dimanche 20 mars 2022

La Chasse aux Pingouins

 

La Chasse aux Pingouins


Chanson française – La Chasse aux Pingouins Marco Valdo M.I. – 2022



LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ;


Épisode 30




LES GUIDES


Murale à Gdansk – Mateusz Slodowski - 2022





Dialogue Maïeutique



Je ne savais pas trop, Lucien l’âne mon ami, pour quel titre me décider. Au départ, j’ai hésité longtemps entre Les Masques du Guide, Le Masque des Guides, Le Guide et ses Mentors ou plus simplement, La Tranquillité. J’ai tourné plus de sept fois ces titres dans mon écran.


Oh, dit Lucien l’âne, ça dépend sur quoi porte la chanson et aussi, ce sur quoi tu veux insister.


C’est comme ça que je raisonnais, répond Marco Valdo M.I., et puis, j’ai eu une autre idée. Elle me paraît plus amusante et plus déconcertante pour le non-initié aux échos de la littérature et en même temps et surtout, terriblement ironique vis-à-vis de ceux qu’elle dénonce et les assertions absurdes et fausses du Guide qu’elle noie dans une dérision finale.


Ah, dit Lucien l’âne, la littérature maintenant ! Et puis quoi ?


Eh bien, répond Marco Valdo M.I., il faut quand même bien dire que ce voyage en Zinovie fait écho à ce qui se passe là-bas dans le Nord-Est de l’Europe, chose que ni les voyageurs, ni le reste du monde ne peut ignorer. L’Ukraine est envahie par les armées d’un pays voisin et prétendument frère, prétendument un pays ami. C’est la situation dans laquelle s’engage la Zinovie dans cette chanson. Elle va envahir et massacrer un pays voisin au nom de la fraternité.


Oh, dit Lucien l’âne, il n’y a rien là d’étonnant, car statistiquement, on sait que les crimes les plus nombreux se font en famille, entre amis et entre voisins. On assassine plus souvent un frère qu’un inconnu. C’est inscrit dans la Bible !


En effet, dit Marco Valdo M.I., les livres sacrés et les histoires divines sont pleins de cauchemars, on s’y tue du matin au soir ; ces ouvrages composites sont des florilèges de massacres et d’exterminations au nom de Dieu et des bonnes causes.


Soit, enchaîne Lucien l’âne, mais dis-moi, quel titre as-tu finalement retenu ?


Voilà, dit Marco Valdo M.I., si je te parlais de l’Ukraine et de la littérature, c’était pour amener le titre : « La Chasse aux Pingouins », repris de la conclusion de la chanson :


« Pour retrouver notre puissance,

On envahit le pays frère des voisins,

Nos chars font la chasse aux pingouins. »


D’accord, dit Lucien l’âne, mais encore ?


Comme tu le sais, Lucien l’âne mon ami, il est un écrivain ukrainien qui avait publié, il y a déjà des années, un roman hilarant, intitulé « Le Pingouin » et par ailleurs, dans le texte zinovien, j’ai trouvé ceci :


« Et puis surtout, à l’époque (c’est-à-dire celle de Stalone), il y avait tout un tumulte extrêmement malsain dans le monde entier, tandis qu’à présent, l’opération avait été menée dans un silence parfait, dans la mesure où les tanks étaient destinés à des recherches scientifiques et à la chasse aux pingouins. »


En effet, dit Lucien l’âne, cette chasse aux pingouins a déjà été pratiquée dans divers pays – au hasard et de mémoire : en Pologne, en Allemagne, en Tchécoslovaquie, en Hongrie… C’est un tourisme fraternel fréquent ui finit toujours de façon désastreuse pour le tourisme. Donc, la chasse aux pingouins est rouverte sur le continent et si c’est le cas, il y a un Guide qui a décrété cette ouverture de cette chasse.


Cependant, reprend Marco Valdo M.I., on ne sait où la chose va s’arrêter ; il faut tenir compte de l’avertissement qui conclut la chanson, dans lequel le Guide dévoile ses ambitions :


« Grandiose, le Guide danse la ronde

Et s’en va conquérir le monde. »


Oh, dit Lucien l’âne, il faudra trouver le moyen de l’arrêter ou peut-être simplement attendre que la réalité l’arrête comme dans Le Cid (1636), où le combat cessa faute de combattants.


Évidemment, dit Marco Valdo M.I., c’est une hypothèse et on ne sait d’ailleurs jamais de quel côté s’entasse le plus haut tas de cadavres.


On dirait, reprend Lucien l’âne, qu’on en revient à Michel de Ghelderode, à l’ère du grand massacre.


Hé, interrompt Marco Valdo M.I., dis plutôt du Grand Macabre. Le grand Macabre : ce serait d’ailleurs un nom idoine pour désigner le Guide et n’importe quel guide atteint de folle furie tueuse.


Oh oui, dit Lucien l’âne, je le pense aussi. Que faire ?, en attendant, tissons le linceul de ce vieux monde insensé, déliquescent, délinquant, déroutant et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





En Zinovie, c’est le bordel ;

Ce l’était auparavant déjà

Et demain, encore ce le sera.

En Zinovie, le bordel est éternel.

Les choses vont s’améliorer

Grâce au Guide et à Dieu,

Tout va aller au mieux.

Affirme le conférencier.

C’est de la blague, tout ça,

Au train où ça va,

On sera content déjà,

Si tout ça n’empire pas.


Pour empêcher les accusations,

On a fait du conscientorium,

Cet avorton de camp de concentration,

Une sorte de préventorium,

Censé soigner la conscience.

Pour former l’homme nouveau du futur,

Rien de tel que la science

Injectée en piqûres.

Ce fameux tranquillisant rend les gens

Pacifiques, coopérants, somnolents.

Juste une petite dose aide les mamans

À endormir les enfants récalcitrants.


Quand le complexe industriel est enfin né,

Des pavillons, on fit des appartements.

Dans la foulée, on fit travailler les patients,

On arrêta les piqûres, on cessa de les soigner.

Ils se marièrent, ils eurent des enfants.

Puis, on parla de maladies rares

Et naissaient des enfants bizarres.

Et mouraient les drôles de vivants.

La production devait continuer pourtant.

On oublia l’homme nouveau et sa conscience,

On mit tout au secret, on renforça la surveillance.

 

La période historique en cours,

La plus historique des périodes,

La plus glorieuse et héroïque de toujours

Retrouve les accents de l’ancien mode.

Le Guide, génial chef de guerre,

A commandé aux militaires

De remettre l’Histoire dans le bon sens.

Pour retrouver notre puissance,

On envahit le pays frère des voisins,

Nos chars font la chasse aux pingouins.

Grandiose, le Guide danse la ronde

Et s’en va conquérir le monde.

mardi 15 mars 2022

MAMA ODESSA (en 1933)

 

MAMA ODESSA (en 1933)

 

Version française – MAMA ODESSA (en 1933) – Marco Valdo M.I. – 2022

d’après la version italienne de Riccardo Venturi

d’une

chanson ukrainienne (en yiddish) – Adessa Mame (1933 ça.) – Pesach Burstein – 1993

Interprétée par The Klezmer Conservatory Band
Album : The Thirteenth Anniversary Album, 1993
et par :
Pesach Burstein
Album : The Mazeltones Odessa, Washington

 

 



DANSE

Porcelaine – Musée juif – Odessa – Ukraine



C’est une chanson yiddish de Pesach Burstein. Les paroles et la musique sont différentes de celles de la chanson éponyme אדעסאַ מאַמאַ de Lebedeff. Toutes deux partagent la nostalgie d’Odessa, ville à la singulière coexistence métatemporelle. Les histoires, comme les crimes contre l’humanité, se reproduisent rarement sous les mêmes formes alors que les paradigmes de la mort se répètent, frappant tôt ou tard à la porte.

Burstein y mentionne la Moldavanka, un quartier d’Odessa habité par des amoureux, des marioles et des voleurs patentés, le quartier historique de la “mala”. Elle doit son nom à la colonie de Moldaves qui s’est installée à proximité au XVIIIe siècle. Elle était peuplée de Roumains, de Bulgares et de Juifs jusqu’en 1917. Ce sont les lieux célébrés par Isaac Babel dans les « Contes d’Odessa ». La chanson mentionne également la rue Bulgarskaja : sauf erreur, il s’agirait de l’actuelle Bolgarska ulica, qui est parallèle à la côte est de la ville.

Ce qui suit est un passage d’un essai de Joachim Schlör : Odessity publié dans le Quest Journal, Issues in Contemporary Jewish History Issue 2, 2011.


À LA RECHERCHE DE L’ODESSA TRANSNATIONALE



La particularité d’Odessa, le port ukrainien de la mer Noire, par rapport aux autres villes d’Ukraine et de Russie, est attribué à des qualités définissables comme « cosmopolites ». Aujourd’hui, tant les résidents que les non-résidents insistent sur le fait qu’Odessa est « internationale, multiethnique, juive, tolérante, mais pas ukrainienne ». Pourtant, l’Odessa cosmopolite du XIXᵉ siècle documentée par les historiens a été radicalement transformée par les cataclysmes de l’histoire du XXᵉ siècle. La ville a perdu la moitié de sa population à cause de la révolution et de la guerre civile. La classe dirigeante de l’Union soviétique a considérablement réduit l’importance économique d’Odessa et ses liens avec le monde. La Seconde Guerre mondiale a anéanti la population juive restante dans Odessa occupée, tandis que les politiques soviétiques ultérieures ont déporté les Allemands et les Tatars pour collaboration avec les nazis. Pendant ce temps, la campagne d’après-guerre de Staline contre le cosmopolitisme visait les Juifs et refusait explicitement tout contact et toute orientation vers le monde extérieur, de sorte que le passé cosmopolite d’Odessa était, du moins officiellement, dénigré et réprimé. Les procès de la « diversité » ont rapidement commencé, et comme dans tant d’autres parties de l’Empire, les Juifs ont été isolés, marginalisés, du moins tant qu’ils ont essayé de maintenir leur judéité ou de lui donner une nouvelle forme dans le mouvement sioniste. Ces processus ont fini par détruire l’équilibre précaire entre les communautés qui composaient autrefois Odessa et caractérisaient l’« Odessité ».
[…]
Odessa a pu être – ou est peut-être encore – “juive” dans la mesure où la ville a reflété les ambivalences juives sur le désir et l’appartenance, la maison et l’exil, Israël et la diaspora. Pendant plusieurs décennies, l’idée d’Odessa s’était transformée en un souvenir, un livre, un poème, une chanson ; aujourd’hui, beaucoup de choses ont à nouveau changé. Odessa est une ville ukrainienne, mais on peut trouver chez certains de ses habitants une nouvelle conscience du passé de la ville. Il existe un nouveau musée juif, des langues étrangères sont enseignées au « Bavarski dom », il y a un club culturel grec et le tourisme a amené des membres de groupes nombreux et variés à visiter la ville. Certains de ceux qui ont émigré en Israël ou en Allemagne au début des années 1990 reviennent ou, du moins, font la navette. Alors, où est Odessa ? Pendant de nombreuses années, les clubs et les équipes nationales du monde entier et le monde virtuel de l’internet ont été les seuls endroits où “Odessa” pouvait être commémoré et célébré. Aujourd’hui, la diversité, le multiculturalisme et l’esprit d’entreprise qui ont fait d’Odessa un objet de renommée et de nostalgie se retrouvent dans la ville qui porte son nom.




Les interprétations


En général, lorsque nous proposons plus d’une interprétation, nous préférons présenter d’abord l’originale ou la plus ancienne. Dans ce cas, nous nous sommes écartés du critère historique pour une raison simple et banale : depuis des années, nous avons un faible pour le Klezmer Conservatory Band, un groupe extraordinaire au répertoire vaste et intéressant, fruit de quarante ans d’activité.


[Riccardo Gullotta].






J’ai entendu beaucoup de bonnes chansons,

Toutes chantées avec beaucoup de passion.

Sur Slutsk, sur Belz, sur Tiatev et la Lituania.

Je n’ai rien entendu sur mon Odessa.


Peut-on oublier une ville si belle que ça,

Où vit ma patrie, où j’ai grandi.

Dans le monde entier, il y a une seule Odessa,

Je veux vous le rappeler ici.


Oh Odessa, mon Odessa, mon aimée,

Où je vais, où je suis, je ne pense qu’à toi.

Tes rues, tes foules, où ma vie est passée,

De jour, de nuit, j’ai nostalgie de toi.


Je me souviens du marché et des boutiques,

Et des bals mirifiques

Où les jeunes couples s’attachent,

Et vont les voyous aux fausses moustaches.


Et la dame au manteau en peau d’agneau,

Entrée au théâtre avec sa fourrure,

Ressortie, sans son beau manteau,

Ses épaules ont perdu leur parure.


Oh Odessa, mon Odessa, mon aimée,

Où je vais, où je suis, je ne pense qu’à toi.

Tes rues, tes foules, où ma vie est passée,

De jour, de nuit, j’ai la nostalgie de toi.


Ma Moldavanka où j’ai grandi,

Est-il au monde pareil diamant encore ?

Oh la Façade, devant mon œil encore épris,

Et les vagues de l’étrange Mer noire.


Rue de Bulgarsk, je me revois garçon,

Une fille au bras, à la main, les tournesols ;

Personne ne doit voir le baiser que je vole.

Je lui balançais ma chanson.


« Oh Jablodka, la belle Zipe est pour ma main,

Djela, ma mère, installe-moi un baldaquin,

Sois prête, Mère, installe-moi un baldaquin. »


Oh Odessa, mon Odessa, mon aimée,

Où je vais, où je suis, je ne pense qu’à toi.

Tes rues, tes foules, où ma vie est passée,

De jour, de nuit, j’ai la nostalgie de toi.


dimanche 13 mars 2022

L’Exposition colossale

 


L’Exposition colossale


Chanson française – L’Exposition colossale Marco Valdo M.I. – 2022



LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie


Épisode 29





L’AGRICULTURE VITAMINÉE

Vitaly Urzhumov - 2014





Dialogue Maïeutique



Encore une chanson de Zinovie, Lucien l’âne mon ami.


Encore un titre étonnant, Marco Valdo mon ami ; je me demande chaque fois où tu peux bien aller le chercher.


Dans la chanson, Lucien l’âne mon ami, dans la chanson.


Soit, répond Lucien l’âne, mais une exposition coloniale en Zinovie ? Comment se peut-il ? Il faudra encore une fois m’expliquer ce dont il s’agit.


Volontiers, rétorque Marco Valdo M.I. ; je vais m’y employer. D’abord, pour ceux qui lisent trop vite, je tiens à préciser qu’il ne s’agit nullement d’une exposition coloniale – la Zinovie n’ayant pas de colonies, du moins officiellement. Il s’agit d’une exposition colossale, ce qui est bien autre chose.


Colossale, dit Lucien l’âne, ah, cette fois, je reconnais cette Zinovie où, du moins officiellement, tout est glorieux, héroïque, grandiose, colossal et ainsi de suite. Au fait, de quelle exposition titanesque est-il question dans la chanson ? Et pourquoi une telle gigantesque manifestation ?


Eh bien, Lucien l’âne mon ami, il s’agit tout bonnement de l’exposition agricole que Stalone avait décrétée dans la capitale, c’était en 1937-38, pour exalter l’immense échec de la collectivisation des campagnes et de l’agriculture nationale. Cette exposition existe encore.


« Chez nous, au temps de la collectivisation,

Le paysan disparaissait, la campagne se vidait,

L’agriculture s’asphyxiait, la famine s’étendait.

Les gens se mouraient par millions.

On décréta une colossale exposition agricole ;

Notre agriculture modèle faisait école. »


C’est d’ailleurs le thème général de la chanson, mise à part, la dernière strophe qui parle d’un autre caractère marquant de la Zinovie.


Et de quoi donc ?, demande Lucien l’âne.


De l’alcoolisme des uns, de l’ivrognerie des autres, répond Marco Valdo M.I., qui sont des penchants et des comportements les plus communs aux habitants de Zinovie ; certains y voient un trait national, une tradition, une coutume inaltérable. D’une certaine manière, c’est aussi un moyen de résistance au régime en place et probablement, un des freins les plus puissants à l’enthousiasme national et collectif exigé par le Guide – quel que soit le Guide et quel que soit l’objet proposé à l’adoration publique. D’autre part, on peut y voir également une manière de tromper l’ennui et de combattre le désespoir au quotidien.


J’ai entendu dire qu’en Zinovie, dit Lucien l’âne, on ne sait pas trop, et les buveurs les premiers, ce qui pousse à boire. À part, bien sûr, le premier verre et la vie comme elle va. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde grandiose, magnifique, sidéré, sidéral et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






L’époque est à la liquidation

Du retard colossal de civilisation.

Avant, on édifiait l’avenir radieux.

Par la production d’un grand bond,

On est entré au paradis merveilleux ;

On l’a vu tout de suite : c’était du bidon.

Maintenant, on progresse toujours comme avant ;

Quand on n’est pas content, on nous gave de médicaments.

Après cent ans, on nous leurre.

On n’a toujours pas de beurre.

En Zinovie, notre organisation

C’est du vent, c’est de l’incantation.


Chez nous, au temps de la collectivisation,

Le paysan disparaissait, la campagne se vidait,

L’agriculture s’asphyxiait, la famine s’étendait.

Les gens se mouraient par millions.

On décréta une colossale exposition agricole ;

Notre agriculture modèle faisait école.

Le budget quinquennal fut englouti ;

Les moissons n’avaient plus de semis.

Dans la capitale, l’exposition était un conte de fées,

La réalité était complètement dépassée.

L’exposition, c’était moins cher

Quand même que cultiver la terre.


Quand on y va, on la voit.

Elle fait encore toujours son effet,

L’exposition colossale est toujours là ;

C’est la vitrine agricole du progrès.

Certains visiteurs y croient,

L’exposition colossale est un succès.

L’agriculture marche pas à pas ;

Les campagnes procèdent lentement ;

La production agricole prend du temps

Et dans le pays, la pauvreté progresse.

Si on ne peut rien procurer aux gens,

On peut les nourrir de promesses.


Le secret d’État le mieux gardé,

Mieux que les nids de fusées,

Est notre façon de trinquer.

La Zinovie spiritueuse

Est une entité mystérieuse.

Dans les couches privilégiées,

On boit seul des heures durant,

Chez soi ou dans les restaurants.

Au fond, assis, on a les buveurs discrets

Et là aussi, les ivrognes debout du buffet

Et les gens boivent en groupe, partout, à l’usine,

À l’armée, à la campagne, au fond de la mine.