mercredi 1 février 2023

Les Méditations

 





Les Méditations





Chanson française — Les Méditations Marco Valdo M.I. — 2023




LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.







LA ZINOVIE



Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 6: Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; 071. Épisode : Un Conflit avec l’Étranger ; 072 : Petit Manuel de Survie ; 073. La Banalité ; 074. La Ligne de Conduite ; 075 : Les Femmes de Zinovie ; 076. La Légende ; 077 : Le Devoir sacré ; 078 : Les nouveaux Soldats ; 079 : Bruit de Fond ; 080 : Une résistible Ascension ; 081 : La Zone interdite ; 082 : Les Pommes ; 083 : La Normalité ; 084 : L’Autorisation ; 085 : L’Exclusion ; 086 : Quelle Affaire ? ; 087 : Le Vase vide ; 088. Introspection ; 089. Le Pays gris ; 090. Tout un Style ; 091. L’État unique ; 092. Le Veilleur de Nuit ; 093. Le Questionnaire ; 094. Le Roi des Rats ; 095. Si tu veux la Paix ; 096. Les Vieilles et la Guerre ; 097. L’Étoile filante ; 098. La Guerre nécessaire





Épisode 99






MÉDITATIONS



Enrico Baj — 1975








Dialogue Maïeutique


Les méditations, dit Lucien l’âne, voilà un titre que ne renieraient ni le philosophe (Descartes), ni le poète (Lamartine) qui, rameur poétique et amoureux, sur le lac, méditait paisiblement ainsi :


« Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices,

Suspendez votre cours !

Laissez-nous savourer les rapides délices

Des plus beaux de nos jours ! »,


ni sans doute un théologien porté sur la mystique, mais j’imagine qu’il ne s’agit d’aucun des personnages du genre ici évoqués.


Non en effet, répond Marco Valdo M.I., et j’ai un peu de mal à formuler ma réponse. Enfin, voici. Comme toujours dans les chansons qui relatent ce voyage, on entend percer dans le brouhaha qui fait le quotidien sonore de la vie en Zinovie une ou plusieurs voix ; par ailleurs, anonymes. En fait, ici, une seule voix nous parle, mais elle se contente pour l’essentiel de rapporter ce que dit le Guide, ce qu’il pense, ce qu’il médite. En quelque sorte, elle s’est introduite dans la tête du Guide et de là, elle répercute son monologue intérieur, ses ruminations, qu’elle appelle pudiquement ses méditations.


C’est plus chic, dit Lucien l’âne, je le concède. Alors, qu’est-ce qu’elle nous chante cette chanson ?


Comme les précédentes, Lucien l’âne mon ami, elle est faite de quatre parties. Cela, tu le sais déjà. Dans la première, il est fait écho au « grand projet d’avenir sacré » que ressasse le Guide.


Encore l’avenir radieux ?, demande Lucien l’âne.


Oui, reprend Marco Valdo M.I., mais cette fois, sacralisé, nimbé d’une aura religieuse. On s’attend à voir surgir derrière le Guide un Patriarche barbu, vindicatif, inspirateur, imprécateur et belliqueux. Il y a là un ton de danse macabre perverse.


« Faire une fête, faire une foire,

Inviter le monde à danser.

Entraîner le monde dans la guerre,

Au grand bal des horreurs… »


Et puis, la suite ?, demande Lucien l’âne.


La suite ?, dit Marco Valdo M.I., se décline en trois morceaux. Les propos de l’appel à la mobilisation des hommes de Zinovie, avec en fond encore une sorte de délirante ballade d’un nouveau Grand Macabre. C’est le second morceau.


« Il nous faut mener une vraie guerre,

Déployer une armée fantomatique

D’hommes véritables, d’hommes décidés,

D’hommes capables de décisions fatales,

D’hommes coupables d’actions létales :

Hommes viables, hommes décédés,

Hommes dessiqués, hommes disséqués,

Hommes dépiautés, hommes dépités. »


Puis, le troisième où le Guide consterné se lamente de l’échec de son grand plan :


« C’est toujours ainsi en Zinovie,

À peine lancé, tout fout le camp. »


Et finalement, la quatrième partie, nous apprend le destin du « responsable désigné » de cette déculottade.


« Général le plus décoré en place

Il est mort secrètement à l’hôpital.

C’est la règle, c’est normal :

Qui on envoie à l’hôpital,

En Zinovie, perd sa place ;

Sans attendre, un autre le remplace. »


En somme, dit Lucien l’âne, ça m’a l’air d’un grand classique de l’Histoire cette disparition hospitalière opportune de ce général, mué ainsi en victime expiatoire du délire impérial. Vae victis ! — Malheur aux vaincus !, disait aux sénateurs romains le barbare gaulois. Enfin, c’est ce qu’on raconte ; m’est avis que c’est une phrase légendaire aussi crédible que les rodomontades du Guide de Zinovie. Cela étant, tissons le linceul de ce vieux monde barbare, idiot, fanfaron, lunatique et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane








Un grand projet d’avenir sacré.

Pour tous, une profession de foi :

Rationalité, efficacité, autorité,

Un grandiose plan global, une loi,

Entrer dans la Grande Histoire,

Rejoindre l’immensité.

Faire une fête, faire une foire,

Inviter le monde à danser.

Entraîner le monde dans la guerre,

Au grand bal des horreurs,

La terreur doit pénétrer les cœurs,

Pour en vainqueur écraser l’adversaire.


À nous, Zinoviens, on ne la fera pas.

Dit le Guide. Il nous faut dans l’État,

Créer un État militaire, c’est élémentaire,

Pour protéger la Zinovie pacifique,

Il nous faut mener une vraie guerre,

Déployer une armée fantomatique

D’hommes véritables, d’hommes décidés,

D’hommes capables de décisions fatales,

D’hommes coupables d’actions létales :

Hommes viables, hommes décédés,

Hommes dessiqués, hommes disséqués,

Hommes dépiautés, hommes dépités.


C’est toujours ainsi en Zinovie,

À peine lancé, tout fout le camp.

En une laborieuse inertie,

Tout se délite en dépit des plans.

Malgré les instructions, les dispositions,

Les conceptions stratégiques, la tactique,

Les troupes d’élite, les divisions, les bataillons,

Et les grandes idées historiques,

Les fusées explosent en l’air,

Les pensées roulent à l’envers.

Rien ne va plus, tout s’en va.

Chacun doit faire ce qu’il doit.


Un général, ça meurt debout

Au front, en héros malgré tout.

Avec les honneurs, les laudations,

Les discours, les fleurs, les distinctions,

Sa photo dans les journaux, à la télé,

Le génial général s’en est allé.

Général le plus décoré en place

Il est mort secrètement à l’hôpital.

C’est la règle, c’est normal :

Qui on envoie à l’hôpital,

En Zinovie, perd sa place ;

Sans attendre, un autre le remplace.

mardi 31 janvier 2023

LES FLOCONS BLANCS

 


LES FLOCONS BLANCS


Version française — LES FLOCONS BLANCS — Marco Valdo M.I. — 2023

d’après la traduction italienne — FIOCCHI BIANCHI — Riccardo Venturi — 2009

d’une chanson féroïenne — Hvítar flykrur — Frændur — 1986





NUIT D’ÉTÉ AUX FÉROÉ


Ingálvur av Reyni — 1948





Tórshavn, îles Féroé


En l’an de grâce 1979, je me suis retrouvé de passage dans les îles Féroé pour une escale de quelques heures. Juste le temps de débarquer, de me promener dans Tórshavn sous un blizzard de toutes sortes (eau mêlée de neige, vent à quatre-vingts à l’heure — et on était à la mi-juin…) et de remonter sur le bateau qui m’emmènerait en Islande. Quelque temps plus tard, un type que je connaissais et qui était également passé par les îles des Moutons m’a donné deux ou trois choses : des photocopies du seul manuel de conversation italo-féroïen (féroïen, féringien ou autre) et une cassette pirate d’un album récemment sorti de Frændur, les “Parenti” (Les Parents), le groupe de rock le plus célèbre de l’archipel, également accompagnée d’un paquet de photocopies avec les paroles. L’album, Frændur II, a alors connu un succès si retentissant qu’il a été l’album le plus vendu de l’histoire en langue féroïenne. Il y avait, dans cet album, une petite chanson que j’avais apprise par cœur à l’époque et qui m’a fait connaître, quelques années plus tard, dix minutes de popularité dans un bus florentin ; comme j’ai l’habitude de la chanter à voix haute, au moment où je la fredonnais dans un bus, j’ai été dévisagé par un couple à l’air incrédule qui m’a parlé dans une langue étrange. J’étais tombé sur le seul couple de Føroyingar (Feroïens?) qui visitait Florence. Je leur ai répondu en bafouillant quelque chose en islandais (une langue similaire, mais pas trop) et j’ai fini quand ils sont descendus à l’arrêt piazza del Duomo d’un air entre amusé et interrogatif. Le temps et les déménagements m’ont ensuite fait perdre à la fois la cassette et les photocopies. J’ai oublié le texte, à l’exception des deux premiers vers qui remontent parfois à la surface : hvùitar flikkrur leggia sé au greinar, tràii sgal nu hùila eina tùi, et de reproduire ainsi au mieux la prononciation. Passé, tout passé. Imaginez aujourd’hui quand j’ai réalisé qu’il y avait cette petite chanson sur YouTube, bon sang. Et que, en la réécoutant après des années de fracas, je me suis soudain souvenu du reste des paroles et me suis mis à la chanter en caleçon ce matin, seul à la maison. Si vous étiez passé par là, vous auriez vu une scène digne de finir sur YouTube, je le jure. Une jolie petite chanson d’amour sans prétention, chantée par Eyðun Nolsøe, qui est la sœur de Rani Nolsøe, le leader de Frændur dont la Wikipédia féroïenne me dit qu’il est toujours en activité. S’ils savaient ! Oui, sans prétention, mais un petit bout de ma vie que, comme toujours, je sauve ici en m’excusant. Je n’avais pas encore envie de le laisser partir. Je ne l’oublierai donc plus. Et peut-être aussi, pour ceux qui captent cette page, une chance d’entendre une petite et très ancienne langue [RV].






Les flocons blancs posés sur les branches,

L’arbre pourra se reposer un peu,

Les flocons se posent sur mes épaules

Et pèse sur moi le temps sombre

Qui maintenant m’encombre.

Un que j’aime me manque,

Un que j’aime tant me manque.


Suis-je blanc comme le bel arbre

Qui attend le soleil dans le froid ?

Tous les flocons vont fondre

Et deviendront mes souvenirs d’autrefois

Et je conçois mes affres :

Un que j’aime me manque,

Un que j’aime tant me manque.


Je sais ma peine, je sais mon manque :

Un que j’aime me manque,

Un qui m’aime tant me manque.