jeudi 26 juin 2014

L'ÎLE QUI S'EN FUT

L'ÎLE QUI S'EN FUT

Version française – L'ÎLE QUI S'EN FUT – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne - L'isola che se ne andò - Alberto Marchetti



Celle-ci, malheureusement, est une histoire incroyablement vraie, une démonstration de l'obtusité humaine et de la stupidité de toutes les guerres…. L'histoire de cette île était là, déjà belle et prête, je me suis limité à en créer conscience nécessaire pour la sauver … L'île est encore sous la mer mais la dispute diplomatique, absurde mais vraie, à 180 ans de distance, ne s'est pas encore calmée… Quand en 2002, une secousse a fait présager sa remontée à la surface, le Times (journal anglais) a salué la réapparition d'une île anglaise ; les Italiens se sont hâtés de déposer sur le sommet émergé une pierre tombale de revendication territoriale .....

Sur le goût et l'acharnement des Anglais à posséder des îles minuscules, on se reportera utilement à la canzone « Les Malouines aux Malouins » [[42641]] [L.L.].



Giulia, Corrao, Hotham, Nerita, 
Graham, Sciacca, Ferdinandea




Giulia, Corrao, Hotham, Nerita,
Graham, Sciacca, Ferdinandea
En Juillet mil huit cent trente et un
Sans que ne la vit quelqu'un
En une nuit, une île naquit de la mer
Toute noire et de forme circulaire.
À l'aube, le ressac et les ondes
Révélèrent cet hectare de terre
À Sciacca devant les côtes.
La nouvelle fit le tour de la terre.

D'abord, arrivent les scientifiques
Et les pêcheurs un peu étonnés.
Ensuite, par décision des autorités,
Des navires de guerre se rappliquent ,
Pour prendre possession de ce noyau fumant
Car pour les puissants,
Une terre nouvelle, surtout secrète,
Est toujours une terre de conquête.

Ils voulaient faire de cette beauté précaire
Ces as de la stratégie, une nouvelle base militaire
Et les commandants, pour chaque nation,
Plantèrent des drapeaux et lui donnèrent un nom :

Giulia, Corrao, Hotham, Nerita,
Graham, Sciacca, Ferdinandea

Seul un pêcheur solitaire
Comprit comme il était extraordinaire
Qu'une île soit née de la mer
Que la terre ait recommencé à créer…
Les Rois voulurent ce morceau de terre
Disposés à tout, même à la guerre,
Opposés, au nom du droit,
Ils se décidèrent à l'inévitable combat.

Au cœur de la nuit, des amiraux nostalgiques
Amenèrent leurs flottes magnifiques.
Ce fut précisément alors que l'île pensa
En avoir vu assez, et s'en alla,
Un grondement, un bouillonnement autour,
Quand finalement arriva le jour
Les expéditions trouvèrent seulement
La mer étale, et un blurp de temps en temps.

L'île était rentrée sous la mer
Où personne ne la regardait de travers,
L'île était retournée sous les vagues
Où encore elle divague.


Giulia, Corrao, Hotham, Nerita,
Graham, Sciacca, Ferdinandea


mercredi 25 juin 2014

LE LAIT NOIR DE L'AUBE

LE LAIT NOIR DE L'AUBE

Version française – LE LAIT NOIR DE L'AUBE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne - Il latte nero dell'alba - Michele Gazich - 2011





Mais le fleuve cette nuit est un grand cœur noir

Et m'accueille
Et me serre
Et éteint ma douleur






L'expression « le lait noir de l'aube » est mystérieuse, mais très évocatrice.
Elle est tirée d'une poésie de Paul Celan (1920-1970), un des plus grands poètes de culture juive du siècle passé.
Né en Roumanie, mort à Paris, il écrivait en allemand. Comme tant d'artistes, il a changé souvent de patrie, sans jamais en trouver une.
Ses parents moururent en camp de concentration, pendant qu'il s'en sauva. Paul Celan vécut toute son existence avec l'obsession de ne pas avoir fait assez pour sauver les siens et, avec le sentiment de culpabilité d'être survivant, de n'être pas mort avec eux. Le souvenir de l'extermination de ses parents et du peuple juif, la mémoire des violences de la guerre, l'obsédèrent à un point tel que, finalement, il se suicida, en se jetant dans la Seine du Pont Mirabeau.
Le lait noir de l'aube est celui qui buvaient chaque matin les hébreux qui savaient devoir mourir ; Paul Celan boira le lait noir de l'aube, avant de précipiter dans la terrible paix de la mort, dans le grand cœur noir des eaux du fleuve.
« Mais le fleuve cette nuit est un grand cœur noir
Et m'accueille
Et me serre
Et éteint ma douleur »
... Gazich raconte... avec une voix qui ne cache rien du mal de vivre et qui pour ceci ne peut nous laisser indifférents, la vie et la mort de Paul Celan.



Pour donner une idée de la poésie de Paul Celan de laquelle s'inspire la chanson, je te propose un extrait de Todesfuge – La Fugue de la Mort :
« Schwarze Milch der Frühe wir trinken dich nachts
wir trinken dich mittags der Tod ist ein Meister aus Deutschland
wir trinken dich abends und morgens wir trinken und trinken
der Tod ist ein Meister aus Deutschland sein Auge ist blau
er trifft dich mit bleierner Kugel er trifft dich genau
ein Mann wohnt im Haus dein goldenes Haar Margarete
er hetzt seine Rüden auf uns er schenkt uns ein Grab in der Luft
er spielt mit den Schlangen und träumet der Tod ist ein Meister aus Deutschland

dein goldenes Haar Margarete
dein aschenes Haar Sulamith
Traduction de l'allemand
(…)
Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit
nous te buvons à midi la mort est un maître d’Allemagne
nous te buvons le soir et le matin nous buvons et buvons
la mort est un maître d’Allemagne son œil est bleu
il te touche d’une balle de plomb il te frappe juste
un homme habite dans la maison tes cheveux d'or Marguerite
il lance ses grands chiens sur nous il nous offre une tombe dans l'air
il joue avec les serpents et rêve la mort est un maître d’Allemagne

tes cheveux d'or Marguerite
tes cheveux de cendre Sulamith »

Comme il y paraît la poésie de Celan est assez sombre et comme tu le vois, elle est aussi une poésie forte et terriblement accusatrice contre cette Allemagne qui semait la mort aux carrefours de l'Europe et au-delà. Celan a la dent dure.


Mais pas encore assez sans doute, dit Lucien Lane. Ainsi, reprenons notre tâche lente et longue et tissons le linceul de ce vieux monde de noirceur, mortifère, douloureux et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




La nuit nous buvons le lait noir de l'aube
La nuit nous buvons le lait noir de l'aube
La nuit nous buvons le lait noir de l'aube
La nuit nous buvons le lait noir de l'aube

Vivre écrire cicatriser la haine
Vivre écrire changer de langue changer de ville
Vivre écrire aimer aimer aimer encore
Vivre écrire même si tout autour meurt

Vivre écrire de nouveaux livres pour de nouveaux yeux
Vivre écrire pour les oreilles ennuyées du bourreau
Vivre écrire j'entends le bruit des nouvelles chaînes
Vivre écrire même si tout autour meurt

Je n'ai pas oublié mon père
Je n'ai pas oublié ma mère
Je n'ai pas oublié la neige
Je n'ai pas oublié le sang
Je n'ai pas oublié…
Je n'ai pas oublié…


Mais le fleuve cette nuit est un grand coeur noir
Et m'accueille
Et me serre
Et éteint ma douleur

mardi 24 juin 2014

Celan Sous Le Pont Mirabeau

Celan Sous Le Pont Mirabeau

Canzone française - Celan Sous Le Pont Mirabeau – Marco Valdo M.I. – 2014
Comme promis, dédiée à Janina, qu'on mit en terre aujourd'hui.




Les jours, les mois, les années s’enchaînent
Les temps passés et les amours s'éteignent
Sous le Pont Mirabeau Celan se traîne




















Comme tu le sais, je suis en train de traduire la chanson de Michele Gazich, Il latte nero dell'alba – LE LAIT NOIR DE L'AUBE, où la fin s'enfonce mystérieuse dans un fleuve :
« Ma il fiume questa notte è un grande cuore nero
E mi accoglie
E mi stringe
E spegne il mio dolore »
« Mais le fleuve cette nuit est un grand coeur noir
Et m'accueille
Et me serre
Et éteint ma douleur »,
chanson qui en fait se remémore la mort de Paul Celan, poète roumain de culture juive, passé par les camps qui finit par se jeter dans la Seine, du haut du pont Mirabeau, bien des années plus tard en 1970. Le même Celan que dans l’histoire d'Allemagne de 1967 - [[41139]]. Sachant cela, sachant d'où Celan s'était jeté dans le néant, il m'était impossible de ne pas faire l'écho à Apollinaire et à son Pont Mirabeau qui devaient vaguer ce soir-là dans la tête de Celan. Et sans doute ainsi, Apollinaire fut son dernier compagnon. Et l'Apollinaire me revenant lui aussi en tête, dans la belle chanson qu'en fit Léo Ferré, à moi aussi, il m'est venu une chanson... où je raconte les derniers instants de Celan sur le Pont Mirabeau. Pour cela, j'ai repris le texte du poète trépané et j'en ai fait une « parodie », une sorte de variante.


Comme le Pont Mirabeau n'était pas encore repris dans les Chansons contre la Guerre, dit Lucien Lane en secouant doucement la tête, il me paraît indispensable de l'y insérer. Il me paraît que cet oubli ne peut durer plus longuement. Et puis, on ne comprendrait pas vraiment où se situe ce que tu appelles avec raison la parodie. Avec raison et en bonne compagnie, car Voltaire définissait comme suit la parodie : «couplet, strophe composés pour être chantés sur un air connu» et c'est bien ainsi que je l'entends. Elle peut être ou non satirique, moqueuse comme le veut un usage plus répandu.


Alors, le voici :

Le Pont Mirabeau
Guillaume Apollinaire, Alcools (1912)

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
            Et nos amours
       Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine

     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
            Tandis que sous
       Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse

     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure

L'amour s'en va comme cette eau courante
            L'amour s'en va
       Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente

     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
            Ni temps passé
       Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure

Voici deux versions chantées par Léo Ferré à des années d'intervalle : (https://www.youtube.com/watch?v=kyi50LWPAqY) et

Maintenant, fais-moi entendre ta chanson et continuons notre tâche, tissons le linceul de ce vieux monde mélancolique, désespérant, éteint, noir et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Sous le Pont Mirabeau coule la Seine
Paul Celan y ronge sa gêne
Elle l'étreint de tant de peine

Cesse la vie sonne l'heur
Les jours s'en vont à male heure

Ses mains, ses mains lentes et douces s'effacent
Tandis que sous le pont le temps trépasse
Son étrange regard de l'onde se lasse

Cesse la vie sonne l'heur
Les jours s'en vont à male heure

Le noir passé comme cette eau courante
Le noir passé encor l'épouvante
Et la désespérance est violente

Cesse la vie sonne l'heur
Les jours s'en vont à male heure

Les jours, les mois, les années s’enchaînent
Les temps passés et les amours s'éteignent
Sous le Pont Mirabeau Celan se traîne

Cesse la vie sonne l'heur

Les jours s'en vont à male heure

lundi 23 juin 2014

ARRIVENT LES AMÉRICAINS


ARRIVENT LES AMÉRICAINS

Version française – ARRIVENT LES AMÉRICAINS – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – Arrivano gli americani – Stormy Six – 1975
Texte et musique des Stormy Six




Ora e sempre: Resistenza!

Now and Always: Resistance!
Maintenant et Toujours: Résistance!
Τώρα και πάντα: Αντίσταση!





Années chaudes... À la moitié des années septante et exactement en 1975, sort ce disque qui est le plus bel exemple de « musique politique » jamais produit en Italie. L'album « Un billet de tram » est le premier véritable album décidément original et avec de forts contenus politiques des Stormy Six. Peut-être est-ce une histoire ou peut-être est-ce une légende qu'à Milan, certaines frange du « mouvement » aient accusé les Stormy Six de déviationisme ; leur faute : graver des disques et, surtout, les vendre ! Ceci a été le prix d'une notoriété construite concert après concert, place après place. La grandeur de ce « projet » a été dans la capacité de savoir raconter à travers les « images », une Italie en guerre.




Les statues suent du sang, elles parlent dans les églises,
Elles annoncent un grand miracle de l'au-delà.
Les archanges sur les plages commencent leur chasse,
Aux cuisiniers, aux femmes, aux petits cireurs, aux soldats.

Arrivent les Américains, garibaldiens martiens,
Sainte Vierge, tu as entendu nos prières !
Entre fleurs et drapeaux, quand nous battons les mains,
Des camions lancent des boîtes de liberté vides.
On allume des signaux géants sur nos ruines fumantes,
Des bougies sur les tombes de la ville.
Dans la campagne brûlée arrivent des sons lointains :
Les chiens aboient, un juke-box chante.

Arrivent les Américains…
Dans un village, un homme brandit un mégaphone
On ne le comprend pas ; il parle italien.
Une fenêtre s'ouvre ; sur la place, il n'y a personne.
Une dame ne veut pas changer son Dash ; c'est certain.
Arrivent les Américains…






samedi 21 juin 2014

APOLOGIE DE L'ÂNE

APOLOGIE DE L'ÂNE


Version française – APOLOGIE DE L'ÂNE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – Tributo (a Fabrizio De Andrè e George Brassens) – Massimo Liberatori




Apologie de l'âne par les femmes
On a beau être âne, on n'en est pas moins homme...

(Tableau de Paul Gervais)






Là, je te remercie, Marco Valdo M.I. mon ami... Voilà que tu m'as créé un bien beau titre – un titre extraordinaire et pour tout dire, inespéré , que dis-je un titre proprement admirable et philosophique ; un titre platonicien et j'espère, platonique. Cependant, je te le dis tout de suite, il serait méchant de faire subir à l'âne le sort du grand Socrate, qui est d'ailleurs, on s'en sera rendu compte depuis longtemps, un de nos maîtres. Figure-toi, par parenthèse, que Socrate et moi, nous fîmes quelques voyages en Attique, ce qui fut – pour moi – l'occasion de l'entendre discourir sur mille et une choses. Mais à ce moment, je t'assure que je ne savais pas le destin de cet hirsute vieillard, ni qu'on en parlerait encore si longtemps après qu'il ait bu la ciguë. Nous les ânes, on se méfie énormément des plantes et d'autant plus qu'on ne mange quasiment que ça. On fait aussi attention à ce qu'on boit. Je n'aurais d'ailleurs jamais imaginé qu'on ferait mon apologie...


Mais Lucien l'âne mon ami, ce n'est pas ton apologie ; c'est l'apologie de l'âne de Richetto.


Mais Marco Valdo M.I., justement ! Rends-toi compte et réfléchis... L'âne de Richetto, c'est moi. Oh, ça ne date pas d'hier cette histoire ; elle est même assez ancienne et bien antérieure, à celle du Gorille. C'était au temps où j'avais poussé une pointe là-bas en Italie. J'avais rencontré Richetto au détour d'un chemin et on était devenu comme des copains. Au moment de la chanson, il allait me vendre... Alors, tu vois, je suis parti, non sans laisser des traces.


Bon, je vais faire semblant de te croire...


Mais tu dois me croire, c'est la pure vérité vraie. Autrement qui aurait pu savoir ce pensait l'âne de Richetto...




Peut-être la nouvelle est-elle déjà ancienne et au demeurant, n'est-elle pas parvenue à toutes les oreilles... Mais le « Gorille » fut bel et bien interdit d'antennes et même, censuré. Au point que la dernière strophe est toujours restée dans les cahiers de Brassens ou diffusée « sous le manteau ». Allez savoir si Fabrizio De André la connaissait... De toutes façons, elle aurait révulsé plus encore les magistrats, espèce assez tigneuse.


Oh mais, Marco Valdo M.I. mon ami, je la connais moi, cette fin finale de la canzone de Tonton Georges ... Il me l'a glissée à l'oreille (la droite ou la gauche, je ne me souviens plus...) alors que je le promenais sur le plateau d'où l'on voit Sète les beaux jours d'été. Qu'était-il venu faire là, je n'en sait plus rien. Enfin, en confidence, je peux bien te révéler que la balade, il ne la faisait pas seul...
Voici donc, afin que nul n'en ignore, les vers manquants :

« Nous terminerons cette histoire
Par un conseil aux chats-fourrés
Redoutant l'attaque notoire
Qu'un d'eux subit dans des fourrés :
Quand un singe fauteur d'opprob'e
Hante les rues de leur quartier
Ils n'ont qu'à retirer la robe
Ou mieux à changer de métier. »


Cela dit, cette version italienne à mon sens mélange deux chansons de Brassens, aussi impénitentes l'une que l'autre et aussi peu appréciées l'une que l'autre, par les autorités. Il est d'ailleurs fréquent qu'on les confonde. Tu auras reconnu L'Hécatombe et Le Gorille. Disons que le marché, c'est celui de Brive-la-Gaillarde où eut lieu la célèbre Hécatombe de gendarmes ; les oreilles renvoient quant à elles au Gorille. Car regarde bien ce qui se passe : au départ, il y a une chanson en langue française ou même deux, comme je viens de te le dire. Toutes les deux de Georges Brassens. Ensuite, Le Gorille est traduit, adapté en version italienne par Fabrizio De André et bien plus tard , reprise en une nouvelle version, celle avec l'âne de Rochetti... dont je viens de faire une version française... Et entre nous, mais faut pas le répéter, cette version m'a fort amusé. Crois-moi, Lucien l'âne mon ami, la traduction – vue comme ça – c'est un plaisir dont je ne me lasse pas.


Un vrai carrousel aussi, dit Lucien l'âne en riant de tout son piano. Reprenons, si tu le veux bien notre tâche où on l'avait laissée et tissons, tissons, comme les canuts, Marco Valdo M.I. mon ami, tissons le linceul de ce vieux monde méprisant, méprisable par conséquent, brutal et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Au foirail de l'autre semaine, les belles bêtes étaient nombreuses
L'âne de Richetto en était la vedette la plus lumineuse
Il était tout enrubanné pour faire bonne impression
Moines et commères en étaient perdus d'admiration

Tout à coup, le licol qui tenait l'animal
Se défit, on ne sait pourquoi, on avait dû le serrer mal,
Libéré, l'âne pensa, « S'ils veulent s'amuser, c'est leur droit.
« Je vais me trouver une ânesse, et qu'on ne m'en empêche pas ! »

Gaffe le bourriquet s'est enfui
Et ne venez pas me dire que je ne vous l'ai pas dit !

Du sommet de son talus, l'âne contemplait
Tant de bêtes amorphes dont aucune ne lui plaisait
Alors il se précipite triste et enragé
Contre ceux qui de toujours ignorant l'avaient renommé

Sur cet âne , on dit bien du mal
Aux bourgeois, à tous leurs pareils
Jusqu'au tambour de ville, au garde municipal
Au maire, au prêtre, il mordit les oreilles

Gaffe le bourriquet s'est enfui
Et ne venez pas me dire que je ne vous l'ai pas dit !

Contre cette engeance arrogante, l'âne s'était enragé
De morsures et de coups, aucun d'eux n'était épargné
Et les gens en eux-mêmes approuvaient
L'âne de Richetto qui entre ses dents, la justice avait apporté

Une histoire semblable, vous vous en rappelez...
Qu'à Gênes, Fabrizio chantait celle d'un magistrat
Qui, traîné par un gorille jusque dans un bois,
Criait comme l'innocent qu'à mort, il avait condamné

Dans toutes les nations, les chansons contre le pouvoir et le mal
Sont moins souvent censurées quand le héros est un animal
On rit encore de celle que fit Brassens avec le gorille
Ainsi de l'âne en mon pays, on fait aussi l'apologie.
Gaffe au bourriquet... Gare au gorille !