LE
BARON FANFULLA DE LODI
Version
française – LE BARON FANFULLA DE LODI – Marco Valdo M.I. –
2015
Chanson
italienne – Il barone Fanfulla da Lodi - anonimo
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Qui l'a dans le cul se le garde
Et protège son doigt.
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Si
je dis « Bartolomeo Tito Alon », né à Basiasco, le 1er
septembre 1477 et mort à Pavie, le 24 février 1525, je crois que
ce nom dirait quelque
chose à peu de gens.
Peut-être à beaucoup
d'entre eux, le nom
avec lequel il est passé à l'histoire, c'est-à-dire
Fanfulla da Lodi,
dirait davantage. C’est
un des mythiques
« condottieri » italiens, valeureux, d'esprit altier
et hautain, méprisant du
danger à
la bataille et cetera.
Piero Novati dit de lui : « Il
n'y a pas de combat
important à cheval du
Seizième siècle auquel
Fanfulla n'ait pas
participé, d'abord comme simple soldat de fortune
et ensuite comme capitaine
avec sa troupe de
cinquante hommes d'armes directement subordonnés à
son commandement et à
sa solde ».
Les condottieri italiens du XVIe siècle, qui combattaient justement
à la solde
des puissances qui avaient fait de l'Italie leur champ de bataille
préféré (France et Espagne en premier),
eurent à subir avec le
Risorgimento le mythe
d'un pays qui
n'existait littéralement pas ; en devant servir d'exaltateur
de ses « qualités guerrières »
(à l'Italie),
ces
mercenaires
(quels
mercenaires c'étaient
!) se retrouvèrent
par exemple à combattre tous
ensemble dans une
joute chevaleresque
dans la plaine
entre Corato et Andria, dans les Pouilles,
donnant lieu à ce qui
est passé à
l'histoire comme la « Disfida de Barletta » (Défi
de Barletta) qu'on
nous a tant
servi à titre
d'exemple de la « vertu
italienne contre
le lâche étranger » depuis
le temps de Massimo
d'Azeglio (entretemps, d'autre part, en Italie, on remportait
les défis
chevaleresques pendant que n'importe
quelle armée des
puissances européennes en faisait
(de l'Italie)
son très confortable champ de bataille en semant deuil et ruines).
Fanfulla
da Lodi a le rôle principal de cette très célèbre chansonnette ;
une « chanson paillarde ». Eh bien oui : les CCG ne s'arrêtent
devant rien. La « paillarde » renvoie à des temps
lointains, d'université élitiste, du fait que des riches, des
rejetons bons à rien qui pouvaient se permettre, en attente de
devenir la classe dirigeante, de s'amuser à faire le casse-cou avec
l'argent de papa ; ce n'est pas pour rien qu'elle fut littéralement
balayée par '68 ( tout en survivant dans quelques facultés,
particulièrement les juridiques, dans quelques universités, et
généralement liée à une tradition de droite). Malgré cela, dans
quelques chants – au moins parmi des plus anciens, il est possible
de trouver des piques considérablement intéressantes,
particulièrement de dérision de certaines « vertus dorées »
; ainsi dans cette « Fanfulla ». Là, le condottiere est
présenté, pour ainsi dire, dans les coulisses : finies les
batailles et les défis, le voici dans la peau d'un petit homme
obsédé qui réussit à escroquer une prostituée en en tirant
cependant une très amère (et bien méritée) surprise.
Une
« chanson contre la guerre » ? Eh bien, si
elle l'est,
elle
l'est
pour
d'excellentes
raisons, Charles
Martel revient de la bataille de Poitiers [[20274]] de
Fabrizio de André (et Paolo Villaggio), est aussi
« Fanfulla », qui
semble bien
être son
ancêtre direct ; le même « guerrier » cueilli dans un
instant fort
peu vertueux et édifiant,
le même traitement réservé à la donzelle
facile,
le même « esprit »
qui traverse
les deux chansons.
« Carlo Martello », écrit par
un
nonchalant étudiant de jurisprudence (qui ne passera jamais sa
licence ) de bonne (bien
plus, d'excellente)
famille, est une
chanson paillarde
de
plein droit.
Sans compter que, dans la strophe finale de la « Fanfulla »,
là où on énonce la très célèbre « Loi de Volga »
(qui
fait contrepoids
à l'aussi
célèbre « Loi de la Menga » fondement
même de
la
plus célèbre composition paillarde
italienne,
le poème
Il
processo di Sculacciabuchi
(Le
procès des
Sculacciabuchi)
écrit en 1899 par
un étudiant
du
nom de Rosati,
qui ensuite ne
devint
rien de moins que
ministre de la Justice), on énonce le principe universel de toute
guerre.
De
ce chant, existent d'innombrables versions ; il s'agit,
probablement d'un des rares chants paillards qui
ont connu le processus de transformation en un véritable chant
populaire. Le texte ici – repris de it:wikipedia
– est le plus complet.
Je
ne te cache rien, moi Lucien. Tu es mon ami l'âne et tu le sais
bien. Cependant, il faut que je t'avoue la chose comme elle est :
cette fois-ci, je me suis amusé à mettre en français cette
chanson. Dis-moi quand même, car je me suis posé la question… Toi
qui es allé partout et dans tous les temps, n'as-tu pas connu le
sieur Fanfulla, baron de son état ?
Bien
évidemment que si que j'ai croisé ce couillon ; car c'en était
un vraiment, tu peux me croire. Rompre ainsi sa lance au premier
combat… Si tu vois ce que je veux dire ; franchement, ça ne
se fait pas. Sans être vantard, ni crâneur, ni bravache, ni
épateur, ni prétentieux, ni esbroufeur, ni hâbleur, ni frimeur, ni
fanfaron, ni matamore, ni rodomont, ni fier à bras, je t'avouerai
que au long de mes longues pérégrinations, comme je suis à présent
(et depuis longtemps) équipé comme un âne, je n'ai pas manqué une
occasion d'user de mon tromblon. Mais jamais, au grand jamais, je
n'ai eu recours au goldon. D'ailleurs, ils sont trop petits.
Oui,
Lucien l'âne mon ami, j'ai compris. Mais Fanfulla dans tout ça ?
Ah
oui, Fanfulla, ce couillon… Comme baron, il était un peu con. Il
bataillait à gauche, il bataillait à droite et il bataillait au
milieu et du coup, il mourut pas bien vieux et encore, lui, il fit
long feu. Tel est le sort des condottieres.
Merci
beaucoup de la précision. Cela dit, j'ai vérifié, pour éclairer
ta lanterne, la loi de Menga et celle de la Volga à certaine source
sûre et encyclopédique. Je conseille vivement à ceux qui
lisent l'italien d'aller y jeter un coup d’œil et même plus. J'y
ai trouvé confirmation de ces deux lois et moultes explications
qu'il serait fastidieux de reprendre ici et maintenant (hic et
nunc!). Cependant, j'y ai trouvé quelques corollaires intéressants
en « talien » (comme dit Montalbano quand Sergio le
traduit en français ; dans
l'original (en siculo-camillerien) : « taliano »).
Je cite et je traduis
à la volée...
Comme
d'habitude, dit Lucien l'âne en riant, tu ne fais jamais autrement.
À moi, tu ne peux pas m'en raconter, je te vois faire.
Donc,
dit Marco Valdo M.I., arrête d'agiter ta queue et écoute ; je
cite et je traduis à la volée :
Da
questa legge derivano tutta una serie di preziosi corollari,
conseguenze fondamentali e inconfutabili di tale legge e ormai
capisaldi della fisica moderna: (De cette loi dérivent une série de
précieux corollaires, conséquences fondamentales et irréfutables
de cette loi et désormais fondements de la physique moderne:)
Legge
di Keplero: soffri di più se il cazzo è nero (On souffre plus si
le vit est noir)
Legge
del Volga: chi l'ha in culo se lo tolga (Qui l'a dans le cul,
l'ôte)
Legge
del Bisenzio: vedi
BISENZIO [[10493]]:
chi
l'ha in culo soffra in silenzio (Qui
l'a dans le cul, souffre en silence) voir en français Bizensio
[[22866]]
-
Legge
di Gay-Lussac: cazzo in culo fa cic-ciac (vit dans le cul fait
chic-chiac ou chic sac ?)
Legge
di Fagioli: cazzo in culo 'un fa figlioli. (vit dans le cul ne fait
pas d'enfants)
Legge
di Voghera: anche la bionda ce l'ha nera. (même la blonde l'a noir)
Legge
di Sigfrido: se m'inculi non mi fido. (si on m'encule, je ne fais
plus confiance)
Postulato
di Livello: venir nel culo non è bello. (venir dans le cul n'est
pas beau)
Principio
di Archimede: cazzo in culo non fa erede. (vit dans le cul ne fait
pas d'héritier)
Ah
ben, on s'amuse en Italie. Vaut mieux ça qu'une nuit avec le Pape et
une semaine au Vatican. Tiens, je me souviens d'un coup que Ventu
avait dit quelque part dans ce foutu labyrinthe que toute chanson
dans les CCG finit tôt ou tard par être traduite… Voilà, c'est
fait. Comme quoi, Ventu finit toujours par avoir raison. Et reprenons
notre tâche qui consiste essentiellement, je te le rappelle, non pas
à étudier les fondements physiques et le physique des fondements,
mais à tisser le linceul de ce vieux monde répétitif, sinistre,
somnambule et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi
Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien l'âne.
Le
baron Fanfulla da Lodi,
Condottière de grand renom,
Fut
conduit un soir en catimini
Chez une dame de belles façons.
La
chaste hallebarde de Fanfulla
Était
novice aux duels d'amour
Mais à la vue d'un si bel atour,
Il
empoigna son braquemart et l'enfonça.
Et
il cavala, cavala, cavala
Enfin Fanfulla se lasse.
Au réveil,
l'abjecte baillasse
Lui susurra : « Cent écus, tu me
dois. »
Vaffancul,
vaffancul, va te faire foutre
Lui répond Fanfulla en colère
Je
t'ai déjà donné vingt écus
Et le reste, tu te le mets dans le
cul
Un
jour passe, deux jours, trois jours
Fanfulla, inquiet, regarde son
oiseau
Mais, se dit-il, quel est ce mal nouveau
Que la nature
nous donne ce jour ?
Il
fit appel à un célèbre docteur
Il vint, il vit et il dit
« Baron,
c'est un grand malheur,
Je dois amputer votre vit.»
La
queue sèche de Fanfulla, encore fière
Fut déposée dans une
macabre bière.
Mille vierges firent la compétition
Pour lui
chanter cette chanson :
« Tu
fis le fol, fis le fol, fis le fol
Sans gant, sans gant, sans
gant
Tu fis le fol, fis le fol, fis le fol
Sans
gant et te voilà sans gland ! »
La
morale de cette histoire
Renvoie à la loi de la menga :
Qui
l'a dans le cul se le garde
Et protège son doigt.
Mais
au-delà de cette loi,
Il y a aussi la loi de laVolga :
Qui l'a
dans le cul l'ôte du sien
Et le met dans le cul du voisin !