lundi 27 juillet 2015

IL Y A LE DIABLE

IL Y A LE DIABLE

Version française – IL Y A LE DIABLE – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Il diavolo c'è - Sergio Endrigo – 1993

Parole
s et musique de Sergio Endrigo



Ah, ah, qu'est-ce qu'il y a ?
Tu peux être sûre que là,

Il y a le Diable,
Il y a le Diable.




Voilà, dit Lucien l'âne en riant tout en balançant la tête de haut en bas ou de bas en haut selon le moment du tempo, une chanson qui en effrayerait plus d'un et qui l'entraînerait à appeler au secours un prêtre exorciste. Des exorcistes… au cours de mes périples, il me fut donné d'en rencontrer plusieurs et tous me parurent un peu brin de zinc ou brindezingue comme on voudra.


Oh, j'aime bien ton brin de zinc, je trouve l'expression assez jolie, même si dans le français authentifié, elle n'existe pas encore ; ce qui ne saurait au reste tarder. Mais j'en arrive à l'effroi que pourrait créer le titre de la chanson et peut-être chez les mêmes personnes, la chanson entière – on voit de tout les côtés de ces fanatiques, ces temps-ci et j'en profite pour leur lancer une de nos antiennes : « Fanatiques de tous les pays, calmez-vous ! ».
Donc, l'effroi de certains… On ne saurait les en guérir pour la simple raison que si effroi il y a, c'est parce qu'ils croient à l'existence du Diable et la chose va de pair avec la croyance à l'existence de Dieu, étant les deux faces du même ectoplasme. Et on aura beau leur expliquer que le diable de la chanson de Sergio Endrigo est en quelque sorte une figure, une image, une entité symbolique, un objet rhétorique, ils n'en démordront pas. Disons que chez Endrigo, cette entité symbolique en appelle à l'idée qu'on se faisait du diable dans un Moyen Âge reculé en opposition au dieu de ce temps, lequel dieu était censé être le bon et le diable de son côté, assumait le rôle du mauvais, dans une sorte de western œcuménique. Pour conclure, voici : le diable, c'est le mal, le mauvais côté des choses et du monde. Dans la chanson, tu peux – sans en aucune façon en occulter le sens – remplacer le mot « diable » par le mot « mal ».


D'accord, la messe est dite. Mais qu'as-tu d’autre à dire à propos de cette chanson ? Car je vois à ton œil qui pétille que tu brûles de me révéler une de tes étranges pensées, qui, je l'avoue, me déconcertent souvent...


Et tu n'as pas tort. Encore une fois, ce qui m'agite, c'est un souci de traduction. Le texte italien dit : « Nella gente che... il diavolo c'è ! », ce qui se traduit généralement par « Dans les gens qui... », que normalment on convertit en « Parmi les gens, chez les gens... », tout ce qu'on voudra sauf « Dans les gens... », ce qui supposerait « dans les gens = à l'intérieur des gens... » Cependant, à la réflexion, et me remémorant le film italien « Il piccolo diavolo » (http://www.filmpertutti.co/il-piccolo-diavolo/), où un diable exilé sur Terre (Benigni) s'introduit dans des personnes (particulièrement, une grosse dame, un cardinal…) et où il convient de faire appel à des exorcistes pour l'en extraire. La suite à l'écran… Je me suis rendu compte que la bonne traduction était véritablement dans, à l'intérieur des gens…

Alors voyons avec Endrigo ce que le « diable » fait en entrant dans les gens et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde hanté, endiablé, rongé par le mal de diable et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Dans les gens qui se croient toujours plus haut que toi,
Qui te traitent en esclave et se prennent pour les rois,
Pleins de la vanité, de la suffisance et de la superbe
Du paon gonflé et triomphant qui se croit on ne sait quoi,
Il y a le Diable,
Il y a le Diable.

Dans les gens qui ne dépensent rien, ne donnent rien à qui n'a rien
Et confient tout leur bonheur à leurs biens,
Qui ont un trésor sous le lit et vivent en pauvreté,
Qui nous verraient crever de soif et n'offriraient pas un café.
Il y a le Diable,
Il y a le Diable.

Dans les gens qui envient tout ce qu'on a
Peu ou rien peu importe, qui envient même nos tracas.
Ah, ah, qu'est-ce qu'il y a ?
On peut être sûr que là
Il y a le Diable.

Dans les gens qui ne font rien pour rien et ne font pas
Et qui passent leurs jours à bailler sur leur sofa,
Et s'écroulerait le monde qu'ils ne bougeraient même pas un doigt,
Qui prennent tout et ne donnent rien et ne se demandent jamais pourquoi.
Il y a le Diable,
Il y a le Diable.

Dans les gens qui prennent feu pour rien et s'enflamment de fureur,
Se fâchent, s’énervent et sont toujours prêts à exploser :
Des mèches allumées, des bombes en liberté.
Dans ces gens qui pour un rien tuent des gens, savez-vous ce qu'il y a ?
Il y a le Diable,
Il y a le Diable.

Dans les gens qui se gavent comme s'ils étaient Gargantua
D'abord mangent leur part et puis veulent tout le plat.
Ah, ah, qu'est ce qu'il y a ?
On peut être sûr que là,
Il y a le Diable.

Dans tes jambes si élancées que des plus longues on n'en trouve pas,
Dans ta bouche si gentille qui ne dit jamais je ne veux pas,
Dans ta peau d'or comme les saints, comme les rois,
Dans tes aisselles mouillées qui parfument tes bras
Il y a le Diable,
Il y a le Diable.

Dans les gens qui t’épient, te déshabillent, ne regardent que toi
Et ne veulent pas admettre que tu es seulement à moi
Ah, ah, qu'est-ce qu'il y a ?
Tu peux être sûre que là,
Il y a le Diable,

Il y a le Diable.

dimanche 26 juillet 2015

FRANCESCO BARACCA

FRANCESCO BARACCA


Version française – FRANCESCO BARACCA – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienneFrancesco Baracca – Sergio Endrigo – 1982
Te
xte de Maria Giulia Bartolocci/Sergio Bardotti
Musi
que de Sergio Endrigo

Album: Mari del Sud (Fonit Cetra, 1982)




Un feu d'artifice, une comète
Comme un oiseau blessé qui tombant
Devient plumes et vent 
Et puis silence.


Ah, Lucien l'âne mon ami, on ne comprend véritablement les chansons qu'après les avoir traduites et plus encore quand on tente d'exprimer ce que l'on ressent. Il faudrait se méfier ; il y a parfois des chansons idiotes.


Chanson idiote ? Mais pourquoi ?


Par exemple, parce qu'elle raconte une histoire idiote ou traite de façon idiote une histoire somme toute banale. À moins que, à la relire, on s'aperçoive qu'il y traîne je ne sais quel parfum d'ironie, je ne sais quel double sens. Une sorte de distanciation, qui dès qu'on la perçoit renverse le sens apparent.


Évidemment, vu comme ça, c'est autre chose et j'aimerais mieux qu'il en soit ainsi. Mais quand même, cela dit et entendu, dis-moi l'affaire, comme si la chanson était vraiment une chanson idiote…


Donc, voici une chanson qui raconte une histoire idiote : celle d'un aviateur qui se fait abattre par l'artillerie ou par une mitrailleuse au sol. Il en meurt : c'est normal, c'était un aviateur militaire et c'était un héros. Un héros, surtout quand il est militaire, il est normal qu'il meure dans l'action ; sinon, en quoi serait-il un héros ? . Comme disait Ferré 
« Et comme on dit, je ne sais plus où
Un général ça meurt debout
Si seulement ça mourait couché
Je vois pas pourquoi j'irais râler ».
Là, vois-tu, mourir au lit, c'est tout de suite moins héroïque.


En effet, je trouve ça très bien de mourir dans l'action, surtout s'il faut en faire un héros. Dans le fond, ce sont les risques du métier. Surtout quand on est un militaire de haut vol, quand on est un as de l'aviation. Rien à voir avec « nous les petits, les obscurs, les sans-grade,
Nous qui marchions fourbus, blessés, crottés, malades,
Sans espoir de duchés ni de dotations,
Nous qui marchions toujours et jamais n'avancions; »
(L'Aiglon – Rostand).
Rien à voir avec tous ces gens dont a toujours fait la chair à canon  et quand on en fait des « héros », c'est globalement sur les monuments, dans des discours, dans des livres pleins d'exaltations assassines et patriotiques. Ces « héros de masse » sont des héros bien malgré eux, ce sont des héros inconnus ; des héros industriels : on les traite par milliers, quand ce n'est pas par centaines de milliers. D'ailleurs, ce « peuple de héros » se serait bien passé de tout héroïsme et aussi bien entendu, de mourir à la guerre. Contrairement aux généraux et aux héros, le peuple, les petites gens, les gens simples préfèrent mourir dans leur lit.


Oh, je les connais bien, moi qui les ai croisés dans les tranchées… Car, nous les ânes, on fait partie de ces « héros inconnus » et s'ils avaient pu, comme nous les ânes, ils se seraient enfuis à l'autre bout du continent ou n'importe où il n'y avait pas la guerre. Et je t'assure qu'ils n'en avaient strictement rien à faire de la gloire et de tout ce qui s'en suit. En fait, ils ne pensaient qu'à rentrer chez eux.


Quant à l’as de l'aviation, vois-tu Lucien l'âne mon ami, c'était pas pareil. C'était un as, c'était un compétiteur, il cherchait sa renommée dans le ciel… Il devait confondre la guerre avec des Jeux olympiques… Il rêvait d'exploits et de gloire.


Et il tire gloire de quoi exactement ? De piloter un avion ? De mourir en tombant du ciel ? En quoi devrais-je trouver la chose plus intéressante et plus digne que cette mort inconnue qui frappait les millions de paysans et d'ouvriers et d'inconnus et de gens de rien ou de quelque chose ? Y a-t-il une poésie particulière à tomber du ciel plutôt que de s'enfoncer démembré dans la boue de la tranchée ou champ de bataille ? Ça me rappelle les petits illustrés où on racontait les « exploits » des aviateurs des guerres de 1914-18, de 1940-45, de la guerre de Corée, de celle du Vietnam… Peut-être y en a-t-il sur les guerres des Balkans ou d'Irak… Il y a même une série où les « héros » finissent par être à la retraite… Allons, reprenons notre tâche sans gloire et tissons le linceul de ce vieux monde idiot rempli de héros, de guerriers prestigieux, de médaillés, de décorés, de champions et cacochyme.

Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


C'était un ancien matin italien
Avec les mouches, les pavots, le grain
Les paysans paraissaient peints
Le soleil, le Po et les héroïques destins
Juillet milleneufcent quelque chose
Et tout à coup de la plaine bruineuse,
Comme l'aigu du ténor se détacha
L'avion de Francesco Baracca.

Il vibrait fort l'oiseau de toile
Léger et fragile, il vole
Et il s'élevait en spirale
Comme une allègre valse romagnole
Et là-haut la terre se montrait
Comme une femme heureuse s'ouvrait
Sans crainte et sans timidité
Elle découvrait sa douce rotondité.
Et il y avait Riccione, il y avait Rimini
Et au fond le Sud, inexploré midi
Et au Nord, le grondement du canon
Dévastateur comme l'inondation
Alors lui entra dans l'âme et dans l'esprit
Son inconsciente et belle Italie
Et il souffrit de jalousie, gare à qui la touche
Gare à qui l'enlève.

Et il plongea jouer avec le sort ;
La jeunesse n'a pas de la peur de la mort.
Ce ne fut pas un duel, il n'y eut pas de cavalerie
Mais un coup bas de l’infanterie.
Et déjà, il voyait s'enfuir sa vie
Un feu d'artifice, une comète
Comme un oiseau blessé qui tombant
Devient plumes et vent
Et puis silence.

Le poète dit qu'en mourant
La vie entière se revoit en un instant
Les jeux, les espoirs, les peurs
Les faces aimées, les amis, les cœurs
Juillet milleneufcent dix-huit
Il y avait un homme qui tout perdit
Et l'Italie agraire et prolétaire
Conquérait son premier as de l'air


Comme un oiseau blessé qui tombant
Devient plumes et vent
Et puis silence.

samedi 25 juillet 2015

L'âne et l'orang-outan

L'âne et l'orang-outan

Chanson française – L'âne et l'orang-outan – Marco Valdo M.I. – 2015


Quoi ? Quoi ? L'orang-outan,

Vous ne le connaissez-pas ?
L'orang-outan est un être vivant,
Une personne comme vous et moi.
Vive l'orang-outan et sa guenon !


Lucien l'âne mon ami, je crains bien que tu vas être ravi, car je viens de finir une chanson dont tu es un des protagonistes et dont tu es également le conteur. Une chanson qui est tombée des nuages gris de cet après-midi.


Quoi, quoi, quoi ? Que dis-tu ? Que dis-tu Marco Valdo M.I. mon ami ? Je ne comprends rien à tes propos. Je serais le personnage de ta chanson…


Non seulement le personnage, mais en quelque sorte son inspirateur, car je suis parti du commentaire que tu fis récemment à la chanson de Gilles, L'Homme et le Singe . Cependant comme personnage, tu n'es pas le seul ; le principal intéressé est un orang-outan, un de tes amis dont on a voulu faire un militaire et ce singe, personnage intelligent, n'aime pas ça. Enfin, voici comment les choses se passent dans la chanson : un petit groupe de soldats arrivent en ville ; vous (toi et l'orang-outan) vous les interpellez et les soldats répondent :
« Nous allons de ce pas
Une, deux, trois !
Démontrer sur l'heure 
Que la raison du plus fort est toujours la meilleure ! »


On imagine bien comment va se faire pareille démonstration. De fait, c'est le fondement-même de la Guerre de Cent Mille Ans et de toutes les guerres et comme tu l'as si bien montré récemment, le fondement de la politique, lorsque tu évoquais Clausewitz inversé en disant : « La politique est la poursuite de la guerre par d'autres moyens. » Et je compléterais volontiers en ajoutant : « La paix est la poursuite de la guerre par d'autres moyens... ». Mais, dis-moi, il me semble bien déjà avoir entendu certains passages de ta chanson ou en tous cas, j'y vois de jolies allusions : ces « autres soldats qui cherchent Lola » et surtout, évidemment, ce Gare aux gorilles… C'est évidemment fort amusant.


Oui, ce Gare aux Gorilles renvoie très directement au Gare au Gorille de Georges Brassens et à toutes les versions qui en ont été données en d'autres langues. Mais enfin, il n'y a que du plaisir à s'inspirer d'un tel maître es paroles. Quant à ces soldats à la recherche de Lola, il te faudra aller chercher chez Léo Ferré chantant Aragon : Est-ce ainsi que les hommes vivent ?  À mes yeux, il n'y a rien là que de très normal et il faut considérer ces allusions comme d'incontestables coups de chapeau aux vers originaux. Et puis, nous sommes en bonnes compagnies, car Michel de Montaigne n'y rechignait pas.

Laissons cela et reprenons notre tâche et remettons nous à tisser le linceul de ce vieux monde militaire, fort en guerres, méprisant, méprisable et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Soldats, ô beaux soldats,
Qu'allez-vous faire là-bas ?
Nous allons de ce pas
Une, deux, trois !
Démontrer sur l'heure 
Que la raison du plus fort est toujours la meilleure !
Ainsi parlaient ces soldats-là.

Ce singe-là est un entêté
Je connais ses opinions.
Il m'en a souvent parlé
Je les tairai par discrétion.
Vive l'orang-outan et sa guenon !

Je ne vous en dirai rien.
C'est bien le moins pour un bon citoyen.
Cependant, je vous laisse deviner
Combien en son âme, il est révolté.
Vive l'orang-outan et sa guenon !

Soldats, ô beaux soldats,
Qu'allez-vous faire là-bas ?
Nous allons de ce pas
Une, deux, trois !
Démontrer sur l'heure 
Que la raison du plus fort est toujours la meilleure !
Ainsi parlaient ces soldats-là.

Quoi ? Quoi ? L'orang-outan,
Vous ne le connaissez-pas ?
L'orang-outan est un être vivant,
Une personne comme vous et moi.
Vive l'orang-outan et sa guenon !

Âne de raison, de toutes les façons,
On ne peut me confondre avec l'orang-outan,
Animal aimable avec qui personnellement,
J'entretiens d'excellentes relations.
Vive l'orang-outan et sa guenon !

Soldats, ô beaux soldats,
Qu'allez-vous faire là-bas ?
Nous allons de ce pas
Une, deux, trois !
Démontrer sur l'heure 
Que la raison du plus fort est toujours la meilleure !
Ainsi parlaient ces soldats-là.

L'orang-outan considère le militaire,
Le militaire habillé en soldat.
Il le tient pour un cerbère,
Et il ne lui parle pas.
Vive l'orang-outan et sa guenon !

Et moi, qui fréquente les orangs-outans
Moi, je vous le dis, je partage entièrement
Et de tout mon cœur, leur cri vengeur :
Vive les objecteurs, vive les déserteurs.
Vive l'orang-outan et sa guenon !

Soldats, ô beaux soldats,
Qu'allez-vous faire là-bas ?
Nous allons de ce pas
Une, deux, trois !
Démontrer sur l'heure 
Que la raison du plus fort est toujours la meilleure !
Ainsi parlaient ces soldats-là.

Il est d'autres soldats en ville
Des soldats habillés en civil
Qui vont par-ci, qui vont par-là
À la rencontre de Lola.

L'armée, ah, l'armée
Avec tous ces soldats
Gare aux gorilles et aux orangs-outans !
L'armée, ah, l'armée
Avec tous ces soldats…
Gare aux gorilles et aux orangs-outans !
Gare aux gorilles
Et aux orangs-outans !
Gare aux gorilles
Et aux orangs-outans !