dimanche 15 juin 2014

Le Kangourou Autrichien

Le Kangourou Autrichien

Chanson française - Le Kangourou Autrichien – Marco Valdo M.I. – 2014



Lucien l'âne mon ami, quand les Chansons contre la Guerre feront un bestiaire, reprenant les chansons où figurent des animaux, on t'y trouvera sûrement...


Voilà une idée excellente. On y trouvera certainement aussi des chats, les cochons, l'éléphant, le crocodile, le chameau, le dromadaire, le loup, l'agneau, des oiseaux, la colombe et l'aigle, des poissons, que sais-je...


Et, vois donc comme vont les choses, Lucien l'âne mon ami, je vais y ajouter le Kangourou et pas n'importe quel kangourou, le kangourou autrichien... Sans doute, l'espèce la plus dangereuse des kangourous.


Je me demande bien où tu as été pêcher pareil animal ?


Et bien, tout comme le hornbostel, autre rongeur mythique, il est issu de la fantasmagorie d'Alexandre Vialatte et dans ce cas précis, de sa chronique du 6 octobre 1968 dans le journal La Montagne, publié comme tu le sais, à Clermont-Ferrand, au cœur de l'Auvergne. Chronique intitulée : « Les kangourous sont arrivés ». Ce kangourou autrichien est né à Braunau am Inn en 1889. Il a fallu attendre Vialatte pour en identifier l'espèce et la classifier dans les marsupiaux. On avait longtemps cru que ce spécimen relevait de la classe des primates. Le kangourou autrichien a ceci de commun avec le lemming qu'il entraîne à de grands suicides collectifs. Germanique en diable, il perpétue dans le réel la légende du joueur de flûte d'Hamelin. C'est, dit Vialatte, un kangourou inexplicable.


Je t'écoute, je t'écoute et il me semble bien que ton kangourou inexplicable et semble-t-il effroyable, serait connu également sous le nom d'Adolf Hitler...


En effet, en effet, et c'est bien pour cela que je le propose au bestiaire des Chansons contre la Guerre, tout en spécifiant bien que les quarante millions de kangourous antipodes n'ont aucun lien avec la branche autrichienne et adoptent de façon constante un comportement nettement moins belliforme.


Je l'espère... Sinon, foi d'âne, je ne leur causerai plus. Ceci quand même montre l'importance de la zoologie et des zoologues, des taxonomistes et des naturalistes. Mais trêve de vaticinations scientifiques, retournons à notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde biologique, inconscient, effroyable et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.




C'est l'Hitler, un kangourou autrichien
Prophète de la virilité du peuple allemand


Le kangourou date de la plus haute Antiquité
Il est scientifiquement composé
D'une tête, d'un tronc, de jambes et de bras
Il naît dans une poche ici, il grandit dans celle-là
Le vrai kangourou est un rongeur
Un incorrigible songeur
Né dans le désert, il vit sur le sable
Il y croît et se multiplie
Son destin est impitoyable
On le chasse, on le pille
On le traque par tous les temps
Sans doute, par désœuvrement

Baldur von Schirach dans ses souvenirs épiques
Décrit un kangourou germanique
Plus étrange qu'un insecte australien
C'est l'Hitler, un kangourou autrichien
Prophète de la virilité du peuple allemand
Et de la loi des plus forts
Ce Gynécophobe impénitent
Ne pratique aucun sport
Cet Aryanophile convaincu
Descend tout droit de Néron et du Père Ubu
Il ne mange pas de viande, se lève tôt
Et se bourre de gâteaux

Cet original général
Sans jamais monter à cheval
Consulte les astrologues
Hurle à pleine voix
D'hystériques apologues
Dans les micros des radios d' État
Ogre des pâtisseries
Friand de viennoiseries
Ce kangourou est inexplicable
Quand il paraît sur les boulevards
Quand il se mêle de faire l'Histoire
Ce kangourou est effroyable


samedi 14 juin 2014

Interview

Interview
Canzone française – Interview – Marco Valdo M.I. – 2014

Le Livre Blanc 5

Opéra-récit contemporain en multiples épisodes, tiré du roman de Pavel KOHOUT « WEISSBUCH » publié en langue allemande – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1970 et particulièrement de l'édition française de « L'HOMME QUI MARCHAIT AU PLAFOND », traduction de Dagmar et Georges Daillant, publiée chez Juillard à Paris en 1972.



Q : Professeur, votre âge, dites-moi ?
R : Trente-trois ans.
Q : Quelle coïncidence et vous êtes né où, dites-moi ?
R : Ici. Dans la ville de K.





Lucien l'âne mon ami, tu as suivi l'histoire d'Adam jusqu'ici ; il ne me faut donc pas la raconter... Et si tu as des trous dans ta mémoire – ce qui arrive aux meilleurs, tu peux toujours retourner aux canzones précédentes, à savoir : Le Grand Bond au Plafond - La Déposition - Secret, secret - La Lettre de l'Oncle Hopner. Cette fois, il s'agit d'une canzone d'un type particulier ; il n'y en a pas beaucoup, si toutefois, il y en a d'autres que celle-ci. Donc, c'est un jeu de questions et réponses...


Je ne sais pas non plus s'il y en a d'autres, Marco Valdo M.I. mon ami, mais ce qui est sûr c'est qu'elle met en chanson une des habitudes les plus répandues des moyens de diffusion de nos temps. Maintenant, on vous interviewe pour tout, pour rien ; à tout propos, à tout moment. C'est une étrange mode. C'est un des sommets de la vacuité. Mais, dis-moi Marco Valdo M.I., c'est vraiment une interview la canzone ?


À proprement parler, oui. Elle en a toutes les caractéristiques : il y a celui qui pose les questions, il y a celui qui répond. Elle est pleine d'inanité et surtout, les phrases sont courtes...


Ah ! Les phrases courtes, il n'y a rien de meilleur. Comme ils disent maintenant, c'est un must. Avec les phrases courtes, on ne perd pas le fil... D'ailleurs, il n'y en a pas. C'est le meilleur moyen de ne laisser aucune place à l'imagination. Évidemment, ça évite de penser et de devoir penser.


En réalité, c'est le but. Tu verras, Lucien l'âne, qu'avec cette interview, tu n'apprendras rien que tu ne saches déjà. C'est une bouillie répétitive ; une pratique de pipelette, du rabâchage. Un modèle du genre. Son titre lui convient très bien, dès lors. Au début, je me demandais pourquoi elle portait un titre si lapidaire, si synthétique, si net, si dépouillé. En fait, c'est une sorte d'épure, c'est une incarnation du genre. Elle convient très bien au monde du Livre blanc, qui par ailleurs est le nôtre.

Je me demande, dit Lucien l'âne en mettant ses oreilles en état de perplexité, c'est-à-dire en forme de points d'interrogation, je me demande si cette manie de l'interview ne relève pas de cette manie du questionnement , de ce penchant inquisitorial qui pourrit le monde...


En effet, Lucien l'âne mon ami, tu dois toucher là à certaine tendance contemporaine, fort déplaisante d'ailleurs...


Avant de conclure, laisse-moi te dire une chose, Marco Valdo M.I., mon ami. La chanson-interview, c'est bon pour une fois. Et reprenons, si tu veux bien, notre tâche obstinée et tissons le linceul de ce vieux monde rabâcheur, intervieweur, inquisiteur et décidément, cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Q : Professeur, votre âge, dites-moi ?
R : Trente-trois ans.
Q : Quelle coïncidence et vous êtes né où, dites-moi ?
R : Ici. Dans la ville de K.
Q : Dites-moi, Professeur, vous enseignez quoi ?
R : Le dessin et la gym à des jeunes gens.
Q : Où çà ? Dites-moi ? 
R : À l'école supérieure de la ville de K. 
Q : C'est un établissement important.
R : Oui, il y a beaucoup d'étudiants.
Q : Et vous y êtes depuis longtemps ?
R : Il y a déjà quelques ans.
Q : Vous marchez au plafond, je crois...
R : Ça m'est arrivé. Oui.
Q : Plusieurs fois ?
R : Plus d'une fois, oui.
Q : Au plafond, vous ne faites que marcher ?
R : Non, non, je me couche et je m'assieds aussi.
Q : C'est un miracle, vous pensez ?
R : Pas du tout. C'est juste une question de volonté.
Q : Alors, moi aussi, je pourrais faire ça ?
R : Certainement. Avec beaucoup de volonté.
Q : Une petite démonstration rien que pour moi ?
R : Pourquoi pas ? Écartez-vous de là !
Q : Vous êtes à cinq mètres du sol, professeur...
R : Les pieds en l'air, la tête en bas
Q : Et le record du monde de saut en hauteur ?
R : Battu, archi-battu et je ferai mieux la prochaine fois
Q : Mais c'est la fin du sport, professeur
R : Je n'avais jamais pensé à ça.
Q : La fin du sport, professeur, la fin du sport, la fin du sport
R : La fin du sport, savez-vous pourquoi ?
Q : Je n'en sais rien, mais professeur, dites-le-moi :
R : Comme la loi, battu une fois, un record... n'est plus un record.



jeudi 12 juin 2014

HYMNE INDIVIDUALISTE

HYMNE INDIVIDUALISTE

Version française – HYMNE INDIVIDUALISTE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne - Inno individualista – anonimo – vers 1900



Vittorio Pini
Anarchiste





« Je vous envoie ce chant anarchiste du début du 20ième siècle ; décidez s'il convient de l'insérer. Ravachol (pseudonyme de François Koenigstein) [[36944]] et [[37588]], fut un anarchiste français né en 1859 et mort guillotiné en 1892 sous l'accusation d'homicide. » [Renato Stecca],

D'auteur anonyme, de date incertaine. Il en existe deux versions avec un texte varié et des musiques différents. Dans une précédente version au lieu de Gaetano Bresci, il est question de Vittorio Pini, [http://www.umanitanova.org/n-5-anno-91/achille-vittorio-pini] anarchiste expropriateur milanais mort à Cayenne. (Pour info : la Cajenna est le nom donné à deux prisons sardes : l'Asinara et San Sebastiano à Sassari ; la Sardaigne était appelée de ce fait « la Cajenna d'Italia »); le texte se trouve dans l'opuscule "Il bosco degli alberi"(« le bois des arbres »), histoire d'Italie de l'unité à aujourd'hui à travers le jugement des classes populaires, par Gianni Bosio et Francot Coggiola (2LP des Dischi del Sole), Nuovo Canzoniere Milanais, 1972.
« Garrote », alias le garrot était une machine en service en Espagne qui étranglait lentement le condamné ; Montjuich est la prison de Barcelone où en 1909 fut fusillé le pédagogue anarchiste Francisco Ferrer, fondateur de l'École Moderne.

Silva - 23/5/2013 - 18:05


Avant de mourir dans la boue de la vie,
Nous imiterons Bresci et Ravachol ;
Qui te tend la main, ô bourgeoisie,
Est un homme indigne de regarder le sol.

Les machines grondantes déchirent les pauvres
Et pâles et pleurant vont les épouses, toujours
Les champs restent incultes, les mineurs sous terre
Et les ouvriers abattus par homicide, toujours.

Et à qui ne succombe pas, s'ouvrent les tombes,
S'affile le poignard, se préparent les bombes,.
L'idéal, c'est l'action !

La France, par la guillotine
Tranche la tête qu'elle veut châtier;
La vile Espagne garrotte et assassine ;
L'Italie fusille qui ne veut trembler.

En Amérique pendus, en Afrique égorgés,
En Espagne torturés à Montjuich, toujours;
Mais la triste engeance des messieurs dorés
L'individualiste sait la frapper, toujours.

Et à qui ne succombe pas, s'ouvrent les tombes,
S'affile le poignard, se préparent les bombes,.
L'idéal, c'est l'action !

Tant que nous restons un troupeau, il est juste que
Pour décréter des lois, domine une clique
Tant que ne brillera pas le soleil de l'anarchie;
Nous verrons toujours massacrer le peuple.

Sbires, soyez horrifiés, si vous entendez
La dynamite exploser contre l'oppresseur ;
Nous les avons tous contre nous, sbires et tueurs,
Et seul contre tous nous saurons les éliminer.

Et à qui ne succombe pas, s'ouvrent les tombes,
S'affile le poignard, se préparent les bombes,.
L'idéal, c'est l'action !


La Lettre de l'Oncle Hopner

La Lettre de l'Oncle Hopner

Canzone française – La Lettre de l'Oncle Hopner – Marco Valdo M.I. – 2014

Le Livre Blanc 4

Opéra-récit contemporain en multiples épisodes, tiré du roman de Pavel KOHOUT « WEISSBUCH » publié en langue allemande – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1970 et particulièrement de l'édition française de « L'HOMME QUI MARCHAIT AU PLAFOND », traduction de Dagmar et Georges Daillant, publiée chez Juillard à Paris en 1972.



Notre Maître Jan Hus contre la papauté
Avait raison et croyait bien faire
Regarde comme il a fini ce révolutionnaire
Condamné et tout cuit sur un bûcher






Il faut se ressouvenir, Lucien l'âne mon ami, qu'il s'agit ici d'histoires, de raconter des histoires et que les histoires, toujours, s'insèrent dans l’Histoire.


Quelle histoire ! Que me contes-tu là ? Et de quelle histoire finalement me parles-tu ? C'est à n'y rien comprendre. On était – il y a quelques années, j'en conviens – dans une école du côté de Prague, il y avait un professeur qui marchait au plafond et des autorités en panique qui tentaient d'étouffer l'affaire et d'autres qui voulaient, au contraire, en faire toute une histoire... Et soudain, nous voici cinq cents ans en arrière en compagnie d'un hérétique de grande envergure, un homme que j'ai promené au travers des montagnes de Bohême. Un type bien, d'ailleurs, qui savait parler et qui avait un grand sens de la justice. C'est simple, il voulait instaurer un monde de justice, d'égalité, un monde sans richesses, un monde où tous auraient une vie décente et agréable... J'allais de mon petit pas sur mes sabots d'Hellène le menant vers Constance où par traîtrise, ils l'ont enchaîné, torturé, brûlé à petit feu et pour finir, assassiné. Il avait à peine quarante-cinq ans.


En effet, Lucien l'âne mon ami, tu as parfaitement reconnu Jean Huss. Et c'était bien là qu'il était question d'Histoire. Jean Huss, c'est en quelque sorte un homme qui s'est mis à marcher au plafond, lui aussi. Il l'a fait de Prague au moment où Prague était un des hauts lieux de la connaissance et de l'intelligence de l'Europe. En tuant Huss, on anéantissait pour longtemps ce foyer d'ébullition intellectuelle, on donnait un fondement à la Tchécoslovaquie, on déclenchait une guerre terrible qui allait durer des dizaines et des dizaines d'années et ravager des régions entières à coups de croisades contre les Hussites, Taborites... comme on l'avait fait auparavant contre les cathares, les Albigeois, les Vaudois. Sans compter, s’agissant d'Adam, les Adamites eux-mêmes. Mais, laisse-moi te rappeler Lucien l'âne mon ami, le voyage que tu fis deux cents ans avant l'aventure de Jean Huss, quand tu avais porté Pierre Valdo, fondateur de la fraternité des pauvres, de la vallée du Rhône jusqu'en Bohème... Il y a continuité et c'est ça l'Histoire des histoires ; ce fil qui court au travers des temps ; son autre nom est la Guerre de Cent Mille Ans qui, comme tu le sais, est cette guerre qui n'ose pas dire son nom, cette guerre sournoise que les riches mènent sans discontinuer contre les pauvres, que les puissants font aux faibles afin de maintenir leur pouvoir, d'assurer leur domination, d'imposer encore et toujours l'exploitation, de multiplier les profits, d'empêcher toute égalité de sort...


Oui, je vois bien que c'est ce à quoi ce paysan tchèque qu'est l'oncle Hopner fait allusion et l'avertissement qu'il lance quant aux terribles représailles qui attendent celui qui transgresse la loi ou la foi (ce qui est la même chose ; en italien : la stessa cosa – on me comprendra ) et sa prudente disposition face aux réactions de la réaction. Ainsi donc, c'est une histoire qui prend place dans l’Histoire et elle y insère le Livre Blanc tout entier. C'est une clé pour comprendre le reste des aventures d'Adam. Mais poursuivons notre chemin, reprenons notre œuvre et tissons le linceul de ce vieux monde inquisitorial, réactionnaire, conformiste en diable et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Une loi transgressée une fois
Cesse d'être une loi
L'oncle Hopner a écrit
Ma chère sœur, tu me dis
Qu'Adam, mon neveu, marche au plafond
Moi, j'ai pas de conseil à donner à ton garçon.

Avec ma femme, j'ai vu à la télé
Quand on a marché sur la lune et depuis
Moi, je dis, ça devait arriver
Mais faut être prudent aussi, moi je dis.
Une loi transgressée une fois
Cesse d'être une loi.

Notre Maître Jan Hus contre la papauté
Avait raison et croyait bien faire
Regarde comme il a fini ce révolutionnaire
Condamné et tout cuit sur un bûcher
Une foi transgressée une fois
Cesse d'être une foi.

Moi je dis, Adam, mon neveu, doit se méfier
Il y a toujours des jaloux, faut pas l'oublier
Moi je dis, il ferait mieux de tout oublier
Adam, mon neveu et puis aussi de se marier.
Une loi transgressée une fois
Cesse d'être une loi.



mercredi 11 juin 2014

LAMENTATION D'UNE MÈRE

LAMENTATION D'UNE MÈRE

Version française - LAMENTATION D'UNE MÈRE – Marco Valdo M.I. – 2014
d'après la version italienne – LAMENTO DI UNA MADRE – Salvatore Quasimodo – 1954
d'une chanson sicilienne - LAMENTU D’UNA MATRI – Ignazio Buttitta - 1947-53





Prends mon souffle,
Le dernier qui me reste,





I


J'entendis en ce premier
Mai, la musique
Résonner dans le quartier,
Et je dis à mon homme,
Qui dormait encore
En le secouant fort :
« Debout lève-toi, Turi
On entend la musique dehors,
Est venu Li Causi ! » (*)
Et à mon fils je dis:
« Aujourd'hui ton béret
Tout neuf, tu le mets,
Pour que ce premier mai
Nous donne l'espoir et la paix ».


II


J'ouvris la porte,
Le soleil entra
Et tout de rouge
La maison se combla.

Je mets à mon homme
Une fleur à la boutonnière ;
Je l'embrasse, je le serre :
Je le respecte et je l'aime.

Au fils et au papa,
Je joins les mains :
« Li Causi parle là-bas ,
Courez sur le terrain ».

Mon fils met aussitôt
Son nouveau béret
On crie « Hourra Barbato ! »
Sur la route, là plus haut.
Mon cœur, il m'a semblé
Fuyait d'un côté ;
Je levais les bras bien haut :
« Hourra Barbato ! »


III


Puis, j'entendis tirer,
Tirer au bout du chemin;
Je ne vis plus rien,
Je me mis à crier.

Sur ma porte :
« Voisins ! Voisines !
De sang innocent,
On fait des torrents ! »

Je fonce à toute allure
Franchissant fossés et pierres
Les épines me déchirent
Jusqu'à la chair.

Je tombe à la renverse,
Courbée sur le terrain,
Mes dents et mes mains
Agrippent la terre.

Et je monte encore,
Le coeur au bord de l'explosion,
Au milieu des voix des mères
De la fumée et des lamentations.

Et là, à la seconde
Je vis mon fils tué
Et le monde
S'écrouler.


IV


Mon fils ! Mon aimé !
Pourquoi t'ont-ils tué,
Quel mal as-tu fait,
Ainsi je lui disais :
Tu étais un ange éternel,
Une colombe de sucre et de miel.

Mon fils ! Mon aimé !
Tu as tant de sang sur le visage !
Laisse-moi le laver
De mes larmes ;
Prends mon souffle,
Le dernier qui me reste,
Ouvre tes yeux, je t'en supplie :
Que je les voie luire
Au moins une fois encore !

Mon fils ! Mon aimé !
Je ne peux plus t'appeler
Pour t'éveiller le matin,
Et te préparer l'huile et le pain.

Mon fils ! Mon aimé !
Jamais, je ne te laisserai,
Si tu te mets en chemin
Je ferai la route avec toi ;
Où tu dormiras
Moi, je serai ton oreiller,
Mes bras seront ta couche ;
Et où tu iras
Je te suivrai ;
Qu'il y ait feu ou flammes
Je m'y jetterai,
Je ferai miennes tes épines ,
Et quand ton pleur débondera
Mon cœur le boira.

Ô mon enfant d'amour,
Ton béret neuf fera usage,
Maintenant et toujours
Tout au long de ton long voyage.


vendredi 6 juin 2014

EN PRISON QUI DEMANDE PAIN ET TRAVAIL

EN PRISON QUI DEMANDE PAIN ET TRAVAIL

Version française – EN PRISON QUI DEMANDE PAIN ET TRAVAIL – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson lucanienne (Italien) – ‘N galera chi pane e lavoro – Rocco Scotellaro – 1951
Dans la section “Canti popolari” du recueil “Tutte le poesie (1940-1953)”, Milano, Oscar Mondadori, 2004.
Texte tiré de Rabatana, bagatelle e cammei tricaricesi.

Rocco Scotellaro






Juste un rappel, dit Lucien l'âne : 

"Noi, non siami cristiani, siamo somari...", disaient les paysans de Lucanie tout comme leurs frères du monde entier.


Exactement, dit Marco Valdo M.I. et nous aussi... Et ce pendant, en effet, nous, on ne lui a rien fait à ce Christ et de plus, on n'a pas l'intention de lui faire quoi que ce soit à ce gars-là.


Surtout qu'il est mort depuis si longtemps... Alors tissons le suaire de ce monde prosélytique, chrétien, apostolique et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Que lui avons-nous fait à votre Christ
Qui veut nous tuer,
Qui veut nous brûler ?
Nous ne lui avons fait rien à votre Christ :
On ne doit tuer personne,
On ne doit brûler personne !