vendredi 19 octobre 2018

Les Lettres maudites

Les Lettres maudites


Chanson française – Les Lettres maudites – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
99
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
IV, V)





Dialogue Maïeutique


Comme tu le sais probablement, Lucien l’âne mon ami, lors d’un procès de l’envergure de celui des « sorciers », où il est question de meurtre, de vol, de sorcellerie, où donc il est question de vie et de mort, même s’il y a aveu d’un inculpé, il y faut une enquête complète. La question centrale étant : qu’y a-t-il au-delà, que dissimule l’aveu ? Il y faut des détails, il faut aussi comprendre ce qui a mené à ces désastres.

J’imagine bien que c’est comme ça, dit Lucien l’âne, et même, comme je l’ai souvent entendu et personnellement remarqué, un procès peut en cacher un autre, comme on dit chez nous. Le procès d’une personne vise aussi souvent à découvrir l’ambiance dans la quelle le crime est advenu et les mécanismes qui y ont présidé. Ne fût-ce que pour comprendre les faits et prévenir leur répétition.

Souviens-toi, Lucien l’âne mon ami, dans ce procès-ci, il y a deux accusés et l’un des deux, Joos Damman, même s’il a reconnu le meurtre de son ami Hilbert (La Main d’Hilbert), essaye de se défausser du reste de l’accusation en rejetant tout sur Katheline. Il tente de faire accroire qu’il est un bon gentilhomme odieusement abusé et manipulé par une vilaine sorcière, qui de surcroît simule la folie.

Ce n’est assurément pas très élégant pour un gentilhomme d’agir de la sorte, dit Lucien l’âne, et même, j’ai cru comprendre qu’il essayait également d’échapper à la justice en plaidant la péremption de ses actes, la prescription de son crime, du fait que la loi interdit de poursuivre le meurtrier après dix ans.

C’est exact, dit Marco Valdo M.I., c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il reconnaît l’avoir commis et tente de charger Katheline de tout le reste. Il est bien près de réussir, car Katheline aurait été bien en peine de se défendre pour deux fortes raisons : sa folie et son amour inconditionnel et délirant pour Hans, c’est-à-dire lui-même. Mais c’était compter sans Nelle, qui prend la défense de sa mère en même temps que de la sienne propre, car Joos Damman veut la faire elle aussi passer pour sorcière. Malheureusement pour lui et heureusement pour elles, Nelle retrouve, cousues dans les cottes de fête de sa mère, deux anciennes lettres de la main de Joos Damman. Ces lettres infâmes, c’est Nelle qui les dépose enter les mains du tribunal ; elles causeront la perte de l’ignoble gentilhomme. Ce que disent ces lettres, on le trouve dans la chanson.

Eh bien alors, dit Lucien l’âne, voyons la chanson et puis, tissons le linceul de ce vieux monde périssable, mortel, moisi et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



De Joos Damann, écuyer
À Hilbert Ryvish, écuyer.
Ne perds plus ton temps et ton argent
En jeux de misère et tristes brelans.

Pour gagner à tous les coups,
Faisons-nous beaux diables,
C’est un emploi admirable,
Les femmes se pendront à nos cous.

Les femmes donnent à leur homme d’amour
Leurs cottes, leurs chemises et leurs atours.
Laissons les pauvres et les laides,
Prenons les belles et les riches,

Faisons leur payer le plaisir du corps,
Bientôt, nous roulerons sur l’or.
À la nuit, il faut te faire beau
Et t’annoncer d’un chant d’oiseau.

Il faut te faire une face de diable
Et te pommader les joues de phosphore –
Un onguent à l’odeur épouvantable,
Une fragrance d’enfer, un parfum de mort.

Et toujours, tue qui te gêne.
Allons chez Katheline, ma débonnaire.
Tu prendras Nelle sans peine ;
Je te la donne, j’en suis le père.

Katheline cache en son logis
Sept cents carolus d’or,
Un véritable trésor.
Pour l’amour, tel sera notre prix.

Puis, ces femmes pour nous seront
Esclaves et serves en travail amoureux.
En Allemagne, nous les mènerons
Et nous les louerons à qui paiera le mieux.

Et nous en séduirons d’autres encore ;
Allumé le feu ardent sous leur ceinture,
Les femmes nous obéissent en tout,
L’amour a le sourire si doux.

À Katheline : M’aimes-tu, mon doux cœur ?
Dis-moi, caches-tu le trésor sous les fleurs ?
Sorcière mignonne, nous irons ce samedi
Danser ensemble au sabbat des esprits.

mardi 16 octobre 2018

DEUX POLOS ROUGES

DEUX POLOS ROUGES

Version française – DEUX POLOS ROUGES – Marco Valdo M.I. – 2018
Chanson italienne – Due magliette rosse – Modena City Ramblers – 2013

« Rien de nouveau sur le front occidental », dont est tirée la chanson, est un double album des Modena City Ramblers, le treizième de leur carrière. Voici les dix-huit les chansons contenues dans l’album, écrites, arrangées et produites des Modena City Ramblers :








Le 17 décembre 1976. Quatre garçons, alors, en polo, short courts et en chaussures de tennis, permirent à l’Italie, outre de conquérir un Trophée prestigieux, et aussi à tout un peuple d’avoir un instant d’espoir même si ce n’était que dans la défaite d’un match. Ces garçons, quatre, s’appelaient Panatta, Bertolucci, Barazzutti, Zugarelli. Le match, la finale de Coupe Davis, au Stade National de Santiago du Chili.

Tout qui était alors, dans le sens d’exister et avoir l’âge suffisant pour comprendre, se rappelle très bien les polémiques, les dilemmes politiques en plus que d’ordre moral, qui ont précédé et accompagné cet événement.

Cette finale se joua dans un climat terrible en raison de la situation politique de ce pays (le Chili de Pinochet) et les oppressions subies par le peuple chilien par cette dictature fasciste qui avait comme chef suprême le général Pinochet. « On y va, on n’y va pas », le dilemme était terrible. Mais on y alla, on décida d’y aller, même avec l’appui du secrétaire du PCI (Parti Communiste Italien) de l’époque, Enrico Berlinguer. « Cette Coupe ne doit pas aller à Pinochet » est un peu le résumé de cette décision.

Nous ajoutons : Il ne doit pas avoir de gratification et de soutien pour cette dictature.
La décision fut prise par Panatta : « Paolo (Bertolucci ndr), demain, nous mettrons une polo rouge », comme le raconte le même Panatta.

Ce « rouge », si effronté, au milieu du terrain, il nous plaît penser qu’il fut au moins dans cette occasion un symbole d’espoir, si pas de liberté, en plus d’être de la couleur du sang.
Le sang de tant et tant de gens, jeunes, femmes et vieux, assassinés et massacrés.
Nous avons toujours eu
un énorme respect et une grande estime envers ces peuples qui ont souffert ce genre d’atrocités, quelle que soit « couleur » ou l’idée au nom desquelles elles furent effectuées.



Dialogue Maïeutique

Coupe Davis ou aux Jeux olympiques ont des relents de nationalisme et prestige. Le mieux serait de ne jamais participer à ces mascarades. Panem et circences, vieille méthode pour lénifier les populations, la pratique est amplifiée par les ambitions et les délires engendrés par la compétition et les commérages dithyrambiques des médias, fort soucieux de leur audience et de leurs ventes. Dit autrement, Nihil novum sub sole. Cela étant, à partir du moment où on est tombé dedans, le mieux est de nager pour en sortir au plus vite. Autrement dit, arrivés au stade où ils en étaient, ces joueurs acculés dans une impasse, ont fait ce qu’ils ont pu. Mais l’arbre des « polos rouges » ne saurait cacher la forêt de l’absurde compétition comme modèle social, qu’il convient de constamment réaffirmer. Malheur à ceux qui ne participent pas de l’idiotie collective et de la myopie intellectuelle ! Les intérêts en jeu sont considérables. Nations et capitaux sont les deux mamelles du sport et pour l’irriguer les gloires et les argents coulent à flots. Il s’agit de drainer les émotions collectives pour noyer les pensées individuelles. Que la source du pouvoir soit la force, l’argent ou le nombre, c’est en fait la base de tous les régimes, idéologies, religions, partis, etc. qui de par leur nature même, sont totalitaires. Certes, il en est de plus souples et de plus accommodants que les autres, mais dans le fond, il s’agit de faire prendre des vessies pour des lanternes ; on le disait déjà dans Les Lanternes libérales.

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est curieux, mais ces histoires de matchs me rappellent la campagne sportive de Kiev en 1942 où la réalité est venue s’imposer finalement aux joueurs du « Start », qui dos au mur (au sens propre), furent contraints de jouer ce championnat de la mort. Eux, c’est sûr n’avaient pas le choix. Souviens-toi, ils avaient gagné tous leurs matchs, ils avaient gagné la finale – c’était du football – par 5 à 3 et puis :

« Ces nazis ne veulent pas en démordre
Ils nous laissent une dernière chance de perdre
Face à Rukh, on répond huit à zéro.
On est des joueurs, pas des héros.
On est tous morts rapidement
Sauf un qui a pu s’échapper… »

Enfin, que pouvons-nous y faire à ces déferlements fanatiques ? Alors, tissons obstinément le linceul de ce monde gangrené par l’avidité, sportif, compétitif et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.


Deux polos rouges, dans le Stade de la Mort,
Deux polos rouges comme le sang dans les fosses,
Pour les mères de Santiago et leur liberté,
Défièrent le pouvoir avec grande dignité.

« Pinochet sanguinaire, Panatta millionaire ! »
Criaient dans les cortèges, dans les places et dans les routes,
Réclamaient à haute voix « Ne jouez pas le match ! »,
Ne frappez pas cette balle, ne la lui donnez pas vaincue.

Mais Enrico Berlinguer dit : « Vous devez y aller,
Jouez pour les mères et le monde vous regardera,
Vous n’avez pas à avoir peur, entrez la tête haute,
Jouez le match, ne leur laissez pas la victoire ! ».

Dans la chaleur de décembre de l’hémisphère austral,
Ils entrèrent dans ce stade encadrés de soldats,
Le Général les regardait debout sur les gradins,
Hautain avec ses moustaches et ses yeux d’assassin.

Adriano dit Paolo « As-tu apporté ce polo ?
Aujourd’hui, nous jouons avec lui ! Rouge et beau !
Tu n’as rien à craindre, jouons la tête haute,
Jouons le match, ne leur laissons pas la victoire ! ».

Deux polos rouges dans le Stade de la Mort,
Deux polos rouges comme le sang dans les fosses,
Pour les mères de Santiago et leur liberté,
Défièrent le pouvoir avec grande dignité.

Et levèrent la coupe dans le Stade de la Mort.
Deux polos rouges comme le sang dans les fosses,
Pour les mères de Santiago et leur liberté,
Défièrent le pouvoir avec grande dignité.
Défièrent le pouvoir avec grande dignité !

dimanche 14 octobre 2018

Les Sorciers

Les Sorciers


Chanson française – Les Sorciers – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
98
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
IV, V)




Dialogue Maïeutique


Ce titre « Les Sorciers », Lucien l’âne mon ami, résume le thème de la chanson qui présente le début du procès fait à Katheline et à Joos Damman, son amant maléfique. Cependant, avant d’aller plus loin, il me faut faire un petit commentaire à propos du mot « sorcier » et de ses dérivés : « sorcière, sorcellerie, etc. ». Des sorciers, etc., grosso modo, il y en a deux grandes catégories : les sorciers, etc. qui sont des guérisseurs du corps et de la psyché, des sages, des savants, des intercesseurs entre l’homme et la nature ; ceux-là sont des personnages importants de la tribu – ceux-là sont universels ou presque ; et les sorciers au sens chrétien et plus largement, des religions monothéistes (pas seulement catholique) de personnes liées par un pacte avec le diable ; ce sont les futurs clients des bourreaux. Donc, comme tu le sais sans doute, notamment au temps de Till, une des pires accusations qui se pouvaient porter contre quelqu’un était celle de sorcellerie, de liaison avec le diable. L’accusation de sorcellerie devait être établie et elle l’était quasiment toujours vu qu’elle était vérifiée par la torture menée jusqu’aux aveux – dans l’intérêt même du torturé, car l’aveu valait confession et rémission du péché post-mortem ; elle était suivie nécessairement la mise à mort raffinée du sorcier ou de la sorcière.

En effet, Marco Valdo M.I. mon ami, c’étaient des temps déraisonnables, où on voyait partout la main du diable ou son intervention, même indirecte. La vie n’y était pas tellement drôle et si on donnait au sorcier un rôle, c’était celui du supplicié. Il s’agissait de tenir l’effroi dessus la tête des gens. Pourtant, cette manière de désigner sous le nom de sorcellerie ce que l’on souhaitait voir condamner n’est pas une spécialité exclusive de ce siècle-là (le XVIᵉ), ni de ces régions. Aussi loin qu’on remonte dans la « civilisation chrétienne », on retrouve cette démonisation accusatrice et létale.

On voyait le diable partout, c’était l’époque, dit Marco Valdo M.I. et il est vrai qu’elle durait déjà depuis des siècles, mais la chasse aux sorcières est encore pratiquée de nos jours, sous d’autres formes et le sens et la pratique s’en sont étendus au-delà des usages religieux. Le mécanisme sous-jacent reste évidemment le même, c’est une variante du « Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage ». Cependant, la chanson, outre l’accusation menée par le Bailli, comporte l’odieuse et veule défense de Joos Damman, qui – mensonge et pleutrerie- rejette tout sur les deux femmes : Katheline, celle qu’il a séduite et escroquée et Nelle, qui est sa propre fille.

Brrr, j’en ai le poil tout dressé, dit Lucien l’âne, et j’ose à peine lire la chanson. Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde injuste, médisant, mauvais, menteur et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



La neige fond, les prés se noient ;
La cloche appelle les juges au tribunal
Et tout le populaire se déploie
Autour du lieu de justice banal.

« Joos Damman ou Hans le Blême,
Qui dans sa personne est le même,
Avoue effrontément le meurtre d’Hilbert
Et même, l’avoir poignardé à terre.

Cet homme et cette femme sont abominables
Sorciers, dit le Bailli, suppôts du diable ;
Lui, méchant manipulateur, fauteur de maléfices ;
Elle, esclave soumise et manifeste complice.

Pour elle, je le comprends bien, les échevins
Et le peuple ont compassion et chagrin.
Elle n’a ni tué, ni volé, ni jeté des sorts,
Mais au diable, elle livra sa fille sans remords.

Si Nelle n’avait pas résisté à Hilbert,
Si Nelle ne lui avait pas blessé les yeux,
Si Nelle s’était prêtée à cet horrible jeu,
Nelle serait, elle aussi, devenue sorcière.

Je suis, comme vous tous, ému de pitié,
Mais Katheline ne veut pas avouer.
Y a-t-il d’autres crimes, d’autres forfaitures ?
Pour le savoir, il ne reste que la torture. »

Et Nelle crie : « Grâce pour Katheline ! »
Et le peuple crie : « Grâce pour Katheline ! »
Et Katheline crie : « Viens cette nuit, mon aimé,
La main d’Hilbert, je vais te donner.

Hans mon aimé, la tête me fait si mal. »
Damman crie : « Crève, chienne !
Elle n’est pas folle, c’est une comédienne.
Jetez-la au feu, messieurs du tribunal.

« Je ne te connais pas, folle sorcière,
Ton Hans chéri, c’est Hilbert.
Ton Hilbert a volé le trésor
Et maintenant, il est mort.

Ce sont Nelle, sa fille et elle,
Les seules vraies coupables.
Ce sont elle et sa fille, Nelle,
Les véritables sorcières du diable. »