mercredi 4 novembre 2015

L'HYMNE DE LA CANAILLE OU MARCHE DES REBELLES

L'HYMNE DE LA CANAILLE OU MARCHE DES REBELLES



Version française – L'HYMNE DE LA CANAILLE OU MARCHE DES REBELLES – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – L'inno della Canaglia, o Marcia dei ribelli – Pietro Gori – 1891

Te
xte de Pietro Gori
Su
r l'air de l'Inno dei Lavoratori

Musique de Carlo della Giacoma


Vive le soleil de l'Anarchie,
Tout en paix et tout amour.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,

Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.





« L'écrit de Pietro Gori, qui apparaît dans le volume Battaglie et comme sous-titre porte Marcia dei ribelli, en réalité est beaucoup plus long que le chant connu jusqu'à présent et il a été écrit à Milan, dans la prison de San Vittore, le 17 Juillet 1891 où Gori se trouvait enfermé pour une condamnation à dix jours. Le texte que nous rapportons, plus complet, provient de deux sources d'archives différentes qui le certifient comme original. Une de ces sources est Procure Générale de Rome qui ordonna 'la séquestration de l'autre publication intitulée Inno della canaglia - Marcia dei ribelli dont on joint au présent une copie pour le délit repris aux articles 247 et 246 du Code Pénal'. Gori lui-même rappelle l'événement : 'Un soir de juillet 1891, la Questure de Milan pensa à sauver les institutions. Une bande d'amis (hélas, c'étaient des anarchistes !) traversait le Cours pour se rendre à prendre une glace des plus économiques qui se puisse imaginer… elle coûtait 10 centimes ! Tout à coup, nous tomba dessus un inspecteur de PS (Police d'État) avec sa grande écharpe, résonne une sonnerie de trompette. Cinq de mes compagnons et moi , nous sommes saisis avec la délicatesse bien connue de celui qui a eu à faire avec la police italienne : ils nous conduisent à la Questure ; ils nous poursuivent en justice en urgence ; et deux jours après le magistrat, qui, parmi ses autres belles connaissances de Procédure pénale, sait qu'il ne doit pas cracher dans le plat où il mange, nous condamne à dix jours d’arrêt aux termes des articles 5 et 6 loi de PS et 434 Code Pénal ; en nous refusant même la liberté sous caution.'  » (Catanuto/Schirone, et 2009, pp. 69/70)




Ô frères de travail, compagnons de misère,
Qui aux lâches héros de l'or,
Donnez vos bras et vos forces;
Ô sœurs d'effort,
Ô compagnes de chaînes
Nées dans les tourments et dans les peines,
Et grandies dans la douleur.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,
Marchons, sans peur !
Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

Nous fécondons la terre ;
Sueur et pleurs, nous versons
Pour orner de riches parures
Cette infâme civilisation.
Les mines et les ateliers,
Les rizières, les champs, les océans,
Nous ont vu peiner
Pour le bonheur des puissants.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,
Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.
Les patrons nous ont volé
Notre salaire et notre vie,
Tout le bonheur, ils nous ont ôté,
Tout espoir et toute envie.
Nos sœurs, ils ont séduites
Ou par la faim, ils les ont obligées,
Puis abandonnées ensuite,
Sans pain et déshonorées.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,
Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

Les messieurs nous ont promis
Lois équitables et douce affection
Et les prêtres nous ont dit
Qu'au ciel, la joie nous aurons.
Et entre-temps sur cette terre
Pour nous pauvres, c'est l'enfer ;
Pour les riches, la joie profonde,
Dans la vie et dans la tombe.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,
Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

Quand nous demandions le pain et la science
Ils nous jetèrent au visage
Insultes, menaces et dédain
Nous refusant la science et le pain .
Quand rebelles au joug austère,
Nous oubliâmes les prières,
Ils nous ont entrouvert leurs prisons
Et rebelles en vain, nous pestons.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,
Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

Quand nous descendîmes dans la rue,
Des frères armés pour la guerre
Vinrent affronter les colères
De nos frères mutinés.
Tandis que les riches des palais,
Pour qui nous les avons édifiés,
Sans remords et sans pitié,
Nous ont fait mitrailler.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,
Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

Chantons et levons le bras
Contre les lâches et les rois ;
Rebellons-nous face aux absurdités
D'une hypocrite société.
Au-delà des mers et par-delà les monts
Tenons nos bataillons serrés,
Sus, combattons, combattons
Pour notre humanité.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,
Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

Levons nos enseignes,
Agitons nos drapeaux ;
Les étendards noir et rouge
De notre vaillant âge nouveau.
Combattons pour la justice
Avec l'ardeur de l'espérance,
Pour l' humaine fraternité,
Pour l' humaine liberté.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,
Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

Combattons tant qu'un opprimé
Sous le poids de la croix
Élève vers sa faible voix
Tant qu'un oppresseur pourra régner.
Que bien haut le soleil lumineux brille
De l'Idéal solennel pour toujours…
Vive le soleil de l'Anarchie,
Tout en paix et tout amour.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,
Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

mardi 3 novembre 2015

HYMNE DES TRAVAILLEURS (CHANT DE GUERRE)

HYMNE DES TRAVAILLEURS

(CHANT DE GUERRE)



Version française – HYMNE DES TRAVAILLEURS (CHANT DE GUERRE) – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne (sur l'air de la Marseillaise) – Inno dei lavoratori (Canto di guerra) – Pietro Gori – 1892

Chanson écrite par Pietro Gori dans la prison de San Vittore, à Milan, arrêté pour sa participation à la manifestation du Premier mai pendant lequel, comme il arriva tous les ans dans la décennie 1888-1898, il avait éclaté le énième affrontement dur entre les travailleurs et la police.




Vois, Lucien l'âne mon ami, ceci est un chant de combat, écrit par Pietro Gori sur l'air de la Marseillaise… en 1892, soit un siècle après la chanson des volontaires de l'Armée du Rhin, des paysans, des ouvriers - les fameux citoyens - appelés « Aux armes ! » pour assurer leur autodéfense et créer un avenir de liberté, d'égalité et de fraternité. Un avenir qui se fait certes encore attendre et donne toute leur obsédante actualité à ces chansons.

Il vaut la peine, je le pense bien, de prendre connaissance de ces chants anciens. 

Même si leur langue est celle d'un autre temps et impose de lire attentivement, avec tout le recul nécessaire, le texte original. Il s'agit d'apprendre à lire dans sa propre langue et de se réapproprier ses mots. C'est un effort, peut-être… Mais quel bénéfice on en tire en finale. Mieux connaître sa langue, c'est aussi mieux se connaître, mieux penser.

Et cela entraîne loin du bêtisme bêtifiant des petits et des grands écrans… C'est aussi une des raisons pour lesquelles il me plaît de saluer les Chansons contre la Guerre et ceux qui les ont conçues. Cela dit, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde infantile, gâteux, bêtifiant et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Ô prolétaires qui vendez bras et pensée
Aux rois tyrans de l'or, prenez
Les armes pour la justice et la vérité.
Relevez vos têtes obstinées.
Le vieux monde déjà croule en ruines
Et à l'horizon monte l'aurore
Où l'idée rebelle marche marche
Aux armes les miséreux, l'heure est arrivée ! …
Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons
L'égalité
L'humaine fraternité
Et la sainte liberté.
Et la sainte liberté.

Nous avec nos longues sueurs par les plaines et les vallons
Nous fécondons les blonds champs de moisson.
Nous, pour le ventre de messieurs avides
Nous travaillons le ventre vide.
Nous fabriquons leurs palais magnifiques
Et nous avons à peine un grenier, une mansarde.
L’oisiveté des riches aurait joie et aise
Et nous, honte et misère et de tristes cambuses.

Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons
L'égalité
L'humaine fraternité
Et la sainte liberté.
Et la sainte liberté.

Messieurs, elle devient trop amère
Votre coupable boisson et elle nous brûle la bouche.
Le calice est plein, l'heure est solennelle
Et la mesure du chagrin déborde.
Aux armes, aux armes, hérauts inquiétants
Et détruisons cette vorace oppression.
Ô vaillants travailleurs, ô forts bataillons,
Pour la grande rébellion, en avant ! …

Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons
L'égalité
L'humaine fraternité
Et la sainte liberté.
Et la sainte liberté.

Si nous fûmes toujours patients et courtois
Face à chacune de vos impitoyables menaces,
Patrons honnêtes, paisibles bourgeois
Avancez et regardons-nous en face.
Il y a tant de temps qu'opprimés, exploités
Tristes, nous ravalâmes les douleurs et les peines
Mais désormais voyez, nous nous sommes comptés ;
Nous sommes forts et nombreux et nous brisons nos chaînes.

Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons
L'égalité
L'humaine fraternité
Et la sainte liberté.
Et la sainte liberté.

Notre ouvrage méticuleux a habillé
De pourpre et d'or vos dames.
Pour vous, nous créâmes par un dur métier
Les vases et les cristaux lumineux de vos dîners
Mais sous le vent glacé de l'hiver,
Vont tristes et mal fagotées, nos femmes.
Martyrs condamnées vives à l'enfer,
Elles tremblent de froid, chaque jour les affame.

Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons
L'égalité
L'humaine fraternité
Et la sainte liberté.
Et la sainte liberté.
Nous arpentons les océans immenses
En défiant la colère de mille tempêtes
Et nous vous rapportons de lointains rivages
Des bijoux et des étoffes ornées de gemmes
Et entre temps vous par des menaces et des promesses
Vous avez violé et nos sœurs et nos filles
Et nous couards courbant nos échines,
Nous offrons des richesses à qui nous vole la vie.

Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons
L'égalité
L'humaine fraternité
Et la sainte liberté.
Et la sainte liberté.

Lorsque les nations seront sœurs
Et les vieilles haines jetées et détruites
Une famille de bons et de sages cœurs
Bénéficiera des choses par tous produites.
Il n'y aura plus qui paressant s'empiffre et dévore
À côté de celui qui se fatigue pour produire.
Pour tous pain, travail et amours libres.
Plus jamais les ténèbres, mais la science, mais la lumière.

Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons
L'égalité
L'humaine fraternité
Et la sainte liberté.
Et la sainte liberté.

Plus de maîtres ni de serviteurs, mais entre égaux
Des mains fraternellement données,
Des idées d'amour, de grands tableaux,
Des pensées par le seul humanisme éclairées
Et passera sur la libre terre
Un souffle pur de calme et de vie.
Plus jamais l'atroce chanson de la guerre,
Mais la joie immense, mais la paix infinie.

Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons
L'égalité
L'humaine fraternité
Et la sainte liberté.
Et la sainte liberté.

Et seulement alors parmi les pures et belles
Mélodies du joyeux jeune siècle
À nos pieds, nous jetterons la hache
Pour contempler la danse du monde
Et avec le flambeau levé, chantant
L'hymne entonné le jour des colères
Parmi les splendeurs de ce jour mémorable,
Nous saluerons le radieux avenir.

Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons
L'égalité
L'humaine fraternité
Et la sainte liberté.
Et la sainte liberté.


dimanche 1 novembre 2015

La Marseillaise

La Marseillaise

Chanson française – Claude Joseph Rouget de Lisle – 1792

 « noï non siamo cristiani, siamo somari », il n'y a pas l'ombre d'une hésitation : Primum vivere.


Version Marthe Chenal 1915 : https://www.youtube.com/watch?v=pks2kV6EjG0
Version « La vie en rose » : http://www.youtube.com/watch?v=EIzzugI7Tdo
Version officielle – par une chorale militaire : https://www.youtube.com/watch?v=QY8tdnqdPwI
Version chantée par Mireille Mathieu : https://www.youtube.com/watch?v=SIxOl1EraXA
Histoire de la Marseillaise : http://www.youtube.com/watch?v=H9UIIlutkxg

Version Django Reinhardt : http://www.youtube.com/watch?v=QyjJ3ThpRkA

Version Groupe Oberkampf : 1984 : http://www.youtube.com/watch?v=i1ORXrQ6r9k
Version Marseillaise Greame Allwright : http://www.youtube.com/watch?v=OPMWD29OyVg
Version Catherine Ribeiro : http://www.youtube.com/watch?v=sb98k32vlzo



S'il y a bien une chanson contre la guerre, Lucien l'âne mon ami, c'est la Marseillaise et je suis fort étonné de ne pas la trouver ici dans la page d'accueil, juste à côté de L'Internationale. Avec toutes ses traductions. Non seulement, c'est une chanson contre la guerre et les envahisseurs, mais c'est aussi, un chant revendiqué par les révolutionnaires de tous pays. Wiki remarque d'ailleurs ceci : « La Marseillaise a été traduite dans pratiquement toutes les langues du monde, comme chant révolutionnaire et de résistance, notamment dans les camps de concentration nazis. » Elle joue d'ailleurs encore aujourd'hui un rôle très important dans la mémoire de la Révolution française et dans celle des droits de l'homme qui y furent conquis et instaurés. Il suffit d'écouter une fois cette Marseillaise pour comprendre qu'elle prend aux tripes populaires et qu'elle exalte en réalité – dans son langage de 1792 – le triptyque essentiel : Liberté-Égalité-Fraternité, que les paysans et les ouvriers de la France d'alors ont imposé au fronton de tous les bâtiments publics de France et comme devise de la République, même si cela ne plaît pas aux riches et aux puissants.


Et s'il n’en restait que cela : la Marseillaise et ces principes, ce serait encore grandiose, dit Lucien l'âne en relevant le front.


Je rappelle – à toutes fins utiles – que je ne suis pas Français, dit Marco Valdo M.I. ; ça a une certaine importance, comme tu vas le voir. Cependant, le français est ma langue, c'est dans cette langue que vit ma culture et donc cette Marseillaise n'est pas pour moi un hymne officiel d'une République à présent abâtardie. Pour moi, la Marseillaise est cette chanson qui a bouleversé bien des peuples, qui a nourri l'imaginaire de bien des révoltés… et qui le fera encore.


Je pense que tu as raison et l'Internationale a connu le même destin ; elle fut ramenée de chant révolutionnaire français à hymne national soviétique. Et révolution pour révolution : un destin aussi trahi est advenu à la Révolution russe qui fut capturée, violée, bafouée, maquillée, phagocytée vampirisée, et in fine, revendue à perte par les tsars particratiques qui se sont succédés jusqu'aujourd'hui. Tout ça n'empêche pas  l’Internationale d'être encore aujourd'hui un chant qui a sa place dans la Guerre de Cent Mille Ans et d'être revendiquée comme tel par les révoltés … Un destin similaire a touché la révolution mexicaine, les chemises rouges de Garibaldi…


En effet, Lucien l'âne mon ami, et il en va de même de la Marseillaise. On a beau vouloir en faire un hymne officiel pour l'anesthésier, elle reste ce qu'elle est : un magnifique appel à l'autodéfense populaire. Et puis, un peu de réflexion amène à voir que la Marseillaise – d'abord Chant des volontaires de l'Armée du Rhin – n'est pas un chant de militaires, elle n'a rien de pompeux ou de guindé ; et certainement, rien de soumis à une autorité. C'est un chant de gens du peuple, de paysans, d'artisans, d'ouvriers partis volontairement à la guerre pour défendre leur république, pour défendre le peu de dignité et de liberté qu'ils venaient de conquérir, choses que les puissants et les riches détestaient au plus haut point. Il s'agissait tout simplement de résister à un étranglement, à une lapidation, à une croisade. Qu'ils se soient ensuite fait avoir, qu'ils aient été roulés dans la farine, qu'ils aient été trahis, qu'ils se soient fait enfermer à nouveau dans les lois des puissants, tout cela ne remet pas en cause le caractère libératoire de leur combat et de leur chant.


Si je t'ai bien compris, reprend Lucien l'âne, dans cette Marseillaise, il s'agit d'autodéfense et de résistance – Ora e sempre, Resistenza ! 


Exactement et ce n'est donc pas parce que les riches et les nantis l'ont mise dans une cage dorée d'hymne national que la Marseillaise devrait leur être abandonnée. Il nous revient à notre tour de prendre sa défense et de lui rendre sa place parmi les chansons de résistance et de révolte. C'est d'ailleurs un hymne national assez étrange, si on le compare à ceux de ses principaux voisins, cette Marseillaise fait décidément mauvais genre, elle vous a un parfum révolutionnaire, elle sent la canaille.


C'est vrai, dit Lucien l'âne, elle au moins, elle ne fait pas l'apologie des rois et des puissants, elle ne veut pas avec l'aide de Dieu sauver le roi ou la reine (God save the King, the Queen...), elle ne prétend pas dominer le monde ou l'océan (Rule, Britannia!), elle n'entend pas être « au-dessus de tout et de tous dans le monde » (Deutschland über alles in der Welt), c'était le rêve d'Otto ; en fait, il s'agit d'une partie de l'hymne allemand qui heureusement n'est plus officiellement d'actualité ; mais qui le fut très longtemps et à présent encore, il y a des nostalgiques. Il y a donc une aberration dans les Chansons contre la Guerre à ne pas donner sa place à la Marseillaise… À l'égal de l'Internationale, dont elle est d'ailleurs la source d'inspiration.


Parfois, dit Marco Valdo M.I., certains hypocrites s'insurgent contre son caractère sanguinaire et ce « sang impur abreuve nos sillons » les chatouille… Mais ce « sang impur » n'abreuverait jamais les sillons, s'il n'était venu jusque là avec des intentions criminelles. ce sang impur, impur car criminel, n'est rien d'autre que celui des envahisseurs et des armées des monarques de toute l'Europe, venus châtiés ces insolents gens du peuple. Si on veut transposer l'expression en d'autres lieux et d'autres temps, par exemple, ce sang impur rien d'autre et pour des raisons criminelles analogues que celui des troupes félonnes de Franco en Espagne, des SS de Kesselring en Italie, des miliciens de la République de Salò, des troupes des colonisateurs en tous genres et de tous temps. Il faut savoir parfois de quel côté on se place … Soit du côté des tueurs, soit du côté des gens qui se défendent contre ces bandes sanguinaires. Comme tu le vois, la Marseillaise, c'est le chant des partisans, le chant des gens du peuple, des paysans contre les armées professionnelles, contre les troupes mercenaires ou contre les croisades… Toute l'Amérique latine voit, depuis longtemps, cet affrontement entre les populations (généralement paysannes ; ouvrières où il y a des ouvriers) et les armées « nationales » au service de l'étranger. Pour parler comme Ulenspiegel, la Marseillaise, c'est un chant des Gueux.


Il me vient à l'idée, Marco Valdo M.I., que pour comprendre cela, il suffit que l'on songe un instant à l'Asie et au Moyen-Orient… Imagine que certains se mettent à chanter la Marseillaise en Arabie Saoudite ou en Syrie, ou… les Kurdes, par exemple.


La Marseillaise, c'est le chant de la Révolution française à ses débuts. C'est la réponse des paysans et des ouvriers à l'agression préparée, planifiée, organisée et déclenchée par les puissants et les riches dans le but d'éradiquer ce mauvais exemple de libération populaire. Il leur faut écraser cette hérésie républicaine et sociale afin d'empêcher toute contagion. Car, vois-tu Lucien l'âne mon ami, il faut replacer la Marseillaise dans son cadre réel, c'est-à-dire la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres afin de conserver leur domination, de poursuivre l'exploitation, de faire croître leurs richesses et de pérenniser leurs privilèges, de restaurer et de maintenir l'ordre établi.


On ne saurait mieux la décrire. Ainsi, la Marseillaise est un chant pacifique. En fait, ce que les petites gens, la valetaille comme ils disaient dans les cours, voulaient, c'est de pouvoir tout tranquillement vivre leur vie. La question est centrale pour les Chansons contre la Guerre : fallait-il vraiment que ces gens qui avaient mis fin au servage, conquis leur dignité humaine – eux qu'on considérait du haut comme des bêtes et souvent moins encore, et qui souhaitaient simplement une société libre, égalitaire et fraternelle, fallait-il qu'ils se laissent à nouveau « domestiquer » ? Et ma réponse d'âne est tout carrément : Non !

Évidemment, quelle autre réponse peut-on honnêtement envisager ? La Marseillaise, il faut voir ce qu'elle dit et surtout, à qui elle dit. On ne saurait incriminer l'agressé – ici, les petites gens de France afin de gommer la responsabilité de l'agresseur. Et l'agresseur, le tueur, le massacreur, la bande d'assassins et de prédateurs n'est pas celui chante la Marseillaise, ce sont ceux à qui elle s'adresse. Il ne faut pas confondre les époques : au moment où se conçoit la Marseillaise, la Révolution française n'est pas encore infectée d'ambitions impériales. Cela ne viendra que par la suite. Et pour comprendre la suite, Lucien l'âne mon ami, il me semble qu'il convient de lire La Ferme des Animaux de George Orwell. Il va se produire, ce qui s'est produit dans toutes les révolutions jusqu'à aujourd'hui : les plus avides prendront le pouvoir. Ceci jette un autre regard sur la révolution française et la Marseillaise : la libération populaire va être congelée, avalée, domestiquée, exploitée par la réaction des riches, anciens et nouveaux, revenus ou parvenus. Après la grande marée, il y eut le ressac terrible et trompeur. Oh, ce n'est pas la paix qu'il amène, ce retour au calme. Bien au contraire, il impose l'écrasement de tous les espoirs.

Et le résultat pour les petites gens, comme dit Boris Vian, on vit comme ça jusqu'à la prochaine fois. Tout à l’heure, on évoquait ici les Kurdes. Appliquons un instant à ce cas contemporain et singulièrement, par exemple, aux femmes de Kobané. Doivent-elles, elles qui vivaient pacifiquement et qui ne souhaitaient que vivre tranquillement leur vie quotidienne, doivent-elles au nom du pacifisme se laisser violer, assassiner, esclavager par l'envahisseur ? Autrement dit : oui ou non, ont-elles le droit à l'autodéfense, c'est-à-dire à faire ce que précisément propose la Marseillaise ? À mes yeux d'âne, ma « noï non siamo cristiani, siamo somari », il n'y a pas l'ombre d'une hésitation : Primum vivere.
Certains, me dira-t-on, fuient et bien évidemment, c'est une excellente solution quand on peut l'appliquer. Fuir, là-bas fuir  à condition qu'il y ait un refuge accessible quelque part et qu'on en ait le temps et les moyens. On le voit bien avec les émigrants actuels sur les routes de Turquie et d'Europe. Les paysans pauvres n'ont pas pu fuir… Et puis, où donc auraient-ils pu fuir ces paysans de France ? Chez leurs agresseurs ? Dans les bras de l'envahisseur ? Là-bas où les riches et les nobles avaient trouvé refuge et avaient constitué les armées qui venaient les massacrer ? Il suffit de se mettre un instant dans pareille situation pour crier aussi : « Aux armes, citoyens ! »

Je le pense aussi, Lucien l'âne mon ami, il n'y a pas d'autre solution. Cela dit, poursuivons. Comme tu le sais, on a rajouté deux couplets aux 6 couples originels. Et pour percevoir le caractère particulier de chant populaire de la Marseillaise, il suffit de voir combien ces couplets rajoutés (les deux derniers et surtout le dernier, dit le chant pour les enfants) sont faibles, d'un autre ton, patriotards et hautement stupides. Eux ont une allure officielle et tentent de dévier le sens vers ce pâté d'alouettes qu'est l'union nationale autour des concepts d'Honneur, de Patrie et d'une France momifiée et repliée sur elle-même et ses institutions. Regarde bien, Lucien l'âne mon ami, ce glissement de sens et remarque que ce sont les seuls couplets qui font appel à ces hochets… Il est d'ailleurs question en hauts lieux de faire une Marseillaise émasculée, châtrée, affadie ; neutre, en quelque sorte, plus présentable, plus politiquement correcte, plus « soft », plus BCBG. En fait, et c'est bien la preuve de son caractère populaire, ils ne l'ont toujours pas digérée, cette chanson et sa révolution. Pour le reste, les autres couplets, ils valent pour n'importe quel homme dans le monde qui lutte pour sa libre dignité… d'où qu'il soit et contre qui il lutte. En ce sens, elle est proche de l'Internationale, car pour la Marseillaise aussi, il n'y a qu'une seule nation, une seule Patrie (au sens premier, de lieu paternel) : la Terre sans frontières.


Et puis, je m'étonne d'ailleurs que tu n'aies pas présenté cet argument, il y a déjà plein de Marseillaises dans les CCG… plein d'autres, mais pas l'originale, celle qui leur a donnée vie à toutes… Et comment savoir en quoi, pourquoi et comment ? Et comment comprendre que des auteurs, des révoltés s'en inspirent, si l'on ne connaît pas la Marseillaise d'origine, celle de Rouget de Lisle ? Enfin, l'omission est réparée et nous pouvons reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde plein de frontières, d'envahisseurs, de paysans en révolte et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Allons enfants de la Patrie,
Le jour de gloire est arrivé !
Contre nous de la tyrannie
L'étendard sanglant est levé,
L'étendard sanglant est levé.
Entendez-vous dans les campagnes
Mugir ces féroces soldats ?
Ils viennent jusque dans vos bras
Égorger vos fils, vos compagnes !

Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !

Que veut cette horde d'esclaves,
De traîtres, de rois conjurés ?
Pour qui ces ignobles entraves,
Ces fers dès longtemps préparés ?
Ces fers dès longtemps préparés ?
Français, pour nous, ah ! quel outrage !
Quels transports, il doit exciter !
C'est nous qu'on ose méditer
De rendre à l'antique esclavage !

Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !

Quoi ! des cohortes étrangères
Feraient la loi dans nos foyers !
Quoi ! ces phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fiers guerriers !
Terrasseraient nos fiers guerriers !
Grand Dieu ! par des mains enchaînées
Nos fronts sous le joug se ploieraient
De vils despotes deviendraient
Les maîtres de nos destinées !
Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !

Tremblez, tyrans et vous perfides
L'opprobre de tous les partis,
Tremblez ! vos projets parricides
Vont enfin recevoir leurs prix !
Vont enfin recevoir leurs prix !
Tout est soldat pour vous combattre,
S'ils tombent, nos jeunes héros,
La terre en produit de nouveaux,
Contre vous tout prêts à se battre !
Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !

Français, en guerriers magnanimes,
Portez ou retenez vos coups !
Épargnez ces tristes victimes,
À regret s'armant contre nous.
À regret s'armant contre nous.
Mais ces despotes sanguinaires,
Mais ces complices de Bouillé,
Tous ces tigres qui, sans pitié,
Déchirent le sein de leur mère !

Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !

Amour sacré de la Patrie,
Conduis, soutiens nos bras vengeurs
Liberté, Liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs !
Combats avec tes défenseurs !
Sous nos drapeaux que la victoire
Accoure à tes mâles accents,
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire !

Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !

« Couplets des enfants »

Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n'y seront plus,
Nous y trouverons leur poussière
Et la trace de leurs vertus
Et la trace de leurs vertus
Bien moins jaloux de leur survivre
Que de partager leur cercueil,
Nous aurons le sublime orgueil
De les venger ou de les suivre

Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !

Enfants, que l'Honneur, la Patrie
Fassent l'objet de tous nos vœux !
Ayons toujours l'âme nourrie
Des feux qu'ils inspirent tous deux.
Des feux qu'ils inspirent tous deux.
Soyons unis ! Tout est possible ;
Nos vils ennemis tomberont,
Alors les Français cesseront
De chanter ce refrain terrible :

Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !