DANSE
DU FOU
(POUR
FRANCO MASTROGIOVANNI)
Version
française – DANSE DU FOU (POUR FRANCO MASTROGIOVANNI) – Marco
Valdo M.I. – 2015
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Francesco Mastrogiovanni, dit Franco Le maître (d'école) le plus haut du monde Assassiné à l'hôpital |
Toutes
les fois que je chante en public « Il
ballo del matto » (le Bal du Fou), je
prends quelques minutes pour raconter l'aventure
de Franco Mastrogiovanni. Avant tout parce qu'en effet, si on
ne connaît pas l'histoire, la chanson paraît un brin
obscure. Et ensuite car c'est un événement qui doit
être raconté.Dès lors, il est juste que j'écrive
quelques lignes ici.Pour
commencer, Francesco Mastrogiovanni, dit Franco,
n'était pas du tout un fou. Il était
instituteur. De lui, ses élèves disaient qu'il était
l’instituteur le plus haut du monde. Ce devait
être une personne à l’intelligence vive, curieuse,
très sensible. Sa nièce, la journaliste
Grazia Serra, m'a écrit qu'elle était heureuse qu'on
écrive des chansons pour se remémorer son oncle,
parce qu'il « vivait de musique ». Et il aimait les
livres. Et ensuite il avait de toujours des
sympathies anarchistes. Pour les forces de l'ordre
c'était un « anarchiste reconnu
», définition qui pour eux équivaut à dire qu'il
était une sorte de pestiféré.
La peste de la libre pensée. C'est peut-être vraiment
sa liberté de pensée qui est à l'origine des
mésaventures qui ont marqué sa vie.
À
l'été de 1972,
à Salerne,
il se
retrouva
involontairement avec
deux copains anarchistes
dans une bagarre avec quelques militants de FUAN, association de
jeunesse
du Mouvement Social Italien (pour les
plus jeunes : le
MSI
était un
parti
d'extrême droite, guidé par
Giorgio Almirante
).
Par
malheur,
la bagarre finit très mal : son ami Giovanni Marini poignarde à
mort Carlo Falvella, pour défendre Mastrogiovanni, qui s'était
pris
un coup de couteau. En n'ayant
aucune responsabilité dans la mort du
néofasciste, Franco fit
plusieurs
mois de prison, avant être absous. Pour les forces de l'ordre, il
restera toujours un dangereux subversif.
En 1999, il finit de
nouveau en prison pour l'indicible faute d'avoir contesté une
amende. Il fallut
le procès en
appel
pour qu'il soit absous et dédommagé pour injuste détention. Et
pour ne rien
manquer,
il
subit
deux Traitements Sanitaires Obligatoires
(TSO), en 2002 et en 2005.Suite
à tout
ce qui a
subi,
il
semble
que Franco
ait développé une vraie phobie pour les uniformes.
Malgré quelques périodes de dépression, de toute façon, il
vit une vie normale, travaille pendant l'année,
va en vacances,
l'été.
En
2009, il va passer les vacances dans le Cilento. La nuit du 30
juillet, il traverse en voiture la zone piétonnière de la commune
de Pollica. Les agents de police signalent qu'il a provoqué un
incident, ce qui n'est pas vrai. Mais cela suffit pour que le maire,
Angelo Vassallo, signe l'autorisation d'une énième TSO (internement
psychiatrique). Il pense que si quelqu'un est qualifié de
« subversif bien connu » et a déjà subi deux TSO
(internements), il est finalement très facile de penser qu'il a
fait un acte fou, même s'il s'est seulement trompé route.
Le
matin suivant Franco Mastrogiovanni est à la mer, à l'établissement
de bains qui fréquente. Les agents de police arrivent subitement sur
lui, ils l'ont aperçu en route et ils se sont lancés à sa
poursuite. Il refuse de se livrer et dit au gérant de
l'établissement : « S'ils me conduisent à l'hôpital de Vallo
della Lucania, ils me tuent. » Ensuite il s'enfuit et il se
jette à la mer. À terre, il y a les forces de l'ordre, les Gardes
Côte et je ne sais pas combien d'infirmiers.
Lorsque à la fin,
épuisé, il sort de l'eau et se rend aux hommes en uniforme, son
unique forme de protestation consiste à chanter des chansons
anarchistes.
Ils
l'emmènent à l'hôpital San Luca de Vallo della Lucania, le
sédatisent, ils le lient à un lit et le laissent là. Pour environ
quatre-vingt-dix heures. Franco se regimbe, demande de l'aide, saigne
des poignets. Mais rien à faire, pendant presque quatre jours, on le
laisse dans cet état. Sa nièce Grazia – raconte-t-elle – va
demander pouvoir le voir, ils refusent, on ne peut pas.
Dans la
chambre où il a été mis Franco, il y a une caméra de sécurité.
La caméra filme tout. Elle filme son agonie, elle filme le personnel
soignant qui passe à côté de lui, elle filme la mare de sang sous
le lit. Et elle filme sa mort.
Il
y a eu un procès de premier degré avec des condamnations.
Maintenant, c'est le procès d'appel. L'avocat de la défense a
soutenu que Mastrogiovanni devait être contenu pour défendre sa
santé. Jugez vous-mêmes.
De
cette histoire, les mass media ont très peu parlé. Car Franco était
anarchiste et les anarchistes, on le sait, sont imprésentables. Car
des TSO (internements psychiatriques) et des maladies mentales, il
n'est pas bien de parler à la TV. Car l'autorisation à TSO
(d'internement), c'est Angelo Vassallo , qui l'a signée, lequel est
considéré comme un héros (lorsqu'il fut assassiné à son tour par
des tueurs inconnus), et qu'il n'est pas bien de raconter des
histoires qui font tache sur la mémoire des héros. Pour tout ceci
ou peut-être d'autres raisons, du cas Mastrogiovanni, on a parlé
très peu. Et alors de temps en temps, quelque chanteur lui dédie
une chanson. Je l'ai fait aussi.
La
mort s'est vêtue de blanc
Sans vergogne, elle ment.
Elle porte
une blouse étroite
Et un stéthoscope pend sur sa poitrine.
La
mort s'est vêtue de blanc
Qui lie et serre fortement
En poche
un papier timbré
Qui enferme là celui qui est oublié.
La
mort s'est vêtue de blanc.
Elle prescrit le tourment,
Elle
impose la contention,
Elle signe la persécution.
C'est
un abus de puissance,
C'est l'arrogance, c'est la suffisance
De
celui qui sait en user
Sous couvert d'autorité.
Où
est-il le fou,
Mais qu'a-t-il fait ?
Dans les vagues de la mer,
il s'est réfugié.
Voilà le fou
Mais qu'a-t-il fait ?
On
ne sait pas, mais il faut l'arrêter.
Vienne une vague faire
le bourreau ;
Que libre encore, il puisse se noyer.
J'aime
mieux penser qu'il meurt dans l'eau
Que dans un hôpital enfermé.
Vienne
une vague faire le bourreau
Que libre encore, il puisse se
noyer.
J'aime mieux le penser mort dans l'eau
Que dans un
hôpital assassiné.
De
blanc se vêt la mort
Qui écrase même le plus fort.
Elle a un
badge sur la poitrine
Et dispense la morphine.
Il
est maintenant obligatoire
D'oublier cette histoire
Et beaucoup
s'y sont pliés
Par respect de l'autorité.
Où
est-il le fou,
Mais qu'a-t-il fait ?
Dans les vagues de la mer,
il s'est réfugié.
Voilà le fou
Mais qu'a-t-il fait ?
On
ne sait pas, mais il faut l'arrêter.
Vienne une vague faire
le bourreau
Que libre encore, il puisse se noyer.
J'aime mieux
le penser mort dans l'eau
Que dans un hôpital prisonnier.
Vienne
une vague faire le bourreau
Que libre encore, il puisse se
noyer.
J'aime mieux le penser mort dans l'eau
Que dans un
hôpital assassiné.
La
mort s'est vêtue de blanc
Sans vergogne, elle ment.
Elle porte
une blouse étroite
Et un stéthoscope pend sur sa poitrine.