mardi 18 novembre 2014

La Croisière des Nanavortées ou Amsterdam-sur-eau

La Croisière des Nanavortées


ou

Amsterdam-sur-eau


Chanson française - La Croisière Des Nanavortées ou Amsterdam-sur-eau – Agnès Varda – 1965 (+/-)






Dans les années un peu passé le milieu du siècle dernier, ou si l'on veut dans les années d'après-guerre ou de guerre froide ou après la guerre de Corée ou autour de la guerre d'Algérie ou pendant la guerre du Viet-Nam…


Quelle énumération… On dirait que le monde est étalonné par les guerres, dit Lucien l'âne un peu interloqué…


Mais précisément, c'est le cas… Évidemment, il y a une explication globale à cela, c'est que les guerres sont des événements marquants et spectaculaires. En somme, il y a de l'action et dans notre monde où l'image animée, le bruit et la rumeur font marcher le commerce des médias, les guerres sont d'un très bon rapport. C'est aussi le paysage de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin de maintenir et d'accroître l'écart qui les sépare de la valetaille.


Maintenir l'écart ? Accroître l'écart ?


Et bien oui ! Maintenir et accroître l'écart – soit d'une part, les riches toujours plus riches ; d'autre part, les pauvres toujours plus pauvres. Et pas seulement en ce qui concerne les biens matériels ou les conditions de vie, mais aussi dans tous les domaines. Réfléchis un instant à ceci : À quoi servirait-il d'être riches si on ne voyait pas la différence, si on ne marquait pas la différence, si on n'était pas reconnus comme tels. Donc, j'en reviens à la canzone, au milieu un peu passé du siècle dernier et à ce voyage étonnant de ces femmes sur les canaux d'Amsterdam.

Pourquoi Amsterdam ?, demande l'âne Lucien en agitant les oreilles pour attirer l'attention.


Tout simplement, car à l'époque, la Hollande, les Pays-Bas étaient une nation très en avance sur le reste de l'Europe en ce qui concerne les libertés et les solidarités. Du moins, pendant un moment. Ils ont un temps (trop court, malheureusement) laissé entrevoir une Europe tolérante, intelligente et proche des gens. C'est le temps où 50 ans avant tout le monde, Amsterdam avait mis à disposition des vélos gratuits, où la liberté sexuelle n'était plus réprimée, où un monde à la fois égalitaire et libertaire était sereinement envisagé, où germaient 68 et ce qui s'ensuit encore aujourd'hui … Forcément, un tel univers était (et reste) intolérable pour le système, pour la société, pour leur monde… Nous, comme tu le sais, nous, toi, moi, les mais, on s'en accoutume fort bien, mais pas les riches et pas leur suite. Toujours cette question de l'écart… Par exemple, à cette époque, en Hollande, aux Pays-Bas, les dames, les femmes, les filles, nos compagnes qui le souhaitaient (traduire : que la vie contraignait à), pouvaient être « aidées » en toute clarté, dans des conditions médicalement acceptables, sans faire l'objet de réprobation … En Belgique et ailleurs, cela viendra plus tard… Après bien des combats contre l'obscurantisme … Même si de courageux médecins, y compris les médecins de famille, mais aussi des infirmières, des étudiants… pratiquaient cette solidarité – chacun avec leurs capacités tentaient de pallier aux obstructions légales. De façon générale, on en était à la clandestinité organisée… dans le meilleur des cas. Il y avait aussi forcément le pire. Le pire risque bien de revenir quand les gens des services de santé – les médecins, les para-médicaux font ce qu'ils appellent joliment de l'objection de conscience… Belle conscience qu'on a vue à l’œuvre ici quand les nonnettes revenant du Congo ont été avortées avec la bénédiction papale et la couverture de toute l'Église. Toujours ce fameux : « deux poids, deux mesures ».


Mais enfin, Marco Valdo M.I., mon ami, tu le sais bien quand ce diction : « Dieu reconnaît les siens ! » ; en l'occurrence, les siennes. Rappelle-toi, le procès du Softenon, où une femme euthanasia son enfant pour lui éviter de vivre l'enfer sur terre… Le pape de l’époque (et celui d'aujourd'hui ferait pareil) condamna ce geste généreux. Comme disait Léo Ferré : « Quand tu verras un Pape sans bras, avec quoi donc, il te bénira ? » ; je cite de mémoire, mais la chanson s'intitulait : Les Temps Difficiles. [[41561]]. Mais il n'empêche, tu as raison, c'est une honte que cette soi-disant « objection de conscience » de gens sans conscience humaine. D'autant que pour les riches (toujours cet écart), la chose (innommable et innommée – et je ne parle pas de Dieu, mais de l'avortement !) ne pose aucun problème… Ils ont de quoi payer, de quoi voyager et en plus, ils font partie de la société protégée… Jamais, au grand jamais, on ne les condamnera ; d'ailleurs, on étend un voile pudique sur leurs écarts.



Donc, voici une chanson de l'époque, écrite par Agnès Varda, une de ces dames, qui deviendra une grande cinéaste… Une chanson qui raconte le voyage en Hollande. Un voyage organisé… Rentabilité oblige ! Une nef des mères forcées, moderne et terrible, vue par une des participantes. Et dire que certains – ici, en Europe, au vingt et unième siècle, voudraient y revenir. Des malades, ces gens-là … Quand les prêtres, les évêques, les archevêques, etc... accoucheront, ils pourront émettre un avis sur la question… En attendant, qu'ils mangent leur dieu et laissent le monde en paix.


Et pourquoi n'as-tu pas cité le Pape dans cette énumération ecclésiastique ?


Par hommage à la Papesse Jeanne qui accoucha lors du défilé de la Fête-Dieu… Évidemment, le bon peuple de Dieu s'empressa de la massacrer et de massacrer aussi l'enfant. En fait, remarque Lucien l'âne mon ami que le vrai scandale n'était pas que la papesse accouche, mais le vrai scandale était que cet événement révélait soudain que le pape était une femme… Au passage, on notera que la Marie était aussi une femme… Quant au père de l'enfant de Marie … On ne sait trop. C'est un mystère.


Pauvre Jeanne ! Chez ces gens-là, Monsieur, on ne pardonne pas, Monsieur, on tue, aurait dit le grand Jacques. Quant au tourisme sanitaire, il risque bien de reprendre cours dans les temps qui viennent… Du moins, dans certains coins de l'Europe… L'Infâme et ses partisans relèvent la tête, redonnent de la voix, envahissent à nouveau les rues, ils remuent… Ils s'en prennent à l'humaine nation. Raison pour laquelle nous ne pouvons cesser de tisser le suaire de ce vieux monde réactionnaire, cagot, pompier, rétrograde et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Glissant sous les ponts d’Amsterdam
Sur un bateau-mouche hollandaise
Nous les éclopées de la baise
Nous les mamzelles, nous les madames,
Les maladroites et les niaises
Les distraitresses abusées
On a fait — ne vous en déplaise —
La croisière des nanavortées.

C’est pas romantique
Le vaporetto
Après la clinique
Amsterdam-sur-eau
Tulipe et vélo
Je m’en souviendrai…

En voyant passer les vélos
On a parlé de la pilule
De nos amours au fil de l’eau
De nos enfants de nos ovules
On a ri, on a dégoisé
Sans avoir peur du ridicule
Sur un bateau trop pavoisé
Baladant des nanavortées.

Quarante ans ou seize
C’est le même lot
Le même malaise…
Amsterdam-sur-eau
Tulipe et vélo
Je m’en souviendrai…

Le long des canaux d’Amsterdam
Au son du trilingue blabla
D’une guidesse à cheveux plats
Nous les mamzelles, nous les madames
Celles qui voulaient se libérer
Et celles qui n’en parlaient pas
On a fait en riant ou pas
La croisière des pauvres nanas.

Ces florins qu’on claque
C’est pas rigolo
Quand on est patraque
Mais c’est moins gros cœur
Quand on est plusieurs
On a moins le trac.

On n’est pas unique
C’est moins trémolo
C’est plus sympathique
Amsterdam -sur-eau
Tulipe et vélo
Je m’en souviendrai…


jeudi 13 novembre 2014

PRIÈRE POUR LES PRISONNIERS

PRIÈRE POUR LES PRISONNIERS



Version française - PRIÈRE POUR LES PRISONNIERS – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande - Gebet für die GefangenenKurt Tucholsky – 1924




Spartakiste arrêté - 1919







Texte de Kurt Tucholsky, publié - sous le pseudonyme de Theobald Tiger - dans Die Weltbühne, 23 décembre 1924. Ensuite inséré dans « Deutschland, Deutschland über alles » (1929), un « journal de lutte réalisé avec des photographies de tendance » écrits de Tucholsky et appareil iconographique (photographies et montages photographiques) d'Helmut Herzfeld, en art John Heartfield
Musique de Hanns Eisler.
Interprétée
par Ernst Busch, mais aussi par d'autres artistes sur sa musique, comme Peter Janssens et Leon Boden avec Bernd Klinzmann.

Après la répression de la révolution sparta
kiste de 1919, les prisons de la République de Weimar (nouveau-né de l'alliance entre l'armée impériale et la social-démocratie) se remplirent de communistes, si bien que ensuite en 1933, les S.A. de Hitler finirent seulement l'efficace travail commencé à cette occasion par les « Freikorps » de la République, les assassinats de presque tous les dirigeants du « Novemberrevolution », de Rosa Luxemburg à Kurt Eisner, de Karl Liebknecht à Leo Jogiches, de Gustav Landauer à Eugen Levine, et de centaines de militants…





Seigneur Dieu !
Si tu as par hasard le temps, entre deux cotations boursières
Et une bataille idiote au Maroc de - peut-être,
T'intéresser aux pauvres :
Écoute en Allemagne
Geindre en prison sept mille communistes ?
Kyrie eleison - !

Il y a là-dedans de pauvres gars, qui se tenaient tous
Et maintenant, sont entre les mains des juges ;
Sur eux, s'est abattu le bâton de la police,
Qui pend perpétuellement au-dessus de nous tous…
Kyrie eleison - !

Il y a là aussi des plus âgés qui avaient des convictions,
Du cœur et du courage -
Ce n'est toutefois pas au goût de ces juges,
Et pour eux, cela n'augure rien de bon
Kyrie eleison - !

Là-dedans se trouvent aussi ceux qui ont cru défendre
Une république - aux couleurs : Noir-rouge-or ! (**)
Mais Fritz Ebert (*) lui n'a pas voulu le faire.
Car il a beaucoup plus peur de ses amis
Que de ses ennemis -
Kyrie eleison - !

Seigneur Dieu ! Ils sont assis depuis des années dans de petites cellules
Et sont malades, pâles et sans femme ;
Par Monsieur l'Inspecteur Maschke, ils sont brutalisés,
Insultés, emmenés dans la cave et là en bas, tabassés…
Kyrie eleison - !

Certains ont une araignée ; c'est leur amie ;
Beaucoup sont cassés, tous sont désespérés et rongés de mélancolie.
Un jour, Grand Dieu, là-bas dure cent décennies !
Kyrie…

Sans doute es-tu bienveillant,
Et consultes-tu parfois le Nouveau Testament ?
Chez nous, les pasteurs lisent ça, mais le dimanche seulement ;
En semaine, seuls comptent le code pénal
Et le Président du tribunal régional.
…. eleison - !

Tu dois savoir, Bon Dieu, pourquoi ces sept mille
Se trouvent dans les prisons allemandes...
Moi, je le sais. Mais moi, je ne le dis pas. Tu peux bien l'imaginer par toi-même.
Amen. 



(*) Fritz Ebert (1894-1979), social-démocrate, il survécut aux camps de concentration nazis et à la guerre et ensuite, il devînt un haut dirigeant de l'Allemagne communiste.
(**) Schwarz-Rot-Gold, noir-rouge-or, les couleurs de l'Allemagne mais surtout, à l'époque, était ainsi appelé le « Reichsbanner Schwarz-Rot-Gold », la puissante organisation paramilitaire du parti social-démocrate (tellement puissante qu'en 1933, elle se liquéfia comme neige au soleil).


mercredi 12 novembre 2014

LES PATRONS ÉPOUVANTAILS

LES PATRONS ÉPOUVANTAILS

Version française – LES PATRONS ÉPOUVANTAILS – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne - Padroni ci volete spaventare - Franco Rusnati – 1979
Écrite et interprétée par Franco Rusnati
(Sull'aria di "E quei briganti neri")
Accompagné par Ezio CupponeEt d'un groupe d'ouvriers de la Breda Fucine



En 1979, l'ouvrier de l'industrie métallique Franco Rusnati est délégué syndical FIOM de la Breda Sidérurgica de Sesto San Giovanni ; et 1979 c'est l'année du contrat (convention collective) ouvrier de l'industrie métallique et des élections politiques qui, après le cas Moro, marquèrent une virtuelle défaite de PCI de saint Enrico Berlinguer. Du site resistenze.org, qui avec les frères et camarades du Deposito – Canti di Lotta (Dépôt – Chants de Lutte) publie le texte de cette chanson, nous lisons : « Comme on sait, pendant les élections en Italie la 'lutte des classes' est mise officiellement « au frigo ». Les contrats (conventions collectives) sont congelés et la lutte de classes fait place à la confrontation pacifique à travers le décompte des bulletins de vote. Les résultats obtenus par la lutte syndicale sont au dessous des demandes avancées dans les plate-formes et les syndicats cherchent à mettre à dos des ouvriers de Fiat la faute des maigres résultats atteints dans les négociations. Comme il se passe toujours dans ces cas, dans les assemblées d'usine, le débat est animé. Les bilans et les jugements sur les responsabilités s'opposent. La lutte forme les fronts et détermine les alliances. Le PCI et les partis parlementaires font bloc à l'appui des thèses de CGIL-CISL-UIL (front syndical). Les groupes extraparlementaires présents dans l'usine, avec toutefois des tons différents, font des choix semblables à ceux des syndicats. Comment les ouvriers ont-ils pu approuver un contrat qui ne répond pas à leurs exigences ? Commentse sont exprimés les divers secteurs de travailleurs ? Sur ceci, éclairent les tracts qui suivent. Entre temps, les partis font le bilan des résultats électoraux et naturellement personne n'a perdu ! Par contre les travailleurs, au retour des congés, découvrent des augmentations généralisées des prix. »


Comme « il n'y a pas de luttes sans chansons », pendant les grèves de cet année à Sesto San Giovanni, le Syndicat Unitaire Ouvriers de l'industrie mécanique décide de presser un disque, un autoproduit, contenant deux chansons syndicales du délégué ouvrier Gianfranco Rusnati, pour tous Franco, de Bussero. Le disque s'appelle, simplement, « Ouvriers de la Breda de Sesto » et y participe, en accompagnant à la guitare, Ezio Cuppone. Dans un site qui contient Sesto San Giovanni de Gang, il est juste d'accueillir deux chansons qui proviennent authentiquement des ouvriers de Sesto, sans médiation d'art. [RV]



Patrons, vous voulez nous effrayer
Créant les crises pour ne rien céder ;
Mais c'est une vieille histoire, plus personne ne la croit,
Vous êtes la ruine de tous les pays.
Mais c'est une vieille histoire, plus personne ne vous croit,
Vous êtes la ruine de tous les pays.

Désormais même parmi on a mûri
Nous avons formé un seul syndicat uni;
C'est une lutte de classes contre les exploiteurs
Les travailleurs vont unis
C'est une lutte de classes contre les exploiteurs
Les travailleurs vont unis

Les mensonges que vous avez racontés
Sont des produits qui n'ont plus de marché ;
Nous sommes des travailleurs de forge et de fonderie
Vous, vous ruinez l'économie.
Nous sommes des travailleurs de forge et de fonderie
Vous, vous ruinez l'économie.

Banderoles et affiches préparées
Cloches et sonnailles bien accordées;
Nous sommes tous sur un rang nous vous ferons devenir fous
Nous, nous résisterons une minute en plus que vous.
Nous sommes tous sur un rang nous vous ferons devenir fous
Nous, nous résisterons une minute en plus que vous

C'est maintenant que commence la bataille
Pour extirper toute cette patronaille ;
Nous, nous ne voulons pas de guerre, ni croix ni honneurs
Les travailleurs veulent juste ce qui est juste
Nous, nous ne voulons pas de guerre, ni croix ni honneurs
Les travailleurs veulent juste ce qui est juste

Nous, nous ne voulons pas de guerre, ni croix ni honneurs

Les travailleurs veulent juste ce qui est juste