Le
Monde
des Animaux
Chanson
française – Le
Monde des Animaux –
Marco Valdo M.I. – 2021
Épopée
en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès
modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku
v mezích zákona) de Jaroslav
Hašek – traduction
française de Michel Chasteau, publiée
à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.
Épisode
1
– Le
Parti ;
Épisode
2
– Le
Programme du Parti ;
Épisode
3
– Le
Fils du Pasteur et le Voïvode ;
Épisode 4
– La
Guerre de Klim ;
Épisode
5
– La
Prise de Monastir ;
Épisode
6
– La
Vérité sur La
Prise
de
Monastir ;
Épisode
7 – Le
Parti et les Paysans ;
Épisode 8
– Le
Premier Chrétien ;
Épisode
9
– Le
Provocateur ;
Épisode
10
–
La
Victoire morale ;
Épisode
11
– Le
Parti et ses Partisans ;
Épisode
12
LES
DEUX SINGES ENCHAÎNÉS
Pieter
Bruegel l’Ancien – 1562
Dialogue
maïeutique
Le
Monde des Animaux, Lucien
l’âne mon ami, n’est
cette fois, pas un documentaire animalier
cinématographique,
ni télévisé, ni vidéolisé, mais bien un journal illustré publié
à Prague, qui, je te le rappelle, se trouvait encore à l’époque
dans l’Empire austro-hongrois ; on était au début du XXᵉ
siècle.
Comme quoi, les animaux ont toujours été des sujets de publication
pour un large public.
Oh,
dit Lucien l’âne, ça ne m’étonne pas. Cependant, je serais
bien incapable de dire quel fut le premier journal du genre, en quel
pays et à quel moment. En tout cas, je
pense que compte tenu la nécessaire technique d’impression en
grand nombre et des photographies, il faut imaginer que ce ne peut
être avant la moitié du XIXᵉ siècle. C’est lié du journal à
grand tirage lui-même. Mais on n’est pas là pour faire de
l’encyclopédisme technologique. Tout ça est fort bien, mais
encore ?
Tout
juste, Lucien l’âne mon ami. J’en viens donc à la chanson et à
ce Monde des Animaux en ce qu’il a marqué l’aventure politique
de Jaroslav Hašek et son Parti. Comme il le dit lui-même, le Monde
des Animaux fut son école politique ; une terrible école de
réalisme, comme on le découvre dans la description (par la chanson)
de ce journal où quasiment tout est faux, copié, volé, plagié. En
cela, il a raison de se prétendre : « le magazine
national unique ». Bien sûr, comme toujours avec l’auteur de
Chveik, il faut lire entre les lignes et au-delà du mur de la
dérision.
Oui,
dit Lucien l’âne, je vois ; c’est ce même Jaroslav Hašek
dont tu déclaras dans notre dialogue à propos de La
Chanson de Chveik le soldat :
« Chveik
serait une sorte de bombe à comique ».
Oui,
celui-là même, répond Marco Valdo M.I. ; celui-là
même aussi qui de
rédacteur au Monde des Animaux passe à la politique et crée le
Parti, dont on s’occupe présentement ici.
« Avant
de créer le Parti, j’ai appris la vie
À
la grande école de la tromperie,
Comme
rédacteur au Monde des Animaux »
Il
avait transporté au Parti la devise du Monde des Animaux. Une
bonne devise au demeurant et toujours efficace, surtout dans les
affaires, le commerce et la politique.
Oui,
je pense bien qu’il s’agit de lui, dit Lucien
l’âne,
mais
au fait, quelle est donc cette fameuse devise ?
Oh,
dit Marco Valdo M.I., elle vaut la peine d’être connue et
répercutée de par le monde :
« Dis
toujours du bien de toi ! »
En
effet, il n’y a pas mieux, dit Lucien l’âne, pour se faire voir
et se faire apprécier du public. C’est un slogan fort rentable.
Quant à nous, de nous, nous ne dirons rien de semblable. Ça n’a
aucun intérêt et c’est d’ailleurs strictement inutile. On
n’ambitionne rien, on n’a rien à demander, on n’a rien à
vendre et puis, dans le fond, comme disait notre grand-mère, on s’en
fout et elle ajoutait même, « Je m’en fous tellement, que je
m’en fous ! » Nous, c’est pareil. Alors, tissons le
linceul de ce vieux monde intéressé, agité,
ambitieux, merveilleux et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi
Parlaient, Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Dans
la grande école de la vie, le politique
Doit
apprendre à berner les citoyens.
Il
faut savoir se salir les mains,
Car
tout n’est pas propre en politique.
Dans
les tavernes, le politique sourit
À
l’électeur, le salue et lui dit
Son
très vif intérêt en deux mots
Et
pressé, s’en va vers d’autres pots.
Comme
citoyen, au bistrot, ce qui plaît
Au
politique, c’est qu’on lui foute la paix.
Avant
de créer le Parti, j’ai appris la vie
À
la grande école de la tromperie,
Comme
rédacteur au Monde des Animaux,
Là,
on vit de l’innocence des animaux
On
vit là de la crédulité des gens.
Le
patron criait, mentait, faisait semblant ;
En
politique, le patron serait au moins député.
Le
patron est mort, il faut en dire du bien.
Le
patron me considérait comme un chien,
Moi,
je considérais le patron comme un âne bâté.
Le
Monde des Animaux est très populaire,
Il
ne contient rien d’extraordinaire.
Tout
est découpé de journaux étrangers,
Sauf
les animaux rares qu’on a inventés.
C’est
le magazine national unique.
Au
Monde des Animaux, on dupait la terre entière.
On
écrivait l’histoire des chiens prolétaires
Crevant
de faim, battus, faméliques.
Sa
devise : « Dis toujours du bien de toi ! »
Est
celle du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi.
À
propos d’animaux rares,
Le
parti avait trois ailes.
Dans
chacune d’elles, on savait boire.
La
première au restaurant La Chandelle
Pratiquait
la gastronomie politique
Et
sirotait les alcools, les spiritueux et les vins.
On
y vit le procureur de la future république.
Au
Café Slave, la seconde entonnait les bières sans faim.
Au
Litre d’Or, chez la troisième, en une puissante unité
Confluaient
les trois courants en une convaincante ébriété.