mercredi 16 décembre 2020

LE RAT QUI MANGEAIT LES CHATS

 

LE RAT QUI MANGEAIT LES CHATS



Version française - LE RAT QUI MANGEAIT LES CHATS – Marco Valdo M.I. - 2020

Chanson italienne - Il topo che mangiava i gatti - Gianluca Lalli - 2020







IL TOPO CHE MANGIAVA I GATTI est une chanson librement tirée d’une fable de Gianni Rodari contenue dans l’œuvre « Favole al telefono » de 1962. La chanson fait partie de l’album de Gianluca Lalli « LE FAVOLE AL TELEFONO » de 2020.




Dans une bibliothèque vivait un vieux rat

Qui lisait, lisait, lisait, lisait, lisait, des tas

D’histoires, de livres, de savants ouvrages.

Sans répit, il avalait les personnages


Et dévorait des chiens aux blanches dents,

Et des rhinocéros de trois empans,

Des princesses, des frères et des éléphants.

Sa soif de connaissances surprenait tous les gens.


À ses cousins incultes, il racontait et se vantait

Que d’un seul coup, un chat il dévorait,

Des chats d’encre et de papier ;

Des chats qu’à tout prix, il fallait déchirer.


Mais un mauvais jour, sa tranquillité fut ébranlée, car

Un chat noir en chair et en os surgit de nulle part

Et dit — Mon cher petit rat, j’apprécie la littérature,

Mais tu n’as jamais vu un chat, qu’en peinture !


Ainsi disait le chat qui sous ses moustaches riait,

Tandis que le rat pensait à la façon de se libérer

Et contait une histoire qu’il lui fallait improviser :

Une histoire que le chat attentivement écoutait.


C’était celle d’une araignée qui luttait contre le vent,

Il la racontait lentement pour gagner du temps,

Une histoire d’araignées, une belle histoire,

Tirée d’un livre d’école trouvé dans une armoire.


Le rat connaissait peu les vrais félins,

Mais il profita d’une hésitation du chat

Et pour ne pas devenir un misérable repas,

Il s’enfuit d’un bond rapide et soudain.


La fable d’aujourd’hui nous enseigne qu’étudier

Ouvre l’esprit et dans l’inconnu, nous fait alors voyager,

Et nous fait découvrir tant de mondes nouveaux,

Et parfois, peut sauver la peau,

Et parfois peut… sauver… la peau !


mardi 15 décembre 2020

Le Rat de Bibliothèque

Le Rat de Bibliothèque


Chanson française – Le Rat de Bibliothèque – Marco Valdo M.I.2020





Dialogue Maïeutique


Avant même d’aller plus loin, je dois, Lucien l’âne mon ami, avouer mon forfait, un forfait au regard de la mission du traducteur, car ma version française s’est quelque peu éloigné de la chanson « Il topo che mangiava i gatti » de Gianluca Lalli, ce qui se traduit par « Le rat qui mangeait les chats » ; à comparer les deux titres, car comme on le sait, j’en ai fait « Le Rat de Bibliothèque », on imagine une histoire différente. Je peux même jurer que je n’aurais pas pu faire autrement ; il est venu tout seul ce forfait. J’en ai donc fait une chanson française.


Soit, dit Lucien l’âne. Je vois que c’est là un forfait parfait, un vrai forfait bien fait, car tu es un fortiche ; au lieu de le buter le chat a lié amitié avec le rat, ou l’inverse. Ça, c’est juste pour montrer que j’avais compris l’allusion, car je connais aussi mon Vian et pour preuve, je te cite de mémoire ce début d’Arthur, où t’as mis le corps ? (Boris Vian 1958 – interprétation : Serge Reggiani) :

 

« Ce fut un forfait parfait,

Un vrai forfait bien fait,

Car on est des fortiches.

Le client était futé,

Alors, on l’a buté

Pour faucher ses potiches »


Je te dis tout de suite, rien qu’à voir le titre de ta version, que ça me plaît beaucoup et que je suis impatient d’en savoir davantage. Cela dit, ce serait pas mal non plus d’avoir une version française de la chanson italienne d’origine.


Certainement, Lucien l’âne mon ami, car au départ, c’était bien mon intention et donc, je la ferai bientôt, c’est juste une question de mise en page, mais je suis trop ravi de celle-ci pour tarder à la faire vivre. Donc, au départ, l’autre jour, on avait découvert du même Gianluca Lalli, « La nave dei folli », dont j’avais fait une version française, je me suis intéressé à ses autres chansons et j’ai trouvé celle-ci qui m’a intrigué. J’ai commencé à la traduite à la grosse louche pour savoir ce qu’elle contait. Je me suis vite rendu compte que si elle était aimable avec le rat, elle était un peu légère avec le chat qu’elle laissait en quelque sorte berner par le muridé. Alors, face à cette inéquité (oui, je sais, iniquité, mais inéquité, c’est la même chose mais comment dire, en plus feutré, en moins dur), j’ai décidé de refaire la chanson (essentiellement la fin) en créant les conditions d’une coexistence pacifique entre le chat et le rat.


Oh, dit Lucien l’âne, je ne sais comment tu y es arrivé, mais l’idée me plaît d’autant que cette idée en fait une chanson contre la guerre, une chanson qui dit comment faire la paix. C’est merveilleux. Ça me rappelle « Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants », où Maurice est un chat et mène une troupe de rats réellement savants – je me demande même si celui de la chanson n’est pas un de la bande à Maurice – jusqu’à un village où sous l’égide de Maurice, chat, rats et humains finissent pas vivre en bonne entente, où chacun à son niveau (sol et sous-sol), son rôle et son utilité. C’est un début de réalisation de la Déclaration universelle des Droits de l’Âne. À ce moment, Maurice, un maître chat, un de ces matous prodigieux s’en reparte sur les chemins vers de nouvelles aventures.


Oh, dit Marco Valdo M.I., c’est une belle histoire. N’est-elle pas de notre écrivain de chevet ; oui, sans doute, n’est-ce pas ? À propos de chevet, je te signale que le rat lettré de la chanson a bien retenu la leçon de Shéhérazade et des mille et une nuits, ce qui est considérable pour un muridé dont l’espérance de vie est de 600 à 700 jours. D’ailleurs, de ce que j’en sais, il l’applique (lui ou un de ses descendants) encore au clair de lune dans la bibliothèque de mon quartier, comme tant d’autres rats de bibliothèque le font dans le monde entier. Mais, je te laisse conclure.


Ainsi, dit Lucien l’âne, à la fin, ces deux-là – chat et rat, vont pouvoir eux aussi partager le plaisir du dialogue maïeutique et nous, nous allons tisser le linceul de ce vieux monde inculte, raciste, illettré, idiot et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Dans une bibliothèque vivait un vieux rat

Qui lisait, lisait, lisait, lisait, à tour de bras.

D’histoires et de livres, il se gavait ;

Les personnages en immense quantité, il rencontrait.


Il connaissait des chiens aux crocs blancs,

Des rhinocéros, la reine Frédégonde,

Des princesses, des capucins et des éléphants.

L’étendue de ses connaissances étonnait tout le monde.


À ses cousins illettrés, il racontait et se vantait

Que d’un seul coup, il dévorait les chats,

Des chats au goût de papier et d’encre,

Des chats à manger sans attendre.


Mais un jour, un chat à la noire fourrure

Surgit de nulle part et sa tranquillité fut brisée

— Mon cher surmulot, j’apprécie la littérature,

Mais ainsi d’un chat, vous n’avez que l’idée.


Le chat riait dans sa moustache, sans retenue.

Le rat cherchait comment survivre ; sur le champ,

Il débita une histoire que dans un livre, il avait lue

Et le chat, tel un sultan, l’écouta attentivement.


Il était une fois, une araignée qui luttait contre le vent ;

Le rat racontait lentement pour gagner du temps.

Par sa souplesse, l’araignée survécut à Éole,

Comme elle l’avait appris d’un vieux livre d’école.


Le rat connaissait peu les vrais félins,

Mais il profita de la bienveillance du sien,

Qui aimait les contes plus que manger du rat.

Contre de futures histoires, le chat laissa vivre le rat.


Le chat et le rat, depuis lors, chaque soir,

Et en paix, pour au moins mille et une nuits,

Dans la bibliothèque, ensemble sans plus de tracas,

Par les histoires et les livres combattent l’ennui.

lundi 14 décembre 2020

LA NEF DES FOUS ou LE BATEAU FOU

LA NEF DES FOUS ou LE BATEAU FOU



Version française – LA NEF DES FOUS ou LE BATEAU FOU Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson allemande – Das NarrenschiffReinhard Mey – 1998



NARRENSCHIFF

version approximative selon Bosch





Dialogue Maïeutique 

 



Mon cher ami Lucien l’âne, tu as certainement entendu parler de cette légendaire Nef des Fous, qui a surgi au milieu d’une Europe ballottée par les guerres de religion, car voici une chanson de Reinhard Mey qui porte le titre de La Nef Des Fous dans sa forme originelle allemande de Narrenschiff et aborde cette histoire à sa manière qui est bien différente des deux versions italiennes que nous avons déjà rencontrées : celle d’Ivan della Mea (1975) – La nave dei folli et celle de Gianluca Lalli (2015), également intitulée, La nave dei folli. Très différente d’abord par sa langue évidemment, je ne parle pas seulement de la langue allemande, mais de la manière particulière dont Reinhard Mey traite cette langue ; et puis, son titre qui la rapproche directement du Narrenschiff d’origine et des circonstances dans lesquelles l’original fut conçu, écrit et publié lors du carnaval de Bâle de 1494.


Bien sûr, dit Lucien l’âne, que j’en ai entendu parler et même, souvent, et même depuis longtemps. Si j’ai bonne mémoire, en effet, depuis au moins le Moyen Âge. Je voudrais te rassurer tout de suite et te dire que je ne la confondrai pas avec l’arche biblique, même si cette dernière est aussi, à bien des égards, un bateau fou – ce qui est une autre traduction possible de Narrenschiff. Tout comme on peut voir un Narrenschiff, une nef de fous dans le bateau d’Ulysse qui s’en alla lui aussi à la dérive. En fait, il me semble que toutes ces histoires délirantes sont des récits imaginaires, sans doute engendrés au cours de libations prolongées. Mais dis-moi, cette chanson-ci et sa nef des fous.


Donc, Lucien l’âne mon ami, sur le thème général de la nef des fous, en ayant parfaitement résumé et l’origine bacchique et les excroissances populaires, tu as fait comprendre combien ce Narrenschiff et tout ce qui tourne autour baignait dans le grand magma imaginaire de l’humaine nation. Cette nef des fous – y compris évidemment celle qui est portraiturée dans le tableau de Hieronymus Bosch – n’est rien d’autre que l’humanité elle-même ballottée au fil des temps et qui dans le meilleur des cas, tente de se donner un destin plus sûr.


Quand elle y pense, dit Lucien l’âne en riant, mais elle ne pense pas souvent ; la plupart du temps, elle croit et c’est là le fondement de sa folie et de ses délires.


Certes, répond Marco Valdo M.I., et ce n’est pas là son moindre défaut, mais passons. Ainsi, il y a eu autrefois un livre de Sebastian Brant avec ce titre de « Das Narrenschiff », en allemand, publié en 1494 par l’éditeur Johann Bergmann d'Olpe et la chose a son importance – durant le carnaval. Ce livre comporte 113 récits, cent treize narragonies ou histoires du pays des histoires, toutes empreintes d’une lourde morale peu encline à l’évolution, une dénonciation satirique des travers de la société et des vivants. Mais quand même, la nef avait pris la mer et depuis, elle n’a jamais vraiment abordé ; elle poursuit son périple. Elle a eu beaucoup de descendance et court encore les océans imaginaires.


Quid dès lors de la chanson de Reinhard Mey ?, demande Lucien l’âne.


Eh bien, dit Marco Valdo M.I., elle raconte comme on peut s’y attendre l’histoire d’un bateau fou, d’un bateau où non seulement le capitaine, mais tout l’équipage et les passagers sont soûls ou fous, mais dans tous les cas, hors d’état de comprendre ou d’agir face à la tempête qui s’amorce. Rien, ni personne ne pourra les sauver du récif sur lequel l’ondin, qui n’est autre que le génie des eaux, va les précipiter. C’est évidemment une parabole dont je laisse à chacun le soin de la décrypter à sa manière. L’écologiste y verra l’effondrement par la crise climatique, le malthusien y verra l’humanité s’écraser sous son propre poids démographique, etc. Je te laisse, par exemple, deviner ce qu’y trouvera un évangéliste, un musulman ou un nationaliste. Une dernière chose, sur le bateau, il n’y a pas de migrants. Eux sont sur d’autres bateaux, même si en définitive, ils sont victimes de la même folie qui, chacun son interprétation, mène les riches dans la Guerre de Cent Mille Ans qu’ils font aux pauvres par avidité, arrogance, stupidité et peur.



Je vois, dit Lucien l’âne. Je m’en vais la parcourir de mes deux yeux et de mes deux oreilles avec beaucoup d’attention. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde fou, aussi fou qu’on peut l’être, maniaque, brutal, irraisonné, déraisonnable et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Le mercure baisse, des signes annoncent la tempête,

Des ricanements et des cris stupides tombent de la passerelle

Et un grondement lourd sourd de la machine.

Il y a du tangage, il y a du roulis ; sur la mer agitée,

L’orchestre de la nef joue une musique endiablée ;

Un rire maniaque monte des latrines.

La cargaison est pourrie, les papiers sèment le doute,

Les pompes fuient et les cloisons se bloquent,

Les écoutilles béent, toutes les alarmes sonnent.

La mer frappe à hauteur d’homme dans la soute

Et les feux de Saint-Elme coiffent les mats,

Mais personne à bord ne peut interpréter ça.


Le timonier ment, le capitaine est n’est plus en état

Et le machiniste est plongé dans une léthargie sourde,

L’équipage n’est plus qu’un ramassis de gourdes,

Et pour envoyer des SOS, le radio est trop las.

L’ondin déchaîné mène la nef

Des fous en avant toute sur le récif.

Tout le monde fait le dos rond, reste passif.


À l’horizon, brillent les signes des temps

Bassesse, avidité et vanité.

Sur le pont, les nigauds et les gogos sont agités.

dans les eaux troublées, le requin joue des dents,

Emporte sa prise au sec, au-delà la barre

Sur le banc de sable de l’île au trésor

Les souteneurs, les trafiquants d’or,

Les rois des bordels, les patrons des bars,

Dans la lumière vive, chacun attend.

Dans cette république bananière, où même le président

A perdu sa montre et n’a aucune honte

À s’afficher avec des voleurs dans sa suite.


Le timonier ment, le capitaine est n’est plus en état

Et le machiniste est plongé dans une léthargie sourde,

L’équipage n’est plus qu’un ramassis de gourdes,

Et pour envoyer des SOS, le radio est trop las.

L’ondin déchaîné mène la nef

Des fous en avant toute sur le récif.

Tout le monde fait le dos rond, reste passif.


Là, tous les grands idéaux tombent à plat,

Et le grand rebelle pas fatigué se bat,

Servile et venimeux, il se transforme en gnome

Et bêlant, chante au vieux méchant homme de Rome

Ses chansons ; précisément : les temps changent.

Là, les jeunes sauvages sont obéissants, pieux et dociles,

Achetés, anesthésiés et sans ailes,

Et contre des griffes émoussées, leurs pattes échangent.

Là, sur le pont, de vieux vaniteux font les beaux

Avec des femmes trop jeunes pour leur peau ;

Elles nettoient leur visage et leur masque

Et réchauffent leur membre flasque.


Le timonier ment, le capitaine est n’est plus en état

Et le machiniste est plongé dans une léthargie sourde,

L’équipage n’est plus qu’un ramassis de gourdes,

Et pour envoyer des SOS, le radio est trop las.

L’ondin déchaîné mène la nef

Des fous en avant toute sur le récif.

Tout le monde fait le dos rond, reste passif.


Ils s’arment contre un ennemi, depuis longtemps là.

Déjà, il a la main sur ta gorge, il se trouve derrière toi.

À l’abri de la loi, il mélange les cartes en trichant

Tout le monde le voit, tout le monde regarde ailleurs,

Et le personnage louche sort de sa torpeur

Et deale tranquillement devant le jardin d’enfants.

Le guetteur crie du haut du mât : fin des temps en vue !

Mais ils ne l’entendent pas, ils sont comme pétrifiés.

Ils avancent comme des lemmings en hordes sans volonté.

C’est comme s’ils savaient tous la connaissance perdue

Ils ont tous conspiré pour la ruine et la décadence ;

Le feu follet est devenu leur ultime référence.


Le timonier ment, le capitaine est n’est plus en état

Et le machiniste est plongé dans une léthargie sourde,

L’équipage n’est plus qu’un ramassis de gourdes,

Et pour envoyer des SOS, le radio est trop las.

L’ondin déchaîné mène la nef

Des fous en avant toute sur le récif.

Tout le monde fait le dos rond, reste passif.