jeudi 12 mars 2020

LES PETITS CHATS

LES PETITS CHATS


Version française du XXIe siècle – LES PETITS CHATS – Marco Valdo M.I. – 2020
Chanson française (beauceron) (début du XXe siècle) – Les p’tits chatsGaston Couté – 1928 (édition : La Chanson d’un gas qu’a mal tourné, E. Rey, 1928)

Chanson de Gaston Couté, interprète Jacques Lambour, Gérard Pierron e Bernard Meulien (1976), Vania Adrien Sens (1976), Claude Féron (1998), Christian Deschamps (2003).





La misère et ses victimes, femmes et enfants, enfants ou chatons… Et, de même, une autre misère, celle de l’hypocrisie anti-avortement.
Face à tous ceux qui « c’était mieux quand c’était pire »… Il y a quelques années, un vieil homme de mon pays m’a raconté comment, quand il était jeune, il était fréquent que certains nouveau-nés disparaissent… Il s’agissait principalement d’histoires de femmes et d’enfants nés hors mariage, souvent de viols consommés derrière des murs domestiques tranquilles… On disait aux mères que le bébé n’avait pas survécu à la naissance, mais elles savaient toutes qu’il avait fini comme un chaton…



Dialogue Maïeutique

Une chanson qui raconte une histoire de chats, et même, la terrible histoire de très nombreux chatons qui finissent leurs vies (chacun d’eux en a une) prématurément ; ici, dans un étang. C’est triste, c’est pénible, mais c’est vrai de tous temps – tant qu’il y aura des hommes. Ainsi, cette chanson au titre sympathique, et pur certains nettement attendrissant, est l’écho d’un monde terrifiant.

J’en ai l’idée, dit Lucien l’âne, tant je l’ai vu faire souvent. C’est une misère qui désespère, mais véritablement, qu’y faire ? Les animaux sont de l’humaine nation dépendants. Ainsi, j’ai oui dire qu’en Australie, ils tuent les lapins, les rats, les chiens, les chats, les kangourous par millions à la mitrailleuse ou pire encore.

En fait, Lucien l’âne mon ami, homme ou animal, en toute conscience, il faut considérer ceci que l’humanité estime qu’il lui revient de régner sur le monde (enfin, sur cette minuscule et insignifiante partie des mondes qu’est la Terre), qu’il lui incombe de réguler les populations.

Bien sûr, Marco Valdo M.I. mon ami, cela est exact et est certainement une bonne idée ; mais que ne le fait-elle en commençant par elle-même ?

Comme tu pourras le voir, Lucien l’âne mon ami, c’est un peu la conclusion de la chanson.

Oui, dit Lucien l’âne, que ne commence-t-elle par elle-même, cette humanité qui va prochainement – sauf revirement dans sa conscience, dans sa suffisance, dans son arrogance – mettre à mort tout le vivant. En attendant, les prévisions sont affolantes : demain, dix milliards ; après-demain : vingt ou cent milliards ?; jusqu’à l’ « Only stand up ! » – « Tous debout ! Y a plus de place ! »

Sans doute, demain, il n’y aura plus de place, dit Marco Valdo M.I. et il ne faut pas rêver à envoyer tout ce monde-là dans l’espace.

Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, certains disent parfois qu’une « bonne guerre » suffirait à régler ça.

C’est une illusion, Lucien l’âne mon ami, tu en conviendras. Même si une guerre mondiale (c’est un minimum !) ou une épidémie féroce et mondiale elle aussi (c’est le minimum minimorum) ou les deux ensemble tuaient – disons – cent millions d’humains en un an et ce systématiquement de façon récurrente, ça ne suffirait pas à tarir le flot – à supposer que la biosphère survive à pareil traitement. Quant à ramener l’humanité à la mesure raisonnable – disons – d’un milliard d’humains sur Terre, il faudrait procéder à un joli massacre ; sans compter que la question de pose de choisir les survivants. Mais qui pourrait y pourvoir ? Même le plus dément des Présidents (lequel?) n’oserait y songer.

Jusqu’à présent, dit Lucien l’âne, c’est apparemment hors de question. Mais allez savoir avec les Présidents qu’on élit ou avec ceux qui se hissent au pouvoir différemment.

Certes, dit Marco Valdo M.I., la chose est évidente et peut préoccuper certaines âmes sensibles.

Oh, dit Lucien l’âne, une telle préoccupation est fort marginale. De toute façon, les années passent, les Nérons s’effacent et les Empires (Reich, Impero…) millénaires s’en vont dans de lointains horizons.

Soit, dit Lucien l’âne, mais qu’en est-il des petits chats ?

La chanson, dit Marco Valdo M.I., te le dira qui se termine comme ça :

« Tu vois, l’étang est à deux pas.
Eh ! bien, sit
ôt que ton petit viendra,
Pauvre fille, envoie-le retrouver mes petits chats !… »

Finalement, dit Lucien l’âne, mourir, la belle affaire ! On ne meurt qu’une fois et en plus, on ne le sait pas. Et puis, mourir tous ensemble ou mourir un à la fois ? On meurt toujours tout seul et c’est rassurant, en fin de compte, on meurt tous. C’est pour les vivants que ce vieux monde est insupportablement dément. Alors, tissons le linceul de vieux monde fou furieux, méchant, imbécile et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Hier, la chatte grise dans un petit coin
D
e notre grenier, sur une botte de foin,
Avait amené trois petits chats ;
Co
mme je ne pouvais pas nourrir tout ça,
J
e les ai pris d’une main, d’un coup,
E
t leur attachai une grosse pierre au cou.

Puis, je m’en fus à l’étang ;
Une fois là, je les ai foutus dedans ;
Ça a fait : plouf !… L’eau a grouillé,
Et puis, plus rien !… Ils étaient noyés…
Et je suis reparti, chantant comme ça :
« C’est la pauvre chatte grise qui a perdu ses chats. »

En m’en allant, j’ai rencontré
Une fille en train de pleurer,
Toute peineuse et toute en haillons,
Et qui portait deux baluchons.
L’un en main ! c’était quelques habits ;
L’autre, c’était son ventre où était son petit !

Et je lui ai dit : « Fille, c’est pas tout ça ;
Quand t’auras ton drôle sur les bras,
Comment donc tu feras pour l’élever,
Toi qui as seulement pas de quoi bouffer ?
Et, quand même que tu l’élèverais,
En te saignant des quatre veines… et puis après ?

Enfant de peineuse, il serait peineux ;
Et quoi qu’il fasse, il serait des ceux
Qui sont contribuables et soldats…
Et, – par la tête ou par les bras
ou par… n’importe bien par où ! -
Il serait un outil de ceux qui ont des sous.

Et peut-être qu’un jour, lassé de subir
La vie et ses tristes fourbis,
Il s’en irait se jeter à l’eau,
Ou se foutrait une balle dans la peau,
Ou dans un bois il s’accrocherait,
Ou dans un cinquième, il s’asphyxierait.

Puisque tu peux l’empêcher de souffrir,
Ton pe
tit qui est tout prêt à venir,
Fill
e, pourquoi donc ne le ferais-tu pas ?
Tu v
ois, l’étang est à deux pas.
Eh ! bien, sit
ôt que ton petit viendra,
Pauvre fille, envoie-le retrouver mes petits chats !… »

mercredi 11 mars 2020

1600 – LA PESTE VOUS ATTRAPE

1600LA PESTE VOUS ATTRAPE


Version française – 1600 – LA PESTE VOUS ATTRAPE – Marco Valdo M.I. - 2020
Chanson italienne – 1600 Peste ti colga I Gufi – 1966







Dialogue Maïeutique

Comme depuis des semaines, Lucien l’âne mon ami, une épidémie, une pandémie ou en tout cas, quelque chose qui y ressemble, s’étend à travers le monde et parvenue à pied de la Chine ou presque, elle a atteint l’Italie et frappe particulièrement, la grande ville de Milan.

Oui, dit Lucien l’âne, j’ai entendu dire cette chose-là et du coup, je me suis souvenu qu’une affaire du même genre avait touché la même ville de Milan – certes plus petite à l’époque, il y a déjà pas mal de temps. Si je ne me trompe pas, cette fois-là, c’était il y a environ 400 ans. Je m’en rappelle comme si c’était hier. Les humains tombaient comme des mouches prises dans un nuage d’insecticide ou d’insectes aux prises avec un banc de chauves-souris et on avait voulu me réquisitionner pour porter les cadavres, mais je m’étais enfui dans les campagnes. Comme à mon habitude, j’avais repris mon chemin d’âne errant, fuyant comme la peste les pestiférés, les moines ointeurs, ces détrousseurs de cadavres et leurs enterrements, j’allai voir ailleurs comment se portait le monde.

Donc, ainsi, Lucien l’âne mon ami, tu connais de façon directe ce qu’il en fut de la fameuse épidémie de peste noire de 1600. Cependant, comme tu le sais aussi, ce ne fut pas la seule et elle ne se manifesta pas que dans le Milanais ; elle aussi courut le monde ; peut-être même, à ta poursuite.

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, tu ne penses pas si bien dire ; elle courait aux trousses de tout le monde et je la sentais qui aiguillonnait mes fesses. Ce n’est pas pour me vanter, comme bien tu penses, j’en avais une frousse bleue. Il y avait de quoi, note. La Fontaine en dit : « Ils n’en mourraient pas tous, mais tous étaient frappés ».

Donc, reprend Marco Valdo M.I., pour en revenir à la chanson, elle retrouve toute son actualité aujourd’hui à raconter l’histoire de la peste de 1600 à Milan. Ce qui est curieux, c’est que ce n’est pas une interprétation d’une chanson d’époque qu’on aurait exhumée aujourd’hui, ni d’ailleurs, une chanson imaginée aujourd’hui autour de ce pestilent événement ; pas du tout !

Pas du tout ?, dit Lucien l’âne. Mais alors, d’où sort-elle ?

En fait, c’est une chanson qui fut écrite et chantée en 1966 par des hiboux. Enfin, par le groupe milanais (quand même !) des Gufi (en français les Gufi sont des Hiboux – h aspiré, on ne fait pas la liaison, ce qui veut juste dire qu’on ne dit pas des Ziboux). Pour ta gouverne, ces hiboux avaient constitué un groupe du genre des Quatre Barbus ou des Frères Jacques ; bref, un chœur d’hommes (Mannerchor) de cabaret ou de music-hall et crois-moi, ce n’était pas de la chanson sinistre. L’humour et l’ironie y avaient leur place et elle était considérable. Ainsi, en est-il de cette histoire de peste et d’épidémie.

Et cette distanciation est bienvenue, dit Lucien l’âne. Comme Desproges, je pense qu’on peut et même qu’on doit rire de tout. En plus, ça soulage et ça aide à affronter l’horreur dont on s’amuse. Ceux qui ne comprennent pas ça sont des humains bâtés, butés et probablement, si on les laisse faire, bottés.

Je disais une chanson des Hiboux, continue Marco Valdo M.I., et qui se présente sous la forme d’une pièce de théâtre, malheureusement inachevée. Il me faut pourtant confessé que j’y ai apporté une petite modification qui lui donne une tout autre saveur. Dans la version italienne, cette chanson s’en prenait à la loi Merlin, une loi italienne qui avait fermé les maisons (déjà) closes et renvoyé toutes ces dames dans la rue et la clandestinité. Cette fois, j’ai voulu viser spécifiquement « corona » et j’ai donc conclu :

« Puis, ordre du podestà, hors des murs, la peste resta
Et n’est jamais revenue jusqu’à ce virus corona. »

Pour le reste, voir la chanson.

Oui, tu as raison, Marco Valdo M.I. mon ami, de toujours renvoyer au texte. C’est plus correct vis-à-vis de la chanson. Quant à nous, tissons maintenant le linceul de ce vieux monde malade de la corona, ahanant, suant, souffrant, mourant et cacochyme.

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


1600, La peste vous attrape, d’après un ancien manuscrit trouvé à Milan.

Les personnages :
Don Rodrigo, un Espagnol passionné ;
Don Alvarez, le frère de Don Rodrigo ;
Don Ramirez, père de Don Alvarez et de Don Rodrigo ;
Don Fernandez, frère de Don Ramirez et oncle de Don Alvarez, et de Don Rodrigo ;
Don Rodriguez, qui n’est pas apparenté à Don Ramirez, Don Alvarez et Don Rodrigo ;
Un médecin ;
Le Podesta ;
Un mari, une femme mourante ;
Chiquita, des Espagnols, des pestiférés, des moines.


Premier acte

Olé olé olé olé olé olé olé olé­
C’était le XVIIe siècle et en Italie, l’Espagne s’abattait
Avec ses empesteurs du grand folklore de Madridolé olé olé !
La soldatesque tsigane buvait et mangeait
Et se répandait le long de la botte.
Rodrigo avait amené Chiquita, une bête,
Un petit microbe, mais un trésor pour Rodrigo
C’était un fléau si infidèle à son maître
Que à la première petite dame, il abandonna Rodrigo,

Quand elle fut empestée, elle courut chez son frère,
Quand il fut empesté, il courut chez son père.
Peu à peu, la peste se répandit dans les quartiers
Provoquant l’infestation de la ville entière.

Femmes et hommes, enfants et jeunes mariées amoureuses
Se décomposaient en plaies puantes et brutales.
Les gens couraient dans les rues sinueuses
Implorer du docteur public, une médication radicale.

Puis, sur ordre du Podestà, on a construit hors les murs,
Pour recueillir les pestiférés, une clausure,
De gros moines la gardaient.
On l’appela le lazaret

Ces grands hommes brutaux versaient des chariots
Entiers de pestiférés dans la fosse commune
(olé olé olé olé)
Ils récupéraient les meilleurs morceaux
(olé olé olé olé)
Et la peste s’installa dans le jeune.
À l’intérieur du lazaret, la peste empestait radieuse
Et s’étendait ainsi en une rougeur calamiteuse.
Alors, du fond, un petit air monta,
Sur sa femme mourante, un mari chanta :

La peste et les cornes sont de toute éternité
Si tu ne meurs pas bientôt, tu le sauras.
À toi les cornes et la peste à moi
Ô, quelle belle fête, olé pestiféré !

Alors, courons, sautons, dansons et rions.
Pour la postérité, d’héroïques pestiférés, nous serons.
Don Rodrigo en furie sexuelle
A résolu un problème d’état civil.

Puis, ordre du podestà, hors des murs, la peste resta
Et n’est jamais revenue jusqu’à ce virus corona.

Le deuxième acte ne peut pas être joué, car les protagonistes sont en quarantaine.


dimanche 8 mars 2020

La Résurrection


La Résurrection

Chanson française – La Résurrection – Marco Valdo M.I. – 2020

ARLEQUIN AMOUREUX – 44

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.





Dialogue Maïeutique

Que voilà un titre bien réjouissant !, s’exclame Lucien l’âne en riant.

Oui, répond un Marco Valdo M.I. faussement sinistre, surtout en ces temps morbides et hypocondriaques que nous vivons, où par avance, tous se croient malades et grandement souffrants. D’autant plus que la quarantaine, qui confinera bientôt toute la planète en elle-même, ne pourrait nous effrayer grandement, nous qui vivons habituellement en retrait dans notre réserve indienne de Wallonie. Les rassemblements, les regroupements, les entassements, les attroupements et toutes ces sortes de choses, bref, le troupeau : très peu pour nous.

Tout comme d’ailleurs, prolonge Lucien l’âne, les abois, les brouhahas et les tracas ne sont pas pour moi, ne me vont pas. Mais enfin, quand même, par les temps qui courent, une résurrection, ça ne se refuse pas. On pourrait même dire que c’est une bonne nouvelle. Mais au fait, quelle est-elle ? De quoi s’agit-il très exactement ?

De quoi s’agit-il très exactement ?, Lucien l’âne mon ami, je m’en vais te le dire en te renvoyant à la chanson elle-même, qui te le dit dès le début :

« Eine ganz neue Pantomime mit Harlekin. »
(Toute une pantomime avec Arlequin)

Voilà ce que c’est cette résurrection, en quoi, tu le conviendras, elle ne se distingue aucunement de toutes les autres. En réalité, tout fantasmagorique et baroque qu’elle est, elle décrit son irréelle réalité.

D’accord, j’entends bien, Marco Valdo M.I. ; mais dis-moi de quel irréel réel tu parles ?

Oh moi ?, je ne parle de rien, répond Marco Valdo M.I. ; c’est la chanson qui raconte et philosophe. Elle raisonne et dévoile le mystère de la résurrection en général ; je veux dire, en dévoilant le sien, elle dévoile le mystère de toutes les autres. En fait, c’est un peu la description méticuleuse du phénomène.

Oui, c’est une bonne chose, approuve Lucien l’âne, que de lever le voile sur cette histoire de résurrection qui m’a toujours semblé suspecte. Je l’ai toujours tenue pur une histoire de charlatan, pas une blague, mais une véritable escroquerie intellectuelle juste capable d’abuser ceux qui veulent y croire.

Certes, dit Marco Valdo M.I., mais pur la chanson, la chose est plus subtile. Je résume en considérant que les trois parties de la chanson sont trois actes d’une pièce de théâtre jouée par la petite troupe de Matěj Kuře, alias Matthias, Sevastiano, Andrea, etc., dans le théâtre de verdure qu’elle s’est improvisé dans la grotte de la marnière. Donc, l’acte I voit la nécessaire mort d’Arlequin.

Nécessaire ?, s’étonne Lucien l’âne.

Mais oui, Lucien l’âne mon ami, c’est logique. Arlequin doit absolument mourir au premier acte, car sinon comment pourra-t-il ressusciter ?

En effet, dit Lucien l’âne, c’est logique : il faut mourir, si l’on veut ressusciter. Ainsi, on ne ressuscitera jamais. Et puis ?

Et puis, Lucien l’âne mon ami, c’est le deuxième acte où les compagnons du défunt (Pierrot et Pantalon et même le Docteur Faust) s’affairent à vouloir contrarier la mort. Deux expressions fortes se font entendre sous la forme d’impératifs destinés à relever l’Arlequin défaillant : Trompe la mort ! et Debout les morts !

Fort bien, dit Lucien l’âne, mais que veulent-elles exprimer de si fort ces fortes expressions ? Je te le demande.

D’abord, mon ami Lucien l’âne, honneur aux trompe-la-mort, qui idéalement, sont des gens comme nous qui jouent à cache-cache avec la camarde, qui se refusent à l’épouser et n’ont pas l’air de vouloir se décider à en finir . Ce sont des casse-cous, parfois.

Et puis, dit Lucien l’âne, c’était aussi l’idée de Tonton Georges qui disait, si je me souviens bien, sous ce titre de « Trompe-la-mort », sa petite résurrection :

« Et puis, coup de théâtre, quand
Le temps aura levé le camp,
Estimant que la farce est jouée,
Moi tout heureux, tout enjoué,
J
e n’exhumerai du caveau
Pour saluer sous les bravos »

Quant à Debout les morts !, Lucien l’âne mon ami, l’imagination s’en va directement à la grande guerre où le cri fusa dans une tranchée et comme le racontait ma grand-mère, qui vivait là-bas dans un hôpital à soldats, on cria

« Debout les morts ! Et les morts se levèrent et nous eûmes la victoire »

De l’autre côté, Bertolt Brecht raconte, dans sa Legende vom toten SoldatenLa Légende du Soldat Mort, le mort ressuscité de force par l’état-major et Georges Brassens encore chantait dans Le Bulletin de Santé :

« Et si vous entendez crier comme en quatorze:
« Debout ! Debout les morts ! », ne bombez pas le torse »

Évidemment, dit Lucien l’âne, on ne pouvait passer à côté de ça. Donc, avant que tu ne te relances, je résume ton résumé : Acte I : la mort ; Acte II : le refus de la mort. Et quid de l’Acte III ?

Dans l’Acte III, dit Marco Valdo M.I., on assiste à la résurrection d’Arlequin, réanimé par le souffle et puis, il est triste de l’avouer, abandonné par ses souffleurs, le pantin remeurt. Cette fois, définitivement.

C’est triste comme Venise, dit Lucien l’âne. Alors, restons-en là et concluons à notre ordinaire, plus encore de circonstance. Tissons le linceul de ce vieux monde submergé, calamiteux, morticole, mortifère, thanatophile, nécrophile, nécropole et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Eine ganz neue Pantomime mit Harlekin.
Assis sur le gazon, Arlequin le bouffon
Masse ses joues, passe ses lèvres au vermillon,
Scrute ses mains, décharnées, vieilles, ses mains

Pierrot plâtré de blanc et Pantalon
Ânonnent l’épilogue de la Résurrection.
Arlequin bat des mains et s’écroule.
Πάντα ῥεῖ / Pánta rheî : tout s’écoule.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Pantalon veut creuser la tombe. Pas encore,
Pierrot veut garder le corps .
Le Docteur Faust surgit du décor :
Harlekin, Arlequin, Arlecchino : Trompe la mort !

Les morts peuvent-ils ressusciter ?
Natürlich, naturellement et pourquoi pas ?
Ô Pantalon ! Comment faire ça ?
« Debout les morts ! », il faut crier.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Pour ranimer la dépouille, vie lui redonner,
Inutile de crier, un souffle divin, il faut souffler.
Ils soufflent sur les jambes, ils soufflent sur les bras
Abracadabra, une fois et le pantin ressuscite déjà.

Pierrot, Pantalon retournent à leurs affaires.
Abandonné, désespéré, Arlequin retombe à terre ;
Arlequin n’est plus qu’un remort solitaire ;
Arlequin n’est plus qu’un mort sous la terre.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

vendredi 6 mars 2020

LE RAT (SEIGNEUR DES ÉGOUTS)


LE RAT (SEIGNEUR DES ÉGOUTS)


Version française – LE RAT (SEIGNEUR DES ÉGOUTS) – Marco Valdo M.I. – 2020
Chanson italienneIl topo (Signore delle Fogne)Ivan Graziani – 1994
Paroles et musique : Ivan Graziani
Album "Malelingue"









Je suis un rat des bas-fonds
Je mange de tout, même du carton
Et c’est ainsi qu’allant à la chasse
Je me suis retrouvé dans une maison bourgeoise



Mais qui aurait pensé,
Qui l’aurait soupçonné
Que j’allais mon chemin
À l’encontre de mon destin ?



J’ai été piégé, capturé,
Enfermé sur le champ.
Puis, on m’a jeté
Dans la cage d’un python vivant.



Il a bougé.
Dès qu’il m’a vu,
J’étais devenu
Son petit déjeuner.



Lui aurait voulu
M’hypnotiser,
J’ai soudain perçu
Qu’il était prêt à attaquer.



Seigneur des égouts,
Aidez-moi, vous.
Pourquoi moi, je dois mourir
Maintenant, dites-moi ?



Avec les chats et les balais
Je m’en sors, vous le savez.
Mais un python, comment se sauver ?
Qui l’a su ? Moi, jamais !



Il se balance un peu, recule.
Puis il saute sur moi, je m’écarte
Il cogne fort sa tête sur la vitre
Allongé là, tordu, ridicule.



Très calmement,
Je l’ai dévoré vraiment
Mais pas tout entier,
Je n’ai pas exagéré.



Et ses maîtres étonnés –
Quelle belle fête ! –
Ont retrouvé
Le python sans tête,
Le python sans tête,
Sans tête.



Seigneur des égouts,
Vous êtes grand, vous le savez !,
Il y a une logique à tout,
Même si vous, vous la refusez.



Il y a celui qui veut tricher
Et qui se fait avoir,
Comme ce python noir
Que j’ai dévoré, digéré.

lundi 2 mars 2020

La Sainte Famille



La Sainte Famille


Chanson française – La Sainte Famille – Marco Valdo M.I. – 2020

ARLEQUIN AMOUREUX – 43

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.







Dialogue Maïeutique

La Sainte Famille, maintenant, Marco Valdo M.I. ; encore une fois, laisse-moi te demander : quel titre est-ce là ? À quoi ça rime un titre comme ça ? Et d’abord, de quelle Sainte Famille est-il question ? Celle des religions ou celle de la philosophie que deux messieurs allemands ont écrite, il y a longtemps ?

Allons, Lucien l’âne mon ami, je te réponds sans tergiverser qu’il s’agit d’une troisième Sainte Famille qui est en quelque sorte assez terre à terre, même si, il faut en convenir, elle est à l’image de la famille biblique : le père, la mère et le fils, telle donc enfin que la conçoit la tradition. J’espère que te voilà satisfait de cette précision.

Comment et pourquoi ne le serais-je pas ?, demande Lucien l’âne. Sur ce point, je suis satisfait, mais le fait est que je ne sais rien du reste, ni de quoi il s’agit.

Oh, Lucien l’âne mon ami, il te souviendra que le précédent épisode de cette longue histoire du déserteur s’achevait sur une rébellion et sur la répression qui en était al suite logique. Rappelle-toi cette fin sous forme de rébus :

« Le bétail crève, les gens ont faim ;
Les prix volent toujours plus haut.
On arrête le meneur de la révolte du grain ;
Ivre, il raconte la bataille de Marengo. »

Mais, Marco Valdo M.I. mon ami, c’était une fausse énigme, car qui d’autre là-bas à ce moment-là dans un village au fond de la Bohême que le déserteur Matěj Kuře aurait pu, « Ivre, raconter la bataille de Marengo » ? Il fallait quand même l’avoir vécue pour connaître tant de détails à en faire un récit d’ivrogne.

Je te l’accorde, Lucien l’âne mon ami, personne sauf quelqu’un qui y était à la bataille de Marengo, mais aussi, dans cette émeute de la faim. Heureusement, la châtelaine du lieu fut fort bienveillante et l’événement était sans gravité, il tenait plus d’une manifestation de mécontentement que d’une révolution. Pour toute sanction, on chassa le meneur, à charge pour lui de ne plus remettre les pieds dans le fief. Le meneur Serenus, alias, alias, alias et donc, notre Matthias, montreur de marionnettes, reprend dès lors le chemin de la fuite et s’en va se réfugier dans une grotte, une ancienne carrière creusée dans la montagne proche. Là, il rentre dans son univers fantasmatique où il vit en symbiose avec sa petite bande et reprend la folle errance de ses méditations ; il imagine que cette grotte est un théâtre, que le versant boueux qui fait face est un amphithéâtre, il y voit – comme en rêve – un public, et animant ses acteurs de bois, il monte un spectacle : un spectacle improvisé où il laisse libre cours à la petite troupe que depuis le début de cette odyssée, il véhicule dans une hotte sur son dos.

Oui, je sais, dit Lucien l’âne, il est à lui seul, ainsi, un théâtre ambulant. Mais quel est donc ce spectacle improvisé ?

Il reprend, Lucien l’âne mon ami, devant – note-le bien – devant un public imaginaire, l’histoire de la princesse du Portugal qui vire – pour éveiller le public – carrément à la pantalonnade. Puis, afin d’apaiser les débordements, on en revient à une scène sévère et classique du retour du croisé en ses foyers, mais cette pieuse scène refroidit le public, il faut à nouveau pimenter l’affaire : le père prodigue est bousculé et moqué par son fils et du coup, il s’empresse de vouloir infliger la bastonnade à son rejeton. Une poursuite s’engage que n’auraient pas désavouée les frères Marx eux-mêmes : le fils file, le père court derrière avec son gourdin levé ou alors, c’est son épée, on ne sait et la mère tente de retenir le geste du père ; et le public rit. Ainsi se dessine l’image d’une famille exemplaire : sainte, certes, puisque le croisé rentre de croisade, mais conforme aux aventures familiales de l’époque où les pères châtient les fils et les mères s’essayent à protéger leur progéniture de ces brutalités paternelles.

Quel exemple, dit Lucien l’âne, mais sans doute en était-il vraisemblablement ainsi dans ces familles patriarcales – du moins, en gros. En tout cas, il semble que le public y reconnaissait mieux ce qu’il attendait d’un spectacle fait pour distraire et amuser, un spectacle populaire dans la foulée de la commedia dell’arte. Cela dit, je me demande s’il n’y a pas derrière tout ça une mise en cause de cette sainte institution, conservatrice de la société et une dénonciation de l’ennui qui submerge cette dernière quand un pouvoir trop lourd l’écrase. Je me souviens soudain qu’au moment où Jiří Šotola écrit cette histoire, la Bohême se trouve au cœur de la Tchécoslovaquie, laquelle étouffe et s’ennuie à mourir sous l’éteignoir soviétique. À finir pour finir, il nous reste, comme tel est notre usage, à tisser le linceul de ce vieux monde ennuyeux, sévère, tutélaire, lourd et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Après correction, le meneur Serenus,
Avec sa troupe sur le dos,
S’en va chercher l’Eldorado
Dans les bois, sous l’humus,

Il déniche une grotte dans la pierre
Creusée comme un théâtre
Et devant, les parois de terre
Font un amphithéâtre.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Quoi de neuf au Portugal,
Votre Grâce Royale ?
Au Portugal, il y a de neuf
Qu’on a rasé un œuf !

Don Basile soulève la princesse,
La jupe se trousse à la ceinture,
La princesse se débat, on voit ses fesses
Le public rit de toute cette nature.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

De la croisade, le père siffle son retour.
Un glaive en sa droite ; en sa gauche, la croix.
La mère et le fils le regardent avec amour,
À cette sainte famille, le public ne croit pas.

Le fils rit de la croix, la poursuite commence :
Le père après le fils, la mère après le père.
De son bourdon, le père, l’enfant tance.
Le public rit de ce trio exemplaire.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.