dimanche 8 février 2015

PORTE OUVERTE

PORTE OUVERTE

Version française – PORTE OUVERTE – Marco Valdo M.I. – 2015
d'après la version italenne d'une
Chanson en Lombardo brianzolo – PortavértaLorenzo Monguzzi - 2013


Ils sont forcés à fuir pour ne pas mourir de faim
Ce n'est pas une nouveauté, ce fut aussi le sort les Italiens



J'ai voyagé par le monde, je te dis en confidence
Nous ne sommes pas les seuls à avoir une conscience :
Il y a des gens qui meurent de faim, ne savent plus de quel côté se tourner
Et, pour tout dire, dont nous avons peu à nous plaindre

Il y a des gens nés au cœur de la guerre qui continuent à se tuer
Et nous ici à pester de devoir payer les taxes

Tous veulent fermer la porte
Et par contre, il me plaît à moi de la laisser ouverte.
Tous veulent fermer la porte
Et par contre, il me plaît à moi de la laisser ouverte.

Qu'est-ce que ça peut me faire à moi, à moi plaisent les gens
Qu'ils soient de mon pays ou d'un autre continent
Et tous avec leur histoire, et tous avec leurs problèmes
Penser que nous sommes mieux est un raisonnement stupide

Ils sont forcés à fuir pour ne pas mourir de faim
Ce n'est pas une nouveauté, ce fut aussi le sort les Italiens
Et il ne s'agit pas de perdre l'identité,
Cessons de jeter la pierre sur les plus malchanceux
Tous veulent fermer la porte
Et par contre, il me plaît à moi de la laisser ouverte.
Tous veulent fermer la porte
Et par contre, il me plaît à moi de la laisser ouverte.

Vous direz qu'il y a trop de délinquance
Que nous avons déjà trop supporté et que maintenant, nous n'avons plus de patience
Et qu'au centre de Milan, marcher dans la rue
C'est jouer au rat dans la souricière.

On nous dit des mensonges, car la vérité
Est qu'autrefois, nous avions bien peu à voler,
Et maintenant que nous avons quelque chose, que bien plus nous avons,
Nous sommes devenus mauvais, car dessus nous-mêmes, nous nous chions.

Tous veulent fermer la porte
Et par contre, il me plaît à moi de la laisser ouverte.
Tous veulent fermer la porte
Et par contre, il me plaît à moi de la laisser ouverte.
Tous veulent fermer la porte
Et par contre, il me plaît à moi de la laisser ouverte.
Tous veulent fermer la porte

Et par contre, il me plaît à moi de la laisser ouverte.

samedi 7 février 2015

Le Twist Du Déserteur

Le Twist Du Déserteur

Chanson française – Le Twist du Déserteur – Jean Arnulf – 1963


Twist du déserteur
(déserteur allemand (1945) pendu par les SS et dépendu par des soldats alliés)


Mon cher ami Lucien l'âne, voici une chanson de déserteur, une de plus dans les Chansons contre la Guerre, où elle va rejoindre le déserteur [[1]] de Boris Vian et des tas d'autres, y compris Joseph Porcu [[9046]]. Comme tu le vois dans son titre, c'est une chanson d'époque : c'est un twist. Si tu te souviens et peut-être serais-tu le seul âne à l'avoir pratiqué, le twist était une sorte de déhanchement assez douloureux auquel les danseuses et les danseurs s'astreignaient pendant qu'un chanteur (une chanteuse ou plusieurs) essayaient de se faire entendre par delà les instrumentistes eux-mêmes bien décidés à se faire entendre. Et très audacieusement, ce twist est intitulé : Le Twist du Déserteur. Très audacieux, car à l'époque, ça rigolait pas avec le service militaire. J'en tiens pour exemple, Bon pour le service , ce petit film – une merveille (interdit à l'époque) qui parle de twist et de service militaire.


Certes, je me souviens, mais je n'ai au grand jamais pratiqué pareille chose… À mon âge, t'imagines. Donc, un twist anti-militariste… Ce devait être une marchandise assez rare… Le twist n'était pas, du moins pour ce que je m'en souviens, parmi les genres musicaux préférés des chanteurs militants…


C'est exact. Mais quand même Jean Ferrat, qui ne l'a d'ailleurs jamais fait, se proposait, par dérision ou comme exploit de twister dans une, par ailleurs, très belle chanson : Nuit et Brouillard [[19]]. Mais ce n'était plus de son âge… et puis, comme tu le verras, Jean Arnulf l'avait déjà fait. Et Jean Arnulf n'y va pas de main morte… Tout-à-fait dans la foulée du Déserteur de Boris Vian. Je dirais en plus chargé d'acide sarcastique. L'acide sarcastique se fait en broyant des roches sarcastiques que l'on va chercher dans les profondeurs du sol que l'on mélange de sels de poésie et de cadences catasoniques. Enfin, tu verras à l'usage, c'est pas mal.


Voilà qui est bien et qui m'intrigue, dit Lucien l'âne l'oeil illuminé de saine rigolade. Mais encore…


Mais encore, justement. Venons-y. C'est là que je t'attendais, car tu vas rire plus encore. Il s'agit du dernier couplet, qui est extrait d'un chant ancien repris au répertoire militaire. Pour te dire, ma grand-mère, celle qui a fait la guerre de 14-18 à l'hôpital du côté de Reims, le fredonnait souvent, comme une rengaine ironique. Ce couplet est en fait une partie du refrain du Tambour Miniature, sorte de Blechtrommel [[40093]] avant la lettre. Et comme je te l'ai dit, pour te faire bien rire, car elle est drôle et à mon sens assez peu enthousiaste des exploits militaires. Enfin, tu jugeras. Pour un peu, moi, je la mettrais comme chanson contre la guerre, s'il n'y avait ses interprètes : chorale et musique militaire. Et maintenant, pour toi, en direct, cet étonnant morceau de l'art lyrique militaire :


Chanson française – anonyme – avant 1900.
Interprète : Troupes de Marine


Je suis un tambour miniature
Marquez le pas
On m'admire pour ma belle stature
Par le flanc droit
J'ai fait trois fois le tour du monde
Au garde à vous
J'ai courtisé des brunes et des blondes
Serrez les rangs
Et de moi l'on dira toujours
Au garde à vous
Qu' j'étais foutu pour la guerre et l'amour
Tireur debout

J'ai perdu mes jambes à Gravelotte
J'ai perdu mes deux bras à Valmy
Au Tonkin, j'ai perdu ma culotte
Et le reste, dans le faubourg Saint-Denis
Chez la mère cass'bite
Ah! il fallait pas, il fallait pas qu'il y aille
Ah! il fallait pas, il fallait pas y aller
Mais il a fallu, il a fallu qu'il y aille
Mais il a fallu, il a fallu y aller
Quand je rencontre une belle petite
Marquez le pas
A monter chez moi je l'invite
Par le flanc droit
Comme un soldat je la commande
Au garde à vous
Et si parfois, la belle en redemande
Serrez les rangs
J' lui dis que je n' suis pas toujours
Au garde à vous
Des mieux foutus, pour la guerre et l'amour
Tireur debout

J'ai perdu mes jambes à Gravelotte
J'ai perdu mes deux bras à Valmy
Au Tonkin, j'ai perdu ma culotte
Et le reste, dans le faubourg Saint-Denis
Chez la mère cass'bite
Ah! il fallait pas, il fallait pas qu'il y aille
Ah! il fallait pas, il fallait pas y aller
Mais il a fallu, il a fallu qu'il y aille
Mais il a fallu, il a fallu y aller
Ma femme accouche toutes les trois semaines
Marquez le pas
Faut voir comment le gosse s'amène
Par le flanc droit
J'entends la voix de la sage femme
Qui dit tout bas
Allez-y donc, allez-y ma p'tite dame
Serrez les flancs
C'est un p'tit gars beau comme le jour
Au garde à vous
Des mieux foutus, pour la guerre et l'amour
Tireur debout

J'ai perdu mes jambes à Gravelotte
J'ai perdu mes deux bras à Valmy
Au Tonkin, j'ai perdu ma culotte
Et le reste, dans le faubourg Saint-Denis
Chez la mère cass'bite
Ah! il fallait pas, il fallait pas qu'il y aille
Ah! il fallait pas, il fallait pas y aller
Mais il a fallu, il a fallu qu'il y aille
Mais il a fallu, il a fallu y aller


Bien, bien. Repos, messieurs les chanteurs ! Nous, nous reprenons notre tâche et nous tissons le linceul de ce vieux monde où l'on se tue gaillardement, on se décapite régulièrement, on se brûle spectaculairement, bref, on s'assassine inconsidérément et vieux monde néanmoins cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Du plomb dans la cervelle des autres,
Les morts qu'on compte à coups de civières,
Celui qui fait le bon apôtre,
L'autre qu'est content de sa lumière.
Les morts s'entassent sur leurs grands-pères,
Demain, nous serons des violettes,
Les affaires deviendront prospères,
On continuera les courbettes.

Yeah yeah, c'est la vie

Du plomb fondu à l'illusion
Dans des moules qu'on s'est offerts,
Ça ressortira en canon,
Mais c'est pas pour demain, la guerre.
Une guerre, ça se déclenche pas comme ça
Faudrait d'abord qu'on soit d'accord
C'est pas l'intérêt d'un État
De marchander avec des morts.

Yeah yeah, c'est la vie

Un petit peu de plomb dans ta cervelle
Tu comprendras que t'avais qu'à dire
T'étais pas fait pour la chapelle
Et t'aimais pas les gueules de cire
Maintenant, mon vieux, c'est trop tard
Tu ne peux plus parler, c'est fatal
Tu n'es plus qu'un pauvre soudard
Qui a tourné bien, bien, bien mal

Yeah yeah, c'est la mort

Ah, y fallait pas
Y fallait pas qu'y aille !
Ah, y fallait pas
Y fallait pas y aller ! 

jeudi 5 février 2015

LE CADEAU

LE CADEAU


Version française – LE CADEAU – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Il RegaloFabularasa – 2012




On m'a apporté votre cadeau à la maison :
Une corbeille emplie de présents divins






Chanson librement inspirée de la lettre écrite par Giuseppe Di Vittorio au Comte Pavoncelli le 24 décembre 1920. Lire le texte de cette chanson est comme ouvrir une vieille enveloppe dans laquelle on trouve des photos décolorées et en noir et blanc – qui retracent des scènes de travail dans les champs des Pouilles durant les premières années du siècle passé – et une lettre ancienne (la première des trois de ce disque). Ce n'est pas n'importe quelle lettre : Giuseppe Di Vittorio l'écrivit à son patron, le Comte Pavoncelli, la veille de Noël 1920, pour lui rendre, de la manière la plus aimable possible, une petite corbeille de vœux qu'il lui avait fait porter chez lui. Di Vittorio l'a renvoyé parce qu'il ne veut pas d'un quelconque privilège par rapport aux autres journaliers qu'il représente ; un geste nécessaire pas seulement par honnêteté de conviction individuelle, mais aussi car, dans la vie publique, cette même honnêteté est un devoir civique et doit être bien visible à l'extérieur. Un événement lointain, mais de déconcertante actualité, dans cette période de désorientation politique. Un exemple à ne pas oublier. L’élégante clarinette de Gabriele Mirabassi ponctue un morceau qui voyage sur une marche rapide et constante, vers un finale instrumental. La chanson a été présentée à Bari, en avant-première, à l'occasion de l'inauguration d'une pierre dédiée à la résistance de la Bourse du Travail face aux milices fascistes, en 1922.

Juste deux mots pour situer Giuseppe di Vittorio, encore connu et même très connu en Italie, il est quelque peu ignoré dans le reste de l'Europe actuelle.
Giuseppe Di Vittorio , né le 11 août 1892 à Cerignola, dans la région des Pouilles et mort le 3 novembre 1957 (à 65 ans) à Lecco. Fils de paysans, autodidacte, il fut un militant syndical, antifasciste et sur le plan politique, député PCI. Comme syndicaliste, il fut parmi les fondateurs et jusqu'à sa mort, un des dirigeants principaux de la CGIL – le principal syndicat italien.


Très honoré patron, ce matin
On m'a apporté votre cadeau à la maison :
Une corbeille emplie de présents divins,
Amandes douces, vin, fruits de saison.

Ne pensez pas que je n'apprécie pas au plus haut degré
L'amabilité d'une si noble pensée,
La courtoisie qui certainement l'a inspirée
Et je vous en remercie, mais je dois refuser.

Je le sais que vous ne l'avez pas fait pour me piéger
Et que vous ne pensez pas à m'acheter ;
Mais mes compagnons qui n'ont pas à manger
Pourraient le penser…

L'aube sur la place solitaire descend
Les équipes se rassemblent doucement:
Cent bâillements, cinq tintements,
Une colonne (lente) derrière le surveillant.

Qu'on ne dise pas que je fricote avec le patron
Lorsque le prix du travail, nous négocions
Mes compagnons qui n'ont pas à manger
Pourraient le penser.

Ce n'est pas seulement une question de conscience,
De méfiance, de bonne renommée :
C'est une pratique d'honneur que la politique ;
Vous me comprenez, je ne dirai rien d'autre.
Salutations distinguées.

À midi le soleil tape sur la nuque,
Le contrôleur vient au champ, il surveille
Les paysans qui essuient leurs tempes,
Serrent les dents et courbent l'échine.


Dans ce purgatoire de chaleur…
Le soleil se couche sur les tas de grains,
J'arrive avec mes souliers poussiéreux,
Les paysans sèchent leur sueur,
Ils me regardent dans les yeux,
Ils me serrent la main…

Au matin du Grand Soir

Au matin du Grand Soir

Chanson française – Au matin du Grand Soir - Marco Valdo M.I. – 2015





Au matin du Grand Soir




Je lisais l'autre soir cette phrase que j'ai mise en exergue à la chanson… et si je l'ai mise là, il y a une double raison.


Deux raisons, veux-tu dire, Marco Valdo M.I. et lesquelles ?


Oui, deux raisons et sans doute, même plus encore. La première, c'est cette phrase elle-même qui m'a paru résumer cette idée de Grand Soir et de matin du Grand Soir. Toute l'histoire en une ligne, soutenue par un fort vent d'optimisme et de joie de vivre. La deuxième (car il y en aura d'autres, réflexion faite !), c'est que je lisais à ce moment une chanson chantée par Marc Ogeret et qui parlait du matin du Grand Soir elle-aussi [[48956]]. La troisième raison, c'est que tout cela a ravivé dans ma mémoire une antienne dont je ne sais plus si j'en ai été l'auteur ou si elle m'est venue d'ailleurs ; en tous cas, je me souviens très bien d'avoir travaillé (il y a des années… vers 1985 ?) sur le projet d'un grand panneau sur émail (12 x 6 m) avec une École des Beaux-Arts et des ouvriers métallurgistes dont le thème et le sujet central était cette antienne : « Au matin du Grand Soir, le coq rouge pondra l’œuf noir ». La quatrième raison, c'est que j'en ai fait une chanson, juste une chanson, une chanson sans prétention aucune que d'être une petite chanson.


Admettons, dit Lucien l'âne en riant. Mais qu'est-ce qu'elle peut bien signifier cette antienne, comme tu dis ? Car, elle m'a l'air bien mystérieuse, poétique, légèrement utopique. ;. Que sais-je ?


De fait, tu as raison, Lucien l'âne mon ami. Il y a de ça. Quant aux interprétations possibles… Le Grand soir, nous en avons déjà parlé et la petite phrase en exergue le décrit assez bien. Bref, c'est le moment révolutionnaire , le moment où le monde bascule d'un monde de richesse, d'exploitation, d'avidité, de cupidité, d'arrogance, d'ambitions… vers un monde de fraternité, de solidarité, de joie de vivre… Ce que Saint-Just appelait le bonheur. Pour ce qui est du Matin, il y a une grande différence entre le matin du Grand Soir, chanté par Marc Ogeret, qui précède le Grand Soir et le matin de cette chanson-ci, qui suit le Grand Soir. L'épisode convulsif est passé.


Et le coq rouge ? Et l’œuf noir ?


Le coq rouge, là, il y a de nombreuses possibilités et outre, pour nous ici, l'évident coq wallon, il y a aussi bien le coq qui appelle au réveil des hommes et du jour, Chantecler qui fait surgir le soleil dans le ciel ; le rouge étant le rouge emblématique qu'on trouve sur les drapeaux des groupes révolutionnaires ; mais, il faut aussi y voir le feu, les flammes qui forment la crête du coq, celles-là-mêmes qui illuminent le Grand Soir. Et puis, l’œuf noir, on peut l'interpréter comme le résultat du Grand Soir… l'Anarchie elle-même. Disons que c'est une chanson mythique et qu'elle recèle bien d'autres nuances, d'autres significations qu'on n'aperçoit pas immédiatement. Un peu comme les reflets irisés d'un clair de lune sur une rivière, un lac ou sur la mer. Ou alors, ce n'était qu'un rêve... 


Tu as eu un rêve... Tu n'es pas le seul... Eh bien voilà, un chanson est née et nous, nous reprenons notre tâche, et avec elle et des milliers d'autres, nous tissons le linceul de ce vieux monde enrichi, empâté, engraissé, ankylosé et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




« Bientôt peut-être, les ténèbres traversées des flammes du Grand Soir couvriront la terre. Puis, viendra l'aube de joie et de fraternité » – A dolphe Retté dans Le Libertaire – 1899



Au matin du Grand Soir
Le coq rouge pondra
L’œuf noir
Et nous, on se réveillera.

Au matin du Grand Soir
Le coq rouge pondra
L’œuf noir
Et nous, on chantera.

Au matin du Grand Soir
Le coq rouge pondra
L’œuf noir
Et nous, au soleil, on sortira.

Au matin du Grand Soir
Le coq rouge pondra
L’œuf noir
Et nous, au soleil, on dansera.

Au matin du Grand Soir
Le coq rouge pondra
L’œuf noir
Et nous, au soleil, on s'aimera.


Au matin du Grand Soir
Le coq rouge pondra
L’œuf noir
Et tous, de joie, on rira.

mercredi 4 février 2015

Le Matin du Grand Soir

Le Matin du Grand Soir

Chanson française – Le Matin du Grand Soir – Marc Ogeret – 1968
Chanson de Bertal-Maubon (ou Bertal Maubon) est le pseudonyme collectif de Marcel Bertal (1882-1953) et Louis Maubon (18..-1957), paroliers de chansons, et auteurs de monologues, vaudevilles, livrets d'opérettes, pièces de théâtre – début du siècle dernier


À dix contre un
Pour arrêter Ravachol
(À l'arrière-plan, le dénonciateur)




Évidemment, Lucien l'âne mon ami, tu as déjà entendu parler du Grand Soir, moment révolutionnaire par excellence, moment terrible où le monde va basculer…


Comme tu le dis si bien, j'en ai entendu parler et entendu chanter, bien évidemment, de ce fameux Grand Soir. D'une certaine manière et pour certains, c'est une chose terrible et sérieuse. Pour ce que j'en sais, le Grand Soir fait très peur aux riches…


Évidemment… Donc, ce Grand Soir a beaucoup troublé l'ordre bourgeois à la fin du dix-neuvième siècle, au début du vingtième, quand les anarchistes menaient la guerre aux riches à coups de bombes et d'armes diverses. Il y a là comme une utopie de révolution : le Grand Soir aurait vu les pauvres enfin se lever en masse et liquider l'ordre établi. Et la chose s'est produite, mais comme on le sait, elle n'a pas donné les résultats escomptés. En fait, les tenants libertaires du Grand Soir se sont fait avoir par les tenants des Matins radieux et des lendemains qui chantent. Comme le racontait Alexandre Zinoviev, persiflant sur le régime en place dans l'ex-URSS, « Le Communisme est l'avenir radieux du Socialisme ». En finale, il y a Poutine et son régime de services. Pendant ce temps, les tenants du Grand Soir, gens sympathiques au demeurant et généreux, en sont toujours à préparer sa venue. Ce sont des gens patients qui tissent avec une tranquille obstination…


Bref, pour résumer ton propos, ce fameux Grand Soir est un moment symbolique de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres pour maintenir leur domination, accroître leurs richesses et leurs pouvoirs, étendre leurs privilèges et conserver leur emprise sur le monde. Le moment où l'humaine nation atteint enfin à l'humanité, débarrassée de la richesse et de l'avidité. 


C'est bien cela. Mais la chanson-elle parle du Matin du Grand Soir, c'est-à-dire le jour qui aboutira à cette soirée mémorable entre toutes : le Grand Soir. C'est évidemment plein d'ironie et de dérision. Elle est remplie d'humour et tout en faisant circuler l'idée du Grand Soir, elle en montre aussi les limites. D'ailleurs, il suffit de voir quels en sont les auteurs : ce sont des chansonniers, des auteurs d'opérettes… Ce ne sont pas des militants qui font dans le sérieux. Cela dit, tout en sachant que ce qu'elle raconte est pure imagiantion, c'est une chanson qui fait plaisir à entendre ; un peu comme le coup de pied au cul que Charlot donne à ses détracteurs suscite une certaine jubilation. Ou comme le discours d'Hynkel, apparemment aussi utopique que le Grand Soir. Pour tout dire, c'est un bienheureux pastiche d'une supposée chanson libertaire, une fameuse caricature, mais qui donne bien la mesure de ce que les bourgeois ruminaient dans leurs fantasmes d'anarchie. Cela dit, elle est carrément désopilante.


Alors, écoutons-là et de notre côté, reprenons notre tâche – quelque peu utopique elle aussi – et tissons le linceul de ce vieux monde consensuel, correct, noyeur de poissons d'eau douce, conservateur et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.




Vive Robespierre et vive Cambronne !
Je suis anarchiste parfaitement,
Vive l’Anarchie, je révolutionne
Et puis à bas le gouvernement !
J’ai des bombes remplies d’Eau de Cologne
Qui sont toutes prêtes à faire sauter
La Chambre, le Sénat, le Bois de Boulogne
Et les chalets de nécessités.

Ha ! Ha !
Bande de fripouilles et de scélérats !
Patience… Faudra voir à voir
Quand viendra le matin du Grand Soir !

Tous les gens qui nous empoisonnent
Les épiciers, les boulangers,
Tous les marchands d’eau en bonbonne,
Les herboristes, les charcutiers,
On les parquera à la Villette,
On les hachera en petits morceaux
Et en faire de jolies côtelettes
Des pieds de cochon, des fraises de veaux.

Ha ! Ha !
Nous allons mettre les pieds dans le plat
Leurs rognons seront vilains à voir
Quand viendra le matin du Grand Soir !

Les patrons qui nous horripilent
Qui nous cherchent chicane et tracas
Ce jour-là il faudra qu’ils se tiennent tranquilles
Sinon il y aura des aléas.
On les enfermera en masses
Dans une grande caisse en bois sculpté
Pour en faire de la ragougnasse
À grands coups de machine à bosseler

Ha ! Ha ! Pendant ce temps là,
L’orchestre jouera
La valse des yeux au beurre noir
Quand viendra le matin du Grand Soir !

Et les chameaux de propriétaires,
Fabricants de quittance de loyers,
Qui nous fichent comme des locataires
Quand on n’a pas de quoi les payer,
Eux autres, on en fera des eunuques,
On leur coupera leurs prétentions
Et si jamais leurs femmes nous reluquent,
Ça sera nous qui les embrasserons !

Ha ! Ha ! Ha !
Elles auront toutes un ventre comme ça
Et leur maris tiendront le bougeoir
Quand viendra le matin du Grand Soir !

Et les huissiers,
Toutes ces limaces
Qui nous flanquent du papier timbré,
Ha, ils pourront faire la grimace
Mais pour eux nous serons sans pitié.
Nous les installerons sur des chaises
Et pour bien qu’ils s’avouent vaincus,
On les poussera dans la fournaise
En leur fichant le feu au cul.
On leur grillera les poils sous les bras !
Ha !
Ça sera vraiment joli à voir
Quand viendra le matin du Grand Soir !