 ans. Mais je crois, elle a compris. »

En effet, c'est une réponse à ma question et elle me fait augurer que d’autres chansons ne sont pas si insignifiantes qu'on pourrait le penser. Du moins quand elles disent quelque chose et à ce propos, que ce CHANT DE NOËL, CHIMIQUEMENT NETTOYÉ ?

En somme, dit la chanson, Noël, c'est pour les riches ! Vous les pauvres, les enfants pauvres, vous pouvez regarder, mais pas toucher. Bien sûr qu'il y a des cadeaux et en masse, vous pouvez les voir dans les vitrines, et ces cadeaux, ces jouets, ces friandises, ces jolies choses – comme dans la vie des adultes – iront dans les maisons de ce qui en ont, dans les maisons des possédants. Ceux qui n'ont rien au départ, n'auront rien à l'arrivée de Noël, comme dans la vie de tous les jours. Ils pourront toujours aller dans les rues écouter sonner les cloches…


Et, ajoute Lucien l'âne en râpant le sol d'un de ses petits sabots noirs, sans qu'on sache exactement lequel, je pense qu'Erich Kästner a raison de démystifier la Sainte Nuit, ce grand office de la réconciliation sociale, « Paix sur la Terre, etc. », « Mes bien chers frères et autres fadaises…. ». C'est véritablement un attrape-chrétiens...


Et chaque année, ça recommence… et c'est efficace. On est en présence d'un véritable escroquerie. Car, Noël veut tout simplement dire nouveau et nouveau quoi ? Eh bien, nouvel an, pardi ! Et pourquoi ou comment en est-on venu à cette fête de l'an nouveau ; car c'est le solstice d'hiver… Et cette fête du solstice d'hiver, ce sapin vert qui fêtaient le tournant de l'année et le moment où les jours vont s'allonger, le moment où le temps bascule, où l'on peut à nouveau voir venir (lentement, mais sûrement) le printemps, ont été littéralement volés par le christianisme aux fins de propagande… Pareil pour la crèche et son nouveau-né, lequel n'est à nouveau autre que l'an nouveau, que l'enfant de la Terre et du Soleil qui va grandir dans sa lumière, n'est autre que le jour qui va croître jusqu'au solstice d'été. Et là vraiment, on comprend le sens de la fête… C'est celui du temps sans cesse recommencé, la vie qui bat… comme un gigantesque cœur.


Ainsi donc, moi, Lucien l'âne, je trouve ce Noël social tout à fait à mon goût. Il me rappelle un autre chant qui revendiquait Noël comme fête du solstice, comme grande fête athée. Il me souvient aussi que tu en étais l'auteur… Ainsi donc, à moi, Lucien l'âne, je trouve ce Noël social tout à fait à mon goût. Il me rappelle un autre chant qui revendiquait Noël comme fête du solstice, comme grande fête athée. Il me souvient aussi que tu en étais l'auteur… Oui, Oui, Noël est à nous !  et raison de plus pour reprendre notre tâche et tisser le suaire de ce vieux monde déiste, religieux, escroc, menteur et cacochyme.et raison de plus pour reprendre notre tâche et tisser le suaire de ce vieux monde déiste, religieux, escroc, menteur et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Demain, les enfants, on ne donnera rien !
Seul celui qui a déjà, recevra un cadeau demain.
Votre mère vous a offert la vie.
Quand on y pense, ça suffit.
Votre temps aussi viendra.
Demain n'est pas encore là.

Mais il ne faut pas être triste.
Les riches aiment les pauvres.
L'oie rôtie se lamente.
Les poupées, ce n'est pas moderne.
Le Père Noël vient demain.
Mais seulement chez les voisins.

Allez donc dans les rues !
Là, on célèbre Noël.
Le christianisme, du haut de la tour sonnant
Rend les petits enfants intelligents.
Bien secouer la tête avant l'usage !
Ça marche aussi sans arbre de Noël.

Lampes Osram - Sapin Vert
Apprends à siffler ! Sois fier !
Arrache les planches,
Car dans le fourneau le bois manque !
Douce nuit et sainte nuit -
Ne pleure pas, si elle s'en va ! Au contraire : ris !
Demain, les enfants, il n'y aura rien !
Sauf de la patience pour qui n'a rien !
Demain, vous comprendrez Noël !
Dieu n'est pas seul coupable.
La bonté de Dieu est si grande…
Ah, le bon temps de Noël !

mardi 9 décembre 2014

BETTOGLI, 1911

BETTOGLI, 1911


Version française – BETTOGLI, 1911 – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Bettogli, 1911 - Bededeum2008






Le texte du morceau est inspiré d'un fait réel : le 26 Juillet 1911, dans la marbrière, propriété des Comtes Lazzoni, dans la localité de Bettogli (près de Carrare), la montagne s'écroula tout à coup, en tuant dix mineurs, dont quelques-uns très jeunes.

C'est seulement un des multiples épisodes qui pourraient être racontés, dans l'interminable défilé de morts dans les carrières de Carrara ou dans n'importe quel autre lieu de travail…
La mélodie est un morceau traditionnel écossais « Clyde's bonnie banks », elle aussi inspirée d'un dramatique incident minier produit à Blantyre (près de Glasgow) le 22 Octobre 1877, où moururent plus de deux cents mineurs.

Ce morceau est dédié à tous les morts au travail, de tous les temps et de partout, et à la mémoire de ceux qui, comme Alberto Meschi, se sont battu généreusement pour que cette extermination cesse.

Alberto Meschi (1879-1958), anarchiste et syndicaliste italien, est un personnage remarquable à plus d'un égard et sa vie vaut la peine d'être contée.
Maçon et autodidacte, dès sa jeunesse, il entre dans les organisations ouvrières de La Spezia. En 1905, il émigre en Argentine où il poursuit durant quatre ans son travail syndical ; puis, expulsé, il rentre en Italie et à partir de 1911, il dirige la Bourse du Travail de Carrare ; il prend la tête des luttes des carriers des Alpes apuanes et des travailleurs de la Versilia. Soldat lors de la 1ère Guerre Mondiale, il finit prisonnier dans les Carpates. À la fin du conflit, il revient chez lui et reprend vite sa place à Carrare, en entrant au Conseil général de l'Union syndicale italienne.

Après l'avènement du fascisme en mai 1922 , Meschi se réfugie en France. Il est un des fondateurs de la Concentration Antifasciste et de la Ligue italienne des droits de l'homme. Lors de la Guerre civile en Espagne, il rejoint la Colonne Rosselli, qui regroupe des Italiens antifascistes combattant aux côtés des républicains espagnols contre les franquistes, les fascistes et les nazis. À la chute de la République espagnole, il revient en France. Quelques années plus tard, comme Joseph Porcu [[8748]] et des milliers d'autres, il est arrêté par le gouvernement collaborateur de Pétain. À la fin de 1943 après une fuite rocambolesque, il revient clandestinement en Italie et, au lendemain de la Libération du 25 avril 1945, il est chargé par CLN (Comité de Libération Nationale) de diriger la Bourse du Travail de Carrare, jusqu'en 1947. Puis, pendant environ 20 ans jusqu'à sa mort, il a continué à s'intéresser à la problématique de l'unité syndicale en développant aussi une activité éditoriale en se consacrant à la publication du « Cavatore » (Carrier), une feuille syndicale.

Par sa vie aventureuse et son travail de syndicaliste, il est devenu, pour les travailleurs du marbre , le personnage emblématique du syndicalisme « apuano ». Secrétaire de la Bourse du Travail de 1911 à l'immédiat après-guerre, avec la parenthèse du Ventennio fasciste, Meschi, homme au caractère certes tenace et rugueux mais aussi homme de médiation dans les longues négociations syndicales, sut cicatriser les déchirures internes entre les composantes socialistes, républicains et anarchiques et guider les travailleurs à des conquêtes syndicales et sociales qui restent exemplaires : comment ne pas se rappeler la réduction de l'horaire journalier de 12 heures à 6 heures 50 pour les travailleurs du marbre.



Carrare épiait en silence sa plainte,
Le matin d'automne où je rencontrai

Ce visage de seize ans que la douleur égratignait ;
Chaque larme était un sillon qui jamais ne disparaîtrait

« Dis moi, je te prie, qui ou quoi t'a blessée… »
Surprise, elle leva les yeux, dénoua son cœur et parla :

« Vingt ans, la chaleur d'un baiser. Et un sourire…
Ainsi l'homme que j'aimais à la montagne monta….

Il avait les yeux couleur du bois qui domine la mer,
Le courage du faucon qui défie le soleil… »
Chaque muscle tendu à briser la pierre,
La roche plus blanche que la Lune offre…

Mille hommes accrochés au flanc de la montagne
Pour un gramme de pain que le patron nous donne…

Un instant à peine, suspendu dans le temps…
Le fracas de la montagne submerge les cris

Ensuite sur chaque corps, le vent pieux pose…
Comme un blanc linceul, la poussière blanche.

La corne sonne et les cœurs s'éteignent,
Et un fleuve de plaintes de la carrière monte…

Châles noirs, moites, avec l'angoisse dans les pieds ;
Sur les lèvres, ce nom tremble et demande pitié…

Dix flambeaux allumés sur la route des maisons ;
L'un est l'homme que j'aimais qui jamais plus ne reviendra

Rouge est la sueur qui lave la pierre,
Noir le destin qui ne laisse pas de trêve…

De celui mort en arrachant une bouchée à la vie,
Le visage et le nom, il vous faut vous souvenir.


STRENTA ANDREA 20 ANS, PASQUINI ANGELO 71 ANS, GARELLA GIUSEPPE 43 ANS, MAZZI LUIGI 32 ANS, GIROMINI ROMEO 30 ANS, MUSETTI GIOVANNI 35 ANNI, FRACASSI MASSIMO 47 ANS, VERDINI DOMENICO 31 ANS, BARBIERI CLEONTE 15 ANS, CUPINI GALLIANO 13 ANS


GÉRARD DUVAL, TYPOGRAPHE


GÉRARD DUVAL, TYPOGRAPHE

Version française – GÉRARD DUVAL, TYPOGRAPHE – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Gerard Duval, tipografo – Bededeum – 2008



... j'ouvre le livret et je lis lentement : Gérard Duval, typographe.







Ce morceau est inspiré d'un épisode du livre d'Erich Maria Remarque À l'Ouest rien de nouveau (Im Westen nichts Neues, 1929), dans lequel le protagoniste, le soldat allemand Paul Börner, durant la première guerre mondiale, sur la lancée d'un assaut, affronte et tue, dans un combat en corps à corps, un soldat français, sauté à l'improviste dans la tranchée où il cherchait lui aussi un abri. Il le tue comme ennemi, mais ensuite se retrouve à affronter la mort d'un de ses semblables, un gars comme lui, qui a une identité, des amours. Un prénom et un nom.

Il fouille le cadavre à la recherche d’un indice qui lui permette de découvrir son identité. Il ressent le poids de sa faute et le besoin d'expier. Il trouve un livret avec certains documents. ... »Je fais le vœu, aveuglément, que je vivrai dorénavant seulement pour lui et pour sa famille, et je continue à lui parler les lèvres humides, et dans mon cœur, il y a l'espoir que je me rachète de cette manière et que je puisse sortir sauf d'ici, et, plus profondément encore, la petite réserve mentale qu'après viendra du temps et on verra. Pour cela, j'ouvre le livret et je lis lentement : Gérard Duval, typographe. Avec le crayon du mort, j'écris l'adresse sur une enveloppe et je replace en vitesse tout le reste dans sa tunique.
J'ai donc tué le typographe Gérard Duval. Je dois devenir typographe, je pense tout désorienté, je dois devenir typographe, typographe... »
Nous avons imaginé que dans ce livret pouvait se trouver la dernière lettre que Duval a écrit à sa femme peu avant l'assaut.



La Lune suit la dernière étoile
Dissout la nuit dans le ciel
L'ombre se resserre sur moi
Comme si elle avait peur
Dans le silence de la nuit,
Le hurlement du soleil se rapproche
Derrière chaque rayon un espoir
Mais seul le froid longe mon dos

La dernière nuit, la dernière étoile...
Comme si elles avaient peur...
J'écris pour te dire des choses déjà dites,
Dans le fleuve d'encre versée,
Les mots suivent un sens.
Mais que peut te dire une voix de papier,
Dans le vide de la chair ,
Quand le moindre rêve est violé ?

Ils m'ont emmené en terre
Dans le ventre de boue d'une tranchée,
Je n'ai plus d'encre sur les mains
Mais du plomb et du sang et ce qui reste...
La dernière nuit, la dernière étoile...
Comme si elles avaient peur...
Dans dix minutes, on part à l'assaut...
Je t'écrirai bientôt... Tu me manques.