samedi 5 novembre 2016

L’ASCENSEUR EST OCCUPÉ


L’ASCENSEUR EST OCCUPÉ

Version française – L’ASCENSEUR EST OCCUPÉ – Marco Valdo M.I. – 2016








Dis donc, Marco Valdo M.I. mon ami, il est assez étrange ce titre ; étrange et d’une banalité étonnante. J’ai déjà rencontré beaucoup de titres, mais celui-ci est d’une particulière platitude que je qualifierais volontiers de quotidienne. S’il n’était précisé qu’il s’agit d’un ascenseur, il pourrait d’ailleurs s’appliquer à d’autres endroits que les humains sont amenés à fréquenter tous les jours.

Et tu ferais bien, Lucien l’âne mon ami. Car, en effet, c’est un titre banal qui reflète une situation banale et fréquente et pas seulement, pour les ascenseurs, comme tu l’as justement remarqué. Je pensais que comme pour l’ascenseur, on se trouve bloqué à l’entrée de certains lieux, ou on trouve occupées toutes les places dans le train, dans le bus, le tram, que sais-je, ou toutes les caisses du magasin, toutes les places où ranger son auto (quand bien sûr, on en a une) et ainsi de suite, avec un peu d’imagination, on peut en faire une énumération extrêmement longue de toutes ces situations ennuyeuses et frustrantes.

De fait, ce sont là des situations désagréables, ajoute Lucien l’âne en riant. D’ailleurs, ce titre m’a immédiatement et irrésistiblement fait penser à la tartine qui tombe toujours sur le côté beurré ou sur la confiture, au fait que c’est toujours au moment où on se promène qu’il se met à pleuvoir, c’est toujours quand on est pressé de partir qu’on ne trouve plus ses clefs… Toutes situations hautement vexatoires qui sont soigneusement étudiées par les spécialistes de la Loi de Murphy et de ses corollaires, dont le fondement est mieux connu sous le nom de « Principe de vexation universelle », qui est d’une application aussi courante que celle du « principe d’incertitude ».

En soi, ce serait là un excellent sujet de réflexion poétique, mais, Lucien l’âne mon ami, intervient Marco Valdo M.I., ce n’est que très indirectement et tout à fait accessoirement qu’il en est question dans cette histoire. Car, comme dans les autres chansons de Hazy Osterwald, l’air de rien – souvent approprié d’ailleurs : le tango pour Le Tango du Crime, le cha-cha pour Le Cha-cha de la Conjoncture, ces amuseurs publics (ils sont six en scène) font un portrait sans fard de leur temps, disons des 50 années qui suivent la fin de la dernière guerre mondiale, un temps où l’Allemagne (la moitié prospère) du Miracle économique reprend des forces et ses aises. Et pour en venir à l’ascenseur, il s’agit dans ce contexte de l’ascenseur social, c’est-à-dire cette machinerie, cette structure, ce machin, ce mouvement ascensionnel qui saisit une grande partie de la population et l’entraîne vers un plus haut niveau de revenu, un statut plus élevé, une vie plus confortable et une forme socialement conforme de bonheur et de reconnaissance. Ce mouvement quasiment brownien, pourrait-on dire.

Un mouvement brownien ?, de quoi tu causes, Marco Valdo M.I. mon ami ?

Oh, Lucien l’âne mon ami, c’était juste une réminiscence et je pense que le mieux est de citer un extrait d’un article scientifique à ce sujet, tu comprendras alors aisément à quoi je fais une allusion, toute métaphorique, je m’empresse de te le dire. Donc, voici un extrait d’un article de Max Planck...

Si, une fois atteint un état stable, l’agitation venait seulement de l’extérieur, la matière devrait atteindre un état complètement et durablement stable. Au lieu de cela, on constate une agitation permanente appelée mouvement brownien.
« L’état d’un liquide en repos et où règnerait une température uniforme devrait être absolument incompatible avec un changement quelconque ; car là où on ne saurait trouver de différences d’intensité, il ne peut y avoir non plus aucune cause de changement. Mais on peut rendre visible ce qui se passe à l’intérieur d’un liquide tel que l’eau, par exemple, en y suspendant des particules très nombreuses et très petites ou des gouttelettes d’un autre liquide tel que du mastic ou de la gomme gutte. Or le spectacle qui attend celui qui regarde une préparation de ce genre sous le microscope est de ceux qui ne peuvent s’oublier. Il semble que l’on pénètre dans un monde entièrement nouveau. Au lieu de l’immobilité sépulcrale qu’il était naturel d’imaginer, l’observateur assiste à la plus échevelée des sarabandes de la part des particules suspendues et, chose remarquable, les particules qui se démènent le plus follement sont justement les plus petites. Il est impossible de déceler de la part du liquide aucun frottement qui freinerait le mouvement. Si, par hasard, une particule vient à s’arrêter, une autre particule entre aussitôt à sa place dans la danse. Devant un tel spectacle, il est impossible de ne pas songer à l’activité fiévreuse d’une fourmilière que l’on aurait bouleversée avec un bâton. Mais tandis que les insectes finissent par se remettre peu à peu de leur excitation et même par perdre toute activité quand la nuit tombe, les particules ne montrent pas la moindre trace de fatigue tant que la température du liquide reste constante. Nous sommes donc en présence du « perpetuum mobile » au sens le plus strict du mot et non pas dans une des nombreuses acceptations figurées qui ont été données à ce terme.
L’explication de ce phénomène, découvert par le botaniste anglais Brown, a été donnée il y a déjà vingt-cinq ans par le français Gouy. D’après ce physicien, le mouvement brownien est causé par l’agitation thermique des molécules du liquide. Ces molécules invisibles, par leurs chocs incessants contre les particules visibles qui flottent disséminées parmi elles, provoquent les mouvements irréguliers observés. Mais la preuve décisive de l’exactitude de cette opinion n’a été apportée que tout récemment.
(Max Planck dans « Initiations à la physique »)

Tu m’en diras tant…, fait Lucien l’âne en prenant son air le plus entendu. Mais quel rapport avec l’ascenseur social ?

Enfin, dit Marco Valdo M.I. très souriant, c’est lumineux. On considère le corps social comme un liquide et on remplace les mots « particule » et « molécule » par personne et on obtient ainsi une idée du bouillonnement social que se constitue en permanence dans une société donnée, à l’état apparemment stable. Ici, l’Allemagne du temps du Miracle économique. Je te passe les idées de calculs multiples qui pourraient venir à des plus scientifiques que nous et j’en reviens à l’ascenseur. Imagine un monde de gens qui se poussent, se bousculent et s’en vont dans tous les sens et puis, parmi eux une partie qui souhaite accéder à un stade supérieur. Tous ne peuvent y accéder, car il y a des conditions qui forment une sorte de couloir ascensionnel où le passage se resserre. C’est là qu’apparaît l’ascenseur, lequel est limité et fonctionne dans un mouvement permanent, mais séquentiel : il monte – il se vide – il descend – il se remplit – il monte et ainsi de suite. Lorsque l’ascenseur est rempli ou qu’il est en mouvement, il est dit « occupé » et il ne reste au candidat qu’à attendre. Et c’était le cas de millions de personnes au temps de la chanson ; il y avait une forte aspiration vers les délices de la modernité consommatrice et de l’éden social.

Et voilà qui me paraît, clair, dit Lucien l’âne, d’autant que ça n’a pas cessé et qu’il y a toujours des aspirants à rejoindre l’éden social. C’est d’ailleurs, et je t’en félicite, une idée particulièrement précieuse que d’appliquer le mouvement brownien comme principe de fonctionnement de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants mènent inlassablement et sournoisement contre les pauvres afin de renforcer leur domination, d’étendre leur pouvoir, de multiplier leurs richesses, d’accroître leurs profits. Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce monde ascensionnel, avide, avilissant et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


L’ascenseur est occupé,
Il vous faut patienter.
Vous ne pouvez monter maintenant,
Mais plus tard seulement.
L’ascenseur parfois ne fonctionne pas.
Pour vous, c’est malheureusement votre cas.
L’ascenseur montant
Est occupé, vous devez attendre un moment.

Vous n’êtes pas un petit homme,
Vous n’êtes pas un grand homme,
Vous êtes un homme moyen.
Ni grand, ni petit, juste moyen.
Vous vous trouvez de temps en temps
Face à votre destinée à vous demander:
Suis-je si stupide de ne pouvoir monter
De profiter de l’ascenseur montant.

Cependant, l’ascenseur est occupé,
Il vous faut patienter.
Vous ne pouvez monter maintenant,
Mais plus tard seulement.
Ici, les gens jouent des coudes durement ;
En haut, ça ne peut pas être plus serré.
L’ascenseur est occupé,
Il vous faut patienter.

Vous voudriez crier une fois seulement :
Écoutez ! et pousser les gens.
Vous voudriez avancer,
S’il le faut, donner un coup de pied
Et sans prévenir. Vous voudriez
Au moins être respecté.
Vous voudriez pouvoir faire,
Ce que les autres sont en train de faire.

Mais l’ascenseur est occupé
Il vous faut patienter.
Le chemin vers le haut se libère
Les autres montent.
C’est leur tour de monter
Vous, vous devez patienter
Cependant, l’ascenseur est occupé
Il vous faut patienter.

Cependant, l’ascenseur est occupé
Il vous faut patienter.
Cependant, l’ascenseur est occupé
Il vous faut patienter.
Cependant, l’ascenseur est occupé
Il vous faut patienter.


jeudi 3 novembre 2016

LE ZOOLOGUE DE BERLIN



LE ZOOLOGUE DE BERLIN

Version française – LE ZOOLOGUE DE BERLIN – Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson allemandeDer Zoologe von BerlinFrank Wedekind – 1899 – Ernst Busch – 1964

Paroles de Frank Wedekind (1864-1918), écrivain, dramaturge et chansonnier, un des principaux précurseurs du Kabarett allemand. Du recueil intitulé « Die vier Jahreszeiten », publié à Munich en 1905.
Interprétée par Ernst Busch, dans « Spottlieder », disque entièrement dédié aux chansons de Wedekind, publié en Allemagne Démocratique en 1964.



 
ZOO DE BERLIN 1900


La ballade Im Heiligen Land que Wedekind publia en 1898 dans la revue satirique Simplicissimus lui valut la condamnation pour lèse-majesté, et la majesté n’était rien moins que le Kaiser Guillaume II. Si bien que Wedekind, en même temps que son ami Heine, illustrateur de la revue, firent sept mois de prison. « Le zoologue de Berlin » est une réflexion sur cette mesure de censure et d'intimidation à laquelle, évidemment, Wedekind ne se plia pas…


Dialogue maïeutique

Cette fois-ci, Lucien l’âne mon ami, il s’agit d’une chanson où il est question des animaux et de l’Empereur. Plus exactement, des rapports entre la Majesté impériale et les animaux. Tout ça passe par l’arrestation et le procès fait à un zoologue de Berlin, auquel un juge aussi stupide que zélé ou l’inverse infligera – à tout hasard ? – un an de prison pour atteinte à la Majesté impériale au scientifique ébahi. Et ce malgré les explications et justifications présentées par ce dernier, qui va jusqu’à affirmer son attachement au Kaiser et à tenir des propos contre les anarchistes et tous ceux qui se moqueraient de l’Empereur. Rien n’y fit. Hop ! Au trou ! C’est proprement ubuesque ! Et bien évidemment, Lucien l’âne mon ami, c’est l’effet recherché par Wedekind. Au fond des choses, il n’y a sans doute pas eu de zoologue emprisonné, mais des auteurs d’articles qui – comme pourrait le faire un zoologue à propos des animaux – décriraient la société sur laquelle règne le-dit Empereur. Et comme tu le sais, une description précise, même relativement précise, de l’ordre public, de l’ordre social est très dangereuse pour un pouvoir, d’autant plus qu’il est autoritaire et soucieux de conformité.

Moi, dit Lucien l’âne, pour ce que j’en comprends, ce zoologue me paraît bien être l’ancêtre de Chveik . Souviens-toi, Marco Valdo M.I. mon ami, qu’un policier avait arrêté Chveik, car il conversait avec le patron de la taverne à propos du portrait de l’Empereur et que l’aubergiste faisait remarquer qu’il avait dû retirer le portrait de son établissement, car il avait découvert des chiures de mouche sur le portrait de l’Empereur. Là également, le policier arrête tout ce monde et les conduit devant le tribunal sous l’accusation tout à la fois de crime de lèse-majesté et d’atteinte au moral de la nation.

Je pense, Lucien l’âne mon ami, que tu dois avoir raison et que Hasek devait connaître Wedekind. De toute façon, même s’il n’y a pas de filiation directe, il y a comme un air de famille. Mais l’un et l’autre devaient puiser leurs histoires dans un fonds populaire bien plus ancien. Car, et c’est un effet, de la Guerre de Cent Mille Ans, les gens du peuple ont toujours aimé brocarder les riches et les puissants. Ulenspiegel le faisait déjà des centaines d’années avant. Quant au zoologue, il sert précisément à faire ce qui lui est reproché en développant sa défense et en multipliant ses dénégations. C’est une manière de faire assez classique. Quelque chose comme : « Mais enfin, Monsieur le Juge, vous n’allez quand même pas croire que je pourrais comparer l’Empereur à une vache, un chien (le carlin est un chien), un cochon… Ce serait très humiliant pour l’Empereur… » On retiendra le conseil final : évitez la zoologie. Cette histoire a d’ailleurs continué son parcours et on la retrouve notamment dans un film belge où à Bruxelles durant la dernière guerre se déroule sur la grand place durant le marché aux oiseaux, une petite scène cocasse. Un vendeur d’oiseaux, qui a en plus un petit singe, voit venir un officier allemand très rigolard qui lui demande le nom du singe. Le vendeur ne répond pas, alors l’officier lui propose d’appeler le singe Churchill. « Oh, dit le vendeur, ce n’est pas gentil pour Churchill. Ah, ah !, dit l’officier. Vous voudriez peut-être l’appeler Adolf ? Certainement pas, ce ne serait pas gentil pour mon singe. »

On pourrait encore en dire mille choses, mais il nous faut conclure et reprendre notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde chaotique, conformiste, répressif et cacochyme.

Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Écoutez les enfants, comment récemment
On arrêta à Berlin un zoologue !
Un policier sans ménagement
L’a conduit devant le juge.
Ce dernier très sévère
Prit de très haut sa protestation
Et lui recommanda d’avouer sans discussion,
Qu’il avait offensé Sa Majesté Impériale.

Le zoologue déclara : « Monsieur le juge,
C’est une erreur énorme ;
Car qu’une vache soit un ruminant,
N’a encore nulle part provoqué de scandale.
Et même la science l’a depuis longtemps
Exposé dans les livres pour enfants.
Mais si vous la comparez à Sa Majesté,
Alors, vous humiliez Sa Majesté !

Je peux le jurer, j’ai pour Sa Majesté Impériale,
Toujours eu le respect le plus impérieux.
Et il me plaît souvent même d’apprendre,
Qu’on a débusqué les irrévérencieux.
Sa Majesté veillera alors également,
À se comporter majestueusement.
Car un carlin est et reste incontestablement
Un mammifère naturellement.

De même devant les autorités,
Je me suis toujours réglementairement incliné,
J’ai souvent tenu ma langue sur commande
Et craché
sur les anarchistes.
Dans les associations où des informateurs écoutent,
Comme un enfant, j’ai toujours parlé de façon innocente.
Mais
malgré tout, je ne peux quand même pas dire
À propos des cochons que ce sont des hommes.

J’ai beaucoup de respect pour vous, ô juge,
Un respect humain sans limites !
Mais vous laissez quand même les pires crétins
Vivre sereins à Berlin.
Et quand bien même je me répandrais à grands cris
De la Forêt Noire jusqu’à
Tsingtao,
La hyène ne resterait-elle pas rayée de gris ?
Et le paon un bel oiseau ?

Ainsi parla le zoologue.
Le Procureur général parla ensuite
Et après
avoir considéré le tout,
L’homme fut condamné à un an de trou.
Dès lors avant d’entreprendre des études de zoologue,
Jeunes gens, réfléchissez,
Car, dans la plupart des animaux sommeille
Une
offense à Sa Majesté.


mardi 25 octobre 2016

Citizen of Wallonia ! Et ric et rac !



Citizen of Wallonia ! Et ric et rac !

Filastroque wallonne à l'usage des riches et des puissants d'Europe et du Nouveau Monde.
Marco Valdo M.I. – 2016





Lucien l’âne mon ami, tu te souviens sans doute de cette récente version française d’une chanson de Dario Fo, intitulée « Peuple qui de toujours » et du commentaire où je faisais allusion à la petite ritournelle de révolte wallonne : « Et ric et rac ». Eh bien, aujourd’hui, je vais en faire une chanson pour saluer la résistance qui se dessine face aux impératifs des grands d’Europe et du Nouveau Monde par le biais du refus d’accepter le fait accompli du CETA.

« Et ric et rac ! », c’est formidable, Marco Valdo M.I., car je l’aime bien cette ritournelle. Et puis, c’est bien mieux et moins langoureux que « Ma Cabane au Canada », qui comme tout le monde sait « est blottie au fond des bois, on y voit des écureuils sur le seuil » ; une bluette gentille à faire pleurer Margot. Je dis ça, car les ministres du Canada ont l’habitude d’utiliser les larmes comme arguments et à se lamenter qu’on refuse leurs avances « gentilles » ; ce qui est d’un ridicule et particulièrement offensant pour ceux à qui on fait de telles remontrances perverses. Cette « Cabane au Canada » est comme la ministre : pleine de gentillesse et ignore tout du réel et a tout l’air de s’en foutre du réel des gens d’ici et d’ailleurs. « Gentillesse is Bizenesse ». La dame a dû croire qu’on était à Adélaïde. Tant d’indigence, c’est à en pleurer, en effet.

Certes, Lucien l’âne mon ami. Et si je te rappelle ceci aujourd’hui, c’est que cette évocation d’  «  Et ric et rac » avec notre dialogue à propos de la situation de la Wallonie et de ses réserves indiennes où nous vivons, était en quelque sorte prémonitoire.

C’est d’ailleurs souvent le cas des chansons et de la poésie, rappelle Lucien l’âne. Homère lui-même l’avait relevé au travers de l’histoire de Cassandre.

Et c’est précisément cette canzone de Dario Fo « Peuple qui de toujours » qui m’a fait penser à refaire – comme il le faisait ou Giorgio Strehler, pour en rester aux gens de théâtre de Milan – à parodier des chansons existantes et particulièrement dans le genre de Brecht. Ici, d’une filastroque (de l’italien filastrocca : litanie) du pasteur Niemöller. Connue sous le nom de « Quand ils sont venus… ». Comme tu le sais, ça fait longtemps qu’on répète ici – toi et moi – « Regardez ce qu’ils font aux Grecs, ils vous le feront demain » et qu’on tire le signal d’alarme, qu’on sonne le tocsin européen.

Et voilà-t-il pas que nos députés wallons et francophones – la chose n’arrête pas d’étonner et de ravir et je pense – même de les étonner et de les ravir eux-mêmes – ont résolument pris position contre les grands de ce monde. On a eu beau les menacer des pires représailles, rien à faire. Ils résistent. D’ailleurs, la chose doit étonner plus d’un. Moi, j’imagine bien que le soir à la veillée, ils chantent avec émotion le « Valeureux Liégeois ! » ou se remémorent les 600 Franchimontois !

C’est un peu ça, mais cette fois, il n’est plus question d’histoires anciennes, mais de ce qui se passe « hic et nunc », ici et maintenant ! Un épisode en plein cœur de cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres afin d’établir leur domination, de renforcer leur pouvoir, d’étendre leur exploitation, de multiplier leurs bénéfices, de gonfler leurs richesses et de donner libre cours à leur avidité. Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde multinationalisé, lobbyisé, atlantisé, anglicisé, marchandisé, mercantile, avide et cacochyme

Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Citizen of Wallonia !
Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Citizen of Wallonia !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique !

Quand ils s’en étaient pris aux Ossies,
On n’a rien dit, on n’était pas des Ossies.

Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique !

Quand ils s’en sont pris aux pauvres d’Allemagne,
On n’a rien dit, on n’était pas des pauvres d’Allemagne.

Citizen of Wallonia !
Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Citizen of Wallonia !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique !

Quand ils s’en sont pris aux Grecs,
On a laissé faire, on n’est pas Grecs.

Citizen of Wallonia !
Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Citizen of Wallonia !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique !

Quand ils ont matraqué les Portugais,
On regardait ailleurs, on n’est pas Portugais.

Citizen of Wallonia !
Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Citizen of Wallonia !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique !

Quand ils s’en sont pris aux Espagnols,
On n’a rien fait, on n’est pas Espagnols !

Quand ils s’en prendront aux Italiens,
On ne dira rien, on n’est pas Italiens.

Citizen of Wallonia !
Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Citizen of Wallonia !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique !

Maintenant qu’ils s’en prennent aux Wallons,
Si on ne fait rien, demain, on aura l’air con.

Citizen of Wallonia !
Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Citizen of Wallonia !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique !

Citizen of Wallonia !
Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Citizen of Wallonia !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique !


jeudi 20 octobre 2016

L’ÉTALON EXPLOITÉ

L’ÉTALON EXPLOITÉ

Version française – L’ÉTALON EXPLOITÉMarco Valdo M.I. – 2016
Chanson italienne – Canzone del cavallo bendatoDario Fo – 1972





Ah, Lucien l’âne mon ami, voici une bien pénible histoire et même sans doute, plus pénible encore pour toi qui es aussi un ongulé. On avait déjà eu l’histoire du cheval pendu  et celle du cheval de corbillard et celle du petit cheval, dont tu souviens certainement. Celle-ci est celle du cheval de monte lequel est forcément un étalon, mais certainement pas un de ces fiers étalons qui hantent les rêves des juments et de certaines jeunes cavalières. Il eût pu le devenir, s’il n’y avait les propriétaires de chevaux, les « maîtres » qui vont le réduire en esclavage et dans son cas, en esclavage sexuel ; le but est de recueillir sa semence pour la vendre aux éleveurs, eux-mêmes propriétaires de juments, qu’ils exploitent pareillement à des fins reproductrices. Il y a derrière tout ça un commerce ignoble, qui est dénoncé par la chanson.

Oh, j’en ai entendu parler et cela s’est fait, même chez les ânes. C’est évidemment assez cette exploitation, ses méthodes et la fin qu’elle réserve à l’animal dont elle a sucé toute l’énergie. Tout ce processus industriel appliqué au vivant est d’une incroyable brutalité et d’un cynisme écœurant et ces pratiques débordent largement l’exploitation des ongulés. Le nœud de l’affaire, c’est la façon dont l’homme considère les autres espèces animales. Il me semble d’ailleurs qu’il l’a fait à l’égard de sa propre espèce et qu’il le fait encore, d’ailleurs : l’esclavage, la prostitution, la colonisation en sont des exemples.

En effet, mais pas seulement et c’est ce que disent les derniers vers de la chanson :

« Nous aussi, nous sommes dans l’enclos ;
Le maître a tant de serviteurs. »

Ce qui est en cause, c’est la relation du maître et de l’esclave, du maître et du serviteur, du propriétaire et du fermier, du patron et de l’employé, etc. à chaque fois, à chacun de ces binômes correspond une relation d’exploitation, laquelle se fonde sur le pouvoir de l’un sur les autres. C’est le moteur essentiel de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres.

Ainsi, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est toujours au même mur qu’on se heurte, celui de la richesse, de l’avidité des hommes, à ce que tu avais appelé « L’autre Côté du Mur ». Apportons notre petite contribution à la démolition de l’autre côté du mur et poursuivons notre tâche en tissant sans répit le linceul de ce vieux monde exploiteur, sans moralité, cynique, avide et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco valdo M.I. et Lucien Lane



Quand un cheval est très fougueux,
Qu’en fait-on ? On l’aveugle et l’enferme.
Puis, on le fait courir tant qu’il peut,
Toujours en rond, en rond sur le sable
Aveuglé, il croit courir en liberté.
Qui sait où il croit courir ?
Qui sait où il croit fuir ?
Mais il est toujours là, enfermé.
Aveuglé, foutu, fourbu.
Des chevaux, il y en a tant en plus,
Le maître en a tellement,
Plus de mille certainement.
Cours, cours, écume, cours à t’estropier,
C’est sur le sable que tu cours,
Pas sur l’herbe ; et tu manges
La merde, pas le foin ; et tu montes
Une belle jument blanche
Mais c’est une jument de planches,
Avec un sac pour garder ta semence,
Que très cher, le maître vendra
Aux éleveurs. Et quand tu te calmeras,
Que tu auras passé l’âge de la monte,
Enfin, tu sortiras de ta prison
Pour un long voyage dans un wagon.

Ta mort sera rapide chez l’abatteur,
Ta viande sera vendue au kilo.
Nous aussi, nous sommes dans l’enclos ;
Le maître a tant de serviteurs.

mardi 18 octobre 2016

La Complainte du P3


La Complainte du P3

Chanson française – La Complainte du P3 – Jean Yanne – 1958





Ah, Marco Valdo M.I., mon ami, une chanson de Jean Yanne. C’est toujours une découverte et aussi, j’en suis sûr une fameuse rigolade qui se prépare.

Si on veut, Lucien l’âne, mon ami. Cependant, si le rire est le propre des chansons de Jean Yanne.

Je pense aussi que le rire est le propre de Jean Yanne lui-même, dit Lucien l’âne de l’air grave de l’académicien.

Tu as parfaitement raison, le rire est le propre de Jean Yanne et par conséquent, le sale de ceux qui le méprisent. Donc, je reprends, dit Marco Valdo M.I., il y a sous cette apparente facilité des chansons et des propos, sous le recours à des formes très populaires – ici, une sorte de java de caboulot, sous un air ouvriériste, il y a un vrai portrait – à gros traits, certes – de la vie sociale quotidienne et connaissant les habitudes du citoyen Yanne, une fameuse critique du milieu ; le tout transbahutant une fameuse joie de vivre. Ici, Jean Yanne s’en pend aux prêtres-ouvriers qui s’incrustaient dans les usines et les organisations syndicales, une forme d’entrisme catholique assez pervers. C’est pour mieux te reconvertir mon enfant !

Oh, dit Lucien l’âne, on ne dirait pas comme ça, à première vue. Évidemment quand on y songe, on se demande ce que des prêtres viendraient faire dans les usines. La même question se pose d’ailleurs pour les aumôniers aux armées.

Quand même, Lucien l’âne mon ami, quand on creuse un peu. Le P.3. qui chante sa complainte : a comme amie la sœur d’un prêtre-ouvrier et à force de chauffer sa gamelle dans son petit bain-marie lui fait un enfant, le tout sans se marier du moins avant que vienne « Irénée le divin enfant » – repris d’un chant de Noël où le calembour couvre d’ironie ce « divin enfant », entouré de l’âne et du bœuf. 
À l’oreille et à l’orgue, on goûte mieux encore la sauce d’acide ecclésiastique dont il enrobe sa chanson, toute ciselée d’Ave Maria.

Tu m’en diras tant que je brûle comme l’encens de l’entendre, s’exclame Lucien l’âne en agitant ses oreilles comme des fanaux sur les récifs au large des océans.

Mais enfin, Lucien l’âne mon ami, comme Jean Yanne a lui-même présenté cette chanson par une sorte de causerie préliminaire, j’ai pris la peine de retranscrire ce texte pour le mettre ici en guise d’introduction.

Voilà une très belle idée, Marco Valdo M.I. mon ami, car en quelque sorte, ces commentaires introductifs de Jean Yanne font intégralement partie de la chanson elle-même et puis, ainsi les voilà gravés dans la pierre du temps et indissociablement liés à la chanson qu’ils éclairent. Et puis, on leur portera ainsi peut-être toute l’attention qu’ils méritent (religieux). Quant à nous deux, pauvres canuts et moi en particulier qui court tout nu à poils, reprenons notre tâche sempiternelle et digne d’une noria (Ave noria !) et tissons avec méthode et obstination le linceul de ce vieux monde miraculeux, illusionniste, clérical et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Je voudrais vous chanter une chanson qui a pour but de réconcilier le clergé et la masse ouvrière.
Je voudrais réconcilier le clergé et la masse ouvrière, car vraiment, il me paraît tout à fait nécessaire à notre époque de tenter ce rapprochement entre les groupes ethniques opposés qui sont quelquefois séparés pour des raisons physiques tout à fait quelconques comme le fait qu’ils ne sont pas vêtus de la même façon ou qu’ils ne mangent pas la même chose le vendredi.
Et en même temps, comme je parle de masses ouvrières, je voudrais attirer votre attention sur une catégorie d’individus dont on ne fait pas assez le cas à notre époque, ce sont les P3.

Pour ceux d’entre vous qui lisent attentivement les journaux, vous savez ce que sont les P3, car les firmes automobiles en font une énorme consommation. Ce sont les ouvriers professionnels de 3ième catégorie dont on a eu l’occasion de parler de temps à autre lors des remises de décorations, mais qu’on ne choisit jamais comme personnages de roman ou de chanson. Et à mon sens, c’est un tort, car les P3 sont une belle catégorie d’ouvriers et valent largement tout un tas de personnages qu’on a illustrés ces derniers temps en musique.
C’est pourquoi j’ai voulu réparer cette injustice en écrivant tout spécialement La Complainte du P3.

Ainsi Parlait Jean Yanne




Du début jusqu’à la fin de la semaine,
Je suis P3 chez Citroën ;
C’est un bon petit boulot
Avec cantine et avantages sociaux.

Je suis copain avec Nénesse
Qu
i est délégué du syndicat.
À la chaîne des boîtes de vitesses,
Je suis heureux comme un roi.

D’autant plus que le samedi
Et le dimanche aussi :
Avec Maria,
On va danser la java.

Maria, c’est la jouvencelle
Chez qui je vais tous les midis
Pour faire chauffer ma gamelle
Dans son petit bain-marie.


Je l’ai connue l’année dernière
Au bal de la RATP,
Là où travaillait son frère
Comme prêtre-ouvrier.

Et ce soir-là, messieurs-dames,
À la salle Wagram,
Avec Maria,
On a dansé la java.

On s’aime tout comme Adam et
Ève,
On va bientôt se marier.
On attend la prochaine grève,
Pour que je sois augmenté.


Mais comme l’a dit mon contremaître,
Quand on est jeune, faut s
dépêcher.
Ainsi, un enfant va naître
Qu’on appellera Irénée.

Irénée le divin enfant
Et le soir sans

Un mot, autour du berceau,
Avec Maria, on ira danser le tango.