lundi 11 juillet 2022

Le Pays du Bonheur

 


Le Pays du Bonheur


Chanson française — Le Pays du BonheurMarco Valdo M.I. — 2022



LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52. : La Valse des Pronoms ; Épisode 53. : La Philosophie spéciale ;




Épisode 54





LE PAYS DU BONHEUR

Alexandre Deïneka — 1952




Dialogue Maïeutique




Ah, dit Lucien l’âne, le pays du bonheur. Serait-ce la Zinovie ?


Oui, dit Marco Valdo M.I., le pays du bonheur, c’est la Zinovie vue par elle-même. Officiellement ; en tout cas, proclamée telle par le Guide et les dirigeants. La population dit pareil — il le faut bien, mais avec un solide parfum d’ironie dans la voix.


Fort bien, dit Lucien l’âne, je comprends, car au début, j’avais des doutes du fait qu’on dit à présent que le pays du bonheur, c’est le Bhoutan.


Oh, dit Marco Valdo M.I., d’un point de vue zinovien, il n’y a rien là de contradictoire. Le tout est de savoir de quoi on parle. Il y a toutes sortes de conceptions du bonheur et puis, qu’importe s’il y a plusieurs pays du bonheur, la Zinovie est à l’avant-garde avec son avenir radieux. Qu’en dit la chanson ? Pays du bonheur, dit la Zinovie, l’être ou ne pas l’être, telle est la question.


Oyi, dit Lucien l’âne, mais ce qui m’intéresse, c’est la réponse. Et d’abord, que dit ce soliloque ?


En fait, comme toujours dans ce voyage en Zinovie, répond Marco Valdo M.I., il n’est pas possible de le savoir. C’est une voix anonyme. Une voix de simples gens, certainement pas une voix de dirigeant.


Certes, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est plus prudent en Zinovie de rester une voix perdue dans le chaos des discours et des incantations du Guide et des guidons.


Des guidons ?, demande Marco Valdo M.I.


Eh bien quoi ?, demande Lucien l’âne. L’ânon n’est-il pas un petit âne ?


Ah, je vois, dit Marco Valdo M.I. ; dès lors, un guidon serait un petit Guide et peut-être même, un futur Guide ou un candidat Guide.

C’est une position dangereuse que d’être guidon et heureusement, il existe un Saint Guidon qui se doit d’être leur protecteur comme le commande la tradition. Donc, la Zinovie est le pays des guidons et pour en revenir à mon propos, le soliloqueur ne se dévoile pas ; cependant, il dit des tas de choses intéressantes que je te laisse découvrir et décoder.


Oh, reprend Lucien l’âne, depuis le début de ce voyage en Zinovie, je passe mon temps à décoder ce qu’on entend et je finis par penser que le décodage est un élément essentiel de la vie quotidienne zinovienne.


C’est également un passe-temps national et une soupape au sentiment de malaise et d’angoisse des Zinoviens, enchaîne Marco Valdo M.I., et du reste, les Zinoviens se comprennent à demi-mots. Ils n’ont pas besoin de décodeurs. D’ailleurs, même s’il arrive qu’il émette un avis trop évident — auquel cas, le locuteur a des ennuis avec les services, la justice et souvent, bénéficie d’un séjour au camp, il est rare qu’on entende une protestation claire et péremptoire. Le principe est la prudence est la mère du Zinovien qui veut vivre paisiblement.


On les comprend, dit Lucien l’âne, car j’ai souvenir que même avec une habitude, un entraînement, une culture de prudence, les gens de Zinovie ont fini en camp par millions et qu’il en est revenu beaucoup moins. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde codé, chaotique, heureux et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Je vis depuis toujours en Zinovie,

J’ai passé ici toute une vie.

Dans ma chambre, je fais le bilan.

Je m’étire sur mon lit,

Pas sur un canapé, pas sur un divan.

En somme, sur un vrai lit,

Un lit d’antan, le lit de fer,

Hérité de ma grand-mère.

Juste un treillis et des ressorts,

Dessus une paillasse préhistorique.

Avec les dames, c’est du sport.

On saute, on plane, c’est cosmique.


Et je m’en vais sans nostalgie, sans élan.

Je marche au pas, fondu dans le rang.

Dans le temps, la Zinovie,

C’était camps et compagnie.

Dans le pays, il y avait deux couches :

La plus grande, c’était les gens

Et plus réduite, l’autre couche,

C’était les dirigeants.

C’étaient d’authentiques romantiques :

Ils vivaient dans la joie frénétique

Du pouvoir, des honneurs, des rations spéciales,

Des filles, des récompenses et des balles.


Tout au long des années,

On fait passer en Zinovie

En réunions, meetings, assemblées.

Les décisions historiques dans la vie.

En Zinovie, du peuple anonyme,

On exprime la volonté unanime

De réaliser des tâches grandioses,

De mener héroïquement les choses,

De conquérir de nouvelles terres,

D’étendre et défendre nos glorieuses frontières.

La Zinovie est un pays très spécial,

Vérité est synonyme de journal.


En Zinovie, on vit comme des dieux.

Personne n’est malheureux.

Plus personne ne se plaint.

On ne souffre plus de la faim.

On a une pièce pour vivre ;

Parfois seul ; souvent à plusieurs.

En Zinovie, c’est le pays du bonheur,

La vie est facile, il suffit de suivre.

Le guide et d’appliquer

Ses souhaits sans sourciller.

En Zinovie, protester mène au camp

Et souvent pour un très long moment.




vendredi 8 juillet 2022

ATTENTE AU BOUT DE L’ALLÉE

 


ATTENTE AU BOUT DE L’ALLÉE


Version française — ATTENTE AU BOUT DE L’ALLÉE — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la version italienne IN ATTESA IN UN QUALCHE LUOGO IN FONDO AL VIALE ALBERATO de Stanislava


d’une chanson tchèque — Čekáme kdesi na konci alejeLenka Lichtenberg2022

Chanson — Texte : Anna Hanna Friesová — 1942-45 / Musique : Shy-Anne Hovorka


Thieves of Dreams/ Zloději snů. Songs of Theresienstadt’s Secret Poetess —
Voleurs de Rêves. Chansons d’une poétesse secrète de Theresienstadt.







AU BOUT DE L’ALLÉE

Jan Zrzavý — 1907








Pour son album " Thieves of Dreams " — « VOLEURS DE RÊVES », enregistré très soigneusement avec dix-huit musiciens, Lenka Lichtenberg (voix, piano, synthé) s’est plongée dans la Tchécoslovaquie et l’histoire de sa famille en déportation : « Lorsque ma mère Jana Renée e Friesova est décédée en 2016, je rangeais son bureau à Prague et j’ai découvert deux petits carnets. Ils étaient remplis de poèmes que ma grand-mère, Anna Hana Friesova (1901-1987), avait écrits dans le camp de concentration de Theresienstadt. […] Devant mes yeux, il y avait les pages déchirées avec les rêves écrits à la main par ma grand-mère et ses cauchemars dans le camp, des histoires qu’elle ne m’a jamais racontées. Je me suis donc embarquée dans une recherche visant à partager ses écrits de « l’enfer sur terre », pour citer Primo Levi, et à faire revivre sa voix de la meilleure façon qui soit : en musique, dans un projet couvrant huit décennies et trois générations ». Les seize titres témoignent d’une sensibilité mélodique particulière et ont été composés et arrangés par Lenka Lichtenberg elle-même, parfois en collaboration avec d’autres musiciens, et sont en mesure de restituer à l’auditeur une texture affective dense qui invite à se plonger dans le livret bien édité, qui contient à la fois la copie des pages écrites à la main par Anna Hana Friesova et la traduction des textes en anglais, précédée d’une introduction autobiographique touchante et documentée écrite par Lenka Lichtenberg et intitulée Thieves of Dreams — « VOLEURS DE RÊVES ».






Nous attendons quelque part au bout de l’allée.

Étrange trinité : mes pleurs, mon espoir et moi ;

Nous attendons quelqu’un, sa voix et ses pas.

Nous sommes ici depuis des mois, depuis des années.



Le temps disparaît, n’existe pas. Je ne sais pas.

C’est le printemps ou peut-être le déclin de l’automne.

Je ne sens rien, mon cœur bat,

La vie est seulement une attente.



Des semaines, peut-être des siècles passent,

Parfois du soleil, parfois un maléfice.

Silence froid au bout de l’avenue,

J’attends et je pleure — l’espoir disparu.





OÙ SOMMES-NOUS ARRIVÉS ?

 


OÙ SOMMES-NOUS ARRIVÉS ?


Version française — OÙ SOMMES-NOUS ARRIVÉS ? — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la version italienne DOVE SIAMO ARRIVATI ? de Stanislava


d’une chanson tchèque — Kam jsme to zašli ?Lenka Lichtenberg2022

Chanson — Texte : Anna Hanna Friesová — 1942-45 / Musique : Milli Janatková


Thieves of Dreams/ Zloději snů. Songs of Theresienstadt’s Secret Poetess —
Voleurs de Rêves. Chansons d’une poétesse secrète de Theresienstadt.






LE SOLEIL

Edvard Munch — 1911







Pour son album " Thieves of Dreams " — « VOLEURS DE RÊVES », enregistré très soigneusement avec dix-huit musiciens, Lenka Lichtenberg (voix, piano, synthé) s’est plongée dans la Tchécoslovaquie et l’histoire de sa famille en déportation : « Lorsque ma mère Jana Renée e Friesova est décédée en 2016, je rangeais son bureau à Prague et j’ai découvert deux petits carnets. Ils étaient remplis de poèmes que ma grand-mère, Anna Hana Friesova (1901-1987), avait écrits dans le camp de concentration de Theresienstadt. […] Devant mes yeux, il y avait les pages déchirées avec les rêves écrits à la main par ma grand-mère et ses cauchemars dans le camp, des histoires qu’elle ne m’a jamais racontées. Je me suis donc embarquée dans une recherche visant à partager ses écrits de « l’enfer sur terre », pour citer Primo Levi, et à faire revivre sa voix de la meilleure façon qui soit : en musique, dans un projet couvrant huit décennies et trois générations ». Les seize titres témoignent d’une sensibilité mélodique particulière et ont été composés et arrangés par Lenka Lichtenberg elle-même, parfois en collaboration avec d’autres musiciens, et sont en mesure de restituer à l’auditeur une texture affective dense qui invite à se plonger dans le livret bien édité, qui contient à la fois la copie des pages écrites à la main par Anna Hana Friesova et la traduction des textes en anglais, précédée d’une introduction autobiographique touchante et documentée écrite par Lenka Lichtenberg et intitulée Thieves of Dreams — « VOLEURS DE RÊVES ».








Nous sommes perdus, éternellement sauvés,

Dans les nuits les plus sombres, souvenez-vous,

Du soleil, souvenez-vous !

Où sommes-nous allés, où sommes-nous arrivés ?

Où, où, où est votre regard ?

Où est votre regard ?


Nous sommes perdus, éternellement sauvés,

Dans les nuits les plus sombres, souvenez-vous,

Du soleil, souvenez-vous !

Seulement dans l’amour notre vie,

Surgit, notre vie !

Aimez, louez et jamais, jamais, ne regrettez,

Jamais ne regrettez !



Nous sommes perdus, éternellement sauvés,

Dans les nuits les plus sombres, souvenez-vous,

Du soleil souvenez-vous !

Souvenez-vous !

Souvenez-vous !

Souvenez-vous !





mercredi 6 juillet 2022

AU NOUVEAU SOLEIL DORÉ

 

AU NOUVEAU SOLEIL DORÉ



Version française — AU NOUVEAU SOLEIL DORÉ — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la version italienne — DORATA DI NUOVO DAL SOLE — de Stanislava — 2022

d’une chanson tchèque — Zas v slunci zlatémLenka Lichtenberg2022

Chanson — Texte : Anna Hanna Friesová — 1942-45 / Musique : Milli Janatková


Thieves of Dreams/ Zloději snů. Songs of Theresienstadt’s Secret Poetess —
Voleurs de Rêves. Chansons d’une poétesse secrète de Theresienstadt.

 

 

 

 


 

LE PRINTEMPS


Alfons Mucha — 1898


 

 

 

 

Pour son album " Thieves of Dreams " — « VOLEURS DE RÊVES », enregistré très soigneusement avec dix-huit musiciens, Lenka Lichtenberg (voix, piano, synthé) s’est plongée dans la Tchécoslovaquie et l’histoire de sa famille en déportation : « Lorsque ma mère Jana Renée e Friesova est décédée en 2016, je rangeais son bureau à Prague et j’ai découvert deux petits carnets. Ils étaient remplis de poèmes que ma grand-mère, Anna Hana Friesova (1901-1987), avait écrits dans le camp de concentration de Theresienstadt. […] Devant mes yeux, il y avait les pages déchirées avec les rêves écrits à la main par ma grand-mère et ses cauchemars dans le camp, des histoires qu’elle ne m’a jamais racontées. Je me suis donc embarquée dans une recherche visant à partager ses écrits de « l’enfer sur terre », pour citer Primo Levi, et à faire revivre sa voix de la meilleure façon qui soit : en musique, dans un projet couvrant huit décennies et trois générations ». Les seize titres témoignent d’une sensibilité mélodique particulière et ont été composés et arrangés par Lenka Lichtenberg elle-même, parfois en collaboration avec d’autres musiciens, et sont en mesure de restituer à l’auditeur une texture affective dense qui invite à se plonger dans le livret bien édité, qui contient à la fois la copie des pages écrites à la main par Anna Hana Friesova et la traduction des textes en anglais, précédée d’une introduction autobiographique touchante et documentée écrite par Lenka Lichtenberg et intitulée Thieves of Dreams — « VOLEURS DE RÊVES ».





Au nouveau soleil doré,

Avec la boue, revient le printemps

Tout en beauté.

Le cœur qui dormait tant,

Guéri de la douleur,

Se prépare à quelqu’heur.


Tout sera comme avant,

Rien n’a changé ; pourtant,

Au lieu de la neige, une fleur.

Elle est jeune, d’une nouvelle senteur ;

De l’année dernière, elle ne sait rien ;

Elle ne dira rien.


Là de loin, l’eau se précipitait,

Les violettes coloraient la forêt,

L’amour, le cœur cherchait ;

Plus petit quand l’an passait,

À chaque printemps, il se réduisait

Comme dans le fleuve, les galets.