samedi 12 février 2022

MA ZONE DÉNUCLÉAIRE

MA ZONE DÉNUCLÉAIRE



Version française – MA ZONE DÉNUCLÉAIRE – Marco valdo M.I. – 2022

D’après la version italienne de Riccardo Venturi – 2022

d’une

Chanson russe – Я объявляю свой дом [безъядерной зоной !] – Ja obŭjavljaju svoj dom [bezŭjadernoj zonoj !]Kino / Кино – 1985

Paroles et musique : Viktor Coj [Tsoi]

Album : Это не любовь… [« Ce n’est pas de l’amour… »)



VOLONTAIRE POUR TCHERNOBYL !






En y réfléchissant (pas mal), cette chanson date de 1985. Elle fait partie de l’album intitulé Это не любовь…, qui signifie : « Ce n’est pas de l’amour… » (tout comme le premier titre de l’album). En 1985, Viktor Coj (Tsoi), fils d’un de ces Coréens déportés par Staline en 1937 (la famille Tsoi était originaire d’un village de l’actuelle Corée du Nord), était déjà une légende du rock soviétique, aussi pauvre qu’il le restera jusqu’à la fin de sa courte vie, 23 ans et récemment marié à Marianne. Un fils lui est né en 1985. Il était si pauvre que sa femme disait qu’elle ne pouvait même pas se payer une robe de mariée. Ils vivaient dans un misérable petit appartement de Léningrad, qui n’était pas encore redevenue Saint-Pétersbourg, et dont la minuscule cuisine avait été ironiquement surnommée “Kamchatka” – le Kamchatka, comme nous le savons, est une vaste péninsule de l’Extrême-Orient russe qui salue de la main le Japon. Mais, comme nous le disions, nous sommes en 1985, et cette année a sa propre signification importante ; c’est l’année où Gorbatchev arrive au pouvoir après la mort « d’un refroidissement » d’un autre hiérarque soviétique, Konstantin Cernienko. En bref, la fameuse “perestroïka”, qui signifie littéralement “restructuration”, a commencé. Dans tout ce brouhaha de rénovations, de rhumes et de cuisines transformées en Kamchatka, Viktor Tsoi a eu une idée : déclarer sa maison « zone nucléaire ». Une idée folle ? Cela aurait pu être le cas, si ce n’était ce qui s’est passé environ un an plus tard (le 26 avril 1986 pour être exact) dans une petite ville à la frontière entre l’Ukraine et la Biélorussie, je ne sais pas si quelqu’un s’en souvient, dont le nom commençait par “Cerno” et où se trouvait une centrale nucléaire bien plus grande que la cuisine de Viktor Tsoi à Léningrad. Comme s’il pouvait le pressentir. Notamment parce que de la maison, on passait à la cour, de la cour à la ville, puis à quelque chose d’indéfini et libre de menace. [RV]




Dialogue maïeutique


Aujourd’hui, Lucien l’âne mon ami, nous revoici à faire la version française d’une chanson russe du groupe Kino et de son auteur Viktor Tsoi, dont nous avons récemment proposé une autre chanson : Général et une autre encore : Demain la Guerre. Celle-ci s’intitule « Ma Zone dénucléaire ».


C’est un titre inquiétant, dit Lucien l’âne, car il semble renvoyer en creux, en négatif à un pays, une région, un monde marqué, inquiété, hanté par un danger nucléaire.


En effet, c’est bien ce que vise la chanson, répond Marco Valdo M.I., sinon – s’il n’y avait pas de danger pourquoi transformer sa maison en « zone dénucléaire », ce qui suppose évidemment qu’avant transformation, elle se trouve dans une « zone – pays, région, monde » nucléaire. Il nous reste à prendre en compte que cette chanson date de près de 40 ans et qu’elle a tout l’air d’être d’à présent. Elle s’inscrit fort bien dans le courant antinucléaire et dans la mouvance écologiste qui s’est développée depuis cette époque.


Oh, dit Lucien l’âne, il avait raison, Viktor Tsoi, du moins dans la version française de vouloir un univers dénucléaire. À mon sens, s’il n’y avait que le nucléaire, on pourrait sans doute en venir à bout et le remplacer par autre chose. Mais – et c’est un terrible mais – le vrai problème, c’est l’avidité et la boulimie énergétiques de l’humanité, de l’espèce humaine qui, telle une énorme parasite, tel un insatiable pillard, mange toutes les ressources de la planète et lui laisse ses friches et lui retourne ses déchets. Par exemple, nous les ânes, on se contente de tellement moins de bâtiments, de routes, de choses. Il faudrait « déchoser » le monde et ce n’est apparemment pas la voie qui est suivie actuellement.


À la réflexion, conclut Marco Valdo M.I., je me demande si l’humanité n’est pas nantie du gène du développement absolu et si elle pourrait s’en libérer, en quelque sorte échapper à sa nature prédatrice, à sa folle ambition de dominer le monde. Comme il était dit dans une autre chanson – Faire ou ne pas faire :


« Hé les hommes, que faites, vous ?

Il y a une morale, malgré tout. »


Et je proposerais volontiers d’ajouter ce refrain modifié :


Je déclare ma maison zone déchosée !

Je déclare mon jardin zone déchosée !

Je déclare ma ville zone déchosée !

Je déclare ma vie déchosée.


Enfin, répond Lucien l’âne, comme on dit : « Moins de choses, moins d’embarras, moins de tracas ». Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde boulimique, goinfre, adipeux, avide, aride (bientôt) et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Il y a quelque chose de faux dans ce refrain,

Mais où trouver qui l’écoute ?

Enfant désormais grandi, éduqué à la porte,

Maintenant vois le soleil, prends-le ! Il est tien !


Je déclare ma maison zone dénucléaire !

Je déclare mon jardin zone dénucléaire !

Je déclare ma ville zone dénucléaire !

Je déclare mon univers…


Comme les murs des maisons sont incertains,

Si quelqu’un refuse d’y mettre la main.

Je vois la maison, je prends une craie.

Il n’y a pas de serrure, mais moi, j’ai la clé.


Je déclare ma maison zone dénucléaire !

Je déclare mon jardin zone dénucléaire !

Je déclare ma ville zone dénucléaire !

Je déclare mon univers…


jeudi 10 février 2022

Faire ou ne pas faire

 


Faire ou ne pas faire



Chanson française – Faire ou ne pas faire Marco Valdo M.I. – 2022




LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ;

Épisode 22





L’IVROGNE PERD LA TÊTE

Marc Chagall – 1912







Dialogue Maïeutique




Quel titre encore, dit Lucien l’âne, on dirait une référence, une allusion au Prince de Danemark et moi qui croyais qu’on était en voyage en Zinovie.


Bien sûr, mon ami Lucien l’âne, que c’est une allusion, une référence à Hamlet et à sa fameuse tirade. Cependant, il y a une différence et elle est essentielle. Hamlet dit textuellement « To be or not to be ; that is the question. » (III, I, 56) – qu’on traduit sans aucune erreur possible par « Être ou ne pas être ; c’est la question. » et le soliloque anonyme de la chanson dit : « Faire ou ne pas faire, telle est la question. », ce qui est d’évidence, une autre affaire. Cette méditation d’Hamlet pose une question centrale d’ordre philosophique ; celle e la chanson est tout aussi centrale, mais pour l’éthique, pour la morale ; elle interroge la légitimité fondamentale de l’acte ou de l’action. Autant l’« être ou ne pas être » est statique, autant le « faire ou ne pas faire » est mouvement.


Ça va, dit Lucien l’âne, j’ai compris. Mais ne peux-tu plutôt synthétiser la chanson ?


Certainement, répond Marco Valdo M.I., et c’était mon intention de relier les quatre strophes à la lumière de ce « Faire ou ne pas faire ». Donc,

— La première indique que le dilemme n’est pas la bonne question, dans la mesure où la réponse ne peut être qu’une impasse logique. C’est le cas de force majeure.

— La deuxième tranche nettement en faveur de la morale.

— La troisième pour le dilemme de l’artiste (forcément) novateur face au pouvoir, au bon goût, à l’académisme.

— La quatrième montre le jeu du faire et une autre de ses impasses.

Pour les détails, je laisse chacun les découvrir.


Parfait, dit Lucien l’âne. Avec tes explications, je ne sais toujours pas ce que raconte la chanson, mais par contre, je comprends son ressort caché. C’est l’essentiel. Je m’en vais à présent voir les détails et surtout, retenir qu’il y a des choses qui se font et des choses qu’on ne fait pas. Pour le reste, en ce qui nous concerne, nous faisons ; la preuve, nous tissons le linceul de ce vieux monde faiseur, bâtisseur, destructeur, dégradeur, rongeur, consumeur, consompteur et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Faire ou ne pas faire, telle est la question

Et la réponse a des airs d’équation.

Le soleil descend, la foule panique et fuit

Devant un groupe de chars ennemis.

Sur le chemin, une femme et son enfant

Se promènent tranquillement.

La foule fonce et sans même les voir

Piétine les promeneurs du soir.

Condamner la foule pour cet accident ?

Elle ne pouvait faire autrement.

Du reste, les chars ont écrasé sans retard

Les morts et la plupart des fuyards.


Hé les hommes, que faites, vous ?

Il y a une morale, malgré tout.

La femme était une employée compétente,

Une collaboratrice scientifique intelligente.

Parmi ses amis, un dissident.

De là, viennent tous ses tracas.

Pour prendre sa place, une autre fit fracas.

La dame aux agents du gouvernement.

À son travail pour s’en défaire,

L’autorité monta toute une affaire.

La femme avait de la personnalité,

Honnête et morale, elle refusa de dénoncer.


En Zinovie, la culture est populaire,

Elle obéit naturellement aux bons critères.

L’art est une affaire ténébreuse,

L’art libre est une pathologie dangereuse.

Pas question de laisser un génie

Inventer et créer en liberté.

Un art autonome est une insanie

Qu’il faut sérieusement limiter.

On séquestre œuvres et artistes ;

Pour assurer la sécurité artistique,

On interne les créateurs avant-gardistes

Dans des établissements psychiatriques.


En Zinovie, l’ivrognerie est une religion ;

On boit pour boire, c’est une vocation.

N’importe où, n’importe quand, n’importe quoi,

On biberonne, on s’imbibe, on tombe là.

En Zinovie, l’alcoolisme règne en général.

Pour le contrer, il y a le travail social.

Cette propagande a ses spécialistes,

Pas toujours ennemis de la bouteille.

En la matière, ce sont de vrais artistes ;

Ils tiennent le coup, une merveille.

Le zélateur nous a sermonnés encore,

Avant de s’effondrer ivre mort.








mardi 8 février 2022

DEMAIN, LA GUERRE

 


DEMAIN, LA GUERRE


Version française – DEMAIN, LA GUERRE – Marco Valdo M.I. – 2022

d’après la traduction italienne de Riccardo Venturi – Domani guerra – 2022

d’une

Chanson russe – Завтра война (Zavtra vojna) – Kino / Кино – 1990


Paroles et musique : Viktor Coj (Tsoi)
Album : Чёрный альбом (« Black Album »)



LA LUNE SUR LE DNIEPER

Arkhip Kouïndji - 1880




Le très court morceau (35 secondes) qui clôt le « Black Album » de 1990 de Kino. Le « Black Album » est appelé ainsi en raison de sa couverture entièrement noire, qui ne contient que le nom de Kino. Il s’agit en fait d’un album sans nom, appelé par beaucoup seulement “Kino” (1990) ; le nom « Album Noir », par lequel il est maintenant communément appelé, est dû aux auditeurs (un peu comme “Indiano” de Fabrizio De André). Dans l’album original de 1990, même les chansons n’avaient pas de titre et étaient seulement numérotées de 1 à 8 ; ce n’est qu’en 1994 que les « titres de travail » des morceaux ont été révélés, qui ont depuis été indiqués. [RV]




Dialogue Maïeutique



J’avoue, Lucien l’âne mon ami, qu’une des gageures lors de la publication de chansons ou de leur version française est de trouver une illustration appropriée et en ce qui me concerne, si possible, une œuvre picturale – peinture, lavis, aquarelle, fresque, murale, dessin, croquis, gravure, que sais-je ? – ou photographique.


Et pourquoi donc, Marco Valdo M.I. mon ami ?


Mais tout simplement, répond Marco Valdo M.I., parce que j’aime ça.


C’est une excellente raison, répond Lucien l’âne.


Cette fois, reprend Marco Valdo M.I., l’illustration est un tableau d’un peintre ukrainien Arkhip Ivanovitch Kouïndji ; un tableau de 1880 qui représente la Lune scintillante au-dessus du Dniepr. Je rappelle que le Dniepr est ce fleuve venu de Russie par la Biélorussie et traverse de part en part l’Ukraine, arrose sa capitale Kiev pour finir son long parcours en un delta marécageux dans la Mer Noire. En l’occurrence, ce tableau situe très exactement le lieu et l’histoire que raconte cette chanson, celle d’un garçon qui se promène le long du fleuve sous la Lune en étant tout à fait inconscient de la guerre qui se prépare à éclater.


Ah, dit Lucien l’âne, celle à quoi immanquablement on pense, c’est sans doute celle qu’on imagine sur le point de se déchaîner – je dis ainsi car elle est en cours depuis des années, si ce n’est bien plus – dans laquelle, comme on le signalait à propos de l’autre chanson de Kino, GÉNÉRAL, cent mille (100 000) soldats russes s’apprêtent à venir « venir libérer les Ukrainiens d’eux-mêmes ».


Exactement, Lucien l’âne, et dernier mot, il convient de signaler que le peintre Arkhip Ivanovitch Kouïndji est lui aussi annexé par la Russie.


Pour le reste, dit Lucien l’âne, qui vivra, verra. Tissons le linceul de ce vieux monde morne, sombre, brumeux, blême, bleu, bleui, bleuté, bleuâtre, gris, grisâtre, grisé, grisouillard et cacochyme.




Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane







Au-dessus des champs, brume.

Au-dessus de la rivière, brume.

Viendra, viendra pas,

C’est un mensonge toutefois.

Dans le ciel, la lune est là,

Derrière elle, un mur d’étoiles danse,

Au-dessus de la ferme, on entend un chant.

Un petit garçon s’avance

Et ne perçoit pas un instant

Que demain, la guerre commence.





lundi 7 février 2022

GÉNÉRAL

 

GÉNÉRAL

Version française – GÉNÉRAL – Marco Valdo M.I. – 2022

d’après la traduction italienne de Riccardo Venturi – General – 2022

Chanson russe – Генерал : General – Kino / Кино1983

Paroles et musique : Viktor Coj [Tsoi]








La chanson, écrite comme presque toutes les autres par Viktor Coj (ou “tsoi”, comme on le traduit encore souvent dans l’ancien style), date de 1983 et provient à l’origine de l’album « 46 », qui fait suite au premier album studio de Kino en 1982, intitulé « 45 ». Plus tard, en 1984, la chanson a également été incluse dans le troisième album, Начальник Камчатки [Načalnik Kamčatki, « La tête de Kamčatka » ; « Kamčatka » était le nom que Coj avait donné à la cuisine de son très modeste appartement en 1985]. C’est une chanson courageuse : il est impossible de ne pas y lire des références explicites à l’aventure soviétique en Afghanistan, dans laquelle l’URSS s’était empêtrée sans pouvoir en sortir et qui a sans doute précipité sa disparition. [RV]



Dialogue Maïeutique


Ohlala, dit Marco Valdo M.I., il y a tant de chansons dans le monde, tant d’autres choses, tant d’autres gens et tant d’autres populations et tant d’autres façons de vivre – rien que pur ce qui concerne l’espèce humaine, qu’on en a le cerveau tout retourné rien que d’y songer. Pour donner une idée, mais assez vague quand même encore, il y a dans ce labyrinthe des Chansons contre la Guerre, au moment où je te parle, plus de 60 000 chansons – originelles et traductions confondues. C’est dire l’ampleur de l’affaire.

Oui, dit Lucien l’âne, on peut y vaguer tant et plus, sans compter la diversion des 160 langues (j’arrondis) qui entrent en jeu. Soit, mais ensuite, quid de la chanson ?


Il faut ici préciser sans attendre, reprend Marco Valdo M.I., qu’elle s’intitule Général (dans sa version française), qu’à l’origine, elle est en langue russe et que son auteur est Viktor Tsoï. J’ajoute que le commentateur et traducteur italien Riccardo Venturi précise qu’elle fait allusion à la guerre et l’invasion (1979) et la retraite (1989) des armées russes d’Afghanistan, où cent mille – note bien le chiffre de 100 000, il est plus que symbolique, car on le retrouve de ces jours-ci dans tous les médias – soldats russes ont participé à l’opération Chtorm 333 (Tempête 333), qui fut rebaptisée à l’époque : « Opération Prague », en référence à la « libération de la Tchécoslovaquie envahie par ses propres habitants, opération menée par des armées amies en 1968 » – voir à ce sujet Le Printemps de Prague.


Oui, dit Lucien l’âne, la coïncidence est troublante ; on dirait que se répète la même scène, on dirait que l’Histoire bégaye. Une armée d’amis va-t-elle venir libérer les Ukrainiens d’eux-mêmes ? On dirait une absurde histoire de Zinovie. Enfin, voilà le cadre posé, mais quelle est l’anecdote de la chanson ?


Elle interpelle à mots couverts (c’est la pluie…), dit Marco Valdo M.I., un général apparemment à la retraite… C’est là que vont les généraux quand ils tombent en panne de guerre.


Ah, dit Lucien l’âne, voyons ça et tissons le linceul de ce vieux monde bégayant, radotant, rejouant ses vieilles rengaines et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane








Où êtes-vous et avec qui, maintenant ?

Qui veut être juge finalement ?

Qui se souvient des identités ?

On a épuisé nos arguments,

Ne troublez pas la tranquillité,

C’est un très sombre moment.


Où est votre uniforme, général ?

Où sont vos médailles, votre dos raide ?

Vous n’avez pas entendu sonner la retraite,

C’est la pluie qui frappe votre toit, Général.


Tout le monde trouve le temps de sortir d’ici,

Mais personne n’ira jusqu’à le faire.

Ceux qui viennent parlementer, un après lautre,

Connaissent déjà le goût amer de ce fruit.

Où est votre uniforme, général ?

Où sont vos médailles, votre dos raide ?

Vous n’avez pas entendu sonner la retraite,

C’est la pluie qui frappe votre toit, Général.


On
voudrait dormir, mais voici le thé.

Et la pièce est très bien éclairée.

Demain, la matinée pourrait être ensoleillée,

Finalement, trouvera-t-on la bonne clé ?


Où est votre uniforme, général ?

Où sont vos médailles, votre dos raide ?

Vous n’avez pas entendu sonner la retraite,

C’est la pluie qui frappe votre toit, Général.