jeudi 2 avril 2015

PLATERO

PLATERO

Version française – PLATERO – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Platero – Massimo Liberatori – 2003



Cependant vit le doux souvenir d'un gentil héros
Souvenir vivace et magnifique de Platero






Ô Lucien l'âne mon ami, voici une chanson (encore une) où il est question d'un âne…


Qu'on dise que la gloire de Platero viendrait de ce qu'il aurait réchauffé un enfant n'est pas ce qu'il y a de plus intéressant à dire de l'âne, tu peux m'en croire. D'abord, car il y avait aussi, dit-on dans ce conte oriental, dans la même étable, un bœuf lequel question de chauffage est de loin plus efficace que l'âne. C'est une question de masse corporelle. Un bestiau de ce genre pèse trois à cinq fois mon poids, quelque chose entre 600 et 900 kilos. Imagine un radiateur de cette taille…


Là, tu as raison, Lucien l'âne mon ami et puis, question âne, tu en connais certainement un fameux bout. Et je comprends parfaitement que tu ne sois pas très impressionné par cette performance calorifique et que tant qu'à vanter les mérites de l'espèce asine et de lui trouver un titre de gloire ou de renommée, tu as manifestement une autre idée à faire valoir…


Bien sûr, il me paraît que s'il faut vanter les ânes, les ânesses, les ânons, les mules, les mulets… On peut et on doit évoquer leur sort d'esclaves, les services énormes qu'ils ont rendus avec une abnégation souvent résignée à l'espèce humaine et depuis la plus haute Antiquité. Mais cela, la chanson y fait écho. Par contre, comme tu le sais, l'âne (et en l'occurrence, Lucien lui-même) est le personnage du premier vrai roman de la littérature – à la fois, roman fantastique, roman policier, roman d'amour, roman d'initiation et tout simplement, roman biographique. Voilà qui valait d'être rappelé. Cela dit, Platero lui-même est un lointain cousin de Lucien. À moins que , mais je t'en prie, garde la chose pour toi, à moins que ce ne soit Lucien lui-même, de passage en Andalousie. Car Marco Valdo M.I. mon ami, ayant accompagné Sancho dans la Manche à la suite du Chevalier au plat à barbe sur la tête, l'immense Don Quichotte, rien n'empêcherait une petite excursion andalouse.


Voilà, Lucien l'âne mon ami, ce que je te propose. Saluons ton cousin, écoutons son histoire…


Bonne idée et en suite, reprenons notre tâche, tissons d'anecdote en chanson le linceul de ce vieux monde mécanisé, autotoxique, autodestructeur et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Il y a une chose rapide qui promène et transporte
Et sur roues, forte et docile, la traîne une machine
Et toi, avec le mors et le bât, tu grimpes la colline.
Ta vie n'est qu'une très longue fatigue.

Nous humains, pour satisfaire nos besoins,
Tous tes rêves avons effacés
Et toi petit âne doux, adorable et bastonné,
Ton peu de gloire est d'avoir réchauffé un bambin.
Mais de ta sueur, on a peu de mémoire
Sous les coups du moteur, rayé de l'histoire
Tête dure et bête de somme, on rit de toi.
Animal d'effort, sans remords, on te bat.
Cependant vit le doux souvenir d'un gentil héros
Souvenir vivace et magnifique de Platero
Sa tristesse et sa gaîté : ses deux jumelles unies
Comme ses oreilles de petit âne d'Andalousie.


mercredi 1 avril 2015

HÉROS (NE T'ÉLOIGNE PAS !)

HÉROS (NE T'ÉLOIGNE PAS !)

Version française – HÉROS (NE T'ÉLOIGNE PAS !) – Marco Valdo M.I. – 2015
d'après la version italienne de Riccardo Venturi, d'après la version turque
d'une chanson curde – Egît [Dûr neçe heval] – Îbrahim Rojhilat2006



Mes yeux sont comme une goutte de rosée, comme la neige du Zagros
Ne pars pas, camarade, non, ne pars pas au loin 




Par une de ces étranges et fréquentes alchimies de ce site, Adriana a signalé cette chanson, jouée et chantée par Serhat Akbal à Fosdinovo en novembre dernier, au moment où le soussigné et Daniela - k.d. l'écoutaient chantée par le même Serhat Akbal à Piadena (CR) à l'occasion du festival de musique populaire de la Ligue de Culture (qui, chanceusement, n'a absolument rien à voir avec d'autres « ligues »), il y environ deux semaines. Écrite par Nuray Șen, Nail Yurtsever et Nuro Aksoy pour l'auteur-compositeur militant kurde Îbrahim Rojhilat en 2006 (et publiée dans l'album Bengî), cette splendide chanson s'intitule, justement, Egît ; c'est un mot, probablement, intraduisible en italien, mais Gian Piero Testa aurait immédiatement reconnu le grec παλικάρι, qui y correspond pleinement. Le « jeune héros », ici, est un combattant du PKK, car cette chanson a été écrite pour la lutte du PKK, et elle parle de ça. Des paroles qui accompagnent cette chanson (très connue aussi comme Dûr neçe heval, son premier vers) sur les innombrables vidéos qui circulent sur le réseau, on comprend qu'elle est devenue un hymne du PKK et, surtout, qu'elle a accompagné la bataille pour la victorieuse défense de Kobanê contre les nazis islamiques de l'ISIS. La signification du mot kurde heval est bien éclaircie par Serhat Akbal, en italien, dans le vidéo ; j'ajoute que c'est la même en langue turque, avec le mot arkadaș. Un mot où se confond « ami », « camarade » et « frère ». Il s'agit, certainement, d'un chant de lutte ; pourtant, comme on peut le voir, il ne renonce pas à considérer cette lutte comme un chant de liberté et de paix.
Nous n'aurions pu rien comprendre à cette chanson sans la traduction turque trouvée dans une providentielle page Facebook, et dont a été tirée une traduction italienne. Ayant connu personnellement Serhat Akbal, qui est un jeune pour lequel on peut user du mot « exquis », je voudrais lui dédier cette page et à toute la lutte du Kurdistan. Dans le vidéo, Serhat joue d'un instrument traditionnel, le saz (correspondant à la bağlama turque) ; il chante tant en kurde qu'en arménien. Il y a quatre ans, il a dû laisser pour raisons politiques son pays et sa famille et a obtenu le statut de réfugié politique en Italie. Il vit et travaille à Rovereto (TN) et il est cuisinier dans un restaurant italien. L'auteur de la chanson, Îbrahim Rojhilat, est né en 1969 dans la ville kurde-turque de Bazîd (en turc Doğubeyazıt). Depuis 1991 quand il fonda le groupe Koma Rojhilat, dont il était le soliste, il joue et chante de la musique kurde, tant traditionnelle que de sa composition,. le nom du groupe a, en même temps, signifié de « Groupe de Rojhilat » et celui de « Groupe de l'Est » (rojhilat signifie « est, orient » en kurde, et quelqu'un y aura reconnu la racine de Rojava « ouest, occident »). Les Koma Rojhilat se sont actuellement dissouts, et Îbrahim Rojhilat continue son activité comme soliste.


Tu ne dois pas
t'éloigner, camarade
Non, non, ne t'éloigne pas.
L'hiver est froid, il y a les intempéries
Les inondations, des tornades
Le sommeil est doux, mon ami

Et maintenant mon cœur est un puits de feu
Qui s'enflamme de passion
Donnant de la vie à mon corps comme au sol de mon pays
Mais comme le corps se refroidit
Mes yeux sont comme une goutte de rosée, comme la neige du Zagros
Ne pars pas, camarade, non, ne pars pas au loin
Je ne sais pas ouvrir leurs yeux, le sommeil est si doux,
Mais réveille – toi et reste ici, prends la relève de la garde
Même ici, nous voyons l'aube
Le soleil transforme les montagnes en feu ardent
Un regard, et on entend le bruit de l'eau qui coule
Et la chaleur du jour qui naît, la chaleur du jour qui naît

Lève la tête
Hurle, ouvre les yeux
Élève ta voix
Réjouis-toi dans ton cœur
Notre espérance est voisine, camarade

Je le sais et peut-être même le sais-tu aussi
Que chaque printemps nouveau lui-même s'embellit
Sur le Zap, sur la Çûkûrca, sur le Colemerk, sur le Hakûrk
Maintenant lève la tête et ouvre les yeux
Nous sommes comme un chant de paix, un chant de liberté
Hé, jeune héros, audacieux aigle de la montagne Colemerk
Ne pars pas, camarade, non, ne pars pas au loin
Dans ton odeur brûle mille fois ton cœur
Camarades, c'est un regard qui dit chaque chose
C'est maintenant l'instant de cueillir ce que nous attendons

Élève ta voix
Réjouis-toi dans ton cœur
Notre espérance est voisine, camarade


lundi 30 mars 2015

DÉSERT

DÉSERT


Version française – DÉSERT – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – DesertoDavide Giromini – 2014
Texte de Luca Rapisarda


Et ainsi nous traversons le sable,
Et nous sommes déjà des mirages dans ce désert

Les énormes sacs de plastic de cette brève, mais très dense chanson écrite par Luca Rapisarda pour « Rivoluzioni sequestrate » (Révolutions séquestrées), nous les voyons tous les jours, dans nos villes. Ce sont les conteneurs de tout ce qui reste à des êtres humains de leur invisible quotidien. Des sacs qui ont traversé le désert, ont traversé la Libye que maintenant on voudrait envahir après l'avoir livrée au chaos et à l'exquise création néocolonialiste appelée ISIS, et qui traversent l'Italie, pays toujours plus hostile et froid. Une chanson faite de peu d'images, mais toutes terriblement exactes et glaçantes. Il n'y aurait pas de raison de se défendre et s'enfuir, pourtant il y en a mille, aucune que nous sommes en mesure de comprendre quoique nous aussi, un temps, nous avons voyagé par les déserts du monde avec des valises liées avec la ficelle. La mémoire s'en est allée, et nos yeux sont fermés. [RV].



Et ainsi nous traversons le sable,
Et nous sommes déjà des mirages dans ce désert
Nous voyageons avec d'énormes sacs de plastic
Nous voyageons avec d'énormes sacs de plastic.

Des documents en poche, je n'en ai pas
Mais une raison pour me défendre et tenter.

Et ainsi nous traversons le brouillard,
C'est hiver maintenant, l'Emilie ressemble à la Sibérie
Avec nous, les grands sacs de plastic
Avecà nous, les grands sacs de plastic.

Des documents en poche, je n'en ai pas
Il n'y a pas raison
de se défendre et s'enfuir.


Et ainsi, nous traversons le sable,
Et ainsi, nous traversons le brouillard,
Et ainsi, nous traversons l'Italie,
Nous traversons l'Italie,
Nous traversons l'Italie.