lundi 18 décembre 2017

À cause des habits

À cause des habits

Chanson française – À cause des habits – Pierre Tisserand – 1974






À cause des habits, mon ami Lucien l’âne, est une chanson antimilitariste. En fait, elle est basée sur une paraphrase militaire qui inverse le dicton « L’habit ne fait pas le moine ». Elle postule que donc, assurément, l’uniforme fait le militaire. L’uniforme, ah ! L’uniforme ! Un bel objet l’uniforme et fort pratique, il permet au militaire de se distinguer du civil et même des militaires du camp adverse. C’est pratique et très utilitaire ce genre d’habits, qui habille de façon uniforme tous ceux du même camp. Un peu comme au football, en quelque sorte.

Oh, dit Lucien l’âne, je vois de quoi il s’agit. Mais n’est-ce pas un peu monotone tous ces gens vêtus pareil ?

Sans doute que si, Lucien l’âne mon ami, mais comme je te l’ai dit, il s’agit surtout de s’y reconnaître. Ça tient au but du jeu militaire qui consiste essentiellement à éliminer l’adversaire et pas ses propres militaires. Du moins en principe, car on a vu des cas où ils se sont éliminés entre eux ; je veux dire entre ceux qui portaient le même uniforme.

Oui, certes, j’en ai vu le faire aussi, Marco Valdo M.I. mon ami. Cependant, la question se pose de savoir ce qu’ils feraient s’ils n’avaient pas d’habits ? Est-ce que ça en ferait pour autant des civils ?

On pourrait croire, en effet, Lucien l’âne mon ami, que le civil naîtrait de l’uniforme ôté. C’est la logique implicite de la chanson. Ils pourraient se mettre tout nus, mais d’expérience (pré)historique, ils trouveraient quand même le moyen de se massacrer.

Effectivement, dit Lucien l’âne, j’en ai vu moi qui se battaient tout nus et ils massacraient fort bien. Les Spartiates, par exemple. Cependant, même quand ils sont tout nus, ils se dépêchent de mettre des signes distinctifs des plumes sur la tête ou ailleurs ou des peintures sur le corps, le visage. En fait, dans la guerre, c’est l’intention qui compte.

Finalement, Lucien l’âne mon ami, marques de guerre ou uniformes, habillés ou tout nus, à la guerre comme à la guerre, ce qui importe, c’est de tuer l’intrus.

Concluons ainsi, Marco Valdo M.I. mon ami et reprenons notre tâche. Tissons, tissons le linceul de ce vieux monde guerrier, en uniforme ou tout nu, massacreur, assassin et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






L’un ne comprenait pas
Ce qu’il foutait là ;
L’autre n’a pas compris
Ce
qu’il foutait ici.
Mais quand
ils se sont vus,
À cause des habits,
Au lieu d’être nus,
À cause des habits
Pas d
e la même couleur,
Ils pétaient de peur.
Mais quand
ils se sont vus,
À cause des habits
Au lieu d’être nus,
À cause des habits
Ils se sont tirés dessus.



Il y a une mère
Qui guette à la f
enêtre
C
elui qu’elle a fait naître,
C’est comme ça une mère :
Neuf mois dans le ventre,
Ça compte pour une mère.
Elle attend qu’il rentre,
C’est comme ça une mère :
Faut que ça espère
Malgré les cimetières.
Il y a de quoi être fier,
De quoi pavoiser,
De quoi s
e médailler,
D
e claquer les talons
Et d
e chanter allons !

L’autre a eu d
e la chance,
C
e qui s’appelle de la chance
Et veut remercier
Bien fort et bien haut
Les enfants d
e salauds
Qui l’ont envoyé
Tout là-bas au loin.
Ces enfants d
e putain,
Il les remercie
Tous ceux grâce à qui
Il lui fut permis
Au nom du pays
D’avoir de la chance,
C
e qui s’appelle de la chance,
Une sacrée chance.



L’un ne comprenait pas
Ce qu’il foutait là ;
L’autre n’a pas compris
Ce qu’il foutait ici.
Mais quand
ils se sont vus,
À cause des habits,
Au lieu d’être nus,
À cause des habits,




On s’est tirés dessus.

dimanche 17 décembre 2017

À l’Armée

À l’Armée



Chanson française – À l’Armée – Pierre Tisserand – 1973





Te souvient-il, Lucien l’âne mon ami, de ce temps où les jeunes gens (il n’était pas question d’y mêler des filles) arrivés au bel âge étaient appelés, comme on disait alors, à peupler les casernes et les rangs de l’armée.

Si je m’en souviens, dit Lucien l’âne et comment donc, quelle question ! Bien sûr que je m’en souviens ; souvent, ils avaient même l’idée saugrenue de vouloir m’y recruter aussi dans leur armée, mais à chaque fois que j’ai pu, je me suis enfui.

Aujourd’hui, dit Marco Valdo M.I., ce n’est plus pareil, depuis des années déjà, les choses vont de manière différente. Le service militaire obligatoire, autrement dit la conscription, a été aboli. Ils font des armées de soi-disant volontaires, mais comme ils les rétribuent, qu’ils leur versent un salaire, ce sont d’authentiques mercenaires. Ils sont plus chers, mais, dit-on, ces professionnels sont plus compétents et durent plus longtemps.

En temps de paix, du moins je le suppose, remarque Lucien l’âne. Je veux dire tant qu’ils ne doivent pas aller au combat, car face aux balles et aux obus, ils sont aussi fragiles que des civils.

En effet, Lucien l’âne mon ami, mais là aussi, ils sont beaucoup plus chers ; il y faut des indemnités, des pensions, des assurances et que sais-je encore ; toutes choses que ne pouvait revendiquer l’honnête troufion. Et même en temps de paix, il se pose des problèmes de carrière et de vieillissement ; arrivés à un certain âge, le fantassin, ça ne marche plus. Mais laissons ces questions d’intendance actuelles, voyons comment ç’était au temps de la chanson, du temps du service militaire vu par un jeune appelé qui arrive à l’armée en jeune homme sobre et bien élevé et qui en ressort en brute avinée.

Eh oui, dit Lucien l’âne, ça me rappelle ce qu’on disait à l’époque au jeune homme. « Quand tu iras soldat, tu verras, on te fera marcher droit et on fera un homme de toi. »

C’est cette intéressante expérience que raconte la chanson, reprend Marco valdo M.I. Au début, le brave enfant fort civil encore ne comprend rien aux mœurs des hommes des casernes et il a du mal à s’intégrer à un système fondé sur la bêtise. Ce jeune conscrit [[1301]], frère ou cousin de celui de Boris Vian, finit quand même par s’adapter à l’armée. C’est à ce moment où le temps du dressage donne tout son rendement que le service prend fin et qu’on rend ce beau militaire à sa famille et à la vie ordinaire. Sa famille, ses parents, les voisins ont quelque difficulté à le reconnaître. L’Armée l’avait définitivement déformé.

Le pire, dit Lucien l’âne, c’est que j’entends dire un peu partout que certains veulent réinstaurer un tel service et même, l’étendre aux demoiselles. Il est donc utile de répandre cette histoire chez les jeunes d’à présent avant qu’une propagande idiote (mais y en a-t-il d’autre ?) ne vienne embrumer les cerveaux et gâcher les jeunesses. Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde armé, discipliné, formateur et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Quand je suis arrivé, ils ont été surpris,
Mais du style futés, ils ont vite compris
À voir les cheveux longs qui me couvraient la nuque
Que j’étais un pédé, une espèce d’eunuque.
Ils ne disaient pas eunuque, le mot est compliqué ;
Ils parlaient de cerises et de dénoyauter,
Ce qu’on peut appeler de riches métaphores.
Comme quoi, on rencontre encore des esprits forts
À l’armée,
À l’armée.

Quand je suis arrivé, ils ont été surpris
Que dans la vie civile, on m’ait si peu appris.
J’étais un moins que rien d’un niveau inférieur ;
La preuve, je ne savais pas saluer les supérieurs.
On m’a donc enseigné à force de nuits blanches
Que les gens supérieurs, c’est marqué sur leurs manches.
Bien sûr, c’est étonnant, on s’ demande du reste
Comment on les reconnaît, quand ils ôtent leur veste.
À l’armée,
À l’armée.


Quand je suis revenu, mes parents furent surpris
Que leur petit garçon soit ce grand malappris
Qui jurait, qui rotait, qui roulait sous la table
Et qui se conduisait comme dans une étable
Ils n’ont pas reconnu leur enfant innocent
Dans ce pantin kaki, braillard et indécent ;
Ils m’ont pas reconnu, mon Dieu, je leur pardonne ;
Ils avaient fait de moi à leur image un homme.
À l’armée,
À l’armée.

samedi 16 décembre 2017

La Chanson du Colonel (et du régiment au couvent)

La Chanson du Colonel (et du régiment au couvent)


La Chanson du Colonel est tirée de La Femme à Papa, opérette de MM. Albert Millaud & Alfred Hennequin, musique de M. Hervé, illustrée par H. de Sta.





L’autre jour, Lucien l’âne mon ami, je t’avais promis une deuxième Chanson du Colonel.

Je me souviens fort bien de cette Chanson du Colonel, répond Lucien l’âne, et j’attendais celle-ci avec une certaine curiosité.

Donc, reprend Marco Valdo M.I., le colonel de l’autre chanson était un officier « fleur bleue », une sorte de personnage en dehors du réel, un peu sur un nuage, assez vieux garçon rêveur et encore fort timide, spécialement avec les dames.C’est tout le contraire cette fois ; le colonel est assez audacieux, intrépide, volontaire et va-de-l’avant. Il sait entraîner ses hommes et il est suivi avec un véritable enthousiasme, tambour et clairon sonnant et battant.

Ohlàlà, dit Lucien l’âne, elle m’a l’air mouvementée cette histoire.

Et c’est bien le cas, dit Marco Valdo M.I. ; le cas, exactement ! Ce colonel dynamique emmène ses hommes comme au combat ; musique en tête, il les entraîne à l’assaut et même, à la victoire. Mais si le colonel et tout son régiment sont victorieux, c’est dans une guerre sans grands dangers et même, une guerre dont doivent rêver tous les militaires dans leur casernement. Il s’agit de prendre d’assaut et d’occuper un couvent de jeunes filles.

En voilà une aventure, Marco Valdo M.I., dont j’espère qu’elle fut plaisante pour tout le monde ; si je devine le ton de la chanson, cet enlèvement du couvent était plutôt joyeux des deux côtés. Mais je me demande qui a pu imaginer une affaire pareille. Il me semble qu’on se moque de l’armée et des ambitions des militaires.

En quelque sorte, oui, Lucien l’âne mon ami. Disons qu’on s’en moque gentiment comme il était d’usage dans les opérettes, un genre musical mâtiné de comédie et de musique légère. En fait, la France essayait d’oublier la défaite de 1971 et de dévier les ardeurs militaires.

C’est ce qu’il y a de mieux à faire, dit Lucien l’âne en riant. L’ennui, c’est que ça n’empêcha pas les va-t-en-guerre de recommencer à la première occasion ; je dois cependant reconnaître que la méthode a permis près de 45 ans de paix.

Maintenant, je te propose, Lucien l’âne mon ami, d’écouter religieusement cette petite merveille rococo où l’armée ne fait pas la guerre, tout en menant un assaut victorieux (ô combien, tu le verras dans la chanson). La suite est délectable, je te la laisse découvrir.

Découvrons, Marco Valdo M.I., découvrons, comme disaient Christophe Colomb et les Amérindiens et reprenons notre tâche en tissant le linceul de ce vieux monde audacieux, discipliné, intrépide, volontaire et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Tambour, clairon, musique en tête,
Voilà qu’arrive le régiment.
Il va chez le maire pour se mettre en quête
De ses billets de logement.

Je n’ai plus rien, soldats fidèles,
A moins de vous loger par faveur
Dans un couvent de demoiselles,
Dit le maire, qui était un vieux farceur.

Va pour le couvent, en avant,
Répond le colonel en partant,
Suivi de tout le régiment,
Le clairon toujours sonnant,
Et le tambour toujours battant :
Ta rata ta rata ta rafla fla fla !

Fermez la porte ! cria sur l’heure
La supérieure du couvent,
Faites excuse, ma supérieure,
C’est nos billets de logement.

Des militaires chez des jeunes filles,
Dit la bonne femme d’un air dévot,
Ça me ferait tort dans les familles,
Faudrait plutôt nous prendre d’assaut !

Va pour l’assaut ! Vite, en avant !
Dit le colonel en s’élançant
Suivi de tout le régiment.
Le clairon sonnait tout le temps,
Et le tambour battait aux champs :
Ta rata ta rata ta rafla fla fla !

Pendant une année tout entière
Le régiment n’a pas reparu.
Au ministère de la guerre
On le porta comme perdu.

On renonçait à trouver sa trace
Quand un matin subitement
On le vit paraître sur la place,
Le colonel toujours en avant !

Au pas de gymnastique crânement,
Toutes les pensionnaires du couvent
Marchaient derrière le régiment.
Le clairon était flambant
Et le tambour triomphant.
Ta rata ta rata ta rafla fla fla !

Pour ne pas affliger les belles,
Le ministre, dans la garnison,
Laissa les petites demoiselles.
En voici, je crois, la raison :

Une centaine d’enfants de troupe,
Survint un jour comme par hasard,
Et le beau colonel, en croupe,
En portait cinq pour sa seule part.


Il obtint de l’avancement
Pour avoir doublé si promptement
L’effectif de son régiment.
Le système était excellent
Pour aider au recrutement.
Ta rata ta rata ta rafla fla fla !

vendredi 15 décembre 2017

La Chanson du Colonel

La Chanson du Colonel


Chanson française – La Chanson du Colonel – Pierre Tisserand – 1979






Comme tu t’en souviens peut-être, Lucien l’âne mon ami, nous avons déjà croisé des officiers de haut rang lors de nos pérégrinations dans ce labyrinthe de chansons.

Oh oui, Marco Valdo M.I. mon ami, je me souviens particulièrement de deux d’entre elles : l’une chantait la gloire d’un général mexicain, le plus grand général du Mexique, José de Las Catagnetas et l’autre, me semble-t-il racontait l’histoire d’un général surnuméraire qu’on avait finalement où une famille l’avait revendu pour un cageot de choux-fleurs et de pommes pas mûres au marché où elle l’avait acheté précédemment. Elle s’en débarrassait, car il avait odieusement profité de la situation en lutinant la bonne.
Ce sont là des histoires de généraux et Lucien l’âne mon ami, jy ajouterais celle des Gufi, où un général s’autoglorifie indécemment. Comme tu l’as souligné, tous ces militaires ont des prédilections pour les jeunes demoiselles ; il suffit de penser à ce tube patriotico-alcoolique qu’est La Madelon. Il y a d’ailleurs une célèbre en son temps « chanson du colonel », une autre que celle que je te présente ici, plus ancienne où tout un régiment, colonel en tête, envahit un couvent. Je te la ferai connaître ultérieurement. Mais cette fois, il s’agit de « La Chanson du Colonel » de Pierre Tisserand, où on rencontre un colonel d’une espèce rare chez les militaires : un officier « fleur bleue », qui dans sa candeur rappelle Le Conscrit de Boris Vian.

Eh bien, Marco Valdo M.I. mon ami, écoutons-la et reprenons notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde plein de militaires, militarisé, militariste et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Sous mon képi,
Sous ma casquette,
Bat un cœur de poète
Et dans ma mitraillette,
Bergeronnette, jolie fauvette
Ont fait leurs nids :
Sales bêtes !

Sous mon treillis,
Ma salopette,
Chante
l’âme d’une midinette
Et j’ai dans ma musette
Des
pâquerettes, pommes de reinette
Et pommes d’api.

Que la guerre serait idéale,
Si les tanks jetaient des pétales,
Si les avions avaient des plumes.
Atchi, voilà que je m’enrhume.

Sous mes galons
De colonel
Naissent des ritournelles,
De jolies pastourelles
Couleur pastel, un arc en ciel,
De petites chansons.

Dieu que la guerre serait jolie,
Si les avions faisaient cui cui,
Si les tanks offraient des tulipes,
Atchi, c’est pas le rhume, c’est la grippe !


La guerre serait idéale,
Si les tanks jetaient des pétales,
Si les avions avaient des plumes,
Atchi, après tout, c’est peut-être un rhume.

Sous mon képi,
Sous ma casquette,
Bat un cœur de poète
Et l’âme d’une midinette.

jeudi 14 décembre 2017

Heureusement qu’il y a les toros

Heureusement qu’il y a les toros

Chanson française – Heureusement qu’il y a les toros – Pierre Tisserand – 1968
La chanson « Heureusement qu’il y a les toros » a été interprétée par l’auteur
et apparaît sur l’album
Aux aguets de toi (1968)





J’éviterais soigneusement de parler de Franco ;
Pour trouver une rime, c’est un vrai mal de chien
Et on a beau chercher, Franco ne rime à rien.
Si ce n’est quel dommage, hélas à flamenco.

J’éviterais de parler des fiers caballeros
À la mine farouche et au désir superbe,
Ils sont pour la plupart morts sous les herbes
Ou ils ne tirent plus l’épée qu’en faisant le torero.

Heureusement qu’il y a les toros
Pour faire encore quelques héros.

Il fut un temps où les puissances d’Occident
Au lieu de sortir les griffes, au lieu de montrer les dents,
Envoyèrent en cachette des flacons d’arnica
Pour essayer de panser les plaies de Guernica.

Et ces mêmes puissances ont loué des bungalows,
C’est plus avantageux que les châteaux en Espagne,
Le fascisme a du bon au mois d’août et en pagne
Sur la Costa Brava, le cul plongé dans l’eau.

Heureusement qu’il y a les toros
Pour faire encore quelques héros.

On a beau quelquefois s’écrier « Haut les cœurs ! »
Il n’est que la vindicte pour s’élever au-dessus
De ces pauvres cornards qu’on appelle vaincus.
On pardonne aux salauds, mais aux salauds vainqueurs

Et comme le caudillo en France pour les intimes
A gagné sa guéguerre, il a droit à l’estime
De ses contemporains et ses vieux adversaires
Lui envoient quelques fleurs à chaque anniversaire.

Heureusement qu’il y a les toros,
Pour faire encore quelques héros oh oh oh, oh oh oh.


BERLIN

BERLIN


Version française – BERLIN – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson italienne – BerlinoMassimo Priviero – 2017




Un album qui parle d’émigration, un véritable concept-album qui raconte des histoires de vie des Italiens d’hier et d’aujourd’hui, qui parle de renaissance, de renouveau, de force.

Dans les années 80, nombre de jeunes cherchaient leur destin dans d’autres villes européennes, surtout pour chercher du travail dans les restaurants italiens. Ainsi fit ce garçon dans les années qui précédent la chute du mur. Berlin à l’époque était une ville merveilleuse, mais fort difficile à supporter pour qui à regret, a laissé l’horizon sûr de sa famille, de ses amis et de son bar. Apparemment désillusionné par rapport ce qui se passe, dégrisé quant à la beauté de son destin, décidé à retourner dans le petit village d’où quelques années auparavant, il était reparti.

J’allai à Berlin pour la première fois vers la moitié des années 80 et je le fis ensuite plusieurs fois successives pour une liaison sentimentale qui me lia pour quelque mois à une fille allemande. Le mur était encore debout et rien ne laissait présager qu’il tomberait de manière aussi bruyante et aussi rapide quelques années plus tard. Toutefois, ce qui me frappait le plus et qui m’intriguait dans cette ville splendide était précisément sa condition particulière d’île encerclée, si on peut ainsi dire, qui contraignait vraiment des gens d’extraction et de niveau totalement différents à expérimenter une cohabitation quotidienne.

Vraiment quand on marchait sur le Kudam, on pouvait voir assis sur deux banquettes contiguës un riche bourgeois et un jeune particulièrement alternatif, juste pour donner un exemple, qui avaient appris à cohabiter l’un à côté de l’autre. De la même manière, un local de givrés, si vous me passez le terme, se trouvait à quelques mètres d’un restaurant très sélect. C’était comme si la contrainte avait fait éclore une sorte de tolérance et d’acceptation réciproque d’une certaine façon miraculeuses. Ceci me semblait extraordinaire. Je vécus, la première fois que j’y allai, comme hôte dans un appartement de mes contemporains italiens qui s’étaient exilés là pour travailler, généralement comme barmans ou garçons, il va de soi surtout dans des restaurants italiens. Nous nous connaissions en raison d’une provenance commune, plus ou moins, et avec certains, je pouvais me considérer presque comme un ami. Toutefois, j’étais là pour user de mon temps qu’on pourrait qualifier en touriste, même si par bien des aspects alternatif, comme il est facile à imaginer, et inversement, ces garçons avaient une vie infâme et bien peu de temps à perdre en soirées créatrices ou en discussions par exemple sur ce qui se passait sous les apparences et ce qui a ensuite conduit aux événements de 1989.

De fait, en parlant avec eux, on découvrait plus une espèce de nostalgie du village laissé dans un coin d’Italie, avec un bar et le temps passé à vaguer sans but. En parlant avec eux, j’étais souvent déconcerté. « Bordel, vous êtes dans une des plus belles villes d’Europe ! » « Et qui a le temps pour la voir ! Va travailler dans un restaurant douze heures par jour et ensuite, vois si tu as envie de sortir. L’unique chose que tu espères, c’est un lit où dormir. Peut-être, la demie journée libre, tu t’en vas faire un tour… Voilà tout ! ». Ce n’était pas facile. Ce n’était pas facile de parler de murs à renverser, de liberté, de rêves ou de rock alternatif pour celui qui passait son temps à porter des assiettes à table dans le restaurant Bella Italia en comptant sur de bons pourboires à mettre de côté. Les films, considérés comme métaphores, étaient ailleurs et comme toujours les films sont fort différents de la vie de chaque jour. Même pour un jeune de vingt ans qui vivait dans une des plus belles villes d’Europe. Mais qu’aurait-il pu vraiment voir en seulement une demi-journée par semaine.




Il est quatre heures du matin.
En cet hiver 86, c’est la nuit ici à Berlin.
D’un village le long du Po, je suis venu.
Mes parents ont élevé quatre enfants ; je ne sais pas comment.
Et pour mes vingt ans, ils m’ont dit tu décides maintenant.
Mais où il y avait hier du travail, maintenant il n’y en a plus.
Alors, un soir, j’ai pris un train
Et j’ai laissé là, le bar des copains.
Ainsi un soir, j’ai pris un train
Qui m’a mené ici à Berlin.

Au restaurant Italie et Soleil, on fait dix heures par jour.
Esclave des tables, je connais à peine trois mots d’allemand,
Ça fait sept ans que je suis ici et je me sens même bien, certains jours.
Entre les déjeuners et les dîners, j’ai perdu mes rêves d’enfant.
J’ai quelques amis et parfois, on passe un bon moment,
Mais ils ne sont heureux que quand ils sont noirs.
Ainsi un soir, j’ai pris un train
Et j’ai laissé là mon bar
Ainsi un soir j’ai pris un train
Qui menait ici à Berlin
Hei hei Berlin, tout arrive là,
Hei hei Berlin, qu’est-ce que je fais là ?

J’ai mis quatre sous sur un compte à part,
Mais je les jouerai aux cartes, tôt ou tard.
Ici, ils disent que le mur tombera bientôt
Et même que ceux de l’autre côté, auront la liberté.
Mais ça m’est égal, je jure sur tout ce que j’ai
Que je voudrais être dans mon village le long le Po
Alors, un soir, j’ai pris un train
Qui partait dans le noir
Et j’ai laissé là mon bar.
Ainsi un soir, j’ai pris un train
Qu
i partait dans le noir
Et j’ai laissé là mon bar.
Ainsi un soir, j’ai pris un train
Et j’ai laissé là Berlin.