mercredi 1 mars 2023

SUR L’ELBE : PLUS DE NAPOLÉON

 



SUR L’ELBE : PLUS DE NAPOLÉON


Version française — SUR L’ELBE : PLUS DE NAPOLÉON — Marco Valdo M.I. — 2023

Chanson italienne (Elboise) — All'Elba non c’è più NapoleoneAlberto Carletti — 1955 ça.

Chanson composée par Alberto Carletti







NAPOLÉON SUR L’ELBE



Elles ne sont pas nombreuses, malheureusement, les informations que j’ai pu repérer sur Alberto Carletti, un chansonnier de Rio Marina qui est également l’auteur de « Elba terra nostra » — ELBE NOTRE TERRE (écrite en 1945), la chanson qui est quelque peu reconnue comme « l’hymne d’Elbe ». D’après ce qu’on trouve sur le net, Alberto Carletti est décédé en mai 2008 à Livourne ; son frère Carlo Carletti (connu sous le nom de Carlo D’Ego), également poète et animateur culturel de Rio Marina (et du Cavo), est décédé quelques années plus tard. Les chansons d’Alberto Carletti, c’est-à-dire celle présentée ici et « Elba terra nostra » mentionné ci-dessus, ont été interprétées et enregistrées par Giorgio Onorato, chanteur et interprète de folklore romain, sur un disque GEVOX 45 tours (d’une année que je n’ai pas pu identifier, mais certainement entre les années 1950 et 1960), avec une orchestration du maestro Roberto Pregadio, célèbre pour sa direction dans le programme de radio et de télévision « La Corrida » de Corrado Mantoni. Voici (ci-après) quelques-unes de mes considérations et impressions personnelles.



En tant qu’Elbois de naissance, je me suis fait, par la force des choses, un « cal » de Napoléon. Il fut une période, en effet (et c’est sans compter le bicentenaire de la venue de Napoléon à l’île d’Elbe, tombé en 2014), où pour le moins un nombre de personnes au moins venaient à l’île d’Elbe pour entendre parler du « Grand Corse », de ces peu de mois où il en était le souverain, de son fatal destin, des cent jours, et ainsi de suite. Il semble que la première victime de la bataille de Waterloo ait été une cuisinière d’Elbe, Maria Santelli, que Napoléon avait emmenée avec lui pour ses talents et qui a été touchée par la première balle tirée le 18 juin 1815. Lorsque le tourisme de masse est arrivé à l’île d’Elbe, que Napoléon y soit présent ou non, le “napoléonisme” a pris le dessus en peu de temps ; pour le meilleur ou pour le pire, l’île d’Elbe est entrée dans les livres d’histoire pour ces quelques mois, et le reste de son histoire millénaire n’intéresse malheureusement pas grand monde. Ce fut toute une floraison de Napoléons : de l’eau minérale (et des boissons gazeuses) « Fonte Napoleone » — Source Napoléon (qui existe encore aujourd’hui) aux sardines en boîte “Napoleon”, de l’agence de voyage “Napoleonelba” à je ne sais combien d’autres organisations et entreprises décorées du “N”. J’ai toujours pensé que, tout bien considéré, Napoléon Bonaparte aurait mieux fait de rester là, sur l’île d’Elbe. Qui sait ce qu’il serait devenu, mais il aurait certainement évité de finir ses jours sur une autre petite île, beaucoup plus petite et plus éloignée qu’Elbe.


Les Elbois, du moins tels qu’il m’a toujours été donné de comprendre, sont un peu attachés à Napoléon et un peu las de lui. Il est certain qu’ils s’en sont servi spécialement, surtout quand, après la guerre, les usines de Portoferraio ont été détruites par les bombardements (et fermées pour toujours), et que l’industrie du tourisme commençait. Quelque touriste française, sans doute, aura été attirée par ce Scoglio (Rocher) en face de la Corse pour des motifs historiques, sans parler du fait que l’île d’Elbe a conservé des liens historiques avec la France, dont elle a fait partie pendant un certain temps. Mais je dois dire que peu d’Elbois pensent exactement comme moi : après tout, le « grand Corse » était en réalité un grand couillon, lui et ses destinées impériales. Comme disait aussi Tonton Georges : Pauvres rois, pharaons, pauvre Napoléon…


« Pauvres rois, pharaons ! Pauvre Napoléon !

Pauvres grands disparus gisant au Panthéon !

Pauvres cendres de conséquence !

Vous envierez un peu l’éternel estivant,

Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant,

Qui passe sa mort en vacances… »

(Brassens — Supplique pour être enterré sur la plage de Sète)


et ce n’est pas un hasard si ma supplique serait d’être enterré sur la plage de Galenzana. Mais nous autres, nous ne sommes pas des empereurs ; lui, qui l’était de l’île d’Elbe et pouvait jouir des amours de Walewska à la Madonna del Monte, choisit au contraire d’aller prendre une bonne raclée dans la boue de Waterloo, un 18 juin hivernal, déjà sous l’effet de l’éruption du Tambora. Bonne Sainte-Hélène, cher Napoléon ! Moi, au contraire, je retourne à l’Elbe dans quelques jours, tiens ». Et, comme la jeune Sérénella dans la chanson, que m’importe Napoléon… ? [RV]





À l’Elbe, un matin arriva Sérénella.

Elle pensait y trouver Napoléon,

Mais surprise et grande déception,

Le Corse n’était plus là…

Triste et déçue, elle allait s’en aller,

Quand elle vit la mer et les montagnes illuminées,

Le soleil magnifique et les plages dorées.

Alors elle décida de rester.

S’il n’y a plus Napoléon sur l’île,

Il y a toujours ses vieux sentiers,

Dans son palais, les pensées circulent,

Qui autrefois effrayaient le monde entier.

Sur l’Elbe, il n’y a plus Napoléon,

Mais mille choses à regarder :

Les falaises, la mer et l’horizon,

Un paradis fait pour rêver.

Le cœur par la mer enchanté,

Sérénella se décide alors :

Elle ne veut plus remonter

Dans les brumes du Nord

Et dans les bras d’Elbe, elle s’endort.

La mer lui chante une chanson,

La lune lui dit encore et encore :

« Oublie Napoléon…

Oublie Napoléon ! »


J’ajoute, dit Lucien l’âne, pour les bonnes oreilles, la conclusion de Zazie :

 

« Napoléon mon cul, Napoléon ?

Il m’intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con. »


Raymond Queneau — Zazie dans le métro — https://www.youtube.com/watch?v=pVLmSXPfQzk



dimanche 26 février 2023

Les Fuites

 



Les Fuites



Chanson française — Les Fuites Marco Valdo M.I. — 2023


LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.





LA ZINOVIE



Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 6: Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; 071. Épisode : Un Conflit avec l’Étranger ; 072 : Petit Manuel de Survie ; 073. La Banalité ; 074. La Ligne de Conduite ; 075 : Les Femmes de Zinovie ; 076. La Légende ; 077 : Le Devoir sacré ; 078 : Les nouveaux Soldats ; 079 : Bruit de Fond ; 080 : Une résistible Ascension ; 081 : La Zone interdite ; 082 : Les Pommes ; 083 : La Normalité ; 084 : L’Autorisation ; 085 : L’Exclusion ; 086 : Quelle Affaire ? ; 087 : Le Vase vide ; 088. Introspection ; 089. Le Pays gris ; 090. Tout un Style ; 091. L’État unique ; 092. Le Veilleur de Nuit ; 093. Le Questionnaire ; 094. Le Roi des Rats ; 095. Si tu veux la Paix ; 096. Les Vieilles et la Guerre ; 097. L’Étoile filante ; 098. La Guerre nécessaire ; 099. Les Méditations ; 100. La Guerre des Boutons ; 101. Hurler avec les Loups ; 102. Les Cantines éternelles ; 103. L’Homme debout ; 104. Les Nouveaux Cerisiers ; 105 : La Logique du Soldat mort





Épisode 106






VILLE VUE DE NUIT



Veydemanis Egil Karlovich — 1999









Dialogue Maïeutique




Vois-tu, Lucien l’âne mon ami, les fuites dont parle la chanson n’ont que peu à voir, hors métaphore, avec les canalisations de gaz, d’huile lourde, de pétrole, d’eau ou de tout autre liquide ou gaz. Ce sont des fuites de mots, des exhalaisons d’informations, des dénonciations, des délations.


« Au club, la délation vient du dedans.

Il y a des donneurs, il y a des fuites.

Qu’est-ce qui se passe ensuite ?

Il faut toujours être prudent. »


Oui, dit Lucien l’âne, je vois de quoi il s’agit. Verba volant, les paroles s’envolent, le tout est savoir où elles se posent et suppose que c’est dans des oreilles fort curieuses.


Curieuses, en effet, répond Marco Valdo M.I., mais surtout, dangereuses. Il vaut mieux s’en méfier et s’exprimer en silence.


Voilà donc pour le titre, dit Lucien l’âne, et le reste ?


D’abord, dit Marco Valdo M.I., il faut se souvenir qu’aux Nouveaux Cerisiers, s’était rapidement créé une sorte de lieu de rassemblement de toutes sortes de gens, fortement assoiffés et férus de socialité débordante. Cette assemblée libre improvisée se réunissait au square et y faisait d’intenses libations. C’est elle qui se désigne sous le nom de club, même si c’est sans doute par dérision du fait qu’elle n’a pas du tout l’aspect cosy des réunions de gentlemen londoniens. C’est elle et ses voix qui sont au cœur de la chanson et de ce chœur confus, monte le murmure d’une résistance et la critique virulente du Guide et de son régime. La chanson nous emmène jusqu’à la fin de la séance où chaque participant, au travers de la ville sinistre et sombre, rentre chez lui :


« Tout a une fin, même le soir.

On rentre chez soi dans le noir »


Ah, dit Lucien l’âne, ce qu’il y a de bien avec ces chansons, c’est qu’elles sont comme des peintures sonores et à condition de les décrypter, elles font voir et entendre et dès lors, comprendre la vie en Zinovie.


En ce sens dit Marco Valdo M.I., ce sont des chansons zinoviennes qui correspondent assez précisément à l’ambiance de vie qu’un régime centenaire impose à ce pays et à ses habitants.


« Le Guide promet l’avenir radieux

À tous les heureux gaillards

Ralliés à son rêve d’Histoire.

Depuis un siècle et des ans,

On vit ce cauchemar dément »


Quant aux détachements de barrage, c’est une ancienne pratique militaire. La seule chose spécifique à la Zinovie, c’est qu’elles aussi un usage civil :


« Et les détachements de barrage,

Ramassis d’hommes de main,

Par-derrière, sans remords, avec courage

Asphyxient nos jours et nos lendemains. »


Une saleté ces détachements de barrage et ce genre de choses, mais je vois qu’il y a de la vengeance dans l’air :


« Avec le temps, la haine bouillonne,

La rage à la colère s’additionne,

La conscience sort de son creux,

Alors, on se retourne contre eux,

On les massacre jusqu’au dernier. »


On verra, conclut Lucien l’âne, si ce bouillonnement intérieur finit par atteindre la surface et par emporter le Guide et ses sbires. Maintenant, foin de discussions, tissons le linceul de ce vieux monde cauchemardesque, oppressant, envahissant et cacochyme.




Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Bientôt sur Terre, on sera dix milliards.

Combien seront heureux, malheureux ?

Pour l’accomplissement de ses vœux,

Le Guide promet l’avenir radieux

À tous les heureux gaillards

Ralliés à son rêve d’Histoire.

Depuis un siècle et des ans,

On vit ce cauchemar dément

Et les détachements de barrage,

Ramassis d’hommes de main,

Par-derrière, sans remords, avec courage

Asphyxient nos jours et nos lendemains.


Avec le temps, la haine bouillonne,

La rage à la colère s’additionne,

La conscience sort de son creux,

Alors, on se retourne contre eux,

On les massacre jusqu’au dernier.

Au club, on boit jusqu’au dernier denier,

On parle du temps, des gens,

Des ennuis, des événements.

On discourt, on discute,

On se contredit, on se dispute,

On distrait la monotonie,

On rabiboche la vie.


Les courtisans moquaient le Roi

Et respectaient la monarchie.

On se fout du bazar en Zinovie,

Du moquable et de tout le fatras.

Au club, des chefs, on se fout ;

On critique le Guide, les pouvoirs et l’État.

On craint leurs agents malgré tout.

On exécute les ordres sans élever la voix.

Au club, la délation vient du dedans.

Il y a des donneurs, il y a des fuites.

Qu’est-ce qui se passe ensuite ?

Il faut toujours être prudent.


Les voitures traversent en sifflant

Le quartier aux bétons étonnants.

La ville s’étale sur ses trottoirs.

Tout a une fin, même le soir.

On rentre chez soi dans le noir ;

Dans l’ombre s’éclipse un corbillard.

Où sont passés les vivants ?

Que sont les buveurs devenus

Avec qui j’ai tant bu ?

Où cuvent-ils maintenant ?

Dans la rue, plus rien, personne.

Ça bourdonne. Minuit sonne.