mardi 13 juillet 2021

Le Provocateur

 

Le Provocateur


Chanson française – Le Provocateur Marco Valdo M.I. – 2021


Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.


Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 – La Prise de Monastir ; Épisode 6 – La Vérité sur La Prise de Monastir ; Épisode 7 – Le Parti et les Paysans ; Épisode 8 – Le Premier Chrétien


Épisode 9



L’ESPION

Marc Chagall – 1935 (?)




Dialogue maïeutique


Cette fois, dit Marco Valdo M.I., le titre de la chanson « Le Provocateur » est on ne peut plus explicite et ne laisse planer aucun doute sur la nature du personnage qu’elle présente. Il s’agit de ce Monsieur Mark à propos duquel s’interrogeait la chanson précédente :


« On vit venir alors Monsieur Mark,

Un brave homme, père de six enfants.

Qui était ce Monsieur Mark ?

On devait l’apprendre rapidement. »


En effet, répond Lucien l’âne, c’est assez clair. Cependant, si ce personnage est un provocateur, il s’agit de savoir de quel genre de provocateur il s’agit ; car, je n’apprendrai certainement rien à personne en précisant qu’un provocateur – au sens où on l’entend dans le domaine politique ou dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux plus faibles – un provocateur, donc, peut agir ouvertement ou sournoisement, peu importe, dans l’intérêt de l’un ou l’autre camp. Du côté des révoltés (appelons-les ainsi), une provocation peut avoir pour objectif de déclencher un mouvement de grande envergure et transformer une manifestation censément calme en un tohu-bohu indescriptible qui peut rapidement tourner à l’émeute. À l’opposé, d’une autre manière, une provocation peut être utilisée pour amener des gens à dévoiler leurs intentions et leurs véritables ambitions. De toute façon, il y a encore d’autres subtilités telles que par exemple, une provocation effectuée (secrètement) par certain groupe (le parti nazi mettant le feu au Reichstag) et attribuée aux adversaires.


Je vois, dit Marco Valdo M.I., que tu connais le phénomène de la provocation et que tu en déduiras aisément que celui qui opère une manœuvre de cette sorte porte le nom de provocateur.


C’est bien comme ça que je l’entends, dit Lucien l’âne, mais ne peux-tu en dire plus ?


Certes que si, Lucien l’âne mon ami ; le provocateur dont la chanson relate la mission manquée est ce Monsieur Mark qui avait – au pied levé – remplacé Monsieur Kopek – « Le Premier Chrétien », lequel avait été le premier à tenter de s’immiscer dans le Parti. L’un comme l’autre, je le confirme, sont des espions, des agents de la Sûreté et des saboteurs. Ils cherchent à pousser le Parti ou certains de ses membres à la faute afin de pouvoir les faire arrêter. Cette opération n’est pas vraiment originale, dit Lucien l’âne, et elle est fort pratiquée dans les régimes politiques forts ou dans ceux communément appelés, régimes policiers.


Oui, dit Lucien l’âne, c’est une façon de faire répandue dans les dictatures et dans les États à Parti unique ; bref, dans les régimes totalitaires ou en passe de le devenir. Elle aussi pratiquée par certains groupes ou partis en vue d’accéder au pouvoir ou de nuire à leurs adversaires. Ça tient à la conception que l’on a du monde et de la liberté.


Avant de conclure, Lucien l’âne mon ami, je voudrais te rassurer à propos du destin de ce pauvre Monsieur Mark et t’assurer qu’il a eu beaucoup de chance de tomber dans une réunion de membres du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi, lesquels ne l’ont ni frappé, ni torturé, ni tué ; ils l’ont simplement remis à la police.


Ah, dit Lucien l’âne, je me réjouis de voir comment cette affaire se termine, car il doit y avoir là une surprise. Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde secret, curieux, malicieux, sournois et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient, Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Un homme s’était assis à notre table ;

Sûr de son incognito, la mine ravie,

Il s’invitait ; il lui serait agréable

De converser en notre compagnie.

On ne le connaissait ni de Dieu, ni du Diable ;

Sauf Frank, notre secrétaire, neveu du préfet.

« C’est Mark », nous souffla Frank en catimini.

Du coup, on a tous su ce qui se passait,

D’où ce mystérieux Mark venait

Et ce que ce quidam venait quérir ici.


On nous l’apprit plus tard :

Pour cette besogne mercenaire,

Mark touchait cinq couronnes par soir –

En plus de son maigre salaire

De simple employé au commissariat.

Cinquante-deux florins par mois,

Avec une femme et six enfants à nourrir

C’était un supplément nécessaire

Et un travail facile à faire :

Juste s’asseoir, parler et laisser discourir.


Maheu dit alors : « C’est convenu. »

« Est-ce qu’ils savent déjà tout ? »

« Oui. », dit l’ingénieur Kun, « Tout ,

Et de Moravie, tout un groupe est venu. »

« Les Moraves sont de notre côté, »

Dit Mark, « et l’Empereur Ferdinand,

Est un Habsbourg et un tyran.

Ils avaient raison nos Frères tchèques révoltés

De défenestrer les hommes du roi,

De chasser les jésuites et les soldats. »


Alors, nous tous ensemble, on l’accusa

« Vous avez dit ci, vous avez dit ça. » ,

Vous blasphémez le seigneur et la religion,

Vous clamez même, « Vive la révolution ! »

Vous nous incitez à l’athéisme,

Vous nous poussez à l’anarchisme.

Frank dit : Je suis le neveu du préfet.

Monsieur l’agent, arrêtez ce trublion,

Menez-le tout droit en prison !

Et Mark disparu ainsi à jamais.


vendredi 9 juillet 2021

Le Premier Chrétien

Le Premier Chrétien


Chanson française – Le Premier Chrétien – Marco Valdo M.I. – 2021


Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.


Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 : La Prise de Monastir ; Épisode 6 : La Vérité sur La Prise de Monastir ; Épisode 7 – Le Parti et les Paysans


Épisode 8



LA RÉUNION RÉVOLUTIONNAIRE

Ilia Répine – 1883




Dialogue maïeutique


Dans cette histoire du Parti (le Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi), lequel incarne l’image de l’histoire de tous les autres partis, dit Marco Valdo M.I., on a jusqu’ici vu arriver outre son créateur, Jaroslav Hašek, le poète Gustav, le voïvode Klim et comme il faut s’y attendre, ce défilé ne fait que commencer. En plus des héros, des enthousiastes, des militants, des convaincus, il vient au Parti toutes sortes de curieux.


Oh oui, dit Lucien l’âne, c’est bien normal. Les gens cherchent leur voie dans la vie et beaucoup espèrent trouver une solution à leurs difficultés dans l’action des partis. C’est, à mon avis, faire la plupart du temps preuve d’un assez grand optimisme, mais le fait est qu’il en va ainsi.


D’autant plus, Lucien l’âne mon ami, quand le Parti, comme celui de Hašek, tient ses réunions dans des salles d’établissements accessibles au public. Au début, ils sont assez peu nombreux et comme dans la meilleure tradition, on tient les réunions autour d’une simple table. Puis, il a fallu étendre un peu. Comme tu l’as sans doute déjà vu, le titre de la chanson est « Le Premier Chrétien ». En fait, le Parti l’appelle ainsi, car c’est quelqu’un de très pieux et qui d’ailleurs, ne fait pas mystère de sa foi. Il vient même en partie au parti par prosélytisme. Cependant, comme le révèle la chanson, c’est un sournois et il est plein d’autres défauts.


Si je comprends bien, dit Lucien l’âne, c’est une canaille dévote.


En effet, reprend Marco Valdo M.I., les bigots et les bigotes ont des tempéraments cauteleux, mais ce personnage nourri de piété et d’hosties, qui répond au joli nom de Kopek, va se démontrer encore plus abject qu’on peut l’imaginer. Sinueux dans ses déterminations, c’est un traître fondamental : il trahit successivement tout et tout le monde : sa croyance, son Dieu et in fine, ceux qui l’avaient accueilli parmi eux et le Parti tout entier.


C’est bien ce que je pensais de lui, s’exclame Lucien l’âne. Ce Kopek n’en vaut pas un ; de kopek, je veux dire.


Pas besoin de préciser ça, dit Marco Valdo M.I. en riant, j’avais saisi. Monsieur Kopek est un cas emblématique de ce qui attend tout parti et cela, quel que soit le régime en place. Il y a toujours un espion, un indicateur, un agent de renseignement qui doit nécessairement se joindre à ces réunions. Sinon, comment savoir ce qui s’y dit, ce qui s’y ébauche. Du point de vue de la police, c’est une nécessité et même si elle est – elle doit être – confidentielle, c’est une fonction plus ou moins officielle et plus ou moins, rétribuée. Mais Kopek, finalement, même pour la police, n’est pas fiable et la seule personne qui parvient à le tenir à peu près droit, c’est sa femme, qui le dresse et arrive à le tenir par la peur qu’elle lui inspire.


Pauvre homme, dit Lucien l’âne, et d’après ce que j’en sais, il y en a des millions comme ça dans le monde. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde bigot, menteur, lâche, traître et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient, Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Monsieur Kopek, homme très pieux,

S’en est venu chez nous défendre Dieu,

Comme un croyant parmi les païens,

Au Parti, on l’appelle « le premier chrétien ».

Croque-mort de métier,

Il veut vivre et mourir dans sa foi.

Nous, nous avions plutôt décidé

De le faire abjurer, ne fût-ce qu’une fois.

En plus de sa totale confiance en Dieu,

Il était hanté par le démon du jeu.


Au Parti, on jouait de petites mises.

Un samedi, Kopek mit sa belle chemise

Et pria que dans la partie, on le laisse entrer.

Il se signa avant de commencer.

Dieu l’accompagnait, il gagna tout au début ;

Ensuite, jusqu’au dernier sou, il a tout perdu.

Pour continuer, il emprunta ;

Pour emprunter, il abjura.

Kopek perdit encore, Dieu l’avait abandonné ;

Pire, sa femme venait le rechercher.


À la Montagne sainte, Kopek fit alors pénitence.

Au retour, il dévoila nos jeux interdits

Et sur la foi régénérée de sa croyance,

À la police, il dénonça notre Parti,

Nos jurons, nos sacrilèges et nos infamies :

On insultait l’Empereur, on moquait Dieu,

Le fils, l’Esprit et toute sa Sainte Famille.

Sa Majesté doit venir à Prague sous peu ;

Assurément, il faut surveiller de près

Nos dangereuses activités de suspects.


Au Parti, Kopek le dévot était brûlé,

Sa femme l’avait définitivement cloîtré.

Vu son incapacité à continuer sa mission.

Kopek remit à la Sûreté, sa démission.

Pour l’État, il fallait incessamment

Trouver à l’espion pieux un remplaçant.

On vit venir alors Monsieur Mark,

Un brave homme, père de six enfants.

Qui était ce Monsieur Mark ?

On devait l’apprendre rapidement.


mardi 6 juillet 2021

Le Parti et les Paysans

 


Le Parti et les Paysans


Chanson française – Le Parti et les Paysans – Marco Valdo M.I. – 2021


Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.


Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 : La Prise de Monastir ; Épisode 6 : La Vérité sur La Prise de Monastir


Épisode 7

 

 


Campagne tchèque

Rudolf Bém – vers 1900





Dialogue maïeutique


Tout comme, Lucien l’âne mon ami, chez les rats de La Fontaine ou d’Ésope, chez les humains, il existe une forte différence, comme un grand écart entre les modes de vie des humains des villes et des humains des champs.


C’est une histoire de culture, dit Lucien l’âne doctement.


Tu ne penses pas si bien dire, répond Marco Valdo M.I., car ce clash culturel est précisément le sujet de la chanson. Donc, je rappelle que le Parti est né en ville ; c’est un parti citadin et de ce fait, son recrutement, son électorat, son champ d’action, son programme et de façon générale, tout le reste et sa façon de concevoir le monde, les choses, les gens et le futur sont imprégnés de l’air de la ville. Il n’en reste pas moins que l’étrange désir lui est venue de conquérir un espace agricole et le Parti va tenter de pénétrer la zone rurale et de rallier les paysans à ses idées.

À se demander, rétorque Lucien l’âne, ce que diable, il allait faire dans cette galère. Mais tout compte fait, c’est dans la logique de tout parti d’aller ainsi vers le peuple, où qu’il se trouve. De là à le faire adhérer, il y a une longue marche. C’est d’ailleurs vrai dans le sens inverse, car un parti rural a souvent les plus grandes peines à s’installer en ville.


Soit, reprend Marco Valdo M.I., mais nous ne sommes pas ici pour faire un traité de science politique, ni pour débattre de la stratégie et de la propagande des partis dans leur ensemble. Il s’agit de s’intéresser à cet épisode du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi quand il tente une percée dominicale dans les campagnes tchèques ; c’était il y a cent-dix ans. Au passage, on constatera que les choses n’ont pas beaucoup évolué. La méthode mise en œuvre est assez classique : il faut rassembler le public visé, ici les paysans et le convaincre de l’intérêt du discours du Parti. Et comme on peut le voir, ce premier essai est un remarquable échec : la tentative tourne à la catastrophe comme ce fut également le cas dans la chanson de Mani Matter : « Si hei dr Wilhälm Täll ufgfüertOn a joué Guillaume Tell ».


Oui, dit Lucien l’âne, c’est que tout simplement les cultures ne sont pas les mêmes en ville et à la campagne et ce n’est pas près de s’arranger. Pour le reste et les détails de cette incompréhension mutuelle, il faut aller voir la chanson. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde irréductible, divisé, contradictoire, antagoniste et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Pour atteindre l’autonomie,

Pour améliorer sa condition,

Pour agrémenter sa vie,

Le peuple a besoin d’instruction.

Le Parti a promis de fournir

Une révolution culturelle et un bel avenir.

Le paysan continue à labourer ;

Les vaches, à ruminer et à meugler.

Le monde rural n’est pas prêt

À réaliser un tel progrès.



Au village de Letna, il y a une auberge

Avec une terrasse sur la berge.

Le Parti y programme une séance éducative,

D’un intérêt vital pour les paysans ;

Une conférence très instructive

Sur l’assainissement des prés et des champs

Par l’extermination des rongeurs ordinaires

Selon une méthode révolutionnaire

Inventée par un scientifique anglais

Et perfectionnée par des experts français.


Une telle conférence est une aubaine,

La salle de l’auberge est pleine

Le dimanche au moment convenu.

Après avoir longuement marché

Sous le ciel torride de l’été,

De tous les environs, les paysans étaient venus.

Ils se saluent, ils s’interpellent,

Lentement, le comice s’assemble.

Du comptoir, la bière coule à flots,

La conférence commence bientôt.


En 1812, un savant anglais déclarait

Les mulots stériles.

En 1815, grâce à Wellington, il imposait

À la France, cette thèse débile.

La campagne et l’Université de France

Face à ce délire firent alliance

Et prouvèrent scientifiquement

Qu’un mulot moyen a 240 descendants.

Furieux, les paysans nous chassèrent.

Dure leçon pour le Parti : c’était la première.



dimanche 4 juillet 2021

La Vérité sur La Prise de Monastir

 

La Vérité sur La Prise de Monastir


Chanson française – La Vérité sur La Prise de Monastir – Marco Valdo M.I. – 2021


Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 : La Prise de Monastir


Épisode 6



Le Parti va vers le peuple et vers le Parti va le Peuple.

Ensemble, on est plus unis.




Dialogue maïeutique


La vérité, dit Lucien l’âne, en voilà une drôle d’idée ; que vient-elle faire dans cette épopée héroïco-comique du Parti ?


D’abord, Lucien l’âne mon ami, je dois dire que ta remarque est tout à fait justifiée, car en vérité, la vérité est un mot immense, une sorte d’infini nébuleux et en même temps, un monstre d’exactitude. La vérité en soi est en quelque sorte intangible. Cependant, cette vérité-ci n’est pas n’importe quelle vérité ; elle entend éclairer ce qu’avait raconté, ce que raconte Klim, le voïvode macédonien, volontaire engagé quelque peu trop hâbleur. Trempé dans l’acide véridique, le héros s’épure, la baudruche patriotique se dégonfle et se révèle certaine dimension particratique fondatrice de tout rassemblement à vocation dominatrice.


Depuis le début de cette épopée, je me demande, s’inquiète Lucien l’âne, si ce Parti dont elle raconte l’histoire, tout en tant à coup sûr le Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi, ne serait pas par hasard une quintessence du Parti en général. J’ai bien l’impression qu’elle met à jour la nature du Parti, de n’importe quel parti, son essence, son squelette, son fondement.


En cela, Lucien l’âne mon ami, tu mets le doigt sur un des ressorts de cette histoire. Je n’en dirai pas plus, car ça nous entraînerait trop loin et de toute façon, j’ai l’idée qu’on y reviendra encore. Pour l’instant, je voudrais attirer ton attention sur le fait qu’il s’agit dans cette chanson de la complète réfutation de la chanson précédente – La Prise de Monastir et même, de la destruction de notre dialogue qui s’était efforcé de prendre au pied de la lettre les vantardises et les supercheries de Klim, le voïvode macédonien.


Vérité pour vérité, il nous faut quand même avouer, dit Lucien l’âne en riant, que ni toi, ni moi n’étions dupes de ce fanfaron et qu’on jouait le jeu, tout en sachant la vérité vraie de l’affaire.


Soit, reprend Marco Valdo M.I. ; pour ce qui est du Parti et de sa plus ou moins grande universalité, il faut faire la distinction entre les détails particuliers concernant les aventures, les paroles et les actes – réels ou inventés de Klim le héros et les considérations générales. Certains éléments sont directement d’application à tous les partis indistinctement, comme les slogans qui concluent la chanson :


« Le Parti va vers le peuple

Et vers le Parti va le Peuple.

Ensemble, on est plus unis. »


Oh oui, dit Lucien l’âne, ça me semble évident. Que serait un parti sans ses slogans et un parti qui n’irait pas vers le peuple et d’ailleurs, que serait ce parti si le peuple (qui c’est ?) n’allait pas vers lui ?


Fais attention, Lucien l’âne mon ami, à ce que tu déclares ici, car on marche sur des braises, car ni le(s) parti(s), ni le(s) peuple(s) n’aiment qu’on questionne leur nature réelle. On risquerait de rencontrer la vérité.


Certes, répond Lucien l’âne, beaucoup ont payé cher une telle insolence. Maintenant, pour ce qui est du peuple, disons le mot, c’est un concept vague que des cuisiniers de tous bords assaisonnent à leur mode et c’est souvent peu ragoûtant. Cela dit, tissons le linceul de ce vieux monde chaotique, brouillon, populaire, folklorique et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Les discours du voïvode macédonien

Étaient une bénédiction pour le Parti

Tant Klim parlait bien

De ses exploits face à l’ennemi.

On sentait le patriote à chaque mot,

Par ses effluves de héros,

Sa sauvage exaltation fascinait

Les clients du bistro

Qui buvaient, buvaient, buvaient

Ses phrases et chacun de ses propos.


Dans cette affaire de Monastir,

Il y avait un certain décalage

Entre la réalité et ses bavardages.

Certes, Monastir était Monastir.

Mais la vérité a ses droits

Et Monastir n’était pas

Une ville, une citadelle de l’Empire ottoman.

Après notre reddition au pied du Mont Garvan,

Les Turcs nous avaient menés à la frontière

Et ce couvent était vraiment un monastère.


Après deux heures de siège, on entra au monastir,

Où les moines ont bien voulu nous nourrir.

Puis, à peine installés dans un champ,

À notre campement vint une belle,

Aussi furieuse qu’elle était vielle.

Elle nous chassa en hurlant

La bave aux lèvres

Qu’on en voulait à sa chèvre.

On repartit clopin-clopant jusqu’à Sofia

À une heure de marche de là.


À Sofia, après quelques bières,

Le voïvode courageux s’empressa

D’exhiber ses blessures de guerre,

Témoins muets de la bataille de Vitocha.

À Prague, Klim fit plus d’une fois

Les récits pédagogiques de ses exploits.

Ainsi, grâce à lui, grandit le Parti.

Klim disait : Le Parti va vers le peuple

Et vers le Parti va le Peuple.

Ensemble, on est plus unis.