mardi 26 juillet 2022

Les Temps dépassés

 


Les Temps dépassés


Chanson française — Les Temps dépassés — Marco Valdo M.I. — 2022



LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ;



Épisode 56





LA SOLITUDE


Vladimir Yankilevski — 2013






Dialogue Maïeutique


Ah, Lucien l’âne mon ami, je vois venir ton habituelle question où tu demandes ce que peut cacher le titre de la chanson.


Et tu as parfaitement vu, Marco Valdo M.I. mon ami, car bien entendu et pour cause, je me demande ce que sont ces « temps dépassés », même si je peux supposer que ce sont des « temps anciens » :


« Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure »

(Paul Verlaine — Chanson d’automne),


ou des « temps où » :


« C’était au temps où Bruxelles rêvait
C’était au temps du cinéma muet
C’était au temps où Bruxelles chantait
C’était au temps où Bruxelles
bruxellait »

(Jacques Brel — Bruxelles),


ou des temps de la Préhistoire :


« C’était au temps de la préhistoire,
Voici deux ou trois cent mille ans,
Vint au monde un être bizarre
Proche parent de l’orang-outan. »

(Maurice Feldbach — L’Homme de Cro-Magnon)


ou des « temps difficiles » :


« Pour faire face à la vérité
J’ai poussé jusqu’à la télé
Où l’on m’a dit : « Vous demandez qui ?
La vérité ? C’est pas ici ! »
Les temps sont difficiles ! »

(Léo Ferré, Les Temps difficiles)


ou Le Temps du Plastique,


« Si l’on mettait le temps du plastique
En musique, sique, sique,
On perdrait pas son temps
De temps en temps »

(Léo Ferré — Le Temps du Plastique)


ou Le Temps passé,

« Il est toujours joli, le temps passé,
Un
e fois qu’ils ont cassé leur pipe.
On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés,
Les morts sont tous des braves types. »

(Georges Brassens — Le Temps passé)


ou tant d’autres temps encore :


« Il y avait des temps et des temps
Que je ne m’étais pas servi de mes dents,
Que je ne mettais pas de vin dans mon eau
Ni de charbon dans mon fourneau. »

(Georges Brassens — Celui qui a mal tourné)

Halte-là, Lucien l’âne mon ami, on n’en finira jamais avec le temps. Mais tu as vu juste, ce sont bien ces temps-là qu’évoque la chanson.


Alors, demande Lucien l’âne, pour quoi dire, pour quoi faire ?


En fait, répond Marco Valdo M.I., comme leur nom l’indique ces temps-ci, ces temps dépassés, sont des temps anciens qui sont ceux d’une époque révolue, ce sont ceux que la Zinovie a connus sous l’illustre Guide génial bâtisseur et grandiose généralissime ; une époque de gloire que regrette le nouveau Guide et qu’il veut rétablir coûte que coûte. C’est le rêve, le délire, l’ambition et l’effort suprême du Guide actuel. Je laisse la chanson égrener les détails.


Oui, dit Lucien l’âne, bonne idée. Mais qui parle, qui chante, en définitive ?


C’est évidemment la question qui parcourt tout ce voyage, dit Marco Valdo M.I. : quelle est cette voix si singulière et anonyme ? Sans doute, n’en saura-t-on jamais plus que ça. Pour cette voix, cette néantisation, c’est la condition absolue de survie en Zinovie : être anonyme, rester inconnu, invisible, à peine audible ; et elle y réussit depuis le début de ce tour. Pour la bonne raison que c’est une voix zinovienne, celle d’un individu volontairement quelconque qui du sein-même de la vie quotidienne analyse, énonce l’état de santé mentale et sociale de la Zinovie, où comme à la roulette, on entend : « Faites vos jeux rien ne va plus. » Disons que c’est la roulette zinovienne. Au fait, pour être et continuer à exister, elle n’a pas d’autre choix, cette voix.


Je vois, dit Lucien l’âne. Donc, ainsi, on sait qui parle, qui chante toutes ces chansons. Mais que dit-elle, cette voix, cette fois-ci ?


Difficile de tout dire, répond Marco Valdo M.I., car il te faudra l’écouter en ayant en tête toutes les autres qui l’ont précédée et y réfléchir un brin. En résumé, « Les Temps dépassés » disent comment fonctionne la Zinovie en tant que corps social, en tant que nation avec son Guide, ses chefs, son peuple, ses gars et cette voix d’un de ceux-là, seul et qui revendique sa solitude. Il y a un affrontement permanent en chacun, soumis à la pression du groupe (peu importe lequel et quand) qui tout le temps le contraint à s’assimiler, à l’acquiescement :


« Toujours groupés, toujours en collectivité,

À vivre toujours ensemble dans le nous

Et toujours seul, seul à en pleurer,

Résultat : un invincible dégoût

…

En groupe, tout le monde est pour, en Zinovie ;

En solo, chacun est contre, en Zinovie. »


Voilà, dit Lucien l’âne, qui pose la question de la vie en société. Pour moi, la chose est claire : l’individuation de l’être (Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal. — Les Animaux malades de la Peste, Jean de La Fontaine) est la condition sine qua non de la civilisation de la société. Cela dit, tissons le linceul de ce vieux monde barbare, tardigrade, retardataire, oppressif et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




En Zinovie, on regrette maintenant,

Encore, le grand passé enfui,

Emportant la puissance d’antan.

En Zinovie, le monde s’est réduit.

Hantée par ce passé disparu,

La majestueuse Zinovie a fondu.

Le Guide nostalgique veut la ressusciter,

Effacer, gommer le présent détesté,

Rembobiner l’Histoire,

Retrouver les sentiers de la gloire,

Réveiller les temps dépassés,

Revivifier ses rêves ressassés.


Les leçons édifiantes, les discours moraux,

La propagande héroïque, la télé, les journaux,

Les efforts et les bienfaits de l’éducation,

Tout menace de ruine chaque génération.

Toujours groupés, toujours en collectivité,

À vivre toujours ensemble dans le nous

Et toujours seul, seul à en pleurer,

Résultat : un invincible dégoût

Et seuls, tout le temps, à tant et tant,

À vaguer dans cet environnement.

En groupe, tout le monde est pour, en Zinovie ;

En solo, chacun est contre, en Zinovie.


On respire toujours ainsi en Zinovie.

Le mensonge peuple notre atmosphère,

Le Guide nous ressert le plat de la guerre,

On résout tout en Zinovie

En s’en allant se battre sur les terres

D’une mauvaise et maudite nation ennemie.

Les pertes ? Quelles pertes ? On a gagné

D’avance. L’ennemi s’est déjà défilé.

Les gars partis là-bas ne reviennent pas.

Ou alors : morts, manchots ou estropiats

Qu’on n’arrive même plus à compter.

Le Guide peut toujours en raconter.


En Zinovie, les chefs sont les chefs.

Le pouvoir est le droit des chefs.

Le droit du peuple est de devoir.

En Zinovie, c’est la loi du terroir.

Les chefs n’habitent pas sous nos toits

Dans les immeubles en colocation.

En Zinovie, on bannit la compromission.

Nous, on n’a pas de vrai chez soi.

Faut pas s’en faire, tout ça passera ;

Suffit d’attendre, ça ira, ça ira.

Aux jeunes, aux vieux, l’avenir radieux !

Le Guide l’a dit, on vivra mieux.

vendredi 22 juillet 2022

COURS, COURS, HOMME



COURS, COURS, HOMME

 

 

Version française — COURS, COURS, HOMME — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la version italienne CORRI CORRI UOMO de Stanislava


d’une chanson tchèque — Utíkej, utíkej, člověče — Lenka Lichtenberg — 2022

Chanson — Texte : Anna Hanna Friesová — 1942-45 / Musique : Lenka Lichtenberg


Thieves of Dreams/ Zloději snů. Songs of Theresienstadt’s Secret Poetess —
Voleurs de Rêves. Chansons d’une poétesse secrète de Theresienstadt.









LA COURSE


Alexandre Deneïka - ca.1930




Pour son album " Thieves of Dreams " — « VOLEURS DE RÊVES », enregistré très soigneusement avec dix-huit musiciens, Lenka Lichtenberg (voix, piano, synthé) s’est plongée dans la Tchécoslovaquie et l’histoire de sa famille en déportation : « Lorsque ma mère Jana Renée e Friesova est décédée en 2016, je rangeais son bureau à Prague et j’ai découvert deux petits carnets. Ils étaient remplis de poèmes que ma grand-mère, Anna Hana Friesova (1901-1987), avait écrits dans le camp de concentration de Theresienstadt. […] Devant mes yeux, il y avait les pages déchirées avec les rêves écrits à la main par ma grand-mère et ses cauchemars dans le camp, des histoires qu’elle ne m’a jamais racontées. Je me suis donc embarquée dans une recherche visant à partager ses écrits de « l’enfer sur terre », pour citer Primo Levi, et à faire revivre sa voix de la meilleure façon qui soit : en musique, dans un projet couvrant huit décennies et trois générations ». Les seize titres témoignent d’une sensibilité mélodique particulière et ont été composés et arrangés par Lenka Lichtenberg elle-même, parfois en collaboration avec d’autres musiciens, et sont en mesure de restituer à l’auditeur une texture affective dense qui invite à se plonger dans le livret bien édité, qui contient à la fois la copie des pages écrites à la main par Anna Hana Friesova et la traduction des textes en anglais, précédée d’une introduction autobiographique touchante et documentée écrite par Lenka Lichtenberg et intitulée Thieves of Dreams — « VOLEURS DE RÊVES ».





Cours, cours, cours,
homme !

Qui fuit gagne à la fin.

La route qui mène loin,

Passe pas loin de l’homme.


Cours, cours, cours,

Cours, cours, cours…


Fuis tes mots et les trahisons, cours,

Une course pour toujours,

Ce n’est pas courir, c’est juste lenteur,

Tu ne peux échapper à toi-même et à ton cœur.


Quand dans ta dernière joie, tu
fuiras,

La vitesse tu apprendras.

Lacéré, pieds nus, fatigué à l’extrême,

Tu tourneras sur toi-même.


Cours, cours, cours,

Cours, cours, cours…


lundi 18 juillet 2022

Les Pigeons

 


Les Pigeons


Chanson française — Les Pigeons — Marco Valdo M.I. — 2022


LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.



LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ;



Épisode 55






LES PIGEONS ET LA STATUE

Alexandre Zinoviev – ca. 1980



Dialogue Maïeutique




Une histoire de pigeons, demande Lucien l’âne, voilà qui est bizarre. Que viennent faire les pigeons dans ce voyage ?


Oh, Lucien l’âne mon ami, ce que viennent faire les pigeons dans n’importe quel voyage, dans n’importe quelle ville. Les pigeons volent.


D’accord, répond Lucien l’âne, pigeon vole, les éperviers et les faucons aussi. Mais encore ?


Oui, je vois, dit Marco Valdo M.I., ce qui explique leur place ici, c’est qu’ils jouent un rôle historique ; un rôle qu’ils doivent jouer partout où il y a des monuments et des statues : ils enseignent la modestie aux grands statufiés de ce monde.


De ça, rétorque Lucien l’âne, on ne peut que les féliciter, mais enfin, je suppose que la chanson ne se limite pas à exalter les exploits cloacaux des pigeons. Alors, de quoi s’inquiète-t-elle ?


Comme on peut s’y attendre, reprend Marco Valdo M.I., elle fait écho à des opinions, des considérations sur la Zinovie et ce qui s’y passe. Cette fois, il y a un Zinovien qui s’exprime en direct, de vive voix, à la première personne.

Qui c’est ?, demande Lucien l’âne.


On en le sait pas, continue Marco Valdo M.I. ; c’est une voix anonyme et à entendre ce qu’elle raconte, il vaut mieux pour elle de le rester. Donc, un Zinovien se plaint de l’état de son pays et de la vie qu’on y vit.


« Moi, Zinovien, un Zinovien de Zinovie ;

Je suis triste et malade de cette vie. »


et donne un portrait assez réaliste et effrayant (parce que réaliste) du peuple zinovien.


Le peuple zinovien, demande Lucien l’âne, qu’est-ce donc ?


À vrai dire, répond Marco Valdo M.I., ce n’est pas précisé. Comme toujours s’agissant du peuple, on découvre une entité vague, indéfinie, aux contours vagues. Mais enfin, on peut dire en ce cas « les gens », ce qui englobe aussi bien les dirigés que les dirigeants. Il correspond sans doute à cette description de la Zinovie que donne la chanson :


« La Zinovie est solide, stratifiée,

Un lamellé-collé de classes sociales

Stables, héréditaires, pétrifiées ».


Une description, soit dit en passant, qui contredit totalement les « promesses spéciales » faites et perpétuées par les Guides successifs et la constitution qui instaura la Zinovie et son régime. Je laisse la chanson te découvrir d’autres détails de la vie zinovienne.


Soit, dit Lucien l’âne, alors, tissons le linceul de ce vieux monde divers, changeant, guerroyant et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Moi, Zinovien, un Zinovien de Zinovie ;

Je suis triste et malade de cette vie.

En Zinovie, le peuple est toujours en manque,

En état de furie, d’agressivité, de panique,

Il envie l’autre, il craint d’être lésé,

Il se sent dépassé, à la traîne de l’humanité.

Nanti du folklore d’une grandeur illusoire :

Étrange nation, curieux destin.

Poupées gigognes, balalaïkas et samovars,

Haine de soi, jalousie du voisin,

Colère, pogroms, trahison.

Le peuple zinovien est moribond.


Au cœur du cœur de la Zinovie,

Se tient debout sur une stèle fleurie,

La statue du grand Commandeur,

Le monument au grandiose inspirateur,

Guide de tous les Guides et du monde nouveau,

Il porte haut sa barbe ; fier, il porte beau.

Et vont et viennent les pigeons

Se poser dur l’auguste front,

Et font, et font, ce que font les pigeons

Victimes d’un ennui profond.

Les gardiens n’y font rien :

Toujours, le pigeon revient.


Sauf circonstance exceptionnelle,

En Zinovie, la routine habituelle

Ennuyeuse, morose et terne,

Est une vie mise en berne.

Chaque jour a sa pleine dose

De monotonie et de banales choses.

Les gens vont au travail à contrecœur,

Les gens vont ailleurs chercher leur bonheur.

Galia avait une amie dissidente,

On la somma de rompre cette relation.

Elle refusa ; ce fut la punition.

On la dit folle, on chassa la récalcitrante.


La Zinovie est solide, stratifiée,

Un lamellé-collé de classes sociales

Stables, héréditaires, pétrifiées

Malgré les promesses spéciales,

Les enfants d’ouvriers seront ouvriers,

Les enfants de paysans seront paysans.

De père en fils, paysans ;

De père en fils, ouvriers :

C’est la loi d’airain éternelle.

Travailler à la production matérielle.

En Zinovie, avec un instinct naturel,

Certaines gens refusent le travail manuel.