mardi 21 décembre 2021

Les nouveaux Hommes

 

Les nouveaux Hommes


Chanson française – Les nouveaux Hommes Marco Valdo M.I. – 2021




LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.


LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ;
Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ;

Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final


Épisode 11




LES NOVHOMS


Vadim Rokhline – 1969






Dialogue Maïeutique




Comme on va pouvoir s’en rendre compte par la chanson, dit Marco Valdo M.I.., en Zinovie, il y a une certaine logique à l’œuvre et elle est assez épouvantable.


Une logique épouvantable ?, s’étonne Lucien l’âne. Je me demande de quoi il peut s’agir ?


C’est fort simple, répond Marco Valdo M.I. ; voici de quoi il s’agit. Quand on veut changer le monde, il faut changer la société, c’est logique et jusque-là, tout va bien. Et tout aussi logiquement, on en vient à vouloir changer l’homme (ou l’enfant, ou la femme…) qui en est l’élément de base. Cependant, les choses ne se passent pas si aisément.


Changer l’homme (etc.), dit Lucien l’âne, soit, mais comment ? Il faut que l’intéressé change de lui-même et dans le sens qu’on souhaite. Et pur ce que j’en sais, l’homme a naturellement une tête de mule et à mon avis, il est quasiment impossible de le changer. Sauf évidemment, si on laisse la nature et le passage des générations s’en charger ; ce qui prend du temps, demande de la patience, beaucoup d’intelligence et pas mal de chance. C’est une chose progressive et à vouloir aller plus vite que la musique, il y a des couacs, mais je suppose qu’il ne s’agit pas de s’en tenir à cette évolution qu’on appelle aussi la civilisation.


Ah, si c’était ça, Lucien l’âne, il n’y aurait rien à y redire. On pourrait juste s’inquiéter de sa relative lenteur. Très relative d’ailleurs. Cependant, en Zinovie, on a imaginé de changer l’homme lui-même à marches forcées ; c’est une idée révolutionnaire.


Fort bien, mais il se trouve que comme la mule, dit Lucien l’âne, et pour tout dire, l’ensemble des organismes vivants complexes, l’homme (etc.) est contraint par sa propre nature à suivre le rythme de l’évolution, elle-même hasardeuse, capricieuse, hésitante, lente et contraignante. Pourtant, chaque homme (etc., comme tout être vivant) est à chaque instant un homme nouveau. Il ne reste jamais pareil à lui-même, même si ces changements sont infinitésimaux et leur action immédiate, en quelque sorte, invisible ou insensible. L’homme (etc.) change et en changeant, change les autres, la nature autour de lui ; et la nature et les autres le changent à leur tour. Bien entendu, il faut en plus tenir compte de la multitude et de certaine tendance de la nature à résister au changement. C’est une mutation perpétuelle tempérée ; c’est la musique de la vie.


D’accord, coupe Lucien l’âne, mais où veux-tu en venir ?


À la chanson, tout bonnement, Lucien l’âne mon ami. Elle raconte, vu par un Zinovien, sujet et témoin de la chose, comment et même pourquoi en Zinovie, on change l’homme. L’affaire se déroule dans un établissement spécialisé, une sorte d’usine à fabriquer le « novhom », comme on appelle là-bas l’homme nouveau. En gros, il s’agit de formater l’homme nouveau au standard de la société nouvelle, en partant du principe que puisque l’homme n’est pas conforme, il faut le conformer. Pour cela, on recourt à un chloroforme perfectionné.


Et ça marche ?, demande Lucien l’âne.


Oui et non, répond Marco Valdo M.I. ; presque, mais totalement ; il y a au dedans de l’être vivant comme un résidu de résistance.


« On obéit, sans discuter.

Ils le croient, mais c’est une erreur.

En dedans, il reste un résidu de résistance,

Maintenant et toujours, indépendance ! »


Et de toute façon, comme on peut l’anticiper, le résultat est effrayant et de ce fait, ne peut être généralisé.


Comment pourrait-il en être autrement, demande Lucien l’âne. On ne peut rien obtenir de bon en forçant la nature ; on finit toujours par créer des monstres. Alors, tissons tranquillement le linceul de ce vieux monde agonisant, étouffant, gâteux, bêtifiant, zinoviant et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane










Ici, on forme les nouveaux hommes,

Les échantillons presque réussis

De la vie sociale du nouveau pays.

On les nomme les novhoms.

Les infirmiers et les gardiens sont venus.

On ne les a pas trop battus.

L’homme nouveau ne peut pas mourir,

Mais pour apprendre, le « novhom » doit souffrir.

Dresser les êtres vivants est difficile :

Tous, animaux, plantes, à un moment

Se rebiffent et sont résistants.

Puis, meurent, seuls les morts sont dociles.


Absurde tout ce passé,

Du blabla pour la gloire,

Cent ans se sont effacés

Et ils parlent encore d’histoire.

Pourquoi tout ce cinéma ?

Pour maintenir le guide au pouvoir,

Les amis et la camarilla,

Imposer leur image à la mémoire.

Rien pour nous, tout pour eux.

Mais à leur place, ferait-on mieux ?

Il a dit que lui, il ne voulait pas.

La question est de savoir pourquoi ?


On l’a ramené inconscient.

À la première piqûre, il a gémi,

Sangloté comme un enfant,

Il a soupiré et s’est endormi.

À la deuxième piqûre, il a souri

Et s’est pris pour le président.

Ils l’ont écouté juste un instant.

À la troisième piqûre, il a dit

Qu’il avouait tout ce qu’on voulait,

Qu’il dénonçait tous ses amis,

Qu’il ferait tout ce qu’on lui dit,

Qu’il ferait tout ce qu’on voudrait.


Le jour, le soir, la nuit, le matin,

Ici, on n’est presque plus rien.

Des bouts de connaissance,

Des bribes de réminiscences,

Des souvenirs, des soupirs, des sourires.

Réalité vraie ou simple délire ?

Où est passée notre volonté ?

On ne sent plus la faim, ni la douleur.

On obéit, sans discuter.

Ils le croient, mais c’est une erreur.

En dedans, il reste un résidu de résistance,

Maintenant et toujours, indépendance !




jeudi 16 décembre 2021

BOUM BOUM

 

BOUM BOUM


Version française – BOUM BOUM – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Bum BumIrene Grandi1995

de « In vacanza da una vita » (1995)






LE PARADIS

Jan Brueghel l’ancien – 1607






Dialogue maïeutique



Maintenant que j’en ai fait une version française, Lucien l’âne, je vois cette chanson différemment et allez savoir si c’est dû seulement au passage d’une langue à l’autre. À vrai dire, je n’en suis pas absolument certain ; il est de ces glissements poétiques qu’on ne peut esquiver. Ainsi, elle a pris, cette chanson dans sa nouvelle version, une certaine profondeur de champ ; elle devient plus réfléchissante. L’expression « boum » – et sa dérivée « boum boum » – peut prendre tant de visages différents qu’il vaut la peine d’en examiner quelques-uns. Selon l’intensité qu’on lui accorde, cette onomatopée peut signifier un cri destiné à faire peur (pour du rire), un simplement tamponnement, un massacre musical (simulation du battement de caisses), une variation économique à la hausse (le « boum » s’oppose alors au « krach » ; affaire de conjoncture : CHA-CHA DE LA CONJONCTURE – Konjunktur-Cha-Cha) ou tout aussi bien, l’explosion d’une mine ou un bombardement proche, lointain ou carrément, nucléaire ;


« Le monde tombe, la terre tombe,

Encore boum

Et boum.

Tous à terre et puis, la bombe. »


Exactement, répond Lucien l’âne, et même, un attentat qui expédie ad patres un dictateur, chose qu’on avait vue dans deux autres chansons : « Carero volòL’ENVOL DE CARRERO » et « L’Amiral Boum » ; une pratique fort utile, nettement prophylactique, mais peu pratiquée ces derniers temps. Pourtant, ce ne sont pas les dictateurs qui font défaut en ce monde ; il y en a tant que je n’essayerai même pas d’en faire l’énumération, ni le classement. Je laisse à chacun le soin d’en faire le relevé chaque matin en y ajoutant chaque fois un nouveau jusqu’à arriver à une liste complète qu’il s’efforcera de tenir à jour.


On n’en finirait pas, en effet, dit Marco Valdo M.I. ; comme on dit, l’humanité a un grain et il faut entendre ici « grain » au sens d’énorme et catastrophique nuage délétère. Cependant, je crains fort que la chose soit structurellement inscrite dans le fonctionnement de l’espèce et qu’il soit terriblement difficile de s’en débarrasser.


Oh, dit Lucien l’âne, cela tient à la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux faibles pour maintenir leur domination et continuer à en tirer profit. Cela dit pour en revenir à la chanson, je ne peux me départir de l’idée qu’il y a là comme un écho de la chanson de Charles Trenet, intitulée « Boum ».


Une dernière chose, Lucien l’âne mon ami, il me vient à l’esprit de souligner l’affirmation judicieusement athée qui teinte la chanson et dont je retiens ceci :


« Et qui sait quelles fables étranges

De religions étranges

Parmi les gens viennent et vont. »


et cela,


« Pas d’enfer, pas de paradis,

Le monde pour nous

Est une image qui

Est en chacun de nous.

C’est le monde qu’on veut pour nous. »


Et puis, elle dit encore tant d’autres choses qu’il vaut mieux aller l’y voir de près.


Alors, concluons ainsi, dit Lucien l’âne, et tissons le linceul de ce vieux monde absurde, explosif, bruyant, dictatorial et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane












Tous le disent, le travail fait mal,

Il vaut mieux faire l’amour,

Même tous les jours.

Oui, oui, le travail fait mal, mal, mal.

Trop de gens vivent

D’une valise de rêves

Et du départ demain en vacances.


Le monde est un
village, et nous des millions,

Des millions de couleurs et de maisons

Et qui sait quelles fables étranges

De religions étranges

Parmi les gens viennent et vont.


Le monde tourneboule,

Boum boum, le cœur bat.

Le monde bouboule et boule,

Mais moi, je ne descendrai pas,

Boum boum, le soleil bat.

La vie s’écoule et le monde s’écroule.


Pas d’enfer, pas de paradis,

Le monde pour nous

Est une image qui

Est en chacun de nous.

C’est le monde qu’on veut pour nous.


Je voudrais tant savoir

Comme est la vie au Japon

Et puis parler à l’empereur et voir

S’il pleut ou s’il fait bon.


Sur leurs mobylettes, des jeunes

S’embrassent devant les écoles.

On se perd au Japon, et ainsi,

On voit qu’on est bien ici aussi.


Le monde est un village, et nous des millions,

Des millions de couleurs et de maisons.

S’ils mettent tous des fleurs dans les canons,

Entre les gens, la vie tournera rond.


Le monde tourneboule,

Boum boum, le cœur bat ;

Le monde est une farandole et boule,

Mais moi, je ne descendrai pas,

Boum boum, le soleil bat ;

La vie s’écoule et le monde s’écroule.


Pas d’enfer, pas de paradis,

Le monde pour nous

Est une image qui

Est en chacun de nous.

C’est le monde qu’on veut pour nous.

Le monde tombe, la terre tombe,

Encore boum

Et boum.

Tous à terre et puis, la bombe.


Pas d’enfer, pas de paradis,

Le monde est pour nous.

Imaginez une photo vous aussi

Du monde que vous voulez ici.

C’est le monde pour nous.


mercredi 15 décembre 2021

Le But final

 

Le But final


Chanson française – Le But final – Marco Valdo M.I. – 2021




LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.


LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ;
Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ;

Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie


Épisode 10



VERS LES SOMMETS


Kuzma Petrov-Vodkin – 1925




Dialogue Maïeutique




En Zinovie, Lucien l’âne mon ami, pour arriver, il faut grimper, car le but final est le sommet et comme on l’a déjà dit ici, tout au sommet du plus haut sommet des sommets, il n’y a qu’une seule place possible : celle du guide. C’est le schéma directeur de l’organisation hiérarchique, qui sous la houlette du guide, propose aux amateurs tout un éventail de sommets, manière de structurer la toile du pouvoir. C’est la ruée vers les sommets.


C’est assez classique, dit Lucien l’âne. De mon expérience, je retiens qu’il y a un tel système dans de nombreuses sociétés – du moins, dans celles que j’ai connues.


Certes, dit Marco Valdo M.I., mais celle de Zinovie est d’une trame très serrée, même si elle est couverte d’une sorte de décor émollient pour rassurer la galerie, autrement dit les gens d’ailleurs. Ceux qui y vivent savent très bien à quoi s’en tenir et comprennent fort vite comment fonctionne le système : d’un côté, on retrouve – loin des sommets – la plupart des gens, ce que les Romains appelaient le vulgum pecus, le troupeau ; de l’autre côté, on découvre ce qu’on nomme généralement, l’élite, ceux qui sortent du rang, ceux qui se placent au-dessus du lot afin d’en tirer des avantages et des privilèges. Évidemment, il existe une hiérarchie de sommets et plus ils sont hauts, moins il y en a ; les sommets s’organisent eux-mêmes en pyramide. Ainsi, du point de vue organisationnel, la Zinovie est une pyramide de pyramides.


Ah, dit Lucien l’âne, voilà un système complexe et apparemment cohérent. On dirait une sorte de carcan qui enserre la société et la contrôle. Mais, pour moi, il n’y a rien là de fort différent de ce qui se passe dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux faibles afin de s’assurer d’avantages et de privilèges.


C’est bien de ça qu’il s’agit, dit Marco Valdo M.I. ; c’est l’objectif et il est déterminé du plus profond du système lui-même ; c’est son processus fondamental, c’est à la fois ce qui le structure, le meut et le tient en vie. C’est également son mode de reproduction. Hors celui-ci, l’ensemble s’effondre et disparaît laissant place à on ne sait trop quoi d’autre. C’est l’argument dont usent ses tenants pour le défendre de toute innovation, par nature périlleuse. On a vu précédemment dans La Carrière du Directeur et Vivre en Zinovie qu’il y avait diverses voies vers le sommet : celle du directeur, celle du héros, celle de l’économie et celle du militaire. Cette fois, on parcourt la voie de la culture et celle du Parti, de ses organes et de la diplomatie.


Voyons voir, dit Lucien l’âne, ce qu’en dit la chanson et ensuite, tissons le linceul de ce vieux monde arriviste, culturé, cultureux, ambitieux et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






De la culture avant toute chose !

La meilleure des poses,

C’est la culture.

L’homme moderne civilisé

Ne peut se passer de culture.

C’est une voie à ne pas négliger,

Un monde de possibilités :

L’art, la création, la peinture ;

Très vaste est le champ de la culture.

En Zinovie, la culture n’est pas

Ce que l’ignare croit.

Avec elle, l’horizon s’accroît.


Avant, on ingérait la culture ;

C’était un effort permanent.

À présent, on entre en culture

Comme en religion dans le temps.

C’est un vaste champ où prospèrent

Toutes sortes de gens.

Des artistes, des écrivains, des savants,

Des journalistes, des jeunes premières,

Des acteurs, des chanteurs, des footballistes,

Que de places, que de fonctions,

Pour qui a de l’ambition :

C’est un tremplin des arrivistes.


Dès le temps des biberons,

Les jeunes préfèrent la culture.

Il y a le talent, l’instruction

Et un travail sur mesure,

La gloire, les plaisirs, la télévision,

Les applaudissements, les voyages, les prix.

Les petites filles, les petits garçons,

À la culture, tout est permis.

Sauf bien entendu, la dissidence ;

La moindre erreur, le pied de travers

Ne laissent aucune chance

À qui pense à l’envers.


Le Parti, ses organes, la diplomatie,

C’est une grande famille.

Elle truste les sommets des sommets,

Et le sommet qu’un seul atteint jamais.

On monte par élection,

On monte par cooptation.

La grande affaire est d’y parvenir,

Grimper, grimper dans la hiérarchie,

C’est la vraie méthode en Zinovie.

On conquiert son avenir

Marche par marche ;

C’est ainsi que ça marche.