vendredi 4 novembre 2022

PARFOIS

 

 

PARFOIS

 

Version française — PARFOIS — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la version italienne QUALCHE VOLTA — Riccardo Venturi — 2013

d’une chanson grecque Καμιά φοράKaterina Gogou / Κατερίνα Γώγου — 1981

Texte : Katerina Gogou
(De son recueil Τρία Κλικ Αριστερά, 1978)
Musique : Kyriakos Sfetsas
Autre musique et interprétation : Aris Zarakàs

 


 


 


 


Je reste là, je n’ai pas bougé

Pour que vous puissiez me retrouver.


 

Au moins, à en juger par une réaction directe que j’ai vue hier soir, cette histoire de Katerina Gogou doit réussir encore à faire sursauter. Hier soir, je me trouvais au CPA de Florence, depuis quelque temps est fréquenté par des étudiants antifascistes grecs engagés dans un travail de contre-information et de sensibilisation (avec l’organisation d’expositions, de conférences, de manifestations) contre Aube dorée ; en parlant à une étudiante, Myrsini, je lui ai parlé de Katerina Gogou et précisément de ce poème. Je l’ai vue se mettre à le réciter presque en hurlant et en tenant mon bras en l’air. Myrsini a 23 ans, donc quand Katerina Gogou a écrit Καμιά φορά (Parfois), elle n’était pas encore née, et quand elle s’est suicidée, elle avait trois ans. [RV]

 

 

 

 


Parfois, lente s’ouvre la porte et vous entrez

En habit blanc et chaussures en lin.

Votre main met dans ma main

Septante-deux drachmes et vous partez.

Je reste là, je n’ai pas bougé

Pour que vous puissiez me retrouver.

Il s’est passé un long moment,

Mes ongles sont devenus grands,

À me voir, mes amis sont effrayés.

 

Je cuisine des patates, geste commun.

J’ai perdu ma fantaisie,

J’entends “Katerina”et je suis transie.

Je devrais dénoncer quelqu’un.

 

J’ai gardé des coupures de presse où

On disait que c’était vous.

Touché aux jambes, qu’ils ont dit,

Je sais, les journaux ont menti,

Je sais, ils ne tirent jamais dans les jambes.

Leur cible, c’est la tête,

Votre tête.

jeudi 3 novembre 2022

Les nouveaux Soldats

 

 

 

Les nouveaux Soldats

 

Chanson française — Les nouveaux Soldats — Marco Valdo M.I. — 2022


 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 6: Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; 071. Épisode : Un Conflit avec l’Étranger ; 072 : Petit Manuel de Survie ; 073. La Banalité ; 074. La Ligne de Conduite ; 075 : Les Femmes de Zinovie ; 076. La Légende ; 077 : Le Devoir sacré ;

 

 

 

 

Épisode 78

 

 

 

 

 

 

 

 

LE NOUVEAU SOLDAT

 

Mikael VOLODINE - 1949

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Mon cher ami Lucien l’âne, voici à nouveau un écho de Zinovie, une voix inconnue qui réfléchit au destin, à l’histoire, au présent et au passé de la Zinovie. Apparemment, il s’agit de la voix de quelqu’un qui a été, est peut-être encore soldat ou officier là-bas, engagé dans une guerre.

 

Oh, dit Lucien l’âne, ça arrive même aux militaires de devoir s’engager dans une guerre.

 

Donc Lucien l’âne mon ami, la voix du soldat raconte la guerre en trois tableaux. Le premier laisse penser que le bataillon, le régiment, l’armée entière peut-être où il est depuis quelque temps en campagne, a connu de grands revers, de grandioses pertes et n’a plus assez de soldats, au point qu’il a fallu en faire venir d’autres, faire venir de nouveaux soldats. Ce sont ceux dont parle le titre. Bien entendu, comme les soldats ne se fabriquent pas en usine, il a fallu en puiser dans les civils de Zinovie.

 

Ah !, dit Lucien l’âne, c’est ça les nouveaux soldats ; ce sont des civils qu’on reconvertit aux charmes de la guerre. Mais qui donc décide tout ça ?

 

Normalement, Lucien l’âne, c’est l’État et en Zinovie, l’État est incarné par le Guide, lequel est un animal totémique mi-civil, mi-militaire. C’est donc lui qui théoriquement décrète tout ce qui doit se faire en la matière. Cependant, ce qui se passe sur le terrain échappe à sa prise directe ; il doit déléguer. De ce fait, il voit les choses de loin, en grand, en gros et il n’en apprend les détails que par intermédiaire. C’est ainsi, il lui faut bon gré, mal gré confier la conduite des opérations à d’autres qui parfois, font des erreurs. On en trouve un bel exemple dans la chanson, dont je n’en dis pas plus, sauf que la chose est surprenante et quand même, assez extraordinaire.

 

Bien, bien, dit Lucien l’âne, je vais m’en informer tout à l’heure.

 

Ensuite, reprend Marco Valdo M.I., la voix détaille, expose la façon dont l’armée zinovienne agit à la guerre. À la suite de ce récit critique, la même voix décrit et dénonce l’énorme injustice qui préside aux existences des Zinoviens. C’est assez fumant, comme tu pourras t’en rendre compte.

 

Encore une fois, merci, Marco Valdo M.I., et sans hésiter, je vais m’y atteler. Mais quand même tissons le linceul de ce vieux monde millénaire, militaire, précaire, prompt à la guerre et cacochyme

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

On attend les nouveaux soldats,

Les autres ont fondu à l’été.

Qu’allons-nous faire, cette fois ?

On va recommencer

Sur tous les fronts à la fois

La grandiose offensive avortée.

Les troupes fraîches sont arrivées.

Maintenant, il va faire froid

On s’est emparé de la localité.

Les autres n’avaient pas fui,

C’étaient des nôtres, ces assiégés.

On s’était trompé d’ennemi.

 

Quand on attaque, c’est pas pour rire.

Dans le passé, il y a eu des carnages,

Agrémentés de juteux saccages.

Nous, on améliore la tradition, on fait pire.

La certitude de la future victoire

Vibre dans nos chants, dans nos voix.

C’est la course à la gloire.

On fonce dans les champs, dans les bois ;

On avance toujours, on ne recule pas.

On bombarde, on fait d’énormes dégâts

On détruit sans ambages, on fout le bazar,

Pour effrayer le monde, pour étonner l’Histoire.

 

Parfois, on fait des erreurs,

Ce sont des erreurs isolées.

Les anciennes horreurs

Remontent à de longues années,

On les a rectifiées.

Les gens les ont déjà oubliées.

En Zinovie, on ne laisse rien au hasard,

On élimine seulement le superflu,

On fait fuir les individus.

Quel ennui, un plus un finit,

À la fin, par dépeupler le pays

Et le pays épuisé n’en peut plus.

 

Ici, officiellement, le monde est parfait

Le Guide et les puissants se débrouillent,

Pauvres, insignifiants, les citoyens dérouillent.

Ainsi, en Zinovie, le monde est injuste tout à fait.

Les gens du commun voient bien l’injustice

Et ils ne voient pas comment l’éliminer,

Nul ne sait comment établir la justice.

Un gars, un vieil instituteur, a essayé

Pendant des années et des années,

Aux instances, il envoyait des courriers.

Contre l’iniquité, il a protesté.

À la fin, dans un camp, ils l’ont interné.

 

 

mercredi 2 novembre 2022

Le Devoir sacré

 

Le Devoir sacré

 

 

Chanson française — Le Devoir sacré — Marco Valdo M.I. — 2022

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 6: Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; 071. Épisode : Un Conflit avec l’Étranger ; 072 : Petit Manuel de Survie ; 073. La Banalité ; 074. La Ligne de Conduite ; 075 : Les Femmes de Zinovie ; 076. La Légende ;

 

Épisode 77

 

 

LE TRAIN DE KAKHÉTIE

Niko Pirosmani - Ca. 1905

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Tu peux me croire, Lucien l’âne mon ami, la grandiloquence est une pratique courante en Zinovie et sans doute, en d’autres lieux aussi. À lui seul, le titre de la chanson le démontre et ne manque pas de vous en persuader.

 

En effet, dit Lucien l’âne, c’est assez évident. Mais qui donc et pourquoi a l’idée saugrenue d’invoquer ainsi « Le Devoir sacré ». Ça relève normalement de l’hagiographie, de l’héroïsme, de l’exaltation programmée. En plus, ordinairement, ça sent la guerre, le sacrifice et la mort. C’est très solennel.

 

C’est bien ainsi, répond Marco Valdo M.I., qu’il faut habituellement le comprendre. Cependant, ici, il y a une surprise. Je m’en vais te l’exposer, mais pour cela, il faut préalablement résumer l’affaire et même comme on peut le voir, il y a une affaire dans l’affaire. Il y a donc une voix anonyme qui raconte que le locuteur s’en va en vacances, plus précisément, dans un centre de vacances, dans une maison de vacances. C’est comme ça que ça va en Zinovie : on part en vacances dans une structure collective ; il en existe de diverses catégories où l’on accède selon son rang dans la société. Celle qui nous occupe n’est pas destinée aux rangs les plus élevés ; bien au contraire. Disons qu’elle est dans la moyenne. Devant la Maison de Vacances, il y a une inscription sur un portique : « Le repos est un devoir sacré ». Je ne sais si c’est de l’humour, de la dérision ; je laisse chacun apprécier l’ironie de pareille sentence.

 

Oui, dit Lucien l’âne, je perçois cette ironie. Normalement, on se serait attendu à une formule plus conforme du genre : « La Défense de la Patrie… », « L’Obéissance au Guide… » ou encore, « Le Travail… » et d’autres déclarations du même tonneau.

 

Enfin, reprend Marco Valdo M.I., cette histoire de « devoir sacré » étant éclaircie, j’en viens au reste de la chanson qui, lui aussi, est barbouillé de sarcasmes. Pratiquement, il s’agit d’un voyage en train et passage de la ville à la campagne. Cette excursion hors de la vie routinière et sans doute, morne, terne et ennuyeuse mène notre voyageur inconnu vers une sorte de paradis. Sur le trajet, comme je l’ai dit, on trouve une affaire dans l’affaire – malheureusement, cette brève rencontre ferroviaire n’aboutira pas et tout au bout du voyage, c’est l’arrivée à la Maison de Vacances qui, on le verra, tombe un peu en ruines.

 

Comme je vois, comme je comprends, dit Lucien l’âne, il y a de la joie. Mais je t’en prie, n’en dis pas plus. Avec ce que tu m’en as dit, j’en ai l’eau à la bouche, et je préfère découvrir les choses moi-même. Et puis, il est temps, il nous faut tisser le linceul de ce vieux monde soucieux, sérieux, vertueux et cacochyme

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

La Zinovie est grande, voyez

Son territoire est immense.

Le Guide pourtant n’en a pas assez,

Il rêve d’empire et de puissance.

À ce délire, je ne veux plus penser,

Pour l’instant, je suis en vacances.

À la Maison de vacances, le slogan affiché

Enthousiasme les consciences :

« Le repos est un devoir sacré. »

Pour nous, c’est l’entrée du paradis

Avec l’avenir radieux, c’est décidé :

Le Guide l’apportera à tous les pays.

 

Le train fonce vers les champs,

Vers les bois, vers le printemps.

Au-dessus de ma tête, mon bagage

Balance en cadence : roulis, tangage.

Et la fille assise, de ses pieds,

De ses jambes suit le mouvement,

Son visage ne m’est pas indifférent.

Que dire ? Comment lui parler ?

Vous fumez ? Ici, c’est interdit !

Je vais à la maison de vacances ;

Elle sourit et dit : « Je rentre au pays. »

Pas le même endroit, malchance !

 

Nostalgie, nostalgie, mon amie,

Aujourd’hui, la cité m’est ennemie ;

La nature cligne des deux yeux ;

Elle me dit, viens mon amoureux.

Et le train du loisir s’élance

Loin de la ville et de ses slogans :

« Victoire ! Gloire ! En avant ! »,

Des banlieues grises, des immeubles morts,

Des maisons et des maisons encore.

Où sont les arbres, où sont les prés ?

La ville partout a proliféré.

Une vache meugle, on est arrivés.

 

Dans le jardin, il y a un monument :

Un groupe pose éternellement :

Un homme, une femme et un enfant,

Tous nus comme au temps d’Adam.

Déploient leurs membres exaltants.

La saine famille chante l’hymne à la vie

Et l’immortelle beauté de la Zinovie

Malheur, la sculpture est en plâtre,

Elle s’effrite à la pluie et se brise au vent.

Un membre tombe, on y met un emplâtre.

Le sculpteur attitré est très content,

Il faut la restaurer plusieurs fois l’an.