samedi 17 août 2013

Alléluia










Alléluia



Chanson française – Alléluia – Jean Yanne – 1972














Ah, Lucien l'âne mon ami, nous avions promis à notre ouebemastère Lorenzo (des Chansons contre la Guerre) de lui présenter une série de chansons de Jean Yanne. C'était dans notre petit dialogue à propos de la chanson de Bertoli « Varsavia »[[71]], chanson que j'avais traduite dans un premier temps, sans la commenter, sous le titre de Varsovie. C'était dans la foulée des commentaires – finalement envoyés – relatifs à la madone noire et au mineur blanc et aussi, car tout cela est lié, à la chanson du 15 août que nous avions mise dans les Chansons contre la Guerre pour fêter la Vierge et toutes les Maries-Marias, judicieusement intitulée « Avec Maria » [[45249]], dont l'auteur et interprète est le même Jean Yanne.






Oui, je me souviens bien de notre promesse et je pense qu'il faudra la tenir. Et par quelle chanson vas-tu commencer ?






Une chanson dont le titre est déjà une indication fastueuse : « ALLÉLUIA ! ». On ne pourrait être plus enthousiaste, plus dominical et plus confit en dévotion. Comme tu le sais, « Alléluia! » est un cri de joie, un moment d'allégresse... Le mot en lui-même signifierait « Gloire à Dieu ! », on ne trouve pas plus religieux et déiste que ça. C'est l'instant charismatique par excellence.






Formidable ! Tu ne pouvais trouver mieux... Mais entre nous, j'imagine que revu par Jean Yanne, je me souviens de ce qu'il a fait de l'Ave Maria de Schubert... J'imagine donc que l' « Alléluia » devient assez décapant pour la mythologie chrétienne...






En effet, Lucien l'âne mon ami, la légende du Christ revue par Jean Yanne se révèle assez farce. Oh, Jean Yanne serait plutôt laudatif, d'ailleurs et admiratif des miracles perpétrés par le Galiléen. Et finalement assez factuel, assez objectif dans la narration. En fait, Jean Yanne s'en tient à ce qui se raconte dans les meilleurs bibles : Jésus marche sur l'eau, qui le contesterait ? Jésus multiplie les poissons (lesquels ne l'avaient pas attendu pour se multiplier entre eux...), tout le monde l'a entendu dire et qui donc, le contesterait ? Pas Jean Yanne, en tous cas ; il se contente d'énoncer l'absurde et d'en tirer les conséquences logiques. Jésus marche sur l'eau... Ergo, il a inventé le ski nautique. Pour le reste, Jésus invente aussi le self-service, l'auto-critique et l'après-moi, le chaos – antienne des politiciens sur le retour. Pour les détails, je te renvoie à la chanson.






Elle est bien courte cette chanson ; j'aurais aimé d'autres couplets...






Vois-tu, Lucien l'âne mon ami, l'inconvénient avec les chansons, c'est que – comme je l'ai déjà expliqué – elles doivent être courtes pour satisfaire aux exigences de l'industrie des médias – disques et radios-télés. Sinon quand on voit ce qu'a fait José Saramago dans « L'Évangile selon Jésus-Christ » (en portugais O Evangelho Segundo Jesus Cristo), dont je te recommande chaudement la lecture , si Jean Yanne avait pu faire plus de couplets, on imagine comment il aurait déshabillé le mythe...






Complètement, je suppose. Ce serait d'ailleurs assez amusant de compléter cette mise à nu de la fantasmagorie biblique. Par exemple, Marco Valdo M.I mon ami, j'imagine sans peine les Romains remplaçant le supplice de la croix par le pal... et – conséquence logique : le signe de ralliement et de soumission au Tout-Puissant qui en découlerait – le majeur pointé vers le Très-Haut ; ou alors, pour un autre épisode biblique – la résurrection de Lazare, Jésus, tel le joueur de flûte de Hamelin emmenant derrière lui les morts qu'il aurait fait lever en masse... tel l'adjudant Péricard, le 8 avril 1915. Quelque chose dans le genre : « Debout les morts ! Et les morts se levèrent et nous eûmes la victoire! » (http://www.youtube.com/watch?v=ltvyLa16hIs). Ou alors, la fameuse Cène, mise en scène par Léonard, où Jésus termine le repas complètement beurré déclamant avec sérieux : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang et à la bonne vôtre » ou encore, pour prolonger la soirée : « Aimez-vous les uns les autres ! »; vu la composition du groupe des treize, la suite devrait plaire aux homos et leur rallier l'Église entière ... Et puis, j'entends les Monty Pythons :« Crucifixion ? Non, liberté... »





Bref, laissons de côté la déconstruction de la légende christique et reprenons notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde enchaîné par les églises, empêtré dans la crédulité, mené par le bout du nez par des pasteurs madrés dans cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres, notre tâche de tisser le linceul de ce vieux monde menteur, mielleux et cacochyme .






Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane









Jésus Christ dit aux apôtres :
« Suivez moi, marchez sur l'eau ! »
Sans se mouiller les uns les autres,
Les voilà qui suivent aussitôt.
Jésus Christ a donc, c'est comique,
Inventé le ski nautique,
Alléluia, Alléluia
Alléluia (Chorus)




Jésus Christ dit « Qu'on m'apporte,
Quelques pains, quelques poissons,
Je les multiplie par millions »,
Et les Hébreux se réconfortent.
Jésus Christ a donc, quelle malice,
Inventé le self-service,
Alléluia, Alléluia
Alléluia (Chorus)




Jésus Christ dans le silence
Du Jardin des Oliviers,
Dit : « Je voudrais m'accuser
De ma désobéissance. »
Jésus Christ a donc, c'est unique,
Inventé l'autocritique
Alléluia, Alléluia
Alléluia (Chorus)





Jésus Christ dit à ses sbires,
Je suis le sauveur attendu,
Et lorsque vous ne m'aurez plus
Vous pouvez vous attendre au pire.
Jésus Christ a donc, quel cynisme,
Inventé l'après-gaullisme,
Alléluia, Alléluia
Alléluia (Chorus ad lib.) 

mercredi 14 août 2013

VARSOVIE

VARSOVIE



Version française – VARSOVIE – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – Varsavia - Pierangelo Bertoli – 1984
(P.A.Bertoli-G.Brandolini)
Dall'album "Dalla finestra"


Varsavia ou les trahisons des clercs.


Te souviens-tu, Marco Valdo M.I. mon ami, que nous avons promis à Lorenzo, un petit dialogue à propos de la chanson Varsavia que tu as récemment traduite sous le titre Varsovie et à propos de laquelle tu avais fait quelques réflexions en aparté ? Arguant si je ne me trompe qu'il te faudrait du temps pour en dire plus et mettre un peu d'ordre dans ces bribes...


Évidemment que je m'en souviens très bien et si je n'étais pas si fatigué, je le ferais ce soir-même et je m'aperçois d'ailleurs en rentrant que Lorenzo a déjà vendu un peu la mèche... Mais pour bien situer la chose, tout m'est venu de la traduction... enfin, comme j'ai l'habitude de le préciser – et ce n'est pas une précision inutile – ce n'est pas une traduction, mais une version. Je prends toujours cette précaution pour éviter certaines chicanes et aussi, de donner une dimension poétique dans la langue d'arrivée : ici, le français. En quelque sorte, c'est une recréation. Donc, en donnant la version française de Varsovie, durant l'élaboration, il m'a bien fallu aussi essayer de comprendre de quoi cette chanson parlait.


De Varsovie, je présume, dit Lucien l'âne.


C'est l'évidence. Elle raconte un moment de Varsovie, une histoire à Varsovie, une nuit où s'abat sur la ville une pluie effroyable et une répression policière, militaire et politique. Des nuits de ce genre, me dis-je, Varsovie en a connu beaucoup. On est dans une maison ; il y a là un couple : l'un ou l'une veut faire l'amour, l'autre pleure et une voix – homme ou femme – raconte les événements. On a tué le fils ; c'est comme si on tranchait dans l'avenir. Une nuit de coup d'État, une nuit où le pays tout entier bascule.


Jusque là, dit Lucien l'âne en hochant son grand crâne et en balançant ainsi ses oreilles, on pourrait être au Caire, à Tunis, à Berlin, à Paris, à Madrid, Lisbonne, Athènes... En somme, dans presque toutes les villes du monde. Par exemple, Buenos-Aires pourrait très bien convenir aussi ou Santiago ou Shanghai, Pékin, Chicago, Kinshasa, Damas, Stamboul, Ankara ou Moscou... J'arrête mon énumération...


Et c'est exactement ce que voulait l'auteur de la chanson, comme le rappelle Lorenzo dans sa note. Mais tout devient plus complexe par la suite... À cause de cette madone noire et de ce mineur blanc, qui semblent former un couple... Et c'en est un, d'ailleurs. Je cite :
« Sur l'autel, il y a une madone noire
Mais c'est la main du mineur blanc. »
Comme Lorenzo a déjà, comme je l'ai dit, vendu la mèche, je vais directement au fait : il s'agit de la Vierge noire de Czestochowa et son plus ardent admirateur, le mineur blanc, alias Jean Paul II, lui aussi polonais et fervent idolâtre de la Vierge."Totus tuus", tout à toi, telle était sa devise. C'était évident pour moi, mais il vaut mieux préciser les choses pour la suite... et la compréhension de la chanson. Certes, elle a dénoncé un coup d'État militaro-politique (en l'occurrence, celui de Jaruzelsky, opéré sur ordre de Moscou) et donc, la trahison des communistes polonais face au rêve de société égalitaire qu'ils avaient promis aux gens, spécialement aux pauvres. Mais la chanson dénonce immédiatement l’autre grande trahison, celle de Woytila et de son parti... je veux dire de son Église. Lui aussi avait promis aux pauvres gens... Mais il n'était pourfendeur du communisme (l'église concurrente, instrumentée par et pour d'autres puissants, soit dit en passant) que pour appuyer le parti des riches et des puissants du monde. On retrouve là le vrai rôle de l'Église dans la Guerre de Cent Mille Ans : mener le troupeau des pauvres pour le plus grand profit des riches... Ce qui est encore vrai aujourd'hui. Et, c'est ce qui s'est passé en Pologne et les pauvres gens de Pologne connaissent maintenant le prix de cette trahison et en sauront encore plus demain.
« Seule une masse de pauvres gens
À humilier, à rendre impuissants,
Seule une masse de pauvres gens
À faire plier, à rendre obéissants. »


En fait, il me semble à présent que c'est un peu la même chose que racontait la chanson que tu avais écrite à propos des événements de Berlin quelques années plus tard, quand ils ont fait tomber le mur... où tu disais :
« L'Autre Côté du Mur n'a rien d'un « Sunny side of the street ». 
et
« On abat en même temps que le mur
Toute une vie collective
On étend la misère d'un côté, comme de l'autre
C'est la vie

La liberté d'exploiter passe derrière le mur
On crée le chômage individualisé
Richesse d'un côté, pauvreté de l'autre
C'est la vie » [[7911]]







Et tu pourrais ajouter, mais là c'est encore une autre église, mais la même histoire : Regardez ce qu'ils font aux Grecs... Enfin, pour conclure très provisoirement... en ce qui concerne la chanson Varsavia, elle renvoie dos à dos les deux églises (la catholique et la communiste) pour cause de trahison des clercs, en quelque sorte et c'est là le fait essentiel.






Nous, nous qui ne sommes pas chrétiens, nous qui sommes des bêtes de somme – traduction française de notre devise que nous devons aux paysans pauvres de Lucanie qui disaient à Carlo Levi : « Noi, non siamo cristiani, siamo somari », nous essayerons de ne pas trahir et de ne pas tromper... Alors, reprenons notre tâche essentielle qui est de tisser, tels des Canuts modernes, le linceul de ce vieux monde passéiste, clérical, brutal, violent, traître, menteur et cacochyme.









Heureusement !







Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





C'est la nuit à Varsovie ; il pleut fort
Éclairs et tonnerres brisent
Un ciel plus noir que la mort
À Varsovie , les portes sont closes
Dans une maison, l'un pleure
L'autre voudrait faire la chose
Comment puis-je te tenir sur mon cœur, trésor
Quand cette nuit à Varsovie, on meurt ?
Comment puis-je te tenir sur mon cœur, trésor
Quand cette nuit à Varsovie, on meurt ?

Mon garçon de vingt ans, ils ont tué
De rage ou de peur, ils l'ont tué
Car c'était une force future
Sur la place, j'ai vu tant de fleurs
Piétinées et dispersées avec fureur
Par qui emploie la loi et se sert du bâton
Et sur les autres a des prétentions de maître
Par qui emploie la loi et se sert du bâton
Et sur les autres a des prétentions de maître

Sur l'autel, il y a une madone noire
Mais c'est la main du mineur blanc
Qui a signé des traites en blanc
Sur le dos d'un peuple déjà fatigué
Las, soûlé d'églises et de prophètes
Car sur le terrain
Il n'y a que les hommes normaux
Pas les chefs d'État ou les généraux,
Car sur le terrain
Il n'y a que les hommes normaux
Pas les évêques , ni même les cardinaux

Ils nous ont trahis nombre de fois
Avec cynisme et détermination
Ils ont envoyé frères et camarades en prison
Et ils ont muselé l'illusion
Il n'y a pas de peuple patron
Il n'y a pas encore peuple gagnant
Seule une masse de pauvres gens
À humilier, à rendre impuissants,
Seule une masse de pauvres gens
À faire plier, à rendre obéissants.

Et pour tous aujourd'hui, c'est un jour noir
Trop de queues de paille brûlent
Trop de rage pour qui vit encore de l'espoir
En un monde qui s'écroule
C'est la nuit à Varsovie ; il pleut fort
Une pluie qui ruisselle sur nos douleurs
Comment puis-je te tenir sur mon cœur, trésor
Quand cette nuit à Varsovie, on meurt ?
Comment puis-je te tenir sur mon cœur, trésor
Quand cette nuit à Varsovie, on meurt ?

mardi 13 août 2013

Avec Maria

Avec Maria

Chanson française – Avec Maria – Jean Yanne – 1965

http://www.dailymotion.com/video/x5prik_irenee-le-divin-enfant_music









Comme il est de tradition dans nos pays de fêter au 15 août, la Sainte Marie, la Vierge Marie, les Maries, les Marias, j'ai pensé qu'il faudrait trouver une chanson appropriée... Question de faire la fête à marie, de faire danser la Maria.


C'est là, dit Lucien l'âne hilare, une touchante attention... D'autant que, pour ce que j'en sais, tu danses comme un hippopotame ivre. Gare aux pieds des dames quand tu entres en piste... Mais enfin, pour la fête à Maria, c'est l'intention qui compte.


C'est sûr que je n'ai rien d'un danseur mondain, je ne suis pas un émule de Nijinski et je n'ai certes pas la grâce de Nureiev [http://www.youtube.com/watch?v=fHD6Ly0oYpA]... mais, de toute façon, je n'ai aucune intention dansante avec qui que ce soit. C'est juste que je voulais te faire connaître l'Avec Maria de Jean Yanne. Bien évidemment, on y retrouve l'Ave Maria de ce bon Franz Schubert [http://www.youtube.com/watch?v=zl-OeIH4IPA] et aussi, pour la bonne bouche, la version de Tino Rossi ; c'est vraiment hallucinant : [http://www.dailymotion.com/video/xvnfnu_tino-rossi-ave-maria-d-apres-schubert-chanson-francaise_music]. Alors on comprend Jean Yanne de l'avoir comment dire... parodié ? Comme Francis Blanche fit une Truite mémorable... [http://www.youtube.com/watch?v=CJXeFvizfu4]... Mais grâce au Ciel, cet anarchiste (Dieu nous en préserve!!!) de Jean Yanne en fait une chanson populaire, au meilleur sens du terme. Voici un ouvrier de chez Citroën qui s'en va danser « avec Maria ». Un vrai conte ouvrier, que dis-je prolétarien... Ils se marièrent et eurent un enfant que tout naturellement, ils nommèrent Irénée... car Irénée le divin enfant [http://www.youtube.com/watch?v=W2QEYNMIem4] et une nouvelle fois, illustré par la version du Tino Rossi des ménages : http://www.dailymotion.com/video/xv9r37_tino-rossi-il-est-ne-le-divin-enfant-chanson-francaise_music; comme tu le vois, une immense connerie, ce délire papiste. Imagine ce qu'en aurait dit notre bon curé Meslier[[5393]]. Mais rassure-toi, ce divin enfant... on le retrouvera bientôt dans une autre chanson de Jean Yanne, ce vrai iconoclaste, qui une nouvelle fois, l'assaisonnera d'épices voluptueuses et quelque peu perverses ...


Ma, noi, non siamo cristiani, siamo somari... Heureusement d'ailleurs, dit Lucien l'âne – L'Asino risuscitato. Ni toi, ni moi... On ne survivrait longtemps dans un bain d'eau bénite... Alors, reprenons notre tissage et tressons le suaire (Saint Suaire, évidemment, cette fois!) de ce vieux monde gangrené de bondieuseries, malade de la peste œcuménique, infesté de papisteries en tous genres, confit dans l'huile mariale et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Du début jusqu'à la fin de la semaine,
Je suis P3 chez Citroën.
C'est un bon petit boulot
Avec cantine et avantages sociaux.
Je suis copain avec Nénesse
Qui est délégué du syndicat
À la chaîne des boîtes de vitesse.
Je suis heureux comme un roi
D'autant plus que le samedi
Et le dimanche aussi,
Avec, avec, avec Maria
on va danser la java

Maria, c'est la jouvencelle
Chez qui je vais tous les midis
Pour faire chauffer ma gamelle
Dans son petit bain-marie
Je l'ai connue l'année dernière
Au bal de la RATP
Où ce que travaillait son frère
Comme prêtre-ouvrier
Et ce soir-là messieurs dames
À la salle Wagram
Avec, avec, avec Maria
On a dansé la java

On s'aime tout comme Adam et Ève
On va bientôt se marier
On attend la prochaine grève
Pour que je sois augmenté
Mais comme l'a dit mon contremaître
Quand on est jeune, faut se dépêcher
Ainsi un enfant va naître
Qu'on appellera Irénée
Irénée le divin enfant
Et le soir sans un mot
Autour du berceau
Avec, avec, avec Maria

On ira danser le tango.

lundi 12 août 2013

ODE À PASSANNANTE

ODE À PASSANNANTE



Version française – ODE À PASSANNANTE – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – Ode al Passannante – Carlo Ghirardato – 1998






Giovanni Passannante, anarchiste, cuisinier, bon pour les pauvres, généreux et lèse-majesté



J'ai rencontré la figure de Giovanni Passannante alors que je discutais et écrivais et réécrivais l'introduction à l'« Hymne à Oberdan ». Mais – je le répète – l’irrédentiste Oberdank n'a rien à voir avec l'anarchiste Passannante. Cependant, il m'aurait déplu qu'il n'y eût pas une chanson sur lui… Heureusement j'ai trouvé celle-ci, écrite par Carlo Ghirardato, chanteur lyrique et musicien amoureux de Fabrizio De André.

Giovanni Passannante était né à Salvia de Lucania en 1849, dernier de dix enfants, dans une famille très pauvre. Il fut forcé à travailler dès l'enfance comme journalier et berger. Plus tard, un officier de l'armée, son concitoyen, le prit à son service et cela lui permit de reprendre ses études interrompues trop tôt. Il connut ainsi la pensée de Mazzini et devint républicain. D'abord à Potenza, ensuite à Salerno, il travailla comme cuisinier et politiquement se rapprocha toujours davantage de l'anarchisme. Il offrait des repas gratis aux pauvres, l'hôte anarchiste Passannante, et pour cela, il fut licencié par son patron.

En novembre 1878, il se rend à Naples et en premier lieu, il troqua sa veste avec un couteau, un petit canif avec une lame de huit centimètres. Le 17 novembre 1878 avec cette lame insignifiante, il attaqua Umberto Ier d'Italie qui se trouvait en visite officielle dans la ville. Le roi eut à peine une égratignure… Passannante fut arrêté, torturé, condamné à mort, gracié et dès lors, enfermé dans une cellule pour toute la vie, une petite cellule minuscule au pénitentier de Portoferraio à l'île d'Elbe, très humide et insalubre car elle se trouvait sous le niveau de la mer, où régicide manqué, il fut couvert de chaînes et oublié jusqu'à ce que, après dix ans (1888), inévitablement il craqua et fut transféré à l'asile de Montelupo Fiorentino où il mourut en 1910 (22 ans plus tard), sans par ailleurs jamais s'excuser, demander un pardon ou une pitié.

Et les perfides Savoies ne se contentèrent pas de voir mourir Passannante de mort lente, mais ils firent arrêter tous les membres de sa famille et les firent enfermer à l'asile d'Aversa où – aussi eux, pourtant innocents – restèrent prisonniers jusqu'à la fin de leurs jours. Et encore, comme si ça ne suffisait pas, les nobles royaux infligèrent une punition collective à sa ville natale, qui de Salvia fut rebaptisée Savoia di Lucania, comme elle s'appelle malheureusement aujourd'hui encore

Le geste de l'anarchiste, la terrible fin qui lui fut réservée et le courage avec lequel il l'affronta, acquirent à Passannante de très nombreuses sympathies. Même Giovanni Pascoli lui dédia une ode, aujourd'hui perdue, qui ouvrit au poète les portes de la prison… sauf que Pascoli après seulement huit jours rétracta tout, alors que Passannante – comme il est dit – eut une tout autre résistance.

Une chose dont je ne m'étais pas souvenu (antérieurement) à propos de Passannante et de la cruauté inhumaine que les Savoies lui appliquèrent (à lui, à ses parents et à sa terre entière) est qu'ils ne cessèrent même pas de le torturer après sa mort, survenue à l'asile criminel de Montelupo Fiorentino le jour de la Saint-Valentin de 1910. En effet, son horrible détention fut prorogée ad libitum puisque sa tête fut coupée, son crâne ouvert et son cerveau extrait, et crâne et encéphale furent exposés à partir de 1936 au musée criminologique de la via del Gonfalone à Rome.

Maintenant, en ces temps dominés par la physiognomonie et l'eugénisme lombrosien, ce macabre usage était plutôt commun (je ne suis pas sûr, mais il me semble que même la tête de Cesare Lombroso serait dans le formol ici à Turin… un jour, j'irai vérifier) mais cependant contre Passannante, même mort, il y eut un acharnement sans égal.

En mai de 2007, après de nombreuses interpellations parlementaires et grâce aux initiatives du comité « Pro Salvia » de Salvia [Savoia] de Lucania, les restes de Passannante ont trouvé une sépulture au cimetière de son pays natal. À l'enterrement – qui se fit en cachette, un jour avant le jour prévu – étaient présents seulement le maire, un fonctionnaire de la Région Basilicate et quelques agents de la Digos qui avaient convoyé le « prisonnier » de Rome jusque là…

Je ne crois pas que ce fut un bien. Laisser Passannante exposé à Rome aurait peut-être mieux servi la mémoire de la « Guerre de Cent Mille Ans que les riches font impitoyablement aux pauvres », comme le rappelle toujours notre Marco Valdo M.I…. Et ensuite le laisser enterrer ainsi, avec un subterfuge et sans ses proches pour lesquels il donna la vie…De toute façon, c'est fait…

Maintenant cependant il faut absolument que ce nom de « Savoia » disparaisse et revienne l'ancienne dénomination de Salvia de Lucania, pour que renaisse le parfum de l'herbe aromatique et des saules et disparaisse à jamais la puanteur de mort et de sang qui toujours accompagne le Pouvoir.
Sinon Giovanni ne pourra jamais trouver la paix.

(sources :
Alessio Lega et Massimo Ortalli sur Revue Anarchique n.326/2007 ;
Sur les traces de Passannante, extraits de la thèse de licence de Paola Rossi publiée sur le site du Cercle culturel Sandro Pertini de l'Elbe ;
Pétition pour rendre à Savoia di Lucania son nom originaire, Salvia de Lucania, du site de l'acteur et du metteur en scène Ulderico Pesce, auteur du spectacle « l'arroseur du cerveau de Passannante »)

(Bartolomeo Pestalozzi)



Ta veste de velours
Tu l'as vendue pour huit sous
Afin d'acheter ce couteau,
Une demi lire, et faire sa balafre
À Umberto Ier : premier de quoi ?

Passannante aïe mon gars !
Prométhée du monde paysan,
Monde qui, selon tes mots, parfois:
« vend jusqu'à l'honneur
de ses fillettes »

Mère Maria Fiore
Maman rendue idiote
Par la faim et la douleur,
Peine et encore douleur
Pour Giovanni entre tous
Ton meilleur fils

Giovannino
En selle sur l'alphabet
Paladin de fortune,
En cherchant le dragon
Tu trouvas un roi, et celui-là
Était nu comme toi !

Hé, mon gars
Fils roturier
Au cœur de seigneur
Sans doute avais-tu raison :
Le roi comme une nuée d'abeilles
Entre nous et le soleil.

Ensuite arriva ta grâce
Pire que ta mort
On t'enterra vif
Sous une tour
Sous le niveau de la mer,
Là où brûle le sel
De la grâce royale.

Passannante jamais repenti
De ce geste contre l'oubli,
Ton regard d'enfant doux et gentil
A conquis Pascoli
Le poète sur ta plaie mit
Son doigt joli.

Passannante, ne pleure plus

Le roi ne règne plus.