dimanche 16 mars 2014

LE CŒUR DORÉ DE LA BOURGEOISIE

LE CŒUR DORÉ DE LA BOURGEOISIE


Version française - LE CŒUR DORÉ DE LA BOURGEOISIE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande - Das goldene Herz der Bourgeoisie – Robert Gilbert – 1931

Texte de David Weber, pseudonyme de Robert Gilbert (1899-1978), musicien, chanteur et acteur allemand.
Musique de Herbert Breth-Mildner.
Interprétée par Ernst Busch, disque “Es kommt der Tag”, huitième publication de la série Rote Reihe” d'Aurora-Schallplatten (1974).
Plus récemment par Christoph Holzhöfer, chanteur allemand.

De Robert Gilbert alias David Weber voir aussi Ballade Vom Neger Jim.



Voilà le cœur doré, le cœur gras couleur char de la bourgeoisie.






Ils ne sont pas aussi mauvais qu'ils paraissent
Ils ont un esprit doux.
Ils ne peuvent pas voir mourir un pou
Et ils s'efforcent d'obtenir la richesse
Et quand un couple de prolos y passe,
Le robinet du gaz ouvert et pas débranché,
Alors, ils soupirent compassés
Et donnent un mark entier
Pour les petits orphelins de Marie
Voilà le cœur doré de la bourgeoisie

L'argent ne leur est pas en soi sympathique,
Ils profitent sans se poser de questions
Ils se croient absolument démocratiques
Et parlent de la liberté à la maison.
Et quand ils sentent que ça bouge,
Alors, ils publient quelque chose de rouge
Et se lamentent : Réforme !
Le danger est énorme
Et la Bourse morne comme la pluie -
Voilà le cœur doré, le cœur gras noir-rouge-jaune de la bourgeoisie.

Ce sont des humains ô combien insatiables
Ils ont leur Goethe sur sa table.
Mais quand ils sentent venir la guerre et ses millions
Alors, ils trouvent le tank admirable ;
Les lance-flammes et les canons,
Et les petits obus semblent mignons !
La bravoure, c'est l'élan vital
Le gaz aussi, c'est génial !
Qu'ils crèvent comme du bétail, c'est complètement égal !
Voilà le cœur doré, le cœur gras couleur char de la bourgeoisie.


Prolos, ils vous ont exploités,
Si noblement, si bien, si humainement.
Si on tire sur vous vraiment
Eux-mêmes n'auront pas tiré.
Les types qui se bagarrent et assassinent,
On peut en acheter des quantités -
C'est leur commerce.
Mais quand vous affrontez
Ces tueurs à gage et compagnie
Alors, vous découvrez le cœur doré,
Le cœur gras pavé de pièces d'or de la bourgeoisie. 

samedi 15 mars 2014

BALLADE DES OUBLIS

BALLADE DES OUBLIS


Version française - BALLADE DES OUBLIS – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande – Ballade des Vergessens – Klabund (Alfred Henscke) – 1925
Texte d'Alfred Henschke, alias Klabund (http://fr.wikipedia.org/wiki/Klabund)
Musique de
Hanns Eisler
Interprétée par
Ernst Busch


Il remportera une seule victoire encore :
La victoire de la mort.

Dodolf regnans
( John Heartfield )







La BALLADE DES OUBLIS est une invective contre le revanchisme très répandu en Allemagne entre les deux guerres, sentiment qui aurait lourdement contribué à l'affirmation du national-socialisme… Klabund mourut très jeune en 1928, à cause d'une tuberculose contractée dans l'enfance, mais il avait déjà clairement compris les futurs développements… Qui sait ce qu'il aurait écrit s'il avait été vivant en 1933 !
Le pseudonyme Klabund avec lequel Alfred Henschke signait signifie « esprit vagabond », de la fusion de « Klabautermann », l'esprit protecteur des bateaux, et « vagabund »…

Il est bon de préciser que Klabund, âgé d'un peu plus de vingt ans au début de la Grande Guerre, fut comme beaucoup d'intellectuels un fervent interventionniste. Mais déjà en 1917, toute illusion lui était passée, à tel point qu'il osa publier sur le quotidien suisse Neue Zürcher Zeitung une lettre ouverte à Guillaume II dans laquelle il demandait au Kaiser d'abdiquer, en le considérant comme le premier responsable de l'horreur dans laquelle s'était enfoncée la nation allemande ; le poète risqua une condamnation pour trahison et lèse- majesté…

Dans les dernières années de sa vie, Klabund écrivit de nombreux textes pour le cabaret et des œuvres populaires destinées à être interprétées par les chanteurs de rue…



Dans les airs, les vautours appellent,
De nouveaux dieux avec ivresse.
Rares sont ceux qui lèvent la lyre
Au lieu d'une chope pleine de bière.
Pour vaincre l'ennemi étranger,
Il leur faut assécher les verres…
Avez-vous oublié vos larmes,
Oublié, oublié, oublié ?

On vous a fait, l'avez-vous oublié,
Aiguiser et accomplir le meurtre ?
La roue de l'histoire par Dieu se laisse guider,
Par le diable, elle ne se laisse pas ramener en arrière
Ton fils qui dans la fosse, pleure après toi,
Dans la fosse, est rongé par les vers …
Mère, tu ne dois jamais, mère,
Tu ne dois jamais oublier ça !

Par millions, ils sont morts au cours de cette guerre,
Quelques dizaines y ont gagné.
Après leur victoire diabolique, ils se sont tirés
De là avec des malles entières.
Au quartier général avec le vin et le mousseux
Chacun a abreuvé son bien-aimé.
Au front gît le gars, sale et pouilleux
Oublié, oublié, oublié.

Après la guerre, le meurtre a encore fleuri
C'était une passion de flinguer.
Dans ce triste sport, on découvrit
L'Allemagne supérieure au monde entier.
Chaque escroc conservant
Le droit d'arroser la terre de sang.
Allemagne, tu ne dois pas oublier les assassinés
Et ne jamais oublier les meurtriers!

(Avez-vous oublié le bon vieux temps,
Le pire jamais connu dans le pays avant ?
Votre dirigeant se nomme Imbécile, sa fille Douleur,
Ses courtisans Lâcheté et Déshonneur.
Il vous a conduits à l'effondrement
Cet obsédé de grandeur. Depuis longtemps,
Avec le vin, la femme et le chant, vous avez
Oublié, oublié, oublié.)

La nouvelle guerre arrive différente,
De celle que vous avez à nouveau rêvée.
Elle ne vient pas avec le fusil et l'épée
Édifier la geste des héros qui vous enchante
Et celui qui le ciel aura menacé,
Qui aux vents aura mesuré sa témérité,
Celui-là crèvera dans la seconde,
Oublié, oublié, oublié.

(Vous hurlez contre les dettes de paix et de guerre
Dues aux autres – Vous voulez vous venger.
D'où prenez-vous le culot éhonté
De vous défaire de la dette et de la repentance ?
Regardez votre grimace dans la glace
Cette obsession de haine et de cupidité :
Une âme en vous a-t-elle jamais existé ?
Vous avez oublié, oublié, oublié.)

À la guerre, à la guerre fraîche et jolie, il s'élance ;
Ses deux tours en même temps, il avance.
Il remportera une seule victoire encore :
La victoire de la mort.


Il est trop tard pour vous envoler
De la terre avec de célestes laissez-passer.
De sa bouche, Dieu vous a recrachés
Dieu vous a oubliés pour l'éternité !

POGROM


POGROM


Version française – POGROM – Marco valdo M.I. – 2014
Chanson allemande – Pogrom – Klabund (Alfred Henschke) – 1927
Texte d'Alfred Henschke, dit Klabund, dans le recueil “Die Harfenjule” publié en 1927.
Musique de Gary Bachlund, compositeur et chanteur d’opéra qui vit entre l'Allemagne et les USA.




Les pogroms antisémites furent très fréquents en Russie entre la fin des 800 et le début du 900, soit pendant l'empire tzariste que dans le cours et après la Révolution de 1917…

Pogrom en Russie  1905



Une poésie celle tristement prémonitoire de ce qui serait arrivée en suite, lorsque des pogroms (dévastation) on  passa à la  Shoah (« 
השואה », la catastrophe, la destruction)…





En Pologne, sous les Nazis - 1941




Dimanche un petit mot tombe dans la cathédrale,
Lundi il roule grandissant dans les ruelles,
Mardi on parle déjà de haine raciale,
Mercredi Pogrom ! retentit de plus belle

Jeudi on sait tout entièrement :
Les Juifs sont coupables de la misère russe !
Jusqu'à présent, on était trop patients.
(Buvons quelques gorgées de vodka russe…)

Le vendredi apporte le cadavre rituel,
Dans les fossés, on pousse les Juifs répugnants
On enfonce par derrière les couteaux sacrificiels.
On jette les femmes dans les étangs.

Samedi on lit dans la « bonne » presse :
La petite bagarre est finie et maintenant,
Il faut rendre grâce à Dieu et au gouvernement…
Autrement, on en prend sur la gueule


jeudi 13 mars 2014

CARROUSEL (SUR LES CHEVAUX DE BOIS)

CARROUSEL (SUR LES CHEVAUX DE BOIS)

Version française - CARROUSEL (SUR LES CHEVAUX DE BOIS) – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande – Karussell (Wir reiten auf hölzernen Pferden) – Manfred Greiffenhagen – 1944








Texte de Manfred Greiffenhagen (1896-1945), juif allemand, berlinois, auteur de cabaret.
Musique de Martin Roman (1913-1996), lui aussi juif allemand, pianiste de jazz.
Texte trouvé sur The Lied, Art Song and Choral Texts Archive
Interprétation de la Norvégienne Bente Kahan dans son disque « Stemmer fra Theresienstadt » de 1995, publié dans les années suivantes aussi allemand et en anglais.
Récemment reproposée au grand public de la basse baryton allemand Christian Gerhaher et de la mezzo-soprano suédoise Anne Sofie von Otter dans le recueil intitulé « Terezín/Theresienstadt », publiée en 2008 par Deutsche Grammophon.

Interné à Theresienstadt, Manfred Greiffenhagen écrivit beaucoup des textes des pièces théâtrales et musicales mises en scène dans le camp-ghetto. Comme beaucoup d'artistes juifs enfermés là – parmi lesquels l'acteur Kurt Gerron – il fut forcé par les gardiens à jouer dans le documentaire de propagande « Der Führer schenkt den Juden eine Stadt » (Le Führer offre une ville aux Juifs ), produit par les nazis pour faire croire à la Croix Rouge que Theresienstadt était une colonie modèle pour la population de confession juive, alors qu'il ne s'agissait de rien d'autre que d'un camp de transit vers Auschwitz. Il suffit de penser que « Le Führer offre une ville aux Juifs » (dont le titre officiel est « Theresienstadt. Un documentaire de la zone de résidence juive ») fut produit en septembre de 1944 et qu'à la fin d'octobre de la même année, le ghetto avait été déjà liquidé. Le réalisateur Kurt Gerron et presque tous ceux qui y apparaissaient, furent éliminés à Auschwitz et à Dachau quelques semaines plus tard.

Martin Roman faisait partie de l'orchestre du violoniste Marek Weber. Déjà en 1932, les nazis interdirent au groupe de jouer en public. Presque tous les membres fuirent à l'étranger, à commencer par le leader (qui mourut à Chicago en 1964). Roman s'enfuit en Hollande, mais là, il fut capturé après l'occupation du pays. Enfermé à Theresienstadt, lui aussi – comme Greiffenhagen, Gerron et tant d'autres – fut forcé à participer à la farce propagandiste « Le Führer offre une ville aux Juifs ».

Un souvenir commun d'enfance, celui du vertige procuré le classique manège des chevaux de bois, devient ici l'allégorie de la vie dans le ghetto, le fait de ne pas pouvoir faire autre chose que tourner en rond dans une cage, en perdant même son humanité, pendant que tout autour n'est que misère, injustice et horreur, les rêves s'en vont et il ne reste – peut-être - que les souvenirs…

« Karussell » de Manfred Greiffenhagen et de Martin Roman donna son titre à un des spectacles mis en scène par Kurt Gerron à Theresienstadt, avant d'accepter de tourner « Le Führer offre une ville aux Juifs » avec l'espoir d'avoir la vie sauve. Espoir vain… la dernière image de Kurt Gerron est celle rapportée par un déporté survivant, qui le vit devant la porte grand ouverte d'un wagon s'agenouiller face à un officier SS, en implorant d'être épargné ; après avoir reçu un coup de pied très violent du nazi, Kurt Gerron fut porté à bras par d'autres prisonniers… À l'arrivée à Auschwitz, Gerron fut immédiatement envoyé à la chambre à gaz, avec sa femme. C'était le 28 octobre de 1944, la fin du Reich approchait et ils furent parmi les derniers prisonniers à faire cette fin-là… De ceux qui parurent dans ce documentaire de propagande tournée à Theresienstadt, les seuls à survivre furent Martin Roman et un autre musicien de jazz, le guitariste Heinz Jakob « Coco » Schumann.
« Karussell » est également le titre d'un documentaire sur Kurt Gerron tourné en 1999 par le réalisateur polonais Ilona Ziok.


La traduction anglaise ci-après est attribuée à Siegfried Translateur, sur le blog de Katie Cruel.
Siegfried Translateur (1875-1944) a été un directeur d'orchestre et un compositeur polonais de confession juive. À Berlin il fonda « Lyra », une maison d'éditions musicales. En 1938, les nazis le forcèrent à fermer et Translateur vendit sa société à l'éditeur Bosworth de Londres. Ensuite on perd sa trace. elles se perdirent les traces. On le retrouve à Theresienstadt, où il mourut de privations le 1 Mars de 1944 à l'âge de 68 ans.



Du temps d'il y a longtemps
Quand nous étions petits enfants,
Nous avions comme espérance
De vivre tranquillement chez papa
Ou d'avoir comme récompense
Un tour sur les chevaux de bois
Tous les enfants lançaient le même appel :
Le carrousel, ah s'il vous plaît, s'il vous plaît, le carrousel…

Sur les chevaux de bois
On tournait mille fois
On soupirait à en perdre la tête,
Avant même que commence la fête.

C'était un voyage étrange,
Comme une promenade d'anges
De cette ronde, on ne se lassait pas du tout
Et pourtant, on s'amusait beaucoup.
Et le son de l'orgue de Barbarie
Ne s'oublie jamais dans la vie,
Quand les images ont depuis longtemps pâli,
Dans l'oreille, la mélodie encore retentit:

Sur les chevaux de bois
On tourne mille fois
Quand étourdis, on s'arrête,
On veut rester à la fête.

La vie est une grande illusion
Et donne seulement des passions
Sens et valeur et respiration
Bourse, loterie, ambition,
Cinéma, football, tabac --
À chacun son cheval de bois.
Laissez-nous nos sensations :
L'illusion, ah s'il vous plaît, s'il vous plaît, l'illusion

Sur les chevaux de bois
On tourne mille fois
On soupire à en perdre la tête,
Avant même que commence la fête.
Les hommes ont des ambitions --
Même s'ils vivent dans l'indigence,
Ils veulent être des champions
Même si on a peu d'espérances
C'est quand même une satisfaction
De crier avec d'autres pas de chance :
Écoutez des fantômes la revendication :
La différence, ah s'il vous plaît, s'il vous plaît la différence…

Sur les chevaux de bois
On tourne mille fois
On soupire à en perdre la tête,
Avant même que commence la fête.

C'était un voyage étrange,
Comme une promenade d'anges
De cette ronde, on ne se lassait pas beaucoup
Et pourtant, on s'amusait beaucoup.
Et le son de l'orgue de Barbarie
Ne s'oublie jamais de la vie,
Quand les images ont depuis longtemps pâli,
Dans l'oreille encore, la mélodie retentit.


Sur les chevaux de bois
On tourne mille fois
Quand étourdis, on s'arrête,
On veut rester à la fête.