mardi 29 juillet 2014

Les Funérailles d'antan


Et même, à la grande rigueur, ne pas mourir du tout.


Les Funérailles d'antan
Chanson française - Georges Brassens 1958



http://www.youtube.com/watch?v=bwb5k4k2EMc (idem avec texte en espagnol)

Et en cadeau : Brassens chez lui :





J'avais traduit « L'Uomo » de Guccini et il y avait là un relent d'âme pas très ragoutant. Mais j'avais quand même traduit, juste primo parce que c'était Francesco Guccini, ensuite, deuzio, parce que je dois d'abord traduire pour comprendre, troizio, car il y avait une excellente (que dis-je, une superbe... rien que pour elle, j'aurais tout traduit) introduction de Riccardo Venturi et quatrio, car le Guccini m'avait tellement pompé l'air avec son histoire d'âme que j'ai voulu y mettre aussi une petite introduction à ma façon. On ne se refait pas, même si on se réincarne – en âne, par exemple, comme tu en es le plus estimable représentant.
Et puis, cette conclusion du bon Guccini :
« Seulement quelque chose qui s'envole
Dans l'air calme
Et puis s'évanouit,
On ne saura jamais pour où.
jamais, jamais, jamais, jamais, jamais... », j'y avais répondu à ma manière, celle du mécréant élémentaire, descendant par vocation du célèbre Monsieur de Cro-Magnon, lequel campait en Europe bien avant toute racine de l'âme.


Cependant, dit Lucien l'âne en riant de plus belle, il y avait déjà à l' époque de Cro-Magnon et même bien avant, et là tu peux le croire sans réserve, ce « quelque chose qui s'envole
Dans l'air calme Et puis s'évanouit, On ne saura jamais pour où. jamais, jamais, jamais, jamais, jamais... »... Quoi donc ? Les pets et, je te l'assure, ceux de l'ure et l'auroch trouaient à qui mieux mieux la couche d'ozone. Imagine les diplodocus ou les tyrannosaures... Mais quel rapport que tout cela peut bien avoir avec la chanson dont tu veux me tenir le texte et l'interprétation ?


Bien. Je t'explique. Comme disait Ferré : « On vit, on mange et puis on meurt », voilà le point de contact. On meurt. Généralement, on ne le fait pas exprès, mais peu importe. Et puis, une fois mort, il y en a qui se rengorgent, qui se font porter en terre ou en feu comme des divinités égarées, fiers de leur importance (dès lors passée), rodomontades et compagnie, pleurs, fleurs, couronnes, discours, cortèges... Bref, pompes funèbres à tout va. Évidemment, la chose coûte et cher encore bien. C'est là un des aspects de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres – même déjà morts. Même morts, ils veulent parader, ils veulent imposer. La chose est folle, mais c'est la chose. Elle est folle, elle est ridicule, elle est pédante, elle est arrogante et c'est ce que raconte la chanson. Oh, ce n'est pas n'importe quelle chanson et surtout, ce n'est pas n'importe quel chanteur, auteur, poète ironique... C'est Tonton Georges soi-même qui les chante en rigolant dans ses moustaches ces « Funérailles d'antan ». Et cette merveilleuse approche de la lutte finale : « J'aimerais mieux mourir dans l'eau, dans le feu, n'importe où
Et même, à la grande rigueur, ne pas mourir du tout. »


Oui, ben moi aussi... et en plus, elle permet de faire un peu le point sur cette vieille blague qu'est la mort et ce qui s'ensuit. Tu vois, Marco Valdo M.I., mon ami, nous les ânes, on ne fait pas tant d'histoire. On se contente de finir la vie en mourant – comme Boris Vian, qui disait, je cite de mémoire d'âne : « Un mort, c'est complet. C'est terminé. On n'est pas complet tant qu'on n'est pas mort. »  Le fond de l'affaire, c'est la complétude. Après, ce n'est plus notre affaire, peut-être et même certainement, est-ce celle des mouches et des vers. Ou des flammes, maintenant qu'on vous brûle pour que l'on prenne moins de place. Au fait, à partir en fumée, on est des millions, on est des milliards et finalement, on le sera tous quand la Terre explosera... En attendant, occupons-nous de la vie en souriant, en riant même et tissons sans nous en faire le linceul de ce vieux monde prétentieux, superstitieux, religieux, imbécile et décidément, cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Jadis, les parents des morts vous mettaient dans le bain,
De bonne grâce, ils en faisaient profiter les copains.
" Y a un mort à la maison, si le cœur vous en dit,
Venez le pleurer avec nous sur le coup de midi... "
Mais les vivants aujourd'hui ne sont plus si généreux,
Quand ils possèdent un mort, ils le gardent pour eux.
C'est la raison pour laquelle, depuis quelques années,
Des tas d'enterrements vous passent sous le nez.

Mais où sont les funérailles d'antan ?
Les petits corbillards, corbillards, corbillards, corbillards
De nos grands-pères,
Qui suivaient la route en cahotant,
Les petits macchabées, macchabées, macchabées, macchabées
Ronds et prospères...
Quand les héritiers étaient contents,
Au fossoyeur, au croque-mort, au curé, aux chevaux même,
Ils payaient un verre.
Elles sont révolues,
Elles ont fait leur temps,
Les belles pom, pom, pom, pom, pom, pompes funèbres.
On ne les reverra plus
Et c'est bien attristant,
Les belles pompes funèbres de nos vingt ans.

Maintenant, les corbillards à tombeau grand ouvert,
Emportent les trépassés jusqu'au Diable Vauvert.
Les malheureux n'ont même plus le plaisir enfantin
De voir leurs héritiers marrons marcher dans le crottin.
L'autre semaine des salauds, à cent quarante à l'heure,
Vers un cimetière minable emportaient un des leurs,
Quand, sur un arbre en bois dur, ils se sont aplatis,
On s'aperçut que le mort avait fait des petits.
On s'aperçut que le mort avait fait des petits.

Mais où sont les funérailles d'antan ?
Les petits corbillards, corbillards, corbillards, corbillards
De nos grands-pères,
Qui suivaient la route en cahotant,
Les petits macchabées, macchabées, macchabées, macchabées
Ronds et prospères...
Quand les héritiers étaient contents,
Au fossoyeur, au croque-mort, au curé, aux chevaux même,
Ils payaient un verre.
Elles sont révolues,
Elles ont fait leur temps,
Les belles pom, pom, pom, pom, pom, pompes funèbres.
On ne les reverra plus
Et c'est bien attristant,
Les belles pompes funèbres de nos vingt ans.

Plutôt que d'avoir des obsèques manquant de fioritures,
J'aimerais mieux, tout compte fait, me passer de sépulture,
J'aimerais mieux mourir dans l'eau, dans le feu, n'importe où
Et même, à la grande rigueur, ne pas mourir du tout.
Ô, que renaisse le temps des morts bouffis d'orgueil,
L'époque des m'as-tu-vu-dans-mon-joli-cercueil,
Où, quitte à tout dépenser jusqu'au dernier écu,
Les gens avaient à cœur de mourir plus haut que leur cul.
Les gens avaient à cœur de mourir plus haut que leur cul.

Mais où sont les funérailles d'antan ?
Les petits corbillards, corbillards, corbillards, corbillards
De nos grands-pères,
Qui suivaient la route en cahotant,
Les petits macchabées, macchabées, macchabées, macchabées
Ronds et prospères...
Quand les héritiers étaient contents,
Au fossoyeur, au croque-mort, au curé, aux chevaux même,
Ils payaient un verre.
Elles sont révolues,
Elles ont fait leur temps,
Les belles pom, pom, pom, pom, pom, pompes funèbres.
On ne les reverra plus
Et c'est bien attristant,
Les belles pompes funèbres de nos vingt ans.








dimanche 27 juillet 2014

LES EMPERLEUSES

LES EMPERLEUSES


Version française – LES EMPERLEUSES – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne (vénitien) – Le ImpiraresseLuisa Ronchini – 1977
D'après la version italienne de Rino De Michele d'une canzone de la seconde moitié du XIXième siècle

http://chansonsdumonde.blogspot.com/2014/07/lesemperleuses-versionfrancaise-les.html

Chant de lutte recueilli par Luisa Ronchini et publié en 1978 dans le disque « la femme dans la tradition populaire ». Les « impiraresses », les enfileuses de perles vénitiennes, travaillaient à domicile pour le « conterìe », les verreries de Murano. Un travail qui consistait à enfiler des petites perles de verre ou sur des fils de coton spécial, pour être utilisé dans l'habillement (des broderies et des colliers), ou bien sur le fil de fer, pour créer des objets décoratifs. Un métier qui demandait de la patience et de l'adresse et qui aussi était une des activités les moins payées, avec une exploitation de la main-d’œuvre à bas coût qui commençait dès huit ans et se poursuivait jusqu'à un âge tardif.





Nous sommes les enfileuses de perles
Nous sommes là le cœur plein
Dans nos veines coule
Le feu du sang vénitien.

Rien ne nous arrête
Quand nous sommes en colère
Nous sommes des femmes qui emperlons
Et qui emperle a raison

Tout le jour, on travaille
Comme des machines vivantes
Entre tromperies et privations
Au milieu de mille humiliations.

Nous sommes des filles qui brûlent
Les plus belles années de leur vie
Pour quelques deniers
Qui ne suffisent pas pour manger.

Même notre écope peut le dire
Chaque larme que nous faisons
Chaque perle que nous enfilons
Est une goutte de sueur.

Pour nous autres pauvres
Il n'y a rien d'autre à faire
Qu'abaisser toujours la tête
Et travailler en silence.

Ils nous maltraitent quand nous sommes silencieuses
Si nous nous plaignons
Nous sommes traitées de voleuses
Et jetées en prison.

Aux patrons qui veulent
Tout pour eux
Avec notre écope, nous défaisons
À leurs dames le chignon .


jeudi 24 juillet 2014

Communiqués

Communiqués

Canzone française – Communiqués – Marco Valdo M.I. – 2014

Le Livre Blanc 8

Opéra-récit contemporain en multiples épisodes, tiré du roman de Pavel KOHOUT « WEISSBUCH » publié en langue allemande – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1970 et particulièrement de l'édition française de « L'HOMME QUI MARCHAIT AU PLAFOND », traduction de Dagmar et Georges Daillant, publiée chez Juillard à Paris en 1972.






















Mon ami Lucien l'âne, encore une canzone paradoxale, comme son titre te 
l'indique : « Communiqués ».


Eh bien, Marco Valdo M.I. mon ami, rien ne va droit dans cette histoire du Livre Blanc. A-t-on déjà vu une chansons constituée de communiqués ? Car j'imagine que c'est de cela qu'il s'agit...


En effet, c'est bien de cela qu'il est question : une chanson constituée de communiqués. Comme tu le sais, le communiqué est – dans notre univers médiatique – une forme très particulière de message. Je résume : entre personnes, on converse, on parle, on échange des propos, on communique l'un avec l'autre et réciproquement. C'est d'ailleurs le sens du verbe « communiquer ». Mais, si à ce stade la communication est assez informelle et s'en va au gré des relations entre les personnes et des mots, des idées, des sentiments qu'elles se communiquent, la communication prend d'autres allures quand il s'agit de communication venant d'institutions. Il s'agit de peser les mots et de peser du poids de l'institution sur le monde qui l'environne. On opère alors sur de plus grands nombres de gens. On ne peut laisser la chose au hasard, il s'agit d'une communication qui engage divers responsables et dès lors, elle prend des allures officielles et de ce fait, plus guindées. Ce type de message, cette communication formelle prend la forme du « communiqué ». C'est un texte « ne varietur » qui est diffusé par les moyens les plus appropriés et généralement, les plus étendus.


Tout cela est fort bien et cependant, je ne vois toujours pas ce que devient dans cette histoire de communiqués notre histoire d'Adam, qui marchait au plafond.


J'y viens, j'y viens. Évidemment, comme tu le dis, rien ne va droit dans cette affaire. L'aventure d'Adam, le premier homme qui marche au plafond – et pas seulement, il s'y assied, il s'y couche, il y dort … perturbe pas mal de monde et sape les fondements sur lesquels reposent de solides institutions qui ne peuvent dès lors laisser faire les choses sans réagir. Et c'est ainsi qu'on a droit à un communiqué de l'Académie des Sciences, un deuxième du Ministère de l'Éducation et un troisième de la Fédération sportive, sans compter tous les autres qui ne sont pas repris dans la chanson. Je te rappelle qu'on a déjà eu l'opinion du clergé avec Le Jeu du Diable. Je te laisse le plaisir de les découvrir. Mais une dernière réflexion, dans notre société médiatisée où la communication est en quelque sorte une phase de guerre, le communiqué est une arme lourde et plus lourde encore lorsqu'elle vise des personnes. D'ailleurs, la forme la plus achevée du communiqué est sans doute le communiqué de guerre et son double : le communiqué de presse. Le communiqué permet beaucoup de choses et vise avant tout pour l'institution qui l'émet à marquer sa position, désigner son camp et à stigmatiser ses ennemis. Ici, c'est notre Adam qui est au cœur de ce tir de barrage.


Je l'imaginais bien. Tout comme, j'imagine que ces communiqués rejoignent au panthéon des bêtises tous les communiqués du monde. De toute façon, avec le communiqué, comme on dit chez nous : « Ça ne rigole plus ». Le communiqué, c'est la parole en uniforme... Cela dit, il nous revient de poursuivre notre tâche et de tisser inlassablement le linceul de ce monde médiatique, communicant, institutionnel et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.




L'Académie des Sciences communique :

L'homme devient le maître de la nature
Il a vu la face cachée de la Lune
Le monde est connaissable
Ses lois sont formulables
Galilée formula l'inertie
Newton formula la gravitation
Einstein formula sa théorie
Ce sont là les conceptions
De l'essor humain vers
Les limites de l'Univers.


Le Ministère de l'Éducation communique :

L'enseignement de la physique
N'est en rien modifié
Le programme des examens n'est pas changé
Enseignants et professeurs de physique
Doivent s'en tenir aux directives
Ils ne peuvent agir d'initiative
En aucune manière,
Sous peine, que la chose soit claire,
De sanctions disciplinaires
Extrêmement sévères.


La Fédération de l'Éducation Physique et des Sports communique :

Vive le sport ! Vive le sport ! Vive le sport !
Tous les records de saut en hauteur,
De saut à la perche, de saut en longueur
Et de triple saut restent valables
Les seules performances sportives acceptables
Sont celles réalisées sans intervention
De l'intellect et de la réflexion.
En saut, les nouveaux champions
Devront se soumettre aux tests normalisés
Leur quotient intellectuel ne pourra excéder
Les limites fixées, sous peine de disqualification.
Vive le sport ! Vive le sport ! Vive le sport !




mercredi 23 juillet 2014

NI RAISINS, NI AMANDES

NI RAISINS, NI AMANDES

Version française – NI RAISINS, NI AMANDES – Marco Valdo M.I. – 2014
d'après la version italienne de Riccardo Venturi
d'une chanson yiddish Nitkayn rozhinkes, nit kayn mandlen – Isaiah Shpigl – Dovid Beyglman [David Beygelman] – 1943




Ni raisins secs, ni amandes,
Papa est parti pour affaires

Dors, mon enfant, dors !
Dors, mon enfant, dors !

(Photo du ghetto de Lodz : Henryk Ross)



Paroles d'Isaiah Shpigl (1906-1990), écrivain, poète et professeur qui survécut à la liquidation du ghetto de Łódź et à l'Holocauste
Musique de David Beyglman, qui par contre fut tué Auschwitz en août 1944, peu de jours après sa déportation de Łódź.
La chanson a été interprétée par beaucoup, par exemple par Abraham Brun dans l'album « Songs of the Ghetto », Folkways Records, 1965.

Le texte translittéré du yiddish a été trouvé sur Music and the Holocaust ; le texte original en caractères hébraïques est par contre une image reproduite de Der Yidisher Tem-Tem, revue pour l'apprentissage de la langue yiddish. L'image reproduit même le portrait de l'auteur des vers, Isaiah Shpigl.


Isaiah Shpigl écrivit cette chanson en mémoire de sa fille Eva, morte de privations dans le ghetto, la même fin que fit la femme de Beyglman.

Il l'écrivit en parodiant avec douleur et amertume une célèbre berceuse yiddish, Rozhinkes mit mandlen, composée en 1880 par le poète juif russe Abraham Goldfaden. À la tendresse et à l'optimisme du texte original (un père est lointain pour affaires mais il reviendra en apportant à son enfant des raisins secs et des amandes pour qu'il grandisse en bonne santé et puisse devenir un étudiant et un homme d'affaires lui aussi) se substitue ici le désespoir d'une mère qui, malgré tout, cherche de quelque façon à consoler son enfant, en le leurrant mais sans lui cacher la vérité : "papa reviendra, il n'y a pas doute, avec un sac de petits raisins et d'amandes, mais il n'y a maintenant rien à manger, car papa est parti et pas pour affaires ; il est loin, si loin, à la fin du monde, pendant que tout autour de nous, ululent les hiboux et hurlent les loups…"




Ni raisins secs, ni amandes,
Papa est parti pour affaires
Dors, mon enfant, dors !
Dors, mon enfant, dors !

Il nous a laissés,
Au bout du monde, il s'en est allé.
Dors, mon enfant, dors !
Dors, mon enfant, dors !

Ululent les chouettes, hurlent les loups,
Dieu nous aide et ait pitié de nous,
Dors, mon enfant, dors !
Dors, mon enfant, dors !

Il est quelque part et cherche
Des tas de raisins secs et d'amandes
Dors, mon enfant, dors !
Dors, mon enfant, dors !

Il reviendra un jour et alors
Il prendra soin de toi, mon trésor,
Dors, mon enfant, dors !
Dors, mon enfant, dors !



mardi 22 juillet 2014

LE SEIGNEUR DES AGNEAUX

LE SEIGNEUR DES AGNEAUX


Version française – LE SEIGNEUR DES AGNEAUX – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – Il signore degli agnelli – Riccardo Scocciante – 2006




Certaines fois, à Rome, sur une place énorme,
Paraît un homme à l'accent un peu étrange.
Des foules, des foules viennent et l'attendent ;
Il se montre et puis, psalmodie son message.



Lorsque Riccardo Scocciante, ou bien le dégoûtant personnage qui se cache derrière ce pseudonyme, m'a envoyé la chose qui suit, il m'a dit : « Écoute, tête de nœud, je sais que tu es en cheville avec un site de chansons contre la guerre. Voilà, tiens, j'ai écrit une chanson contre la guerre et même contre le pape, qui pour moi est cette espèce de zombie, dont certains affirment qu'il a fait partie de la SS, et qui me casse un peu les couilles. Veille à l'insérer, sinon cette nuit, je viens tuer ton chat. »
Je lui ai fait remarquer que je n'ai pas de chat, et que si j'en avais un, je lui scalperais les gencives au marteau-piqueur à ce tueur de chat, si seulement il touchait à un poil du minou ; mais puisque ce site accueille tout, mais vraiment tout (ou presque), je vous présente quand même sa « chanson » (dont je ne sais si elle a ou non une musique, mais la chose n'a pas beaucoup d'importance), espérant que soit la première et la dernière. Mais je ne nourris pas d'excessifs espoirs à ce sujet : il m'a dit d'en avoir prêtes d'autres. Que dire ? Je dois m'enlever cette dent, en espérant qu'il se calme et qu'il ne se manifeste pas au moins pour un temps. Mais je crains que nous en entendrons reparler. [RV]




Le Seigneur des Agneaux pour désigner Joseph Ratzinger... Pourquoi pas ? Mais par quel sacrement ? Le sacrement de l'agneau ou celui du buffle ? Ainsi pourrait-on poser la question, à la manière de l'écrivain allemand Heinrich Böll, assez catholique au demeurant, dit d'un ton quelque peu pensif Marco Valdo M.I..


Mais enfin que vient faire ici, Heinrich Böll ? Que vient faire ce – je te l'accorde – cet étonnant écrivain catholique allemand...


Mais enfin, la chose me paraît, à moi, évidente. Car ce pacifiste allemand, cet écrivain catholique et allemand aurait – s'il eût encore vécu, pu ratifier complètement la chanson de Riccardo Scocciante. Et sa manière de poser la question aurait été celle qu'il a posée dans son roman Billard und halb zehn – en français : « Les deux Sacrements », précisément les sacrement de l'agneau (on dirait ici celui qui institue les pauvres, les faibles, les opprimés...) et le sacrement du buffle (qui institue les riches, les puissants, les nazis...). En fait, il ne s'agit pas d'être du côté de l'agneau ou du buffle, il faut le vouloir, le désirer... Là passe la frontière. Pour résumer la chose, par ailleurs assez complexe : selon Böll, à un moment de sa vie (peut-être même dès la prime jeunesse), l'humain(e) bascule dans un camp ou dans l'autre, touché(e) par le sacrement du buffle ou de l'agneau. À première vue, ça a l'air un peu manichéen, je te l'accorde, sauf qu'il n'y a pas de prédestination. Il me semble que le sacrement résulte d'une volonté de l'être ; en somme, c'est une confirmation, une affirmation, également... Ceci dit, contrairement à ce que dit Venturi, la chanson de Scocciante est de première grandeur. Satyrique, certes, mais de bonne facture.


Ah, voilà qui va ravir Riccardo Scocciante, d'être ainsi conforté... Évidemment, pour ce qui est du Seigneur des Agneaux, on pourra toujours prétendre qu'il s'agit d'une chanson ancienne (2006) et qu'entretemps (mais quelles en sont au juste les raisons ?), l'ÉCAR (Église Catholique Apostolique et Romaine) a changé de pape et que si dérive il y a eu, le nouveau pape lave plus blanc que blanc (tout en étant issu de l'ordre noir ; sur son lit de mort, Montesquieu en confiant ses derniers manuscrits à son amie, disait ne pas faire confiance à la Société – en clair, aux Jésuites, qui les réclamaient et se proposaient de les éditer)... Mais tout cela, c'est ésotérisme et compagnie (de Jésus?). Quant à nous, qui ne sommes pas chrétiens (Noi, non siamo cristiani...) ni des branches, ni des racines..., reprenons notre tâche lente et longue qui consiste à tisser le suaire de ce monde croyant, crédule, criminel et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Certaines fois, à Rome, sur une place énorme,
Paraît un homme à l'accent un peu étrange.
Des foules, des foules viennent et l'attendent ;
Il se montre et puis, psalmodie son message.

Il parle bas, mais qu'importe,
Il y a là de puissants haut-parleurs.
Et dessous, à cent mille, ou plus encore,
Ils prient et implorent le Seigneur.

La guerre éclate ; Lui, il prie
Mais en son cœur, il s'en fout.
Le conflit éclate ; Lui, il prie
Le Seigneur pourvoira à tout.
La bombe éclate ; Lui, il prie,
Que Lui importe après tout.

Il dit « paix » en serrant les dents
Puis, défilent en lente procession
Ministres, roi, tyrans et présidents
Pour recevoir sa bénédiction.

On écoute, en un pieux silence, sa grande voix
C'est un expert, Lui, en deuils et en guerres
Car sous la bannière du Christ-Roi
On en a fait de plus rudes et de plus sévères

La guerre éclate ; Lui, il prie
Mais en son cœur, il s'en fout.
Le conflit éclate ; Lui, il prie
Le Seigneur pourvoira à tout.
La bombe éclate ; Lui, il prie,
Que Lui importe après tout.

La guerre est une folie, ce sont ses mots
Il parle tellement bien, ce dévot.
Ma tante me l'a dit, Dieu est avec Lui ;
Gott mit uns, qu'il dit.

Puis, dans ses appartements, il se retire,
S'assied sur ses papales fesses
Et à des sujets palpitants s'intéresse :
Peut-on baiser avant d'aller à messe ?

La guerre éclate ; Lui, il prie
Mais en son cœur, il s'en fout.
Le conflit éclate ; Lui, il prie
Le Seigneur pourvoira à tout.
La bombe éclate ; Lui, il prie,
Que Lui importe après tout.

Son autre occupation essentielle
Est : comment amasser plus d'argent ?
Pour Lui, pas question de bagatelle,
Il faut renflouer les comptes du Vatican.

Il a une banque magnifique et sûre
Qui gère de secrètes finances;
Mais Lui, il n'en a cure.
Pour le reste, l'Église veille.

La guerre éclate ; Lui, il prie
Mais en son cœur, il s'en fout.
Le conflit éclate ; Lui, il prie
Le Seigneur pourvoira à tout.
La bombe éclate ; Lui, il prie,
Que Lui importe après tout.

Régulièrement éclate un scandale
Une Éminence vend des indulgences aux croyants
Dans les bras d'une putain meurt un Cardinal
Un Évêque encule un bel enfant

Un Monseigneur est pris dans un foutoir,
L'Archidiacre est un exploiteur ,
L'Archevêque trafique l'argent noir,
Et le Nonce soutient le dictateur.

La guerre éclate ; Lui, il prie
Mais en son cœur, il s'en fout.
Le conflit éclate ; Lui, il prie
Le Seigneur pourvoira à tout.
La bombe éclate ; Lui, il prie,
Que Lui importe après tout.

Lui, radieux, se montre au balcon ;
Il paraît ; en bas, la foule de l'acclamer.
Et tous les jours, grâce à la télévision,
Le monde par Lui est illuminé.

Le monde, le monde explose, brûle et meurt
Les dieux ont soif : Charité ? Amour ? Bonheur ?
Les hommes meurtris sont toujours plus pieux.
Haine et sang sont le pain et le vin des dieux.

La guerre éclate ; Lui, il prie
Mais en son cœur, il s'en fout.
Le conflit éclate ; Lui, il prie
Le Seigneur pourvoira à tout.
La bombe éclate ; Lui, il prie,
Que Lui importe après tout.