mardi 30 décembre 2014

On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle


On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle

Persiflerie française - On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle - Pierre Desproges - Théâtre Grévin 1986 




Persifleur de première
9 mai 1939 (Pantin) – 18 avril 1988 (Paris)

Lucien l'âne mon ami, il n'y a pas que la chanson dans le spectacle sur scène, dans les cabarets et dès lors, je te prie de bien vouloir considérer ceci. Il y a aussi les persifleurs… Par exemple, Karl Valentin… en est un exemple. Ou les Monty Pythons… Ou Ascanio Celestini… Je ne sais depuis quand, peut-être même en Egypte aux temps des pharaons en trouvait-on déjà… Mais il y a une longue tradition de ces persifleurs qui s'en prennent aux pouvoirs et aux gens et aux choses installées. Qui mettent à mal les idées reçues, qui font de la moquerie un art majeur. Il y en a toute une gamme ; certains sont plus incisifs que d'autres. Parmi tous ceux-là, il en est un qui disait : On peut rire de tout, certes ; mais pas avec tout le monde. Et de fait, il riait de tout et même du cancer qui devait l'emporter trop tôt. Sans lui, il serait encore là. Il riait en premier de lui-même. Ainsi, il faisait ce qu’il disait : « Le premier devoir des humoristes, c'est de savoir se moquer d'eux-mêmes. » C'est à ça qu'on les reconnaît… Les vrais. Et donc, tu auras reconnu celui-ci, je le vois à ton œil d'âne qui soudain brille comme la lune dans un songe d'une nuit d'été. Ici, il va répandre l'acide ironique sur l'antisémitisme et les antisémites. Un juste retour de l'acide prussique… ou cyanhydrique, mieux connu sous le nom de Zyclon B, dont la firme Bayer s'est souvenue sous le nom de Baygon – en vente dans toutes les bonnes drogueries. Efficace, terriblement efficace contre les poissons de lune, les fourmis et autres insectes.


Là, Marco Valdo M.I. mon ami, tu te laisses emporter par ton tempérament de persifleur… Cependant, je ne peux que te donner raison. Moi-même, souviens-t-en, je pratiquai l'art du persiflage autour du début du siècle dernier et seul un ahuri au menton en galoche, un arrogant imbécile que de plus imbéciles que lui avaient mis au pouvoir, m'avait contraint au silence… Je le faisais – à Rome – sous le titre éclairé, pour ne pas dire illuminé, de L'Asino. Dès lors, tu comprends que je comprenne et mieux, que j'apprécie. J'apprécie surtout l'art et le courage du persifleur qui est probablement, avec certains chanteurs, un des artistes qui travaille sans filet, face à face avec le public auquel il suggère – parfois fortement – des vérités, souvent dérangeantes. Les autres, il n'y a pas besoin de persifler pour les affirmer. Mais quand même, à voir le titre, ce ne doit pas être de la petite bière… comme on dit par ici.

Comme on dit par ici, en effet, c'est du « fort toubac ».
Démarrer en disant : « On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle.», mais Desproges était ainsi. En avant toute ! Pour le connaître, il faut lire sa biographie et le plus simple, mais comme tu vas voir pas le moins dangereux, c'est de s'adresser à Wikipedia. Dans le cas de Desproges, c'est un vrai scandale ; une récupération immonde, comme ils l'ont fait pour Rimbaud – caviardé par sa sœur, Jean Yanne récupéré par l'Église… Ils avaient essayé avec Voltaire et même, il l'aurait tenté avec le bon abbé Meslier, s'ils l'avaient pu. Pareil pour Desproges, pour un peu, ils en feraient un enfant de chœur. Cela dit, il faut laisser à Wikipedia que sa date de naissance est exacte… et puis, en soi, d'une certaine manière, cette pseudobiographie, c'est (sans le vouloir, car il est sûr qu'ils ne l'ont pas voulu) une parodie de Desproges, tellement c'est pompier et récupérateur. Nanti de cet avertissement au lecteur, tu peux t'aventurer à lire cette notice de Wikipedia ; elle est garantie politiquement correcte. Pierre Desproges, lui, ne l'était pas. Alors là, pas du tout !

Oh, je sais ! D'ailleurs, s'il avait dû s'engager dans un parti, il n'aurait certes pas rejoint le MOU (Mouvement Onaniste Unifié) ou le MOI (Mouvement Onaniste Indépendant), mais très certainement, le Parti d'en Rire [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=41079]], dont il aurait eu plaisir à retrouver les pères fondateurs. Dès lors, sans attendre et avec lui, tissons le linceul de ce vieux monde convenable, bien élevé, croyant, crédule, escroc, menteur, médisant et cacochyme !




Heureusement !






Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle.
Vous pouvez rester ! 

N'empêche qu
'on ne m'ôtera pas de l'idée que, pendant la dernière guerre mondiale, de nombreux Juifs ont eu une attitude carrément hostile à l'égard du régime nazi.
Il est vrai que les Allemands, de leur côté, cachaient mal une certaine antipathie à l'égard des
Juifs.

Mais enfin, ce n'était pas une raison pour exacerber cette antipathie en arborant une étoile à sa veste pour bien montrer qu'on n'est pas n'importe qui, qu'on est le peuple élu, et pourquoi j'irais pointer au Vélodrome d'Hiver, et qu'est-ce que c'est que ce wagon sans banquettes, et j'irai aux douches, si je veux...
Quelle suffisance !

Attention ! Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit.
Je n'ai personnellement
rien contre ces gens-là.
Bien au contraire ! Je suis fier d'être citoyen de ce g
rand pays… de France où les Juifs courent toujours.

Je sais faire la part des choses. Je me méfie des rumeurs malveillantes. Quand on me dit que si les Juifs allaient en si grand nombre à Auschwitz, c'est parce que c'était gratuit…
Je pouffe.

Et puis, attention, il y a Juif et Juif ; il y à deux sortes de Juifs : le Juif assimilé et le Juif-Juif. C'est pas du tout pareil.
Le Juif assimilé…
c'est… C'est vraiment n'importe quoi. Si vous voulez, c'est le genre de mec… Il regarde Holocauste les pieds sur la table en bouffant du cochon pas casher.
Il est infoutu de reconnaître le Mur de Berlin du Mur des Lamentations… Quand il voit un mur, il joue au squash…
Ces gens-là sont la honte des synagogues.
En plus, ils n'auront même pas la chance d'être reconnus par les nazis lors de la prochaine.

Le Juif-Juif, c'est complètement différent.
Le Juif-Juif ,
comment dire, se sent plus Juif que fourreur. Vous voyez...
Il renâcle à l'idée de se mélanger aux gens du peuple non élu
en dehors des heures d'ouverture de son magasin… Bien sûr...
Dès son plus jeune âge, il recherche la compagnie des autres Juifs
et ce n'est pas toujours facile.C'est vrai naguère encore, les Juifs avaient les lobes des oreilles pendants, les doigts et le nez crochus et la bite à col roulé. Hein !

Depuis que le port de l'étoile est tombé en désuétude, on ne sait pas pourquoi, ce n'est pas évident de reconnaître au premier coup d’œil un petit enfant Juif d'un petit enfant antisémite.

Mais de nos jours,
vous comprenez ces gens-là, les Juifs, ils se font tous raboter le pif et raccourcir le nom ; alors, on ne les reconnaît plus. Voyez Jean-Marie Le Penovitchstein. On dirait un Breton.
Vous savez… Que tous les praticiens de la chirurgie esthétique... sont Juifs.

Tous les médecins sont Juifs.
Sinon, tu n'as pas le diplôme…

Tous les pharmaciens sont Juifs.

Tous les archevêques de Paris sont Juifs.

Tout le monde sont Juifs.

En tous cas, pour les médecins, je suis absolument formel. Tous les médecins sont Juifs.

Enfin, le docteur Petiot, je ne suis pas sûr...
Vous ne savez pas qui était le Docteur Petiot...Elle est bête… C'est pas grave, ce n'était pas vraiment une gloire nationale

Le docteur Petiot, comment vous dire, en un mot… Le Docteur Petiot, si vous voulez, c'est ce médecin parisien qui a démontré en 1944 que les Juifs étaient solubles dans l'acide sulfurique.

Et bien, le Docteur Petiot n'était pas Juif. Alors que le Docteur Schwartzenberg, si.

Cela dit, il n'y a aucun rapport entre Petiot et Schwartzenberg. Je ne sais même pas pourquoi je fais le rapprochement... Je veux dire que Schwartzenberg, lui, il ne fait pas exprès de tuer les gens. Non...
Voilà encore un bruit qui court… Quand on vous dit que les Juifs sont vecteurs de maladies. Regardez Schwartzenberg ; est-ce qu'il est cancérigène ? Non !
Comme disait mon copain Le Luron, il suffit de ne pas trop s'approcher.

Les Juifs-Juifs ne se marient qu'entre eux, bien sûr…
À ce propos, je relisais récemment  un livre d'Harris et Sédouy qui est paru chez Grasset il y a cinq ou six ans : Juifs et Français, dans lequel les auteurs demandaient à une grande journaliste de télévision, pleine de talent, très belle en plus (pas Ockrent, une journaliste qui écrit des articles, qui fait des reportages… j'aime beaucoup Christine Ockrent, mais elle est plutôt mannequin de Télé-7 jours que journaliste… Non, mais c'est bien, c'est un métier… C'est vrai … Un jour, elle pose avec sa mère ; trois semaines après, avec son grand-père ; après ça, elle a posé sur deux pages avec son bébé . C'est incroyable. Je suis sûr qu'elle aurait fait une fausse couche, elle aurait posé à côté du placenta.

Là, je fais allusion à Harris et Sédouy ont interviewé une grande journaliste de télévision… française, très belle, je le répète, mais dont je tairai l'identité par pure discrétion, vous pouvez le comprendre… Les auteurs demandaient à cette jeune femme si elle aurait épousé Yvan Levaï pour le cas où il n'aurait pas été Juif comme elle.
Et bien, voyez-vous, cette jeune femme a répondu que non, qu'elle n'aurait probablement pas pu tomber amoureuse d'un non-Juif.

Mais voyez-vous, moi, je comprends très bien cette attitude qu'on pourrait un petit peu hâtivement taxer de racisme.

Moi-même, qui suis
Limousin, j'ai complètement raté mon couple parce que j'ai épousé une non-Limousine.
Une Vendéenne.
Je suis désolé, les Vendéens ne sont pas des gens comme nous.
D'accord, ils ont des petits doigts, des petits lobes et tout ça… Mais, je ne sais pas, moi … Nos patois ne sont pas les mêmes et nos coutumes divergent…
Et dix verges, c'est énorme.

Voilà une femme,
n'est-ce pas, qui mange du poisson le vendredi , alors que moi, je mange du bœuf mironton le mardi. Il n'y a pas de compréhension possible !

Puis, nous avons notre sensibilité limousine.
Nous avons notre humour limousin … qui n'appartient qu'
à nous.
Nous partageons entre nous une certaine angoisse de la porcelaine peu perméable aux
Chouans.
Il faut avoir souffert à Limoges pour comprendre.

lundi 29 décembre 2014

LES JUIFS

LES JUIFS


Chanson française – LES JUIFSPhilippe CLAY – 1975 
Paroles : Henri Djian
http://www.youtube.com/watch?v=bAbvebj0bFM



Voici, Lucien l'âne mon ami, une chanson qui a toutes les raisons de se retrouver ici dans les Chansons contre la Guerre… Une chanson qui poursuit l'antisémitisme et plus exactement, cette inexplicable haine qui roule sournoisement dans nos sociétés et soudain, resurgit au jour et puis éclate en un grand feu de destruction collective. Il n'y a pas d'explication rationnelle à cette maladie de société. Comment expliquer cette barbarie distillée goutte à goutte jusqu'à noyer des peuples entiers dans la fange brune, dans l'ordure noire ?

Tu as raison, Marco Valdo M.I. mon ami. Il n'y a pas de raison dans tout cela. Et surtout qu'on ne vienne pas parler ici de race… Il n'y a, foi d'âne, qu'une seule race humaine. Délirante, autodestructice, irrationnelle, paranoïaque, schizophrène, tout ce qu'on veut et pire encore, mais une seule. Enfin, c'est comme si on disait que les ânes noirs sont d'une autre race que les blancs ; que chez les ânes blancs, ceux qui ont de longues oreilles forment une race différente de ceux qui ont une grande queue… Que sais-je comme autres âneries seraient-ils encore capables d'inventer ?

Donc, pour en venir à la canzone, qui se garde d'ailleurs bien d'évoquer cette absurdité de race, elle décortique ce que les gens disent des « Juifs », comme son titre l'indique. D'abord, essayons de dire ce qu'est un Juif… Selon moi, un Juif est celui qui se désigne lui-même comme tel ou celui que d'autres désignent comme tel. Au-delà de cela, on entre dans l'affabulation, la fantasmagorie, la bêtise, la méchanceté, l'odiosité … Elle capte la haine à sa source : dans le ragot, cette rumeur assassine qui n'ose pas dire son nom. Celle-là même qui depuis des siècles rampe dans le marigot et se colporte de bouche à oreille… Sous-entendus susurrés à propos de sous-hommes suspects… C'est le grand air de la calomnie aux grandes orgues et puis, venue du rien, elle éclate dans le néant. Mais, attention, Lucien l'âne mon ami, on la croyait anéantie dans son propre néant et voilà qu'elle se reprend à fuiter de tous côtés.

Oh, la détestable chose..., dit Lucien l'âne en se raidissant de tous ses poils.

Un instant, Lucien l'âne, un instant avant que tu conclues… Deux mots encore à propos de la chanson elle-même, qui se trouve en bonne compagnie auprès de La petite Juive [[ 2891]] de Maurice Fanon ou de Anne, ma sœur Anne [[8147]] de Louis Chedid… Pour te faire remarquer combien elle me semble avoir été inspiré d'une chanson du Grand Jacques, publiée dix ans avant elle, intitulée : « Ces Gens-là »… En tout cas, pour la forme… Regarde bien le début

« D’abord, d’abord, il y a l’aîné
Lui qui est comme un melon
Lui qui a un gros nez
Lui qui ne sait plus son nom »

et puis, compare avec le début de celle de Philippe Clay :

«  D'abord, ils ont un nez
Un nez, un drôle de nez
Et puis, un nom, un nom,
Un drôle de nom »

Ceci dit, c'est plutôt flatteur cette ascendance… et sans doute, une sorte de réminiscence et de coup de chapeau. De toute façon, il n'est pas donné à tout le monde et encore moins, à n'importe qui d'écrire comme Brel… Enfin, reprenons notre tâche et à notre tour, tissons le linceul de ce vieux monde idiot, médisant, calomniateur, insensé et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



D'abord, ils ont un nez.
Un nez, un drôle de nez
Et puis, un nom, un nom,
Un drôle de nom.

Ils ont comme un accent.
Oui, c'est ça, un accent,
Un drôle d'accent qui fait...
Comment dire... pas français.

On dit qu'ils ont d
e l'argent.
Oh oui, beaucoup d'argent
Qu'ils ont gagné comment ?
Sûrement pas honnêtement !
Ils sont toujours ensemble,
Qu'est-ce qu'ils complotent ensemble ?

Et les commères disent :
"C'est pas qu'on ne les aime pas, mais",
"C'est pas qu'on ne les aime pas, mais"...

À propos... et le Christ ?
N'oublions pas le Christ !
De Barabas et lui,
Lequel ont-ils choisi ?
C'est vrai qu'en deux mille ans,
Nous avons eu tout le temps
De le recrucifier...
Oui, mais c'était après.

C'est vrai qu'ils ont payé,
Qu'on leur a fait payer
Un peu trop cher... mais nous,
On n'était pas dans le coup.
Nous, on ne voulait pas,
Nous, on ne savait pas.

Et tous les braves gens disent :
"C'est pas qu'on ne les aime pas, mais",
"C'est pas qu'on ne les aime pas, mais".

Mais quoi... c'est le passé.
Le passé... ressassé...
Pourquoi ? pour des ragots
Ou bien quoi ?... quelques mots,
Sur les murs d'un métro
La porte d'un lavabo...
Il n'y a vraiment pas
De quoi fouetter un chat.

Ils sont chez eux, d'accord,
Les autres aussi. Alors,
Ça peut durer longtemps.
Oui, mais pendant ce temps,
Qui paiera l'addition ?

Et au café du Pont Les joueurs de belote disent :
"C'est pas qu'on ne les aime pas, mais",
"C'est pas qu'on ne les aime pas, mais".

Mais moi, je me demande :
Pourquoi toujours ce "mais" ?
Mais moi, je vous demande :
Quand cela va cesser ?
Ils ont bien mérité,
D'avoir enfin la paix
Et qu'on leur dise, comme
À tous les hommes :
Shalom ! Shalom ! Shalom ! 

dimanche 28 décembre 2014

ON DEVRAIT AVOIR SEIZE ANS ENCORE

ON DEVRAIT AVOIR SEIZE ANS

ENCORE


Version française - ON DEVRAIT AVOIR SEIZE ANS ENCORE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande – Man müsste wieder sechzehn sein (Existenz im Wiederholungsfälle) - Erich Kästner – 1936.
Cela pourrait arriver une deuxième fois maintenant…

Veux-tu revoir les mêmes images, vraiment ?

Vraiment !?



« Ce beau poème intemporel d'Erich Kästner s'appelle à l'origine « L'existence dans le piège de la répétition » (Existenz im Wiederholungsfälle ). Mais comme pour d'autres de ses poèmes, je trouve le titre un peu mal choisi. J'ai aussi omis la dernière ligne. À la question de savoir si on veut revoir les images d'alors, quand on était jeune, le Kästner répond résolument « Oui ! »
Je voudrais laisser la réponse ouverte. 
», ainsi commentait ce poème tiré de « Lyrische Hausapothek » - « Pharmacie Lyrique », un de ses admirateurs contemporains. [http://nicolaslindt.ch/?id=17&subid=28].


Eh bien, alors, dit Lucien l'âne un peu ébahi…


Eh bien, si j'ai cité ce propos, c'est qu'il me sert de parfaite introduction. Ainsi, nous connaissons l’intention de Kästner et sa réponse à la question de savoir, s'il souhaitait revenir à ses seize ans… Il répond carrément oui… Son commentateur semble hésiter et vouloir laisser la « porte ouverte ». Étrange dispute qui repose à mon sens sur un malentendu. Et un malentendu historique. Je dis historique, car la clé de ce poème se trouve très précisément dans la biographie d'Erich Kästner et de tous les jeunes gens de son âge, je veux dire ceux qui sont nés en 1899 ou aux environs. Repartons de là et que constate-t-on ? Quelqu'un (Kästner, par exemple) qui est né en 1899 atteint l'âge de 16 ans en 1915. Et souviens-toi de cette autre chanson de Kästner que je t'ai fait connaître l'autre jour – Jahrgang 1899 CLASSE 1899 et de ce qu'il y dit :
Nous avons couché avec les femmes,
Tandis que les hommes étaient en France.
Nous nous sommes pris pour des amants ;
Nous étions à peine des confirmands.

Ensuite, on nous prit pour faire des militaires,
Comme chairs à canon.
À l'école, les bancs se vidèrent,
Les mères pleuraient à la maison. »

Voilà, les 16 ans de Kästner et de ses camarades adolescents. Et c'était en quelque sorte « l'âge d'or » [[10588]] pour les adolescents. Il est donc facile de comprendre qu'Erich Kästner aurait aimé en rester là et surtout ne pas connaître la suite – Classe 1899 – incorporation 1917. Erich Maria Remarque n'en pensait pas moins (Classe 1898 – incorporation en 1916). Et sans doute, dès qu'ils ont eu un peu de recul sur l'événement, qu'ils ont eu le nez dans la gadoue, le face-à-face avec l’écœurante physionomie de la guerre, tous les jeunes Allemands, Français, Belges, Autrichiens, Italiens, Hongrois, Russes … Indistinctement, tous, sauf quelques malades déments, tels Ernst Jünger, dit Orages d'acier [[37711]].


Ah, je comprends… Moi aussi, j'aurais voulu rester à mes jeunes années… avant de devenir un âne errant. Quoique… Mais mon sort est bien différent de celui de ces jeunes futurs cadavres, futurs mutilés et futurs restes.


Mais, car il y a un mais. Il y a mon interprétation… « a posteriori » et elle diffère de celles-là. Je m'en tiens au texte et à la capacité particulière de la poésie d'évoquer autre chose… que ce que l'auteur croit y mettre. Précisément dans la même finale. Regarde :
« On verrait tout, ce qu'on voyait à ce moment...
Et tout ce qui est arrivé depuis ce temps,
Cela pourrait arriver une deuxième fois maintenant…
Veux-tu revoir les mêmes images, vraiment !? »
Sincèrement, Lucien l'âne mon ami, peut-on penser un instant vouloir « revoir les mêmes images » ? Les massacres grandeur nature, la misère, l'inflation, le chômage, les assassinats politiques, la montée des fascismes, la peste brune s'étalant tout au travers du pays les nazis au pouvoir… et ce qui s'en suivra. Vraiment !? D'où vient-elle cette extraordinaire lucidité ? Franchement, je ne peux l'attribuer qu'à cette dimension particulière de la poésie. Et puis, il faut aussi tenir compte du moment le recueil dont elle est extraite et qui s'intitule très exactement « Doktor Erich Kästners Lyrische Hausapotheke » a été publié en 1936, mais bien évidemment pas en Allemagne (les nazis avaient déjà brûlé les livres de Kästner dès 1933), mais en Suisse. Et se poser aussi la question – en connaissant l'humour ravageur de Kästner – de savoir ce que cette pharmacie lyrique était censée devoir soigner…


Moi qui ai entendu Cassandre, je ne peux que te dire comme Erich Kästner dans sa fin tronquée : « Ja ! Oui ! ». Mais reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde mercantile, militarisé, âpre et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




On devrait avoir seize ans encore
Et oublier tout ce qui est arrivé depuis lors.
On devrait serrer des fleurs rares encore
Et – en grandissant - se mesurer aux portes
Et sur le chemin de l'école, sauter les barrières.

On devrait encore la nuit se tenir à la fenêtre
Pour entendre les voix des passants,
Quand elles troublent le sommeil léger des rues.
On devrait s'indigner, quand quelqu'un ment,
Et passer son chemin cinq jours durant.

On devrait courir dans le parc encore.
Avec une fille qui doit rentrer chez elle
A peur d'embrasser et veut un baiser.
On devrait avant la fermeture des magasins, avec elle,
Pour deux marks cinquante acheter une paire de bagues.

Une fois encore, on amadouerait sa maman,
Car on a besoin de quelques sous pour la foire.
On irait voir l'homme qui plonge longtemps.
Et le singe qui fume le cigare.
Et caresser des dames monstrueuses.

On se laisserait séduire par une femme
Et on penserait toujours : « C'est la poule de Monsieur Quidam. »
Ses mains sur la peau, on sentit.
Le cœur dans le corps battait fort et vite,
Comme à la maison, les portes battent la nuit.

On verrait tout, ce qu'on voyait à ce moment...
Et tout ce qui est arrivé depuis ce temps,
Cela pourrait arriver une deuxième fois maintenant…
Veux-tu revoir les mêmes images, vraiment ?
Vraiment !?

vendredi 26 décembre 2014

DON QUICHOTTE

DON QUICHOTTE

Version française – DON QUICHOTTE – Marco Valdo M.I. – 2014
d'après la version italienne de PensieriParole

d'un poème turc Don KişotNâzim Hikmet – 1947 


Don Quichotte et Sancho... Rossinante et Lucien






Regarde, Lucien l'âne mon ami, encore une chanson à propos de Don Quichotte…


Je vois, je vois, Marco Valdo M.I., et par un grand poète turc, qui plus est. Et il ne m'étonne pas que tu l'aies incessamment traduite. Car je n'ignore pas combien le personnage te tiens à cœur…


Certes, mais à toi aussi, Lucien l'âne mon ami, qui fut, si je ne me trompe, l'âne qui porta Sancho tout au long de la traversée de l’Estrémadure et autres lieux inhospitaliers et qui est sans aucun doute, un de ceux qui vit Dulcinée et certainement, le dernier vivant. À propos, je profite de la circonstance, pour te demander si Rossinante était aussi teigneux et aussi cagneux qu'on le laisse parfois penser.


Alors là, non ! Pas du tout ! C'est une de ces légendes que l'on a créée pour déconsidérer le noble ongulé et son cavalier à la triste figure. Et tant qu'on y est, laisse-moi dire que cette triste figure est elle aussi une médisance. Même s'il faut reconnaître que Don Quichotte était un peu frappé, ce n'était pas une figure de carême et tu peux me croire, avec lui, on riait beaucoup. Mais, tu sais, comme est le monde, toujours en train de répandre la calomnie. Semez, semez, il en restera toujours quelque chose. Quant au plat à barbe qu'il se mettait sur la tête… En voilà encore une histoire à dormir debout dans les bras des moulins à vent. C'était bien sûr une invention de Don Quichotte, cette étrange chose qu'il se mettait sur la tête, mais c'était un casque tout ce qu'il y avait de révolutionnaire pour l'époque et d'ailleurs, la preuve en est qu'il était encore en usage dans les armées britannique et étazunienne (un casque produit à des millions d'exemplaires[[http://world-war-helmets.com/fiche.php?q=Casque-Anglais-Mark-I]]) trois cent cinquante ans plus tard. C'était en tous cas plus protecteur que les casques à pointe en usage dans l'armée allemande de Guillaume (comme toi-même tu l'as raconté dans ta canzone Casques à pointe et Casques d'acier [[37743]] ) et ces « plats à barbe » soutenaient la comparaison avec d'autres casques en usage dans les armées du monde entier.


D'accord, mais tant qu'à citer une de mes canzones, il eût mieux valu rappeler celle où « le cavalier de l'éternelle jeunesse » s'en va bravement sauver l'Europe [[41719]] de certaine prétentions hégémoniques et de certaines manœuvres politico-financières dont l'ambition serait bien d'instaurer et de renforcer la loi des riches, ainsi qu'il est courant dans la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]]. Et son intervention est d'ailleurs toujours aussi nécessaire, car comme on le disait : « REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS, ILS VOUS LE FERONT DEMAIN.. » et c'est bien ce qui est en cours dans tous nos pays. Grève générale par-ci, grève générale par là… Nul ne sait où on s'en va, mais il est certain qu'on y va...

Enfin, bref ce Don Quichotte n'a pas fini de secouer sa cafetière et avec lui, nous, nous tissons le linceul de ce vieux monde caduque, casqué, belliciste, arrogant, ambitieux et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.




Le cavalier de l'éternelle jeunesse
Suivit, vers la cinquantaine,
La loi qui battait en son cœur.
Un beau matin de Juillet, il partit
Pour conquérir le beau, le vrai, le juste.
Face à lui, il y avait le monde
Avec ses géants absurde et abjects
Au dessous de lui, Rossinante
Héroïque et mélancolique.
Je le sais
Quand on est pris de cette passion
Et un cœur d'un poids respectable
Il n'y a rien à faire, Don Quichotte,
Rien à faire
Il est nécessaire de se battre
Contre les moulins à vent.


Tu as raison, Dulcinée
Est la femme plus belle du monde
Certainement
Fallait-il le crier à la face
Des boutiquiers
Certainement
Ils devaient te tomber dessus
Et te couvrir de coups
Mais tu es le cavalier invincible des désirs
Tu continueras à vivre comme une flamme
Dans ta lourde coquille de fer
Et Dulcinée
Sera chaque jour plus belle.