mercredi 11 septembre 2013

LES CHEMINANTS

LES CHEMINANTS

Version française – LES CHEMINANTS – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Caminanti – Cesare Basile – 2013








Un à un, ils se suivent
Jamais trop près de l'asile
En files décousues
Sur les chemins des conformes
Comme des notes égarées
D'autres chefs-d’œuvre
Mâchés dans la touffeur d'août
À petits pas doux.

Ils sont les fous mais libres
De sortir fumer
De porter sur leur dos la douleur
Intermittente et atténuée
Qui ne les laisse pas
Le devoir ne s'y perd pas
Ils sont libres de fumer
Fous et solitaires.

Ils ont des voix perdues
Dans un corps occupé
Les paroles claires et corrompues
De qui raisonne la maladie
Sont seulement des clepsydres
Pour les gardes de nuit, où
On n'écoute pas les fous
Pour ce qu'ils disent
Vouloir dire

Un regard de temps en temps
Se lève et se rappelle
Que nous étions des enfants

Qu'on pouvait devenir fou de jeu
Que quelqu'un finalement
A réussi vraiment à rire
Un autre en faisant semblant
Et difficilement
A appris à dormir

mardi 10 septembre 2013

AUCUN HOMME N'EST UN HOMME QUELCONQUE

AUCUN HOMME N'EST UN HOMME QUELCONQUE

Version française - AUCUN HOMME N'EST UN HOMME QUELCONQUE – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – Nessun uomo è un uomo qualunque – Claudio Lolli – 2000
Texte de Claudio Lolli
Musique de Claudio Lolli et Paolo Capodacqua





Aucun homme n'est un homme quelconque
Sa valise peut contenir
Un cadeau volé en vitesse
Une rose à porter pour fleurir
Une femme, une femme toute de tendresse

Aucun homme n'est un homme quelconque
Sa valise peut contenir
Un pyjama porté en cellule
Une veste prête à finir
Liberté et pauvreté en soirée

Aucun homme n'est un homme quelconque
Sa vie peut receler

Une douleur qui brûle sa poitrine
Et le dos lui donne à le plier
Une douleur qui force à le respecter.

Aucun homme n'est un homme quelconque
Sa tête peut entretenir
Le souvenir d'un songe qui rêve
Ces pensées qui jamais ne servent
Mais qui rêvent si bien l'avenir.

Aucun homme n'est un homme quelconque
Sa vie peut souffrir
D'un souffle qui lui mord la poitrine
Et lui tord le dos à l'endolorir
Dans le silence du monde où s'accomplit un délit parfait.

Aucun homme n'est un homme quelconque
Son corps peut se complaire
D'un amour cherché sans trêve
D'un amour découvert soudain
D'un amour qui ne manque pas le train.

Aucun homme n'est un homme quelconque
Sa vie peut s'enrichir
D'un amour qui lui brûle le sexe
Qui lui fait cambrer l'échine
D'un amour que tour à tour, nous lui devons offrir.


lundi 9 septembre 2013

EAU DOUCE

EAU DOUCE

Version française – EAU DOUCE – Marco Valdo M.I. – 2013
d'après la version italienne d'une chanson en « laghee » (Lombard)

Akuaduulza – Davide van de Sfroos – 2005

Texte et musique de Davide Bernasconi, alias Davide van de Sfroos.










Dans quelques jours, exactement le samedi 9 septembre 2006, je quitterai la Suisse où j'ai vécu pendant quelques années. C'est en Suisse, de Suisse, que ce site s'est définitivement formé, structuré et développé ; et il continuera en partie à le faire, vu qu'en Suisse reste notre webmaster, Lorenzo Masetti. Riccardo Venturi, par contre, s'offre le dix-neuvième déménagement de sa vie et s'en retourne, cette fois, à Florence. Au moins jusqu'à la prochainefois où il repartira qui sait où, évidemment fêtant de bonne façon le total de ses vingt déménagements de par le monde.
La Suisse est un étrange pays. Si près de l'Italie et de l'Europe, et si loin en même temps. Tous y ont été. Beaucoup y sont allés pour travailler, pas toujours bien traités. D'autres s'y sont réfugiés en fuyant des horreurs de chez nous. D'autres y ont porté leur argent, propre ou sale. Un pays étrange et méconnu, peut-être aux Suisses eux-mêmes. Le pays neutre. Le pays qui ne fait pas la guerre. Le pays où j'aurais pensé le moins du monde à aller vivre ; et j'y suis allé par amour. Sans y réfléchir un instant. Par amour, mais avec en main, un livre d'histoire de la Suisse. Je ne vais jamais dans un pays sans en étudier l'histoire.

Aussi tant que nous y sommes, je voudrais raconter un petit épisode de l'histoire suisse. Nous sommes en 1529. En Suisse, la Réforme luthérienne est arrivée, et ont commencé les luttes intestines, les guerres de religion qui persisteront entre les divers cantons jusqu'à la moitié du XIXième siècle. Confédérés réformés et catholiques s'affrontent sur le terrain, et se préparent livrer bataille dans la localité de Kappel, dans le canton de Glaris. Les deux armées sont déjà rangées, lorsque de Glaris arrive l'huissier et landaman, Hans Aebli, courant, haletant. Il a adhéré à la Réforme, mais il tente tenir son petit canton hors des guerres qui flambent ailleurs. Il se met au milieu des deux rangs, tient un discours et convainc les antagonistes de renoncer à se massacrer entre frères. Sur le champ de bataille, au lieu de la mêlée, on allume un feu ; et on y place un énorme chaudron plein de soupe au fromage. Tous se mettent à la manger, ensemble : protestants, catholiques, commandants, simples soldats. Depuis lors on appelle cette soupe : « Soupe de Kappel ». Au lieu de se faire de la guerre, on mange une soupe.

Ensuite, je voudrais vous en raconter une autre histoire, toujours sans façon. Nous sommes, cette fois, en 1625. Les habitants de Wyl, village sur le Lac des Quatre Cantons (je défie n'importe qui d'en prononcer correctement le nom allemand : Vierwaldstättersee), sont en dispute avec les Lucernois pour des questions de taxes et de gabelles. Et que font-ils ? Ils créent un canton pour eux seuls. Ils déclarent l'indépendance vis-à-vis de Lucerne et mettent sur pied en dix minutes un mignon petit canton tout organisé, de deux kilomètres carrés. De Lucerne, à la nouvelle, est envoyée une puissante armée pour dompter les rebelles : deux canots à rames remplis de soldats désarmés. Ils arrivent à Wyl et reconquièrent le petit canton manu militari ; ensuite les Lucernois abolissent les taxes et les gabelles, la révolte se calme et tous se mettent table.


Vous vous demandez arrivés à ce point : mais qu'est-ce que tout ceci a à voir avec « Akuaduulza » (EAU DOUCE) ? Eh bien, la Suisse est un pays de montagnes. De hauts plateaux. Et aussi de lacs. Il y en a beaucoup. Nous en avons vu une fois, un étrange lac morainique d'une forme fantasmagorique, amiboïde, indéfinissable. Une espèce de matelot comme moi peut aimer la montagne, comme plus que digne de se comparer à de la mer ; sauf le lac. Le lac est un univers qui lui est inconnu. Une flaque d'eau douce pour lequel il nourrit au maximum quelques mots de bienveillance ironique. Avec le sel dans les narines, il pense : « Le lac ne sent rien. Il ne pue pas. » Comme il se trompe. Et combien il flaire un lac ; et chaque lac a son parfum. Et cette flaque d'eau douce sait être une mer. Elle sait être, surtout, un monde infini. Je le dis à la personne que j'aime, qui est née sur le rivage d'un lac (de Lugano); et même à une des piles des CCG, Adriana, qui est née elle aussi sur la rive d'un lac à moitié suisse, à demi italien (le Majeur) et y habite toujours. Douce ou salé, mer ou lac, les CCG sont un site d'eau.
Un petit grand monde infini. Je m'en suis aperçu pas très il y a longtemps, sur un lac même pas grand. À quelques kilomètres de Fribourg. On appelle lac de Morat, ou de Murtensee. J'avais déjà navigué sur un lac, par exemple sur le lac de Trasimène, en Ombrie. Mais il m'est arrivé, sur le lac de Morat, d'appareiller du rivage sur un bateau de la Navigation Marchande suisse pour faire un tour d'une heure qui touche toutes les localités côtières, et d'éprouver une sensation spécifique : me détacher de la terre. Jusqu'à présent, elle avait été réservée seulement à la mer. Je flairais l'odeur du lac. Il peut se faire qu'il ne me soit jamais habituel. Il peut se faire que je ne le reconnaisse jamais comme mien. Mais, sûrement, dans le reste de ma vie, lorsque je me trouverai devant un lac, j'aurai une sensation fort différente de celle que j'avais au début.



Et ainsi, comme dédicace à la Suisse, à ses soupes de Kappel, à ses minicantoni, à son histoire bizarre et à son histoire méconnue, et même à ses gens et surtout leurs« grains de folie », desquels je vais toujours à la recherche par habitude et par nature, j'ai voulu dédier comme hommage d'adieu une chanson qui parle d'un lac. Ce n'est pas un lac suisse, même s'il en est très voisin. Écrit par quelqu'un des « laghee » dont on peut tout dire sauf qu'il ne fait pas la musique avec le son coeur. Ensuite, on peut l'aimer, le détester, on peut y être indifférent, comme on veut. Moi-même, j'aime seulement certaines chansons, de Bernasconi David, alias Davide Van de Sfroos ; parfois, j'éprouve le désir d'aller l’entendre, jouer, et dix minutes après j'irais plutôt à un concert d'Orietta Berti (une chanteuse italienne à succès ; quelque part entre Mireille Mathieu, Carla Bruni et Chantal Goya ou entre Line Renaud et Dalida. [http://www.oriettaberti.it/home.htm]). Cependant, je repense au « Genesio », à « Polenta e galina frègia”», et à cette « Akuaduulza » (EAU DOUCE). Ce sera , pour moi, la chanson du lac. C'est avec cette chanson que je salue lacs et montagnes, et je retourne à ma mer, à cette flaque un peu plus grande et un peu plus salée.
Riccardo Venturi – 2006






Histoire suisse pour histoire suisse, dit Lucien l'âne, en voici une pour compléter celles de notre ami Ventu et confirmer sa définition de la Suisse comme « petit grand monde infini ». Les Suisses disent que la Suisse est le plus grand pays du monde quand on la déplie...



Eau douce, eau douce mais d'une douceur que personne ne veut boire
Eau fatiguée, eau bouffie, elle aspire les jambes des enfants et les rames
Lavandière sur le rivage avec sa planche pour appuyer les genoux
Le savon et la chemise, frotte les tissus et le reflet des montagnes
Cette vague vagabonde est une langue qui baigne les paroles
Langue qui coupe et langue ronde d'abord timide et puis, qui asperge tout.

Eau douce, eau douce trop haute pour se faire caresser
Eau claire ou sale, trop vieille pour remonter
Sous le ventre de chaque barque et sur la tête de chaque pierre
Au-dessus du rosaire de chaque mémoire, mais sur toi pas même un pas ne peut rester
Ni le soleil qui te fouette le dos, ni la lune qui se baigne les pieds,
Ni l'épée de chaque tempête n'arriveront à te laisser même une griffure.

Eau douce, eau douce, eau qui s'enfuit puis revient
Eau verre, eau perle prête pour tous et qui n'attend personne
Face de tortue et face de poisson en carpione
Face qui semble t'appartenir et alors nous te voyons sans te regarder
Quelqu'un fuit la puanteur de l'algue, puis revient se laver
Quelqu'un crache sur ta vague, puis en larmes revient

Eau douce, eau douce : de combien d'eau ces yeux sont remplis
Eau noire et immaculée, eau bénie sans raison
Passe un bateau, passe un hiver, passe une guerre, passent les poissons
Passe le vent qui vole ton manteau et passe le brouillard qui éteint les étoiles
Dans la breva qui mord les vêtements, un pêcheur quitte le rivage
Il rame debout sur cette feuille qui balance avec ma chanson qui jamais ne finit.