samedi 3 septembre 2022

CRISTALLOMANCIE

 

CRISTALLOMANCIE


Version française — CRISTALLOMANCIE — Marco Valdo M.I. — 2022
Chanson finlandaise (finnois) — KrystallomantiaKorpiklaani — 2022



Les superstars du Folk Metal finlandais KORPIKLAANI ont sorti un nouveau single intitulé “Krystallomantia” qui voit le groupe coupler son son caractéristique avec ses paroles les plus politiquement influencées à ce jour. La chanson anti-guerre, mélancolique mais optimiste, a été écrite sur l’Ukraine et l’invasion russe en cours dans ce pays.

KNAC. COM

 

 

 




LA BOULE DE CRISTAL

John William Waterhouse — 1902

 

 

 

Dialogue maïeutique


Dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, qu’est-ce qui peut pousser les gens à recourir à la cristallomancie, laquelle, si je ne me trompe, consiste à lire l’avenir ou un présent distant et invisible au travers d’une boule ce cristal, un art qu’on attribuait aux sorcières et à certains anciens manciens.


Oui, dit Marco Valdo M.I., la cristallomancie était anciennement une science de la divination, disons plus exactement, une pseudo-science qu’étaient réputés maîtriser les sorcières, mais aussi toutes sortes de devineresses et de devins le plus souvent auto-proclamés tels. Depuis, d’autres s’y essaient également en amateurs de transes. Cela dit, c’est bien à cet art divinatoire que se réfère la chanson et à titre tout à fait métaphorique et en un usage purement poétique. J’ajoute qu’ici dans la chanson, il n’est nullement question d’une sorcière ; il s’agit d’une cristallomancienne — ça fait plus professionnel, un peu comme nécromancienne.


Je vois, dit Lucien l’âne. Mais au fait, que raconte-t-elle cette chanson, car encore une fois, tu as noyé le poisson avec ta digression.


Je m’en vais te répondre à l’instant, Lucien l’âne mon ami, mais avant ça, je voudrais situer la chanson dans son contexte et à plus sieurs égards. D’abord, souligner que c’est une chanson on ne peut plus contemporaine — elle date de quelques semaines et il faut bien vu qu’elle parle de la guerre en Ukraine. Un autre point, c’est qu’elle (du moins, sa version originelle en suomi) nous vient de la lointaine Finlande — en finnois, Suomi, laquelle entretient une proximité dangereuse avec l’ours Igor, nommé dans la chanson et figure emblématique de la Russie ; un voisinage périlleux de 1 200 Km de long, avec un ursidé féroce qui est actuellement

d’humeur à agresser et envahir ses voisins. C’est là que la divination a son rôle à jouer en tirant le signal d’alarme, en sonnant le tocsin.


En gros, dit Lucien l’âne, si je comprends bien, l’affaire se résume ainsi :


« Avant était avant ;

Avant, l’ours était assoupi.

Maintenant est maintenant ;

De sa tanière, l’ours est sorti. »


Tu résumes parfaitement, Lucien l’âne mon ami. Cependant, la chanson fait plus que sonner l’alerte, elle annonce la résistance, elle l’appelle de ses vœux, elle l’appelle par avance :


« Non, il n’y a aucune raison de s’incliner,

Vous pouvez peut-être nous écraser,

Nous mourrons, mais la terre mère

D’un sol d’or revivra fière. »


Elle a raison, dit Lucien l’âne, surtout, quand on vit près d’un ours, on n’est jamais trop prêt à se défendre et tous ensemble, les morts y compris, comme le disait Piero Calamandrei dans « Lo avrai Kamerata Kesselring ». En Italie, certains ont adopté et conservent cette antienne qu’on a faite nôtre également : « Ora e sempre : Resistenza ! ». Allons, tissons le linceul de ce vieux monde préhistorique, barbare, imbécile et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




La danseuse, devant le musicien silencieux,

Est pétrifiée ; le kantele est en feu.

Le soleil sans lumière,

Dans le rêve, se réverbère.


La cristallomancienne voit

Un guerrier, sa poitrine, le fer

Jamais ne rouillera.

Elle dit la vie est comme la guerre

Et le temps ; aujourd’hui, le soleil passe ;

Demain, reviendront le gel et la glace.


Non, il n’y a aucune raison de s’incliner,

Vous pouvez peut-être nous écraser,

Nous mourrons, mais la terre mère

D’un sol d’or revivra fière.


La cristallomancienne voit

Un guerrier, sa poitrine, le fer

Jamais ne rouillera.

Elle dit la vie est comme la guerre

Et le temps, aujourd’hui, le soleil vient ;

Mais demain…


Avant était avant, maintenant est colère.

Avant le grain houlait, le grain riait bien fort.

Avant était avant, maintenant est tonnerre.

Mauvaise faux, rumeur et réveil du fort :

Igor de l’Est massacre depuis sa tanière.


Avant était avant, maintenant est colère.

Avant le grain houlait, le grain riait encore.

Avant était avant, maintenant est guerre.

Mauvaise faux, rumeur et roulement et réveil du fort :

Igor de l’Est massacre depuis sa tanière.


Avant était avant,

Avant était avant,

Avant était avant.



vendredi 2 septembre 2022

Le Congé éternel


Le Congé éternel


Chanson française — Le Congé éternel Marco Valdo M.I. — 2022




LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; 064. Que faire ?; 065 : Ni chaud, ni froid ;

 

 

Épisode 66







LA MÉRIDIENNE

Vincent Van Gogh — 1890-91





Dialogue Maïeutique


À voir ce titre, dit Lucien l’âne, j’ai des visions macabres.

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, détrompe-toi, il n’en est rien. Ce congé éternel est bien sûr une vision de l’esprit, mais pas nécessairement macabre. En fait, il désigne autre chose que ce que tu imaginais. Évidemment, cette expression de « congé éternel » convient parfaitement pour désigner la mort et de ce point de vue, tu as complètement raison, je ne saurais en disconvenir.


Soit, dit Lucien l’âne, mais alors quoi ? De quoi est-il question ?


Ah, dit Marco Valdo M.I., ce congé éternel, c’est tout le contraire du temps macabre, ce n’est vraiment pas l’univers de la mort, c’est la vie, mais par n’importe quelle vie. C’est là le thème central de la chanson : la vie en rêve.


« La vie en rêve, c’est évident,

C’est le véritable paradis.

En rêve, personne pour vous obliger ;

La vie alors est un éternel congé. »


Qui peut avoir de telles idées ?, demande Lucien l’âne.


Comme d’habitude en ce voyage, dit Marco Valdo M.I., et j’ajouterais, comme d’ordinaire en Zinovie, qui a de telles idées se garde bien de révéler son identité ; c’est une voix anonyme et c’est la voix de toute la chanson.


Et donc pas si anonyme que ça, dit Lucien l’âne, même si on ne peut lui mettre un nom.


Peut-être, répond Marco Valdo M.I., mais en tout cas, elle échappe ainsi aux services et à leurs sévices.


Alors, que dit-elle cette vox clamantis in deserto zinoviano ? , demande Lucien l’âne.


En fait, continue Marco Valdo M.I., cette vie en rêve est une manière de clandestinité, un moyen de résistance (au demeurant fort efficace) que cette voix anonyme expose – à bons entendeurs, salut ! C’est aussi un mode de survie en Zinovie, où la vie quotidienne est à la fois, terne et pesante, toujours sous contrôle et la victime des mouchards et des dénonciations. Cependant, la vie en rêve demande un apprentissage, de l’entraînement et de l’expérience – comme la marche, on l’apprend en la pratiquant. Elle suppose aussi une auto-discipline et une grande discrétion. En quelque sorte, il faut se fondre dans le paysage, ne jamais se laisser deviner.


Oh, dit Lucien l’âne, c’est l’intime forteresse ; c’est tout un art.


En effet, dit Marco Valdo M.I. ; et la leçon vaut également pour tous les mondes oppressifs, que l’oppression soit fille d’une autocratie, de l’idéologie ou de la religion, elle n’en est pas moins oppressive. Maintenant, pour le reste de la chanson, la voix de l’inconnu zinovien raconte sa vie, l’endroit où il est né – dans un village perdu d’une lointaine province là-bas au fond de la Zinovie ; son départ à la ville dans le grand exode des populations paysannes de Zinovie – il en résulta des disettes et des famines énormes ; un épisode imaginaire de défilé militaire ; ensuite, l’histoire d’un savant exilé que les services (dits de sécurité) vont empoisonner.


Voilà des choses très diverses et pas roses, dit Lucien l’âne, et pour la dernière, carrément effroyable. Je vais te dire, moi, avec tous ces épisodes de ce voyage – on en est au soixante-sixième, je commence à me faire une idée de la vie en Zinovie et j’avoue que je m’y ferais guère et même, à vrai dire, pas du tout. Raison de plus pour continuer notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde infâme, infernal, infirme, infini et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Nés en province, au fin fond,

Là où on vivait sans façon

Avant et pendant la révolution ;

Après, on a quitté nos maisons

Pour aller en ville chercher

Fortune et vivre la modernité.

Au village, on retourne parfois

Enterrer grand-père, enterrer grand-mère,

Et retrouver de notre commune prospère

Les ruines, les friches et les bois.

La télé, le frigo, les jeans et les collants

Y sont à présent d’un usage courant.


Imaginez : on déboucherait sur la place,

On montrerait la face, on marquerait le pas.

On n’entendrait plus que notre pas.

On marquerait le pas, on montrerait la face.

La foule médusée ferait silence :

Elle ne verrait que notre être immense.

Logique : même à boire de l’eau,

L’excès est un défaut.

Logique : prolonger la vie des gens

Est certes une bonne chose ;

Logique : elle peut être une mauvaise

Chose pour le Guide et les dirigeants.


Vivre endormi, jamais d’éveil

Le sommeil, c’est mon conseil.

Dormir debout est mon postulat,

Pour vivre une vie sans embarras,

La vie en rêve, c’est évident,

C’est le véritable paradis.

On échappe au gouvernement

On échappe au parti,

Pas de contrôle, pas d’irruption,

Pas d’armée, pas d’espions.

En rêve, personne pour vous obliger ;

La vie alors est un éternel congé.


Un savant de chez nous, écœuré,

Est parti vivre loin à l’étranger.

En Zinovie, on ne pouvait l’interner,

On ne pouvait le mettre en prison,

On ne pouvait le faire mourir.

Comment expliquer les raisons ?

Il avait fallu le laisser aller,

C’était le moyen de s’en débarrasser.

En Zinovie, on a préféré le bannir.

On ignore la nature du poison

Et l’identité des exécutants,

À l’étranger, morts aussi, maintenant.




jeudi 1 septembre 2022

LES CHAÎNES D’ACIER

 


LES CHAÎNES D’ACIER


Version française — LES CHAÎNES D’ACIER — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après les versions

italienne : CATENE D’ACCIAIO — Cristina Contilli — Ines Scarparolo
et anglaise : STEEL ROOTS — Translated from the Farsi Dari by Farhad Azad

d’une chanson afghane en persan : رشته های پولادينNadia Anjuman — 2001






ANDROMÈDE ENCHAÎNÉE

Rembrandt — 1631


 

 




« Catene d’acciaio » (Chaînes d’acier) est le titre donné à ce poème dans la traduction italienne, qui accentue l’image de la souffrance par rapport à la traduction anglaise intitulée « Steel roots » (Racines d’acier). Nadia ne voit en fait aucune lueur d’espoir, même le poème ne parvient pas à libérer l’être humain en identifiant une zone libre du désespoir.

La traduction italienne, précieuse, est une reprise assez libre du poème qui ne s’écarte pas du message de l’auteur. Ce n’est que dans la partie centrale qu’il nous semble que la traduction anglaise parvient à solliciter quelques vibrations supplémentaires : « my amorous words hark back to death / the river shall flow at the foot of hope's flower vines » (mes mots amoureux renvoient à la mort / la rivière coulera au pied des vignes fleuries de l’espoir).

Sur Nadia Anjuman, se sont croisées les failles d’une société qui espérait se débarrasser bientôt de siècles d’obscurantisme et d’oppression tribale grâce à un changement de régime. La réalité était bien différente… Nadia a vécu cet état de désillusion et de malaise à fleur de peau, dans sa sensibilité de femme et d’artiste, loin de la politique et des statistiques.

C’est un langage qui se manifeste plus clairement aujourd’hui. Quarante millions d’Afghans sont pris dans un étau : d’une part les délires théocratiques anachroniques, fonctionnels au blocage des relations sociales, d’autre part les délires d’omnipotence de ces secteurs occidentaux qui mettent tout un peuple au banc des accusés et en état d’isolement, avec des millions de personnes affamées et analphabètes, coupables de contiguïté avec les terroristes du 11 septembre.

Ubi solitudinem faciunt, pacem appellant.


[Riccardo Gullotta]









Mes lèvres bannies de la nef du chant,


Les murmures arrachés de mon cœur,


Pour ma nature riante, pour la joie et le bonheur,


L’homme est douleur et chagrin consternant.


Mon travail cligne d’étoiles ;


Le conte mes rêves infinis dévoile.


Ne demandez pas l’amour, encore ;


Ses mots renvoient à la mort.


L’espoir coule au pied des vignes,


La musique achoppe au tempo de mes larmes,


Je suis fille de la ville des sonnets et des odes.


Malades et naïfs sont mes vers routiniers,


Mes semis n’ont pas connu le jardinier.


N’attendez pas grand-chose de mes bourgeons,


Main, pied, langue entre les chaînes d’acier,


Sur le dos du temps, écrivent mon nom.