jeudi 1 décembre 2022

L’Exclusion

 


L’Exclusion



Chanson française — L’Exclusion Marco Valdo M.I.




LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 6: Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; 071. Épisode : Un Conflit avec l’Étranger ; 072 : Petit Manuel de Survie ; 073. La Banalité ; 074. La Ligne de Conduite ; 075 : Les Femmes de Zinovie ; 076. La Légende ; 077 : Le Devoir sacré ; 078 : Les nouveaux Soldats ; 079 : Bruit de Fond ; 080 : Une résistible Ascension ; 081 : La Zone interdite ; 082 : Les Pommes ; 083 : La Normalité ; 084 : L’Autorisation ;


Épisode 85







PIERROT ET LA LUNE


Max Ernst — 1973







Dialogue Maïeutique




Et puis, dit Marco Valdo M.I., après cette malédiction d’un monde soumis à l’obligation de l’autorisation, d’un monde à domination collective, il ne reste plus à l’être humain qu’à fuir, là-bas fuir, où les oiseaux sont ivres et où les femmes et les hommes et les enfants et les vieillards sont libres ; autrement dit, il convient d’établir une société où la vie individuelle prime, quitte à s’arranger du collectif quand il y a péril en la demeure.


Certes, répond Lucien l’âne, il ne m’a jamais paru commode de subir la loi du troupeau et mes amitiés sont toujours allées à celle ou celui qui se tenait paisible à l’écart, quitte à se fondre au moment opportun dans la masse le temps d’éviter le coup de grâce. Décidément, Tonton avait raison : « Le pluriel ne vaut rien à l’homme », ni à la femme, ni à l’âne. Mais au fait, qu’en est-il de la chanson ?


Oui, précisément, dit Marco Valdo M.I., qu’en est-il de la chanson ? On s’est égarés. Pourtant, pas vraiment, tu vas voir. Comme le titre l’indique, il s’agit d’une exclusion, mais de laquelle ? Telle est la question, comme disait l’homme d’Elseneur. D’une exclusion volontaire et ça change tout. L’homme dont on entend la voix ne veut plus user des mots de la tribu, il entend tenir sa propre harangue.Et que dit-il ? D’abord, il raille les rodomontades glorieuses du Guide et de ses tenants ; il pressent le vent qui emporte les gloires et l’illusoire avenir radieux. Bref, comme il le déclare, il n’en peut plus, il ne veut plut plus jouer le jeu du temps perdu. Il ironise et finit par s’éloigner au sein-même de la Zinovie. Il s’enfonce dans l’insignifiance.

Il se déchoit lui-même de sorte qu’à ce stade, il s’enfonce dans la nuit du veilleur qui lui est un refuge d’où projeter son impitoyable regard et décomposer le spectre qui hante la Zinovie.


Ciel, dit Lucien l’âne, voilà le spectre maintenant et que va-t-il nous apprendre ?


Oh, dit Marco Valdo M.I., sans doute en aura-t-on des échos dans la suite du voyage.


Sans doute, dit Lucien l’âne, en attendant, tissons le linceul de ce vieux monde spectral, lunatique, lunaire, lugubre et cacochyme.


Heureusement !




Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






N’écoutez pas les voix ennemies,

Tous avec le Guide pour l’unité !

Vive la Zinovie, notre belle patrie,

Avenir radieux de l’humanité !

Le vent efface les restes de la fête,

Avec les « Gloire ! » de circonstance,

Le vent écrête mes maux de tête,

Et balaye mon intolérable souffrance.

Enfin, ils ont inauguré le machin.

La nuit passe, vient le matin,

Je n’en peux plus, je ne veux plus

Jouer le jeu du temps perdu.


Discours, discours, discours,

 Le Guide promet de beaux jours.

La Zinovie doit avoir la Lune.

Temps vermoulus, paradis perdu,

Pierrot, Pierrot, où c’est la Lune ?

Papier perdu, bois disparus.

Pâte à papier, pâte à papier,

Pourquoi gâcher tant de papier ?

Pierrot, Pierrot, où est la Lune ?

Question importune, silence !

Les yeux clos faire confiance

Ou fermer la porte et partir :

On ne peut soi-même se trahir.


Donc, je suis un exclu,

Un exclu volontaire,

Une sorte de citoyen déchu

Pour opinions singulières.

Un je ne sais quoi à sanctionner,

À mettre dehors, à enfermer.

Dehors, où ça ? À l’étranger ?

Dedans, chez les fous, l’interner ?

Comment s’en débarrasser ?

Finalement, on m’a licencié.

Sans boulot, où aller ?

À gauche, à droite, j’ai traîné.


On m’a ôté mes diplômes aussi.

Alors, je suis veilleur de nuit.

Un salaire de misère,

Tout mon temps à moi

Et une vie nocturne pépère.

Veilleur de nuit, c’est un emploi.

Avec ça, j’ai des papiers

Avec le cachet au bon endroit

Et tout le temps pour étudier

La Zinovie et son État,

Comment on prépare en haut

La venue de l’homme nouveau.



mercredi 30 novembre 2022

BARRICADES DE TOUS PAYS

 



BARRICADES DE TOUS PAYS


Version française — BARRICADES DE TOUS PAYS — Marco Valdo M.I. — 2022

Chanson italienne — Barricate in ogni paeseFrancesco Pelosi — 2022


Paroles et musique : Francesco Pelosi
Album : Cantata per Picelli




GUIDO PICELLI ET LES BARRICADES DE PARME - 1922



Francesco Pelosi est de retour, lui qui, à vrai dire, était dernièrement un dessinateur de bandes dessinées ; mais la bande dessinée, la chanson et le théâtre se confondent, ou se fondent, dans sa remarquable initiative en cette morne année 2022 qui marque, comme vous le savez, le centenaire de la prise du pouvoir par le fascisme en Italie. Tout part d’un roman graphique que Francesco Pelosi a écrit, avec des dessins de Rise, à l’occasion d’un autre centenaire : celui de la révolte des Oltretorrente, à Parme, dans les premiers jours d’août de la même année 1922. Une révolte antifasciste avant même que le fascisme ne prenne le pouvoir, dix mille chemises noires menées par Italo Balbo repoussées par les prolétaires d’Oltretorrente, Naviglio et Saffi et chassées de la cité ducale : Balbo, t’è pasè l’Atlantic, mo miga la Pèrma ! (Balbo, tu as passé l’Atlantique, mais sûrement pas Parme !)

Le roman graphique de Francesco Pelosi et Rise est intitulé : Guido Picelli, un antifascista sulle barricate (Edizioni Round Robin, Parma 2022), et se concentre sur la figure et la vie de Guido Picelli, le combattant militant et antifasciste qui a inspiré et guidé les barricades d’Oltretorrente et qui est mort, dans des circonstances d’ailleurs très obscures (sans doute assassiné par le NKVD, service secret soviétique), pendant la guerre civile espagnole, à Algora, le 5 janvier 1937. À partir de ce roman graphique, Francesco Pelosi a réalisé un album de ses chansons, la Cantata per Guido Picelli, et une pièce de théâtre, ou lecture chantée, avec Simone Baroni, qui porte le même titre que le roman graphique.

Comme ce soir, avec quinze autres personnes, je suis allé voir le spectacle (dans lequel Francesco Pelosi, en plus de ses chansons, interprète des chansons de lutte comme L’Internazionale de Fortini, Figli dell'officina et, bien sûr, ¡A las barricadas !), qui s’est déroulé dans l’étonnant décor du XVIIIe siècle de l’usine historique Richard Ginori à Sesto Fiorentino (qui abrite la bibliothèque publique Ernesto Ragionieri — voir ici sur le site de l’Institut Ernesto De Martino), j’ai immédiatement voulu mettre cette chanson sur le site.


Une chanson pour laquelle je passe immédiatement un mot dont je n’ai pas l’habitude : bouleversant. Une chanson, d’ailleurs, qui va des barricades d’il y a un siècle à celles d’aujourd’hui, ou qu’il serait nécessaire de dresser aujourd’hui dans chaque pays. Une chanson comme un pont entre l’histoire et l’actualité et qui prolonge un passé à son retour, sous des formes seulement apparemment différentes. Une chanson qui fait transmigrer les barricades d’hier, d’Oltretorrente à l’Espagne, vers les barricades d’aujourd’hui, à ériger non seulement dans des situations de lutte et de conflit ouvert, mais aussi dans toute situation humaine d’oppression : travail, dégradation urbaine, inégalité, consommation, marginalisation, exploitation. Les barricades étendues à l’environnement, aux cris de douleur des fleurs, des arbres, des animaux. Maintenant et toujours, Résistance, oui ; résistance globale ! [RV]




Avec les pierres du ruisseau, avec les pierres de la place,

Avec des armoires et des charrettes, avec des bancs d’église,

Barricades dans les maisons, barricades dans les rues,

Barricades dans chaque village !


Avec les habits de la fête, avec les haillons du travail,

Avec le paysan, avec l’ouvrier, avec la mère, avec l’enfant,

Barricades dans chaque poing, barricades dans chaque cœur,

De l’Oltretorrente au Naviglio.


Nous sommes des gens que personne ne voit, que personne n’entend,

Nous sommes des vies à peine commencées, déjà presque finies.

Nous sommes le cri qui explose au cœur de la nuit,

Nous sommes le feu, nous sommes vos peurs de ne plus rien avoir.


Avec la faim qui nous dévore, avec la soif qui nous brûle,

Avec des mains et des visages tout noirs, tout défaits,

Barricades de Syrie, barricades d’Espagne,

À Paris, à Val di Susa, à Gênes.


Des plages des migrants aux champs du caporalat,

De chaque centre commercial, entreprise, bureau,

Prison, favela, bidonville, township, ghetto.

Barricades ! Barricades ! Barricades !


Nous sommes des gens que personne ne voit, que personne n’entend,

Nous sommes des vies à peine commencées, déjà presque finies.

Nous sommes le cri qui explose au cœur de la nuit,

Nous sommes le feu, nous sommes vos peurs de ne plus rien avoir.


Du silence des glaciers tombant dans la mer

Au cri de chaque fleur, de chaque arbre, de chaque animal,

Barricades dans chaque poing, barricades dans chaque cœur,

Barricades dans chaque maison, barricades dans chaque rue,

Barricades dans tous les pays !


Nous sommes des gens que personne ne voit, que personne n’entend,

Nous sommes le feu, nous sommes vos peurs de ne plus rien avoir.

Nous sommes le feu, nous sommes vos peurs de ne plus rien avoir.