lundi 11 avril 2022

BONS SOLDATS ET MAUVAIS SOLDATS

BONS SOLDATS ET MAUVAIS SOLDATS



Version française – BONS SOLDATS ET MAUVAIS SOLDATS – Marco Valdo M.I. – 2022

Chanson italienne – Soldati buoni e soldati cattiviLuca Bassanese – 2022


Paroles et musique : Luca Bassanese – Stefano Florio


Mais Youri, pourquoi tires-tu encore ?

Ne vois-tu pas que c’est ton frère qui va mourir !



Bons soldats et mauvais soldats : « La guerre est le plus grand crime contre l’humanité ». Il est difficile d’échapper au quotidien et de rester indifférent, surtout si l’on raconte la vie qui nous entoure à travers la musique et les mots, en essayant d’y trouver chaque perle de beauté. Mais parfois, même si le printemps frappe à la porte avec toutes ses merveilles, c’est l’être humain qui en cache les couleurs. Ainsi une nouvelle guerre s’installe, apportant avec elle son lot de mort et de destruction. Depuis la sortie de ma chanson « L’indifférence », les conflits ont été nombreux et nous sommes toujours là pour rappeler que « la guerre est le plus grand crime contre l’humanité ». Cette nouvelle chanson est née parce qu’elle devait naître, et nous ne pouvions pas l’arrêter, en espérant qu’elle puisse être, bien que petite, une goutte dans une mer qui mène au-delà de l’obscurité et de la tempête. Un salut à tous nos frères et sœurs dans ce monde.

(Interview reprise de dasapere.it)







Pan ! Pa, Pa, Pan ! Pa, Pa, Pan, Pa Pa, Pan, Pan, Pan, Pan, Pan !
Pan ! Pa, Pa, Pan ! Pa, Pa, Pan, Pa Pa, Pan, Pan, Pan, Pan, Pan !


Bons soldats et mauvais soldats,

Ça dépend du côté où on les voit

Et parmi eux, tombent comme des aiguilles de pin

Femmes, hommes et enfants. À terre, sans fin.


Bons soldats et mauvais soldats

Derrière de gros fusils aux regards fiers ;

Tant de noms à célébrer à chaque fois,

Tous pauvres et fils de la classe populaire.


Toute guerre est juste une grande affaire

De géopolitique, de corruption et de métier.

Pour qui ne meurt pas, vend des armes et dit : Tirez !,

La guerre est chose nécessaire.


Mais Youri a peur et à tirer continuera,

Car à faire ainsi, ils lui ont appris.

Demain, on chantera une chanson pour lui

Et seul le son d’un coup de canon restera.


Pan ! Pa, Pa, Pan ! Pa, Pa, Pan Pa, Pan, Pan, Pan, Pan, Pan !

Pan ! Pa, Pa, Pan ! Pa, Pa, Pan, Pa, Pan, Pan, Pan, Pan, Pan !


Bons soldats et mauvais soldats,

Il y aura peu de survivants,

Mais la guerre, il y aura.

Ainsi, ils ont voté au parlement.


Bons soldats ou mauvais soldats,

Qui écrit les livres le dira.

Ce sont les vainqueurs, naturellement ;

Les autres sont muets, évidemment.


Toute guerre est juste une louche affaire

De géopolitique, de corruption et de métier.

Pour qui ne meurt pas, vend des armes et dit : Tirez !,

La guerre est chose nécessaire.


Mais Youri, pourquoi tires-tu encore ?

Ne vois-tu pas que c’est ton frère qui va mourir !

Ce sont des inventions, la nation, la gloire.

Un autre obus arrive ! Il te faut fuir !


Pan ! Pa, Pa, Pan ! Pa, Pa, Pan, Pa Pa, Pan, Pan, Pan, Pan, Pan !

Pan ! Pa, Pa, Pan ! Pa, Pa, Pan, Pa, Pan, Pan, Pan, Pan, Pan !


Bons soldats et mauvais soldats,

Ça dépend du côté où on les voit

Et parmi eux, tombent comme des aiguilles de pin

Femmes, hommes et enfants. À terre, sans fin.

dimanche 10 avril 2022

La Briqueterie


La Briqueterie


Chanson française – La Briqueterie Marco Valdo M.I. – 2022



LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ;



Épisode 33




CITY BUILDING


Thomas Hart Benton – 1930




Dialogue Maïeutique



Même si elle a pour titre « La Briqueterie », commence Marco Valdo M.I., cette chanson raconte plusieurs histoires, fort différentes, mais qui toutes s’inquiètent de la Zinovie.


Elles s’inquiètent de la Zinovie ?, répond Lucien l’âne. C’est étrange, mais au fait, je me demande bien pourquoi ?


Oh, Lucien l’âne mon ami, tout simplement, car la Zinovie est inquiétante ; il suffit d’imaginer qu’on soit obligé de vivre dans un pareil système.


En effet, pense Lucien l’âne, je n’aimerais vraiment pas. Ce qui m’intéresse maintenant, ce qui m’intrigue beaucoup, c’est cette briqueterie. C’est bien une fabrique de briques ?


Certes, réplique Marco Valdo M.I., et comme toujours, il faut avoir à l’esprit que ces récits de Zinovie doivent être entendus à deux (ou plusieurs) niveaux. Ici, l’affaire de la briqueterie, qui occupe la moitié de la chanson, rapporte une histoire réelle où une briqueterie ancienne se voit soudain imposer de doubler sa production, car il faut multiplier les logements ainsi que le Guide l’annoncé dans son discours et en vue de réaliser cet objectif, fixé d’autorité, on lui adjoint (à la briqueterie) une solide équipe d’experts qui vont et viennent, calculent, discutent et s’agitent autour des fours et des ouvriers pendant des mois sans jamais dépasser le niveau de production antérieur. Je laisse imaginer le sens de cette parabole.


Oui, dit Lucien l’âne, j’y vois une dimension quasiment philosophique et j’en devine les développements. C’est encore le délire de l’avenir. En quelque sorte, on pourrait résumer la chose par l’expression populaire : « Il y en a qui prennent leurs désirs pour des réalités ».


En soi, reprend Marco Valdo M.I., si on en restait à une parabole, ce ne serait pas grave, comme dit Tonton Georges :


« Quand les cons sont braves
Comme moi,
Comme toi,
Comme nous,
Comme vous,
Ce n’est pas très grave.
Qu’ils commettent,
Se permettent
Des bêtises,
Des sottises,
Qu’ils déraisonnent,
Ils n’emmerdent personne. »



mais en Zinovie, qui est en somme, une briqueterie, ce sont de vrais marioles qui sont responsables du destin.


Le pire, dit Lucien l’âne, c’est quand ces canards se multiplient et prennent le mors aux dents ; quand par exemple, ils se lancent dans une aventure guerrière ; alors, on compte les morts.


Et la question se pose, reprend Marco Valdo M.I., de savoir comment les arrêter, car sauf miracle (et le miracle est la chose la plus improbable qui soit), ils ne s’arrêtent pas d’eux-mêmes.


Oh, dit Lucien l’âne, faire appel à leur bon sens, à leur intelligence me paraît illusoire. En somme, d’une façon ou d’une autre, il faut les y contraindre. D’ici là, on compte les morts. Mais qu’y a-t-il d’autre dans la chanson ?

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, il y a un aperçu de la vie quotidienne en Zinovie et du climat dans lequel les habitants doivent vivre et des obligations auxquelles ils doivent se soumettre. Juste un dernier mot pour attirer l’attention sur la déclaration péremptoire et pompeuse du Guide quand il condamne une simple petite esquisse perdue parmi les tableaux gigantesques qui célèbrent invariablement sa personne et sa gloire.


Une esquisse et de quel peintre et qu’en dit le Guide ?, demande Lucien l’âne.


Ah, justement, dit Marco Valdo M.I., il s’agit d’une petite esquisse sur papier un peu trop artiste, due au peintre le plus talentueux de la génération, et le Guide, soudain mué en critique d’art, parle au nom du peuple et censément, dans le même temps il adresse au peuple sa « pensée », lequel se doit évidemment, comme il est d’usage en Zinovie, de l’approuver, de l’applaudir et de conforter sa sentence. Le guide déclare :


« Notre peuple ne veut pas de ces choses,

Notre peuple veut d’autres choses. »


Oh, dit Lucien l’âne, c’est chasser la mouche au canon de marine. Et puis, c’est un attrape-couillons ; est-il possible qu’il y ait des humains si bêtes qui s’y laisseraient prendre ? Cependant, si le Guide parlait de faire la guerre aux voisins, s’il parlait d’aller envahir le monde, je suis certain que cette sentence refléterait l’avis du peuple (pour autant qu’une chose comme un peuple existe) et pas seulement de celui de Zinovie. Allons, tissons le linceul de ce vieux monde idiot, couillon, couillonné, crétin et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Depuis des siècles, elle fournissait

À la région, les briques qu’il fallait.

En Zinovie, on sait y faire.

La briqueterie est historique,

Arrivée à son âge canonique,

Ses fours valent l’enfer.

On décida de doubler la production.

Sans changer l’antique installation,

On modernisa la fabrique.

On créa un laboratoire de haut niveau

Plein d’experts en techniques

Dignes du monde nouveau.


Avec les machines les plus sûres,

Les ingénieurs prennent mille mesures,

Contrôlent la fabrication.

Notent tout avec précaution.

Calculs, études et rapports

Racontent tous leurs efforts.

Avec toujours, les fours moyenâgeux,

La même argile, la méthode éprouvée

Sur des centaines d’années

Par des générations d’aïeux,

Ainsi, la briqueterie produit ses briques

En quantités strictement identiques.


En Zinovie, faut pas faire d’erreur,

Être comme tout le monde,

Et dans la commune ronde,

Pour le pire et le meilleur,

Vivre une vie bancale

Entre les banalités sociales :

La goujaterie des fonctionnaires,

La grossièreté des militaires,

La vénalité des services,

L’arbitraire de la milice.

Vivre sa vie, c’est certain

Est un furieux destin.


À la grandiose exposition de peinture,

Hors du champ de vision, la petite gravure,

Tranquillement, esquisse une différence.

Brutal, le Guide dénonce cette inconscience.

Notre peuple ne veut pas de ces choses,

Notre peuple veut d’autres choses.

En Zinovie, la vie est claire et limpide,

Les devoirs, les obligations stupides :

Obéir tout le temps,

Obéir aux dirigeants,

Obéir aux chefs vénérés,

Obéir au Guide adoré.












jeudi 7 avril 2022

L’État de la Vérité


La Vérité de l'État

 

Chanson française – La Vérité de l'État Marco Valdo M.I. – 2022



LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ;


Épisode 32








PRISONNIER DE GUERRE RUSSE

Egon Schiele – 1916






Dialogue Maïeutique



Je rappelle que nous sommes en Zinovie, dit Marco Valdo M.I., et en Zinovie, la Vérité est une personne depuis très longtemps malade. En vérité, elle est en permanence empoisonnée. Son état permanent est la déliquescence, elle vit en vagabonde, sans domicile fixe ; elle ne peut prospérer. Il faut évidemment distinguer la vérité de la Vérité et la vérité de l’État – il faut entendre « la vérité indiquée par l’État », laquelle a pignon sur rue. Ce sont deux vérités de nature différente.


Oui, dit Lucien l’âne, qu’est-ce que ça a à voir avec la chanson ?


Eh bien, répond Marco Valdo M.I., c’est précisément ce dont elle s’occupe, car elle s’intitule quand même « La Vérité de l’État ». On apprend ainsi qu’en Zinovie, il n’y a de vérité possible que la Vérité officielle, officiellement diffusée, instillée jusque dans les cerveaux des habitants ; ce que j’ai appelé « La Vérité de l’État ». S’interroger à son sujet, s’inquiéter de sa validité est très dangereux ; on peut finir empoisonné, fusillé, revolvérisé ou tout benoîtement, enfermé, soigné (pour son bien) dans un conscientorium.


Pour son bien, demande Lucien l’âne. C’est ambigu, carrément amphibologique ; s’agit-il du bien de la vérité d’État ou de celui de l’interné ?


Selon comment on la regarde, de l’un ou de l’autre, répond Marco Valdo M.I. ; ce « traitement pour son bien », c’est un des charmes discrets de la Zinovie. D’ailleurs, le Guide et son aréopage n’aiment pas qu’on en parle ; ils nient et rejettent totalement toute mise en question, toute allusion à la vérité. Tout simplement, il n’y a pas lieu d’en discuter, ni de lieu pour le faire – sauf sans doute, le conscientorium. En fait, en dehors de leur parole, la vérité n’existe pas. Il est très malsain de l’évoquer, c’est une preuve soit de mauvaise foi, soit de déraison ; le plus souvent, ils qualifient l’audacieux questionneur de « traître ».


En effet, dit Lucien l’âne, ça va de soi : douter de l’état de la vérité, c’est douter de la vérité de l’État. Vu comme ça, celui qui doute est forcément un traître et il est normal en ce cas de franchir le pas qui consiste à le faire taire, si possible, définitivement. Personnellement, je n’aimerais pas vivre dans une société comme celle-là ; l’air y est irrespirable.


Et de fait, dit Marco Valdo M.I., il est très désagréable de vivre dans un tel monde où tout le monde a le devoir de dénoncer tout un chacun et se sent en permanence suspecté d’on ne sait quoi. Une autre dimension de la chanson est la servilité mise au service de cette Vérité de l’État, incarnée par les écrits du Guide et qui sert à se faire bien voir du pouvoir et à progresser dans l’existence. Au passage, la chanson évoque la vie d’un tel personnage, suffisamment infect pour que sa femme et ses enfants le délaissent.


Elle en raconte des choses la chanson, dit Lucien l’âne. Est-ce bien tout, on dirait qu’il y en a encore.


Oui, il y en a encore, reprend Marco Valdo M.I., et particulièrement éclairante en ce qui concerne l’armée zinovienne et son moral d’acier. Il y a l’histoire du soldat qui monte la garde en dormant, pendant que l’officier dort. Il y a là comme un ombre de mort. Enfin, je finirai sur cette scène orwellienne :

 

« Le règlement est toujours respecté.

On ne peut démontrer l’opposé.

En Zinovie, la vérité passe pour la vérité ;

En Zinovie, le mensonge, c’est la réalité. »



Ah, dit Lucien l’âne, le soldat qui monde la garde est un personnage célèbre dans la chanson Lili Marleen, mais dans celle-là, il ne dormait pas. On pourrait continuer encore longuement, mais il n’est pas ici le lieu d’écrire un roman. Alors, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde guerroyant, dément, brutal, bêtement assassin et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





À son poste, le simple soldat dort.

Au lever du drapeau, il dort encore.

Durant la garde, il sait dormir éveillé,

Se tenir raide comme un mort.

La sentinelle ne se fait jamais pincer.

Il ne faut jamais réveiller l’officier ;

Cela, tout le monde le sait.

Au rapport, tout s’est bien déroulé,

Le règlement est toujours respecté.

On ne peut démontrer l’opposé.

En Zinovie, la vérité passe pour la vérité ;

En Zinovie, le mensonge, c’est la réalité.


En Zinovie, la justice, la nation,

Sont, dit-on, au service de l’État.

En Zinovie, les intérêts de l’État

Sont de pures abstractions.

Le Guide et tous ses gens

Transforment incontinent

Leurs intérêts personnels

En un attachement naturel

Sans faille aux intérêts de l’État.

En vérité, ils ne songent qu’à eux.

Ils se fichent de l’état de l’État ;

Leurs intérêts sont leurs bijoux précieux.


Il est persuadé à plus de cent pour cent

D’être respectable, instruit, intelligent.

En Zinovie, il a presque tout obtenu,

Un bel appartement, une jolie rétribution.

Ce personnage notoirement inconnu,

Vote dans les conseils, les comités, les commissions.

Ses opinions forcément originales

Contre les idées des auteurs concurrents

Stupéfient la science mondiale.

Il écrit ses dénonciations secrètement.

Sa femme et ses enfants se sont écartés

Sans même vouloir de lui aucune indemnité.


Il publie d’importants articles,

Des textes nombreux en cycles,

De la plus parfaite orthodoxie,

D’une totale et franche ineptie.

Il cite sans trêve, en série, les discours

De portée mondiale, planétaire,

Carrément historique et toujours,

Avec un souci du détail peu ordinaire,

Il cite à répétition à des niveaux records

Le Guide vivant, plus encore que le mort.

Il n’y a pas de place en Zinovie

Pour la vérité d’une honnête vie.