Texte : Katerina Gogou
(De son recueil Τρία Κλικ Αριστερά, 1978)
Musique : Kyriakos Sfetsas
Autre musique et interprétation : Aris Zarakàs
Je reste là, je n’ai pas bougé
Pour que vous puissiez me retrouver.
Au moins, à en juger par une réaction directe que j’ai vue hier soir, cette histoire de Katerina Gogou doit réussir encore à faire sursauter. Hier soir, je me trouvais au CPA de Florence, depuis quelque temps est fréquenté par des étudiants antifascistes grecs engagés dans un travail de contre-information et de sensibilisation (avec l’organisation d’expositions, de conférences, de manifestations) contre Aube dorée ; en parlant à une étudiante, Myrsini, je lui ai parlé de Katerina Gogou et précisément de ce poème. Je l’ai vue se mettre à le réciter presque en hurlant et en tenant mon bras en l’air. Myrsini a 23 ans, donc quand Katerina Gogou a écrit Καμιά φορά (Parfois), elle n’était pas encore née, et quand elle s’est suicidée, elle avait trois ans. [RV]
Chanson
française — Les
nouveaux Soldats — Marco
Valdo M.I. — 2022
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Mon cher ami Lucien l’âne, voici à nouveau un écho de Zinovie, une voix inconnue qui réfléchit au destin, à l’histoire, au présent et au passé de la Zinovie. Apparemment, il s’agit de la voix de quelqu’un qui a été, est peut-être encore soldat ou officier là-bas, engagé dans une guerre.
Oh, dit Lucien l’âne, ça arrive même aux militaires de devoir s’engager dans une guerre.
Donc Lucien l’âne mon ami, la voix du soldat raconte la guerre en trois tableaux. Le premier laisse penser que le bataillon, le régiment, l’armée entière peut-être où il est depuis quelque temps en campagne, a connu de grands revers, de grandioses pertes et n’a plus assez de soldats, au point qu’il a fallu en faire venir d’autres, faire venir de nouveaux soldats. Ce sont ceux dont parle le titre. Bien entendu, comme les soldats ne se fabriquent pas en usine, il a fallu en puiser dans les civils de Zinovie.
Ah !, dit Lucien l’âne, c’est ça les nouveaux soldats ; ce sont des civils qu’on reconvertit aux charmes de la guerre. Mais qui donc décide tout ça ?
Normalement, Lucien l’âne, c’est l’État et en Zinovie, l’État est incarné par le Guide, lequel est un animal totémique mi-civil, mi-militaire. C’est donc lui qui théoriquement décrète tout ce qui doit se faire en la matière. Cependant, ce qui se passe sur le terrain échappe à sa prise directe ; il doit déléguer. De ce fait, il voit les choses de loin, en grand, en gros et il n’en apprend les détails que par intermédiaire. C’est ainsi, il lui faut bon gré, mal gré confier la conduite des opérations à d’autres qui parfois, font des erreurs. On en trouve un bel exemple dans la chanson, dont je n’en dis pas plus, sauf que la chose est surprenante et quand même, assez extraordinaire.
Bien, bien, dit Lucien l’âne, je vais m’en informer tout à l’heure.
Ensuite, reprend Marco Valdo M.I., la voix détaille, expose la façon dont l’armée zinovienne agit à la guerre. À la suite de ce récit critique, la même voix décrit et dénonce l’énorme injustice qui préside aux existences des Zinoviens. C’est assez fumant, comme tu pourras t’en rendre compte.
Encore une fois, merci, Marco Valdo M.I., et sans hésiter, je vais m’y atteler. Mais quand même tissons le linceul de ce vieux monde millénaire, militaire, précaire, prompt à la guerreet cacochyme
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
On attend les nouveaux soldats,
Les autres ont fondu à l’été.
Qu’allons-nous faire, cette fois ?
On va recommencer
Sur tous les fronts à la fois
La grandiose offensive avortée.
Les troupes fraîches sont arrivées.
Maintenant, il va faire froid
On s’est emparé de la localité.
Les autres n’avaient pas fui,
C’étaient des nôtres, ces assiégés.
On s’était trompé d’ennemi.
Quand on attaque, c’est pas pour rire.
Dans le passé, il y a eu des carnages,
Agrémentés de juteux saccages.
Nous, on améliore la tradition, on fait pire.
La certitude de la future victoire
Vibre dans nos chants, dans nos voix.
C’est la course à la gloire.
On fonce dans les champs, dans les bois ;
On avance toujours, on ne recule pas.
On bombarde, on fait d’énormes dégâts
On détruit sans ambages, on fout le bazar,
Pour effrayer le monde, pour étonner l’Histoire.
Parfois, on fait des erreurs,
Ce sont des erreurs isolées.
Les anciennes horreurs
Remontent à de longues années,
On les a rectifiées.
Les gens les ont déjà oubliées.
En Zinovie, on ne laisse rien au hasard,
On élimine seulement le superflu,
On fait fuir les individus.
Quel ennui, un plus un finit,
À la fin, par dépeupler le pays
Et le pays épuisé n’en peut plus.
Ici, officiellement, le monde est parfait
Le Guide et les puissants se débrouillent,
Pauvres, insignifiants, les citoyens dérouillent.
Ainsi, en Zinovie, le monde est injuste tout à fait.
Chanson française — Le Devoir sacré — Marco Valdo M.I. — 2022
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I.
et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de
Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du
Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit
d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain,
logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre
Zinoviev et à son abondante littérature.
Tu peux me croire,Lucien l’âne mon ami, la
grandiloquence est une pratique courante en Zinovie et sans doute, en
d’autres lieux aussi. À lui seul, le titre de la chanson le démontre et
ne manque pas de vous en persuader.
En
effet, dit Lucien l’âne, c’est assez évident. Mais qui donc et pourquoi
a l’idée saugrenue d’invoquer ainsi « Le Devoir sacré ». Ça relève
normalement de l’hagiographie, de l’héroïsme, de l’exaltation
programmée. En plus, ordinairement, ça sent la guerre, le sacrifice et
la mort. C’est très solennel.
C’est
bien ainsi, répond Marco Valdo M.I., qu’il faut habituellement le
comprendre. Cependant, ici, il y a une surprise. Je m’en vais te
l’exposer, mais pour cela, il faut préalablement résumer l’affaire et
même comme on peut le voir, il y a une affaire dans l’affaire. Il y a
donc une voix anonyme qui raconte que le locuteur s’en va en vacances,
plus précisément, dans un centre de vacances, dans une maison de
vacances. C’est comme ça que ça va en Zinovie : on part en vacances dans
une structure collective ; il en
existe de diverses catégories où l’on accède selon son rang dans la
société. Celle qui nous occupe n’est pas destinée aux rangs les plus
élevés ; bien au contraire. Disons qu’elle est dans la moyenne. Devant
la Maison de Vacances, il y a une inscription sur un portique : « Le
repos est un devoir sacré ». Je ne sais si c’est de l’humour, de la
dérision ; je laisse chacun apprécier l’ironie de pareille sentence.
Oui,
dit Lucien l’âne, je perçois cette ironie. Normalement, on se serait
attendu à une formule plus conforme du genre : « La Défense de la
Patrie… », « L’Obéissance au Guide… » ou encore, « Le Travail… » et
d’autres déclarations du même tonneau.
Enfin,
reprend Marco Valdo M.I., cette histoire de « devoir sacré » étant
éclaircie, j’en viens au reste de la chanson qui, lui aussi, est
barbouillé de sarcasmes. Pratiquement,
il s’agit d’un voyage en train et passage de la ville à la campagne.
Cette excursion hors de la vie routinière et sans doute, morne, terne et
ennuyeuse mène notre voyageur inconnu vers une sorte de paradis. Sur le
trajet, comme je l’ai dit, on trouve une affaire dans l’affaire –
malheureusement, cette brève rencontre ferroviaire n’aboutira pas et
tout au bout du voyage, c’est l’arrivée à la Maison de Vacances qui, on
le verra, tombe un peu en ruines.
Comme
je vois, comme je comprends, dit Lucien l’âne, il y a de la joie. Mais
je t’en prie, n’en dis pas plus. Avec ce que tu m’en as dit, j’en ai
l’eau à la bouche, et je préfère découvrir les choses moi-même. Et puis,
il est temps, il nous faut tisser le linceul de ce vieux monde
soucieux, sérieux, vertueux et cacochyme