mercredi 18 juillet 2018

Le Rapt de Lamme


Le Rapt de Lamme


Chanson française – Le Rapt de Lamme – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
69
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
III, XXVIII)






Dialogue Maïeutique

Tu te souviens certainement, Lucien l’âne mon ami, qu’on avait laissé Lamme et Till , lors de cette mémorable soirée à Anvers, devant une maison aux rideaux jaunes et à la lanterne rouge, un couvent de nonnains du diable où supposait-on, se démènent « Quinze belles amoureuses amènes » et la fin de la chanson laissait penser que Till entendait bien y entrer et y entraîner Lamme assez dolent.

Je me souviens, dit Lucien l’âne en riant, et je suppose qu’ils y sont entrés : l’un de bon gré, l’autre moins enthousiaste. Et je suppose que c’est cette suite de soirée que raconte cette nouvelle chanson.

En effet, Lucien l’âne mon ami. Donc, Till entraîne Lamme dans la maison en question et lui-même ayant trouvé une compagne pour la soirée se retire dans une pièce du haut et Lamme doit seul affronter cet essaim de demoiselles en mal d’amour.

Comment ça « en mal d’amour » ?, s’étonne Lucien l’âne.

Figure-toi, dit Marco Valdo M.I. que Till et Lamme arrivent dans cet étrange couvent, précisément le jour où ses nonnains d’amour ont leur organisation de vie et disposent ainsi d’une journée de repos, d’une journée à elles, qu’elles peuvent partager comme bon leur semble. Et comme le reste de leur vie est consacrée aux amours tarifées, ce jour-là, elles entendent bien faire régner l’ère de la gratuité et de l’amour pour l’amour et comme dit Brassens, elles rejoignent les « Vénus de la vieille école, Celles qui font l’amour par amour. » Cependant, Lamme reste sourd à leurs propositions et tente de s’échapper. Alors, elles vont tout simplement le rapter et l’obliger à sacrifier aux charmes de la plus jeune d’entre elles. Et Lamme, l’homme fidèle à sa femme invisible, y consentira.

Ça laisse songeur, dit Lucien l’âne. Mais je suis persuadé que le bon Lamme s’en remettra.

Oh, dit Marco Valdo M.I., d’autant plus que dans le récit de la Légende, le brave Lamme est sauvé en quelque sorte par le gong, car une bagarre va éclater dans le vertueux établissement au moment où une bande d’oiseleurs ivres vont tenter de violenter les « amoureuses de la gratuité » qui ne les trouvent pas à leur goût, moment que Till et Lamme mettront à profit pour s’éclipser. Comme tu le verras, tout ceci n’est pas dit dans la chanson, la rirette, la rirette.

Et pourquoi donc ?, demande Lucien l’âne.

Tout simplement, dit Marco Valdo M.I., car malgré la longueur de cette chanson en multiples morceaux (on en est au soixante-neuvième épisode), il me faut condenser extrêmement la Légende qui fait près de 600 pages bien remplies, dans l’édition que j’utilise. Dès lors, je suis forcé d’élaguer et le résultat en est que si c’est finalement la même Légende, c’est une tout autre histoire : celle du combat de Till pour la liberté humaine – face à tous les cultes, face à tous les pouvoirs. Comme on l’a constaté jusqu’ici, ce combat passe par tous les moments de la vie et ne se résume pas aux seuls moments héroïques ou strictement « engagés ». La Guerre de Cent Mille Ans, comme on le sait, se déroule partout et toujours, au cœur de la soi-disant paix, jusque dans le for le plus intérieur de chaque individu. Dans le fond, tout moment en est un moment, tout geste en est un geste. Tel est le sens de cette geste de Till qui s’y inscrit totalement.

Ainsi, dit Lucien l’âne, toute chanson s’inscrit – consciemment ou non – dans le récit de cette Guerre cent-millénaire. Tout comme nous d’ailleurs qui tissons inlassablement le linceul de ce vieux monde cent-millénaire, guerrier, violent et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Till dit : « Il faut te divertir. »
Lamme répond : « J’aimerais mieux dormir. »
Till dit alors : « Entrons donc dans ce couvent,
Un petit bossu y joue du clavecin grinçant.

Les quinze belles demoiselles sont là
Penchées, accoudées, couchées ;
Jambe de ci, jambe de là,
Jusqu’au milieu du corps dénudées.

« Pas de monnaie aujourd’hui, on n’en veut pas.
C’est l’amour qu’il nous faut ;
Amour, amour de qui nous plaira ;
Sans payer, amour nouveau, amour tout beau.

Hier, il fallait seulement payer
Pour nous avoir ;
Maintenant, il faut aimer boire
Vin et baisers et rêver.

Le cœur bat dans la poitrine,
C’est l’horloge des baisers.
Pour l’heure, jouvencelles coquines,
Nous sommes filles de charité. »

« Till mon ami, où es-tu ?
Ne me laisse pas seul ici.
Till, tu as disparu,
Où es-tu parti ? »

« Ton ami est dans la chambre à côté
Où il est fort occupé.
Comme Jacob van Maerlant de Damme,
Il aime à lutiner les dames.

« Lamme, Lamme, disent les donzelles,
Lamme, Lamme, tu ne partiras pas !
Lamme, Lamme, reste là !
Lamme, Lamme, sinon on nous battra. »

Les minces et les dodues, les belles et les laides,
Les rousses, les noires, les brunes et les blondes
Jettent en l’air son manteau et le tirent sur le lit,
Elles posent des baisers sur sa peau – malgré lui.

« Je suis marié, crie Lamme.
Je tiens tout pour ma femme. »
« Tu dois choisir ou on te fouette »
Et Lamme se rend à la plus jeunette.

mardi 17 juillet 2018

RICHARD BRÛLE


RICHARD BRÛLE


Version française – RICHARD BRÛLE – Marco Valdo M.I. – 2018
d’après la version italienne – RYSZARD ARDE – de Krzysiek Wrona – 2017
d’une chanson polonaise - Ryszard płonie - Antybiotyka - 2015
Paroles et musique : Krzysztof Rodak
Morceau dédié à la mémoire de Ryszard Siwiec.





Ryszard Siwiec (Richard Siwiec), 1909-1968, né à Dębica et mort à Varsovie, est un comptable, professeur et ancien soldat polonais. Il fut la première personne à s'immoler par le feu en protestation contre la «normalisation » qui suivit le Printemps de Prague (1968) en Tchécoslovaquie. Pour protester contre l'entrée à Prague des troupes du Pacte de Varsovie devant des dizaine de milliers de personnes, des officiels du parti et alors que la manifestation est retransmise à la télévision nationale, il s'immole dans les gradins. Son geste fut vu en direct par plus de 100 000 spectateurs, dont les dirigeants du pays et les diplomates étrangers qui avaient été invités pour ce spectacle de propagande. Il mourut quatre jours plus tard.

Il était père de cinq enfants et originaire de Przemyśl. Il avait préparé son action, laissant des enregistrements audio pour exprimer son dégoût devant l'intervention des armées du Pacte et la participation des armées polonaises, et envoyant une lettre d'adieu à sa femme, écrite dans le train pour Varsovie.
Son acte a pu être un déclencheur pour l’immolation des Tchèques Jan Palach et Jan Zajíc, mais il est impossible de savoir si la police politique communiste a pu étouffer complètement l'événement. Selon la version officielle, il s'agissait uniquement du geste de quelqu'un « souffrant de maladie mentale ». Bien que son acte ait été enregistré par les caméras présentes au festival, les journaux n'en ont pas parlé et la chose a été largement connue plus tard, quand la nouvelle a été diffusée par Radio Free Europe.
(Extrait de Wikipedia – Ryszard Siwiec)



Au stade, tous les gens présents
Pensent que c’est un fou qui brûle, et cependant
Entre les agents de la sécurité,
Un homme s’immole pour l'humanité


Regardez, Richard brûle :
Ses cheveux brûlent, ses mains brûlent.
Regardez là, c’est Richard qui brûle
Et pourtant, personne ne voit rien.


Regardez, Richard brûle :
Ses cheveux brûlent, ses mains brûlent.
Regardez là, c’est Richard qui brûle
Et pourtant, personne ne voit rien.


Et ce feu est un remède
Il éclaire sur le mensonge des « - ism
es »
Qu
e révèle
Le nom de République Populaire


Regardez, Richard brûle :
Ses cheveux brûlent, ses mains brûlent.
Regardez là, c’est Richard qui brûle
Et pourtant, personne ne voit rien.


Regardez, Richard brûle :
Ses cheveux brûlent, ses mains brûlent.
Regardez là, c’est Richard qui brûle
Et pourtant, personne ne voit rien.


Aucune clarté, aucun souffle
Au milieu de la sombre terreur des services
Ne réussit à éteindre ce feu,
Il brûle pour notre liberté


Regardez, Richard brûle :
Ses cheveux brûlent, ses mains brûlent.
Regardez là, c’est Richard qui brûle
Et pourtant, personne ne voit rien.


Regardez, Richard brûle :
Ses cheveux brûlent, ses mains brûlent.
Regardez là, c’est Richard qui brûle
Et pourtant, personne ne voit rien.

lundi 16 juillet 2018

FAUDRA-T-IL ENCORE ATTENDRE LONGTEMPS ?


FAUDRA-T-IL ENCORE ATTENDRE 

LONGTEMPS ?



Version françaiseFAUDRA-T-IL ENCORE ATTENDRE LONGTEMPS ? – Marco Valdo M.I. – 2018
d’après la version italienne QUANTO DOVREMO ASPETTARE ? de Riccardo Venturi – 14-07-2018 13:28 (41°C)
d’une chanson suédoise – Hur länge ska vi vänta Hoola Bandoola Band1975
Auteur :
Mikael Wiehe



Le meilleur des mondes possibles ?




Dialogue Maïeutique

Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson qui s’inscrit tout à fait dans le même sens que la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] ; en fait, elle en est une illustration fidèle. Elle se présente comme une complainte de ceux qui doivent tout supporter dans réagir sous peine des plus vives ou des plus sournoises rétorsions. Elle pourrait se définir comme la Complainte des Pauvres ou comme elle le dit elle-même, des déshérités.

« Les enfants des déshérités vivent
Juste assez pour vieillir et mourir »

Par parenthèse, on trouve dans ces deux vers toute la problématique des pensions et la terrible pression exercée actuellement par le pouvoir (des riches et des puissants) pour allonger la durée de l’obligation de travailler (en clair et en français, du Service de Travail Obligatoire, connu sous l’acronyme sinistre STO).

Oh, dit Lucien l’âne, c’est d’une logique assez décapante : avec l’allongement de la durée de vie, le système des pensions bénéficie trop aux pauvres ; il s’agit faire coïncider au mieux – durée de travail et durée de vie. Cyniquement, on pourrait dire que les humains (spécifiquement, les pauvres, évidemment) vivent trop vieux. Quant à la Guerre de Cent Mille Ans, je sais qu’elle est menée systématiquement par les riches contre les pauvres, afin d’assurer leur pouvoir, d’étendre leur domination, de renforcer leurs privilèges et de multiplier leurs richesses.

Et ce qui est intéressant, avec cette chanson, dit Marco Valdo M.I., c’est qu’elle a été écrite, il y a presque un demi-siècle, bien avant la Guerre de Cent Mille Ans et dans un pays et une langue nordiques et qu’il a fallu attendre les Chansons contre la Guerre et leur travail inlassable de compilation internationale et leur œuvre de multi-traduction pour qu’elle nous parvienne enfin. Évidemment, ma version française est une version établie à partir de la traduction italienne et de ce fait, comme de plus j’ignore totalement le suédois (et que je n’ai pas le temps de l’apprendre), je ne peux que dire qu’il s’agit d’un écho de cette voix lointaine.

Certes, Marco Valdo M.I. mon ami, mais c’est le lot de la plupart des chansons du monde et il ne pourrait en être autrement à partir du moment où l’humanité parle et écrit (mais pas toujours) des centaines de langues différentes. Si l’on veut savoir ce qui se dit ou s’écrit ailleurs, il faut nécessairement traduire et comme on l’a déjà souligné ici : « Mieux vaut une mauvaise version que pas de version du tout. »

Avant de te laisser conclure, Lucien l’âne mon ami, je veux te dire que cette canzone – qui pour l’essentiel est une lamentation qui raconte cette guerre civile qui occupe l’humanité – toutes nations confondues – depuis tant de temps, vue du point de vue des pauvres, se termine néanmoins sur une conclusion assez optimiste que je t’invite à découvrir.

Alors à présent, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde prometteur de beaux jours, avide, arrogant, faussement généreux, oppressant et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Nous les avons supportés très longtemps, très !
Et même
tolérés trop, trop près !
Ces gens qui se sont accaparé le pouvoir
Et maintenant jouent les gardes suisses
Ceux qui, quand on veut changer quelque chose,
Disent qu’il faut garder l’espoir
Et ensuite, se hâtent tellement lentement
Que finalement, ils n’avancent aucunement.

Longtemps, nous avons écouté leurs promesses
D’un nouveau et meilleur des mondes.
Oui, ils nous ont promis un paradis sur terre
Mais tout ce que nous avons vu, c’est Saint-Pierre.
Si longs que soient les jours,
Le temps est toujours trop court,
Car ceux qui nous ont fait ces promesses
Savent seulement bavarder.

Combien de temps faudra-t-il attendre ?
Combien d’années devront-elles passer ?
Combien de temps faudra-t-il attendre
Avant que notre futur soit nôtre ?

Les enfants des déshérités vivent
Juste assez pour vieillir et mourir,
Et ceux qui, comme maintenant,
Ont plus que le suffisant,
Peuvent se prolonger aisément.
Mais plus encore que leur avidité,
Nous blesse la générosité des riches
Quand leur main droite récupère le double
De ce que donne leur main gauche.

Combien de temps faudra-t-il attendre ?
Nous comptons chaque jour.
Combien de temps faudra-t-il attendre
Avant que notre futur voie le jour ?

Il y a celui qui se bat pour le droit
De pouvoir raconter ce qu’il voit
Quand ce qui arrive enfin cesse,
Il peut fermer ses yeux sans faiblesse
Et celui qu’on chauffe à l’aide d’électrodes
Jusqu’à ce que son corps, de spasmes, se torde.
Résiste encore, et
Refuse de se laisser museler.
D’autres se battent contre leur peur
Et luttent contre la terreur.
À mains nues, ils affrontent
Les boucliers et les matraques.
D’autres encore donnent de la voix
Pour que nous suivions leur voie.
C’est pour eux que nous voulons
Chanter nos chansons.

Oui, le monde avance,
Chaque jour qui passe,
Nous entendons les cris de lutte.
Quand le vent souffle,
Nous qui avons soif d’amour comme pain,
Comme tous les autres, nous avons faim
Et il nous faut lutter seuls pour nous libérer
Quand nous voudrions tant aider.

Le jour où nous serons fatigués
D’être opprimés par eux,
De toutes leurs promesses sans lendemain,
De toutes les histoires du monde vieux,
Les charlatans et les magiciens
Exhaleront leur dernier souffle,
Et ils imploseront comme les gnomes,
Quand le soleil se lève.

Combien de temps faudra-t-il attendre ?
Combien de jours devrons-nous compter ?
Combien
de temps faudra-t-il attendre
Pour voir notre avenir triompher ?

dimanche 15 juillet 2018

Une Soirée à Anvers


Une Soirée à Anvers


Chanson française – Une Soirée à Anvers – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
68
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
III, XXVIII)



Dialogue Maïeutique

Depuis le temps que nous avons commencé, Lucien l’âne mon ami, toi et moi, à nous préoccuper de réécrire entièrement la Légende d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak – j’abrège, tout le monde qui s’y intéresse a pu se faire à l’idée qu’il s’agit d’un tout, que cette longue pérégrination contient en toutes ses parties sa propre histoire.

En somme, dit Lucien l’âne, tout est dans tout et on ne saurait scinder ou extraire une partie sans en même temps et nécessairement garder à l’esprit les multiples références à l’ensemble. Ce serait une ablation, une lobotomisation, et ce serait grand dommage.

C’est ainsi, Lucien l’âne mon ami, que l’on peut et que l’on doit considérer qu’il s’agit d’une seule chanson en plusieurs centaines de petits quatrains. Pour mieux me faire comprendre, je vais prendre comme exemple, comme image, le tableau d’un peintre. Tu sais, un de ces tableaux foisonnants de Bosch, de Rembrandt ou encore, d’Ensor – pour rester dans l’univers pictural des Pays. Pour le peintre qui fait le tableau, tous les soi-disants détails sont essentiels, sans ces détails l’ensemble n’existerait pas. La moindre goutte de peinture sur la toile est constitutive du tableau. Mais au fait, Lucien l’âne mon ami, pourquoi dis-tu toujours « En somme » ?

En somme ?, dit Lucien l’âne, je dis toujours « en somme », car je suis un âne, un somaro, c’est-à-dire une « bête d’en somme », Ah ! Ah !. En somme, c’est constitutif de mon personnage ; c’est une peu comme une signature. Mais que cela ne t’empêche pas de le dire, en somme.

Dès lors, pour en revenir à la chanson « Une soirée à Anvers », dit Marco Valdo M.I., la chose se complique encore du fait que c’est la première partie d’une « chanson double » ; l’autre partie sera sans doute intitulée « Fin de soirée à Anvers » ou autrement, je ne sais pas encore. Mais assurément, c’est l’idée.

Tout ça est fort bien, dit Lucien l’âne, mais tu ne m’as toujours pas dit ce que raconte cette chanson-ci. Je te prie instamment de ne plus tergiverser et d’aller droit au fait. On n’est quand même pas des Jésuites pour qui, dit-on, la ligne droite est une abomination.

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, il n’était pas besoin d’user d’un ton si comminatoire, ni de monter sur tes grands chevaux, je m’en vais te dire tout à l’instant : la chanson « Une Soirée à Anvers » raconte l’arrivée de Till et de Lamme en cette ville et le début de la première soirée qu’ils y passent.

En somme, dit Lucien l’âne, pour conclure, c’est une étape du pèlerinage de Till et Lamme, une halte dans leurs quêtes respectives : l’un court après la liberté, l’autre après sa femme. Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons e linceul de ce vieux monde autosatisfait, bedonnant et ronflant sa gloire et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Longtemps, Till et Lamme marchent -
Ils marchent des jours et des jours.
Un soir, après maints tours et détours,
Dans la ville d’Anvers, ils entrent.

Anvers, une grande cité où le monde entier
Entasse ses richesses :
Or, argent, épices en caisses ;
Draps, velours, tissus brodés ;

Les richesses de la terre et de l’humaine besogne,
Vins du Rhin et vins de Moselle,
Vins de Liège, de Namur, vins de Sambre et de Meuse,
Vins de Champagne, vins de Bourgogne.

Au soleil, à la pluie, au vent, à la froidure,
Moi Till, je cherche les Sept et la ceinture.
Toi Lamme, tu cherches ta femme.
Allons donc les chercher chez ces dames.

« D’abord, dit Lamme, j’ai faim. »
« Alors, dit Till, mangeons les choezels au madère,
Et par-dessus, buvons force bières,
Puis, reprenons notre chemin.

En certain quartier aux rouges fanaux,
Vêtues de brocards et de soie,
Offrant aux hommes le plus désirable et le plus beau,
Se tiennent les plus belles filles-folles qui soient.

« Regarde cette maison de bois,
Ces rideaux jaunes et sa lanterne rouge.
C’est un couvent de nonnains du diable, ma foi
Et l’abbesse est baesine en ce bouge.

C’est une maîtresse-femme qui mène
Au nom de Belzébuth sur la voie du péché
Quinze belles amoureuses amènes.
Me laisseras-tu seul face à ces beautés ? »

Filles-folles n’aiment qu’elles et l’argent,
Filles-folles rêvent d’être adorées
Filles-folles tiennent le monde pensant
Attaché au bout de leur ceinture dorée.

Ce sont ruineries que filles-folles
Pour ceux qu’elles affolent.
De leurs carolus, elles les dépouillent,
Ainsi s’engraissent-elles ces fripouilles.