dimanche 26 août 2018

AQUALUNG

AQUALUNG


Version française – AQUALUNG – Marco Valdo M.I. – 2018
d’après la version italienne de Riccardo Venturi (version collective) – 2013
d’une chanson anglaise – AqualungJethro Tull – 1971
Texte : Ian Anderson e Jennie Franks


Te souviens-tu encore
Du brouillard gelé de décembre
Quand ta barbe glacée
Criait à l’agonie ?




Je me suis souvenu de lui il y a quelques jours en le rencontrant lui, Aqualung, en plein centre de Florence, ville d’art. Vers trois heures de l’après-midi, il dormait dans ses haillons sur deux bouts de carton, dans le Melarancio, entouré d’horreurs de tout genre, dans l’encoignure d’un mur parmi les touristes et les citadins qui passaient sans y faire attention. Une épave humaine parmi tant, dans la puanteur et dans l’indifférence ; laid et sale. Et, peut-être, même mauvais comme Aqualung, qui fait le cochon avec les gamines et il maudit dieu au travers des diverses « institutions bénéfiques » plus ou moins à la mode. On dit qu’Ian Anderson a écrit ce morceau, et l’album, après avoir vu une photo prise par sa femme qui représentait un clochard ; il en sortit des textes mauvais, dissonants, sans aucun romantisme, en allant à creuser dans la ruine humaine. Et dans la ruine d’une société entière, qui ne s’est certainement pas arrêtée. Ainsi, en passant devant un homme qui dormait dans la rue, il est arrivé que cette chanson m’est venue presque automatiquement à l’esprit. Pas que je sois meilleur que les autres qui passaient sans s’en apercevoir ; avoir une simple pensée ne sert à rien, ne change rien. Peut-être, au contraire, elle devient seulement prétexte pour parler d’une chanson, aussi belle qu’elle soit. Il s’est passé ensuite que, quelques jours plus tard, j’ai parlé d’une maison où se cache Aqualung et sa vie qui ne doit pas y être ; ainsi naquit tout ceci. Cependant attention, attention toute. Aqualung nous pouvons le devenir tous, sans aucune exception. Personne n’est exempt, personne est pardonné ; Ian Anderson l’avait bien compris, auquel il dut s’activer quelque chose dans la désaxement qui était en lui. Et, ainsi, dans la couverture de l’album, Aqualung a son apparence exacte. [RV]

Un curieux sort frappe les textes des chansons, même des plus célèbres. Même les livrets des albums des originaux, sont incomplets et incorrects par rapport à la chanson ; le Réseau, ensuite, a fait le reste. Ainsi, on s’y est mis à écoute et les parties manquantes ont été rétablies et certaines dictions correctes. Ainsi que les répétitions des strophes, vu qu’elles font partie de la chanson de plein droit.


Dialogue maïeutique


« Aqualung », Marco Valdo M.I. mon ami, voilà bien un titre curieux et si c’est le nom d’une personne, un nom bizarre. Et puis, à ce qu’il me semble, c’est une chanson anglaise et je pensais que tu ignorais l’anglais. De toute façon, il est fort rare que tu fasses une version française de chansons anglaises.

Oh, Lucien l’âne mon ami, tu as parfaitement raison. Je n’ai pas l’habitude de m’aventurer dans les vastes paysages de la chanson de langue anglaise. Principalement, car il y a tant de gens qui le font, car l’industrie et commerce y sont dominants et que moi, tu le sais, le bizenesse, ce n’est pas ma tasse de thé et puis, il paraît que tout le monde – excepté moi – comprend l’anglais et le pratique couramment. Il est vrai que je me sens assez à l’écart et en dehors de ce monde colonisé. Pour ce qui est de cette chanson et de la version française que je vais proposer, si je l’ai faite, c’est essentiellement à cause du récit introductif de Riccardo Venturi. Mais peu importe la langue, car je voulais faire connaître son évocation de cette scène florentine et son commentaire sur la « ruine de la société humaine ». Je suis donc parti de là et ensuite, seulement ensuite, j’ai abordé la chanson elle-même. Et pour ce qui est du titre étrange, je te renvoie à l’explication de Venturi qui parle d’un équipement de plongée sous-marine, qui – vérification faite – existe toujours.

Voilà qui répond à mes questions. Cependant, Marco Valdo M.I. mon ami, j’aimerais quand même quelques mots à propos de la chanson elle-même.

C’est une chanson qui raconte une histoire assez banale ; de plus en plus banale, d’ailleurs, vois-tu Lucien l’âne mon ami. Elle parle d’un clochard – actuellement et ici, on l’appellerait S.D.F. (sans domicilie fixe) – du nom d’Aqualung, dénommé ainsi en raison de ses difficultés respiratoires et du bruit qu’elles occasionnent. Ce clochard se trouve dans un parc, sur un banc où il regarde – bizarrement, les petites filles. « Il zieute les fillettes de ses yeux pervers », dit la chanson ; mais est-ce vraiment ce qu’il fait ou bien est-ce pure interprétation, pur préjugé, dû à son apparence – c’est un vieux SDF. En fait, il passe le temps comme il peut et devant ses yeux passent les enfants qui jouent et courent ; alors, il les regarde. Voilà tout.

Sans doute, Marco Valdo M.I., un vieil homme mal habillé et pas trop bien rasé, ça fait tache face à une pelouse. Mais enfin, qui dans un parc, assis sur un banc à se reposer ne regarde pas les enfants qui jouent, les petites filles qui courent ou qui dansent ? Ce serait un spectacle réservé aux gens « propres sur eux », lesquels auraient – par nature et définitivement – une vision correcte des jeux d’enfants. Tiens, ce pourrait être un prêtre sur le banc ? On sait tous ce qu’il en est de certains de ces saints apôtres. En l’occurrence, l’habit ne fait pas le moine. Mais je reviens à cette scène banale d’un Clochard, d’un SDF sur un banc qui pour moi est une scène de guerre, un épisode – sous le manteau de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin de les appauvrir, de les écraser et de les mener à la ruine finale, à la misère.

C’est en effet l’horizon de la chanson, reprend Marco Valdo M.I. et R.V. a raison de faire remarquer que la misère – la « ruine humaine » – car il s’agit d’elle, pas de la pauvreté avec laquelle on peut encore vivre et à la rigueur, survivre. Ici, pour Aqualung, il s’agit de la misère, comme qui dirait, pure et dure – la dernière marche avant l’abîme. À ce propos, Lucien l’âne mon ami, je voudrais insister sur cette distinction, cette gradation du monde qui va de la richesse (ultra-riche, très riche, riche, moyennement riche, un peu riche) à l’aisance, à la médiocrité, à la pauvreté et tout au bout (avant l’abîme) à la misère. On pourrait même introduire d’autres degrés. Mais dans notre société foutument binaire et martiale, on ne connaît que le bien et le mal, le bon et le mauvais, le blanc et le noir, le un et le zéro, le fort et le faible, le riche et le pauvre, le gagnant et le perdant, le national et l’étranger, le positif et le négatif et ainsi de suite. Cette polarisation du monde n’est pas innocente ; c’est elle qui est à la base de l’idée que la richesse est désirable , de l’absolue interdiction qu’il y a de la mettre en cause, de revendiquer une société fondée sur le refus de la richesse, fondée sur la pauvreté, sur le refus du trop, du trop plein, de l’obésité du quotidien, sur le refus de l’abondance et du gaspillage, qui sont les marques du luxe tant prisé, tant vanté et tant désiré, sur le refus pur et simple du désir de richesse, qui tel un cancer pourrit l’existence.

Holà, Marco Valdo M.I. mon ami, arrête-toi là, tu vas te mettre à philosopher et nous n’avons pas le temps ce soir. Il nous faut conclure et rependre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde riche, binaire, antagoniste et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Assis sur un banc du parc,
Il zieute les fillettes de ses yeux pervers.
Le snot coule de son nez,
Ses doigts gras encrassent ses loques sales,
Aqualung.
Il sèche au soleil froid,
Il guette les dentelles fugaces des petites culottes.
Aqualung.
Il se sent canard oiseux,
Et crache les bouts de ses chances perdues.
Oh, Aqualung.

Le soleil brille froidement,
Le vieil homme vague seul
Passant le temps
De la seule façon qu’il connaît.
Sa jambe fait un mal de chien
Quand il ramasse un mégot,
Il met ses pieds dans le marigot
Pour les réchauffer.

Il se sent seul,
La salutiste est au coin de la rue,
Doucereuse charité à la mode
Et tasse de thé.
Aqualung, mon ami
T’en va pas comme ça,
Mon pauvre vieux, c’est seulement moi.

Te souviens-tu encore
Du brouillard gelé de décembre
Quand ta barbe glacée
Criait à l’agonie ?
Et retenait tes derniers râles
Comme les gargouillis d’un plongeur.
Les fleurs éclosent
Comme folie au printemps.

Le soleil brille froidement,
Le vieil homme vague seul
Passant le temps
De la seule façon qu’il connaît.
Sa jambe fait un mal de chien
Quand il ramasse un mégot,
Il met ses pieds dans le marigot
Pour les réchauffer.

Tu te sens seul,
La salutiste est au coin de la rue,
Doucereuse charité à la mode
Et tasse de thé.
Aqualung, mon ami
T’en vas pas comme ça,
Mon pauvre vieux, c’est seulement moi.

Aqualung, mon ami
Ne t’en va pas énervé,
Mon pauvre vieux, c’est seulement moi.

Assis sur banc du parc,
Il zieute les fillettes avec des yeux pervers.
Le snot coule de son nez,
Ses doigts gras encrassent ses loques sales,
Aqualung.
Il sèche au soleil froid,
Il guette les dentelles des petites culottes.
Aqualung.
Il se ressent canard oiseux,
Il crache les bouts de ses chances perdues.

Oh, Aqualung.

jeudi 23 août 2018

Notre Peau


Notre Peau


Chanson française – Notre Peau – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
82
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
III, XXXVIII)





Dialogue Maïeutique

Lors donc, Lucien l’âne, mon ami, le pèlerinage de Till continue et comme il est apparu jusqu’à présent, il menace de durer encore longtemps. Au moins tant que les Pays n’auront pas retrouvé leurs libertés et tant que durera la Guerre de Cent Mille Ans, car Till et Lamme sont comme toi des personnages immortels et d’une certaine manière, dans les limites de la durée de l’espèce ; bref, tant qu’il y aura des hommes. C’est précisément ce que raconte la chanson, perdue parmi les autres, elle dit le lent écoulement de l’histoire, de toutes les histoires.

Oh, dit Lucien l’âne, avec tout ce bel exergue, je ne sais toujours pas de quoi cause cette canzone et cependant, crois-moi, c’est tout ce qui m’importe.

Principalement, dit Marco Valdo M.I., elle donne à Lamme et à Till des nouvelles de la guerre et elle confronte les deux tempéraments : celui de Till, le volontaire et celui de Lamme, le malgré lui.

Oui, certes, et comment, Marco Valdo M.I. mon ami, mais veux-tu bien m’expliquer – car tu le sais, c’est ma marotte – le curieux titre de la chanson : Notre Peau. D’autres en font fait toute une histoire terrifiante à bien des égards, mais c’était dans une autre guerre, dans une guerre plus récente – on y voyait tout ce qui se passe sous le manteau de la guerre. Alors, la peau : la peau de qui ? La peau de quoi ?

Bien sûr, Lucien l’âne mon ami, de quelle peau s’agit-il ? Ce titre n’est pas sans signification, ni sans profondeur. Dans cette guerre de libération face à l’occupant espagnol et à l’Inquisition catholique, les Gueux – après avoir subi une série de terribles revers sur terre, n’ont comme espoir que de mener la guerre sur mer, de harceler les navires espagnols et de bloquer les ports – notamment, Anvers ; de là par la suite, naîtra un empire, mais il ne sera plus alors question de Till, ni de la lutte de liberté. En attendant, pour commencer il faut faire des bateaux et trouver des équipages. Il y faut de l’argent, beaucoup d’argent. Mais les pauvres Gueux, comme le sont Till et Lamme, n’ont que peu de florins à offrir et ensuite, il ne leur reste que leur peau. Ainsi, en va-t-il dans toutes les guerres. Les pauvres paient leur dette au malheur avec leur peau et de peau, chacun n’en a qu’une.

C’est aussi le cas des ânes, Marco Valdo M.I. mon ami et les ânes, les Chinois les poursuivent partout dans le monde (il s’en tue des millions chaque année) pour les dépouiller de leur peau – la seule qu’ils ont, pour en faire une poudre de perlimpinpin et dans la foulée, ils les dépouillent de leur vie – la seule qu’on a, et qu’âne, homme ou Chinois, on aimerait bien vivre tranquillement. Lors donc, voyons la chanson et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde idiot, crétin, imbécile, mortifère, trop riche et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Continue le pèlerinage de liberté,
Tout au travers de l’été
S’en vont Till et Lamme
D’un même pas vers Damme.

Trois plumes de coq au chapeau,
Un cavalier déboule du bout du chemin.
Till fait chanter l’alouette du matin,
Chantecler répond aussitôt.

« Quelles nouvelles, cavalier impétueux ? »
« Nouvelles grandes et fières :
De nouvelles flottes de guerre
Vont affronter les tempêtes et les cieux.

Pour ce faire, en vérité,
Le prince, tout son avoir a donné :
Cinquante mille florins bien comptés
Pour les navires de liberté. »

Till dit : « J’ai ici cinq cents florins.
C’est peu, mais on offre notre peau. »
« Portez-les à la mer et faites-vous marins ! »
Dit l’homme à trois plumes au chapeau.

« On n’entend que sacs, massacres et misères.
Orange se ruine, Orange est à terre.
Où sont ma femme et la fin de la guerre ? »
Dit Lamme. Tout ça le désespère.

« Comme le chêne qu’on abat, Orange est à terre.
Avec ce bois, on fait les navires et les mats ;
Ils mènent les Gueux de mer,
Dit Till, couler les armadas du roi. »

Lamme dit : « Aux pieds, j’ai un carillon de cloches.
J’ai peine à marcher. » « Oh, dit Till, c’est moche.
Il n’y a plus de danger, allons au marché chercher
Deux beaux ânes tout harnachés. »

Jef et Jean retrouvés,
Till et Lamme s’en vont montés
Jambe de-ci, de concert ;
Jambe de-là, vers la mer.

Le long du canal, il y a un bois.
Cherchant l’ombre, ils y entrent.
« Ne vois-tu rien là-bas, ami Lamme ? »
Lamme tremble et dit : « C’est ma femme ! ».

mardi 21 août 2018

Sous le Manteau de la Guerre


Sous le Manteau de la Guerre


Chanson française – Sous le Manteau de la Guerre – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
81
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
III, XXXVI – XXXVII)



Dialogue Maïeutique

Je me demande bien, Marco Valdo M.I. mon ami, commente Lucien l’âne, mon ami, ce qui peut se passer « sous le manteau de la guerre » ; enfin, plus exactement, je voudrais savoir ce que peut bien cacher cette expression sibylline.

Tu fais bien de poser la question, réponde Marco Valdo M.I., car ça me permet d’y répondre et de développer un peu le sens de la chanson qui porte un tel titre. Cette canzone, si on y regarde de tout près, ne parle à proprement parler pas du tout de la guerre au sens classique ; elle n’en dit pas un mot ; du moins de la guerre au sens classique d’affrontement de groupes militaires. Les événements qu’elle évoque relèvent plutôt du fait-divers, de la chronique locale et pourraient se dérouler tant en temps de paix qu’en temps de guerre. Pourtant, c’est ce qu’indique précisément ce « sous le manteau de la guerre », ceux-ci se passent dans une période troublée, dans un pays en guerre – une guerre civile, une guerre religieuse, une guerre d’occupation, une guerre de libération ; au fond de la toile, on trouve tout simplement « la guerre ». Néanmoins, comme tout épisode d’effervescence militaire, elle ouvre des espaces d’insécurité et libère des vocations meurtrières et à tout le moins, criminelles. Sous le manteau de la guerre, les pires délits se commettent plus aisément et face aux terribles bouleversements et aux grands massacres en cours, ils passeraient presque inaperçus ou seraient considérés comme insignifiants. D’une certaine façon, ils font partie des mœurs du temps d’une société où on torture, in vole, on incendie, on viole, on tue à qui mieux mieux. Le meurtre, l’assassinat, le vol, etc., pratiqués à l’échelle individuelle ou locale, ont l’air de travaux d’artisan à côté d’une production industrielle à vocation nationale ou mondiale.

Oh, dit Lucien l’âne, je vois de quoi il s’agit. Au milieu du déferlement de violences diverses et collectives, le petit meurtre fait pâle figure.

Exactement, reprend Marco Valdo M.I., et pourtant, il ne t’échappera pas que ces petits crimes n’en sont pas moins eux aussi des actes de guerre. D’ailleurs, ils ont les mêmes mobiles et les mêmes buts – disons, les mêmes intentions – que la « grande guerre ». On le comprend mieux si on se reporte à ce que veut signifier la Guerre de Cent Mille Ans, cette guerre que les riches font aux pauvres afin de s’enrichir, de les dominer, de les contraindre de les exploiter, de les obliger à les servir, de les forcer au travail, etc. Et puis, avec la chanson, il faut toujours penser à son foutu penchant à la métaphore. Il est toujours utile de voir l’autre sens de la chanson, les autres sens ; elle chante une chose et résonnent d’autres.

N’allons pas plus loin, Marco Valdo M.I., dans le dévoilement de la chanson ; laissons-lui ses mystères ; de toute façon, nous n’avons pas vocation à théoriser le monde, nous qui ne pensons que par bribes et morceaux. Néanmoins, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde querelleur, assassin, violeur, tueur, escroc et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Sous le manteau de la guerre,
Grouille une myriade de vers.
Minuscules animalcules rongeurs
Tapis là-dessous, ils vivent de malheurs.

Sur la route en dehors du village,
On trouve des cadavres tout blancs,
Des filles, des gars au bel âge
Gisent saignés de tout leur sang.

Femmes, hommes, vieux aux cheveux blancs,
Fermiers, marchands déchargés d’argent,
Tous nus et mordus au cou
De dents longues, de dents de loup.

Sans ambage, sur l’heure,
On accuse Ysengrin, l’éternel tueur,
Et du vol, des larrons charognards,
Prélevant soigneusement leur part.

On cherche la bête et les voleurs,
On ne trouve pas de loup,
On ne trouve pas les détrousseurs
Et l’enquête en reste là.

Nelle s’éveille au cœur de la nuit
Tirée du lit par un cri :
« Sauve-moi ! Le loup m’emmène. »
C’est Katheline, que la garde ramène.

Katheline s’écrie face à la chandelle.
« C’est le soleil, il chasse les mauvais rêves. »
« Que se passe-t-il ? », demande Nelle.
« Le loup-garou m’a couru après sur la grève. »

« Hanske a poussé le cri de l’orfraie,
Hanske est plus beau qu’Orphée,
Il m’a promis mille carolus et l’amour,
Hanske mon mignon m’aimera toujours.

Hanske veut connaître les femmes,
Les femmes riches de Damme.
Je ne lui dirai pas,
Mon mignon ne peut aimer que moi. »

« Ôtez le feu, la tête brûle !
Reviens Hanske mon amant ! »
La veille passe, grince la crécelle
« Il est une heure, bonnes gens ! »