samedi 29 mars 2014

MON NOM EST STROOP, AVEC DEUX « O »

MON NOM EST STROOP, 
AVEC DEUX « O »


Version française – MON NOM EST STROOP, AVEC DEUX « O » – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – Mein name ist Stroop, durch zwei ‘o’ – Stormy Six – 2013
Écrite par Umberto Fiori et Tommaso Leddi des Stormy Six
Du spectacle “Benvenuti nel ghetto” (Bienvenue au ghetto) créé par le groupe avec 
Moni Ovadia, à l'occasion des 70 ans de l'insurrection du ghetto de Varsovie.





ceux qui, asphyxiés par la fumée, sortaient des immeubles en flammes. Le destin des prisonniers fut la déportation et l'extermination immédiate au camp de Treblinka. 




« Pourtant est-ce peut-être là où quelqu'un résiste sans espoir que commence l'histoire humaine, comme nous l'appelons, et la beauté de l'homme. » Yannis Ritsos/Γιάννης Ρίτσος, fragment de « Ελένη », 1970.


Entre avril et mai 1943 les Juifs du ghetto de Varsovie — hommes et femmes, vieillards et enfants — se rebellèrent face à la violence des SS et leur tinrent tête, armes la main, pendant presque un mois. Il s'agit du premier épisode de résistance armée contre les nazis ; un épisode d'autant plus significatif que les protagonistes — dans des conditions désespérées d’infériorité militaire et presque total isolement — en furent les victimes désignées de la persécution raciste et du génocide, les « sous-hommes sans honneur » et que les troupes de Hitler s'attendaient seulement à de la lâcheté et de la soumission. Les onze chansons du disque, écrites à l'occasion de l'anniversaire, évoquent le historique épisode sous divers angles.

À la figure lumineuse de Mordechai Anielèwicz s'oppose celle, à la fois terne et horrible, du bourreau de Varsovie, Jürgen Stroop (son nom de baptême était Josef, mais il l'avait changé parce que « ça faisait Juif »). Le refrain de la chanson qui lui est consacrée (« MON NOM EST STROOP, AVEC DEUX « O  »), c'est son auto-présentation, telle qu'elle est rapportée dans le livre « Conversations avec le bourreau », où après la libération, son voisin de cellule, Kazimierz Moczarski,un Polonais, transcrivit les inquiétantes déclarations du tortionnaire (les strophes de la chanson sont tirées du même livre).
Le 19 avril 1943, les Juifs affamés et mal armés affrontèrent les troupes allemandes entrées dans le ghetto, en les accueillant à coups de pistolets, de fusils et de mitrailleuses et en les bombardant de cocktails Molotov, réussissant finalement à les repousser.
Repoussé, Stroop (qui disposait de 2.000hommes) décida d'affronter la situation en incendiant et en faisant sauter au moyen d'explosifs chaque immeuble à l'intérieur du ghetto, pour forcer les révoltés à sortir à découvert. Il mit immédiatement en œuvre ses intentions, en commençant à raser méticuleusement chaque bâtiment pour capturer ou tuer ceux qui, asphyxiés par la fumée, sortaient des immeubles en flammes. Le destin des prisonniers fut la déportation et l'extermination immédiate au camp de Treblinka. 

Le 16 mai 1943, Stroop, après avoir étouffé la rébellion dans le sang la rébellion fit sauter la grande synagogue de Varsovie pour fêter la fin victorieuse de l'opération. Dans son rapport télégraphique quotidien à son supérieur le Ss-Obergruppenführer Friedrich Wilhelm Krüger, commandant de la SS et de la police du Gouvernorat Général, Stroop écrivit, exultant :
« Aujourd’hui, ont été éliminés 180 Juifs, terroristes et sous-hommes. Ce qui était le ghetto juif de Varsovie n'existe plus. La Grosse Aktion ( Grande Action, terme usité par les Allemands pour nommer les opérations dans le ghetto) s'est achevée à 20 h 15 en faisant exploser la grande synagogue de Varsovie. Le nombre total de Juifs se monte à 56.065 incluant ceux qui ont été capturés et ceux dont on peut prouver l'extermination. »

Dans les jours suivants, Stroop rédigea pour Himmler un long rapport de 75 pages intitulé « Es gibt keinen jüdischen Wohnbezirk in Warschau mehr! » - « Le ghetto de Varsovie n'existe plus », relatant les opérations et accompagné d'un album photographique de 49 images de la destruction du ghetto. Ce rapport et les photos furent utilisés lors du procès de Nuremberg pour montrer les atrocités commises à l'encontre des Juifs. L'album photographique fut réalisé en trois copies (une pour Himmler, une pour Krüger et une pour Stroop lui-même) par le photographe qui suivait les troupes allemandes et mis en page avec des légendes explicatives. Les photographies qu'il contient figurent parmi les plus significatives et les plus connues de l'Holocauste.

Jürgen Stroop fut capturé par les Américains en mai 1945. Poursuivi pour l'assassinat de prisonniers étazuniens, il fut condamné à mort ; ensuite, on l'extrada en Pologne. Là, il connut un nouveau procès pour les atrocités commises à Varsovie et à d'autres occasions. Stroop fut finalement pendu à Varsovie le 6 mars 1952. Le gibet fut dressé sur les ruines du ghetto.



Mon nom est Stroop, avec deux « o ».
Prénom : Jürgen. Je suis général de corps d'armée.
Enchanté, monsieur.

Enfant, je disais mes prières, avant chaque repas.
Avec maman et papa
Grand, j'aurais voulu être pompier,
Finalement, je suis au cadastre, comme employé
(Enfant, je disais mes prières, avant chaque repas).

Mon nom est Stroop, avec deux « o ».
Prénom : Jürgen. Je suis général de corps d'armée.
Enchanté, monsieur.

J'aime les chevaux et le yodel
Sur mon béret, je porte un edelweiss.
Je suis gourmand de knödels.
Je crois aux dieux germains et au Reich
(J'aime les chevaux et le yodel).

Mon nom est Stroop, avec deux « o ».
Prénom : Jürgen. Je suis général de corps d'armée.
Enchanté, monsieur.

C'est démontré scientifiquement :
Les Juifs n'ont pas le sens de l'honneur.
Ils ont deux mains, un nez, des pensées et des dents,
Mais ce ne sont pas de vrais hommes. D'ailleurs
C'est démontré scientifiquement.

Mon nom est Stroop, avec deux « o ».
Prénom : Jürgen. Je suis général de corps d'armée.

Enchanté, monsieur.

vendredi 28 mars 2014

DANS LA FORÊT DE SACHSENHAUSEN

DANS LA FORÊT DE SACHSENHAUSEN

Version française - Dans la forêt de Sachsenhausen – Marco Valdo M.I. – 2009
à partir de la version italienne de Riccardo Venturi de la chanson allemande - Im Walde von Sachsenhausen - Aleksander Kulisiewicz
(1936 -1942)



MARCHE DE LA MORT

DURANT CETTE MARCHE
6000 PRISONNIERS  (POLITIQUES - TRIANGLES ROUGES)
DU CAMP DE CONCENTRATION DE SACHSENHAUSEN
FURENT ABATTUS PAR LES SS



Dans la forêt de Sachsenhausen
Il y a un lager de baraques
Où par milliers on attend
Que la prison prenne fin
Où par milliers on attend
Que la prison prenne fin
Nous sommes déjà prisonniers depuis tant de temps
Qu'ils nous ont mis sous clé.
En nous tous vit la nostalgie
De la maison, de la femme et des enfants
En nous tous vit la nostalgie
De la maison, de la femme et des enfants.


jeudi 27 mars 2014

LES LOUPS

LES LOUPS


Version française – LES LOUPS – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – I lupi – Ivan Graziani – 1977



« Non, madame, non,
Je n'ai pas connu votre fils, 
Le soleil sous la glace, non, madame, non.
Nous étions cent mille et au retour, seulement six ! »





En avançant (lentement) dans la restructuration totale des pages des « CCG primitives », on se heurte continuellement à des chefs-d’œuvre oubliés, comme cette chanson. Une page vide, seulement le texte et une date. Une chanson d'il y a trente ans, l'histoire d'un survivant de l'ARMIR (Armée italienne en Russie), et de la guerre d'Espagne, qui « recommence à respirer » lorsque « il a brisé son fusil ». Ivan Graziani. Qui s'en souvient maintenant ; peut-être à peine « Lugano addio » ou « Firenze canzone triste ». Un auteur-compositeur mort de série B. Peut-être, peut-être paye-t-il l'hermétisme de certains ses textes, ou ne pas s'être trahi jusqu'à aller chanter à Sanremo. Nous voudrions lui rendre l'hommage qu'il mérite avec ces quelques mots, mais nous n'y réussirions sûrement jamais. Nous lui avons réservé une traduction. Et peut-être disons aussi que, devant cette chanson, où qu'ils se retrouvent, Vladimir Vysotskij, qui des loups s'y entendait, lui offrira un verre de quelque chose. [RV]



Attention, les loups arrivent
Dans le village sommeilleux
Ils ont faim et sont nombreux
Attention, les loups arrivent
Attention, les loups arrivent

Hou ! Attention, les loups arrivent
Hou ! Attention, les loups arrivent

Et ils ont des dents comme des dagues blanches
Et des yeux rouges d'assassins
Et la montagne en vomit plein
Ils sont toujours plus proches

Hou ! Attention, les loups arrivent
Hou ! Attention, les loups arrivent

Chaussures cassées et pantalon sale
Et la cravate du mariage
Mes souvenirs emmenés à la guerre
Avec le parfum de la terre
Et longue et blanche est la route
Qui à la Brianza ramène
Cent jours déjà sur le postal
Et mon cœur me fait mal

Attention, les loups arrivent
Attention, les loups arrivent

« Non, madame, non,
Je n'ai pas connu votre fils,
Le soleil sous la glace, non, madame, non.
Nous étions cent mille et au retour, seulement six ! »

Attention, les loups arrivent

Cette nuit reste avec moi
Je suis fatigué des combats
Sous les taillis d'Espagne
J'ai enterré mon uniforme
Sept ans militaire
Pour une patrie méprisable
J'en essuyé des crachats de dégoût
Et je n'étais pas pire que les autres loups

Mes bras dans la fange
Si tu veux tu peux te cacher
Mais moi, je ne veux pas marcher
À quatre pattes comme une bête

Attention, les loups arrivent
Attention, les loups arrivent
Attention, les loups arrivent
Attention, les loups arrivent


Voici ma demeure
Dans le fumier, coule le marbre
Au fond de la campagne
Quelqu'un chante à tue-tête
Tout va de travers dans mon esprit
Misère et larmes
Je recommence à respirer et j'ai brisé mon fusil


mercredi 26 mars 2014

LE LOUP ET LE LEMMEKE

LE LOUP ET LE LEMMEKE

Chanson française (beulemans) – LE LOUP ET LE LEMMEKE – VIRGILE – (Entre 1920 et 1970)

Langue : beulemans : une variante du brusseleeir ; bruxellaire ou bruxellois, lui-même variante du belgicain, français de Belgique.





Le plus fort sait toujours prouver qu'il a raison




VIRGILE, dit Le Jean de La Fontaine des Marolles, n'était autre que Léon Crabbé (1891-1970). Il fit les beaux jours du défunt magazine politique bruxellois « Pourquoi Pas ? » (1910-1989) en y publiant chaque semaine, en un français mâtiné de « brusseleir », un Dialogue attendu des lecteurs (et pas seulement ceux de la capitale) comme le Messie...

Le sieur Virgile, donc, fit rigoler nos pères… Et notamment par ses pastiches des fables de La Fontaine (Menhier le Corbeau et Menhier le Renard, Le Chêne et le Roseauke, Le Loup et le Lemmeke, La Laitière et le Melkpot en sont quelques ornements hilarants) mais aussi par 49 textes d’une inspiration toute personnelle, joignant au pittoresque la sagesse de la plus brave, à ce qu’on dit, des nations : La Baleine et le Sprok, Le Caniche et le Zinneke, Le Hérisson et le Rolmops, Les deux Moumas, La Puce qui donnait son Sang, L’Apprenti et la Femme du Façadeklacher, Le Philosophe et le Snul, La Vache et la Pin-up, on en passe et des plus tofs !

Quant à Léon Crabbé (1891-1970) choisit d’abord de s’appeler Noël Barcy, l’anagramme de son nom, avant de prendre le pseudonyme de Virgile. Si tous les Bruxellois d’un certain âge se souviennent (avec émotion et nostalgie) des célèbres Dialogues de la Semaine qui paraissaient dans le défunt hebdomadaire Pourquoi Pas ?, on sait moins qu’il eut une activité de revuiste pour les innombrables music-halls bruxellois de l’avant et de l’après Deuxième Guerre mondiale. Il écrivit aussi les textes de quelques 700 chansons, ainsi qu’une cinquantaine de fables, inspirées de La Fontaine ou d’inspiration personnelle. Hormis cela, il composa près de 500 sketches, remarquablement dialogués, que le Pourquoi Pas ? continua à publier jusqu’en 1988, dix-huit ans après la mort de leur auteur !
Georges Lebouc, qui est à la bruxellitude ce que Léopold Sedar Senghor est à la négritude, c’est-à-dire un grand témoin et un passeur de mémoire (nè !), a eu l’excellente idée de rassembler ces pépites dans un joyeux recueil intitulé Fables complètes (aux Éditions Racine à Bruxelles) pour lequel il a rédigé une introduction, un lexique complet et des notes expliquant les mots difficiles.
Il a donc droit à notre reconnaissance éternelle et, surtout et c’est là le plus important, à une demi-gueuze !
(Tout ce bazar vient d'internet, évidemment!)



Qu'est-ce que c'est que cette histoire de Virgile ?, demande Lucien l'âne un peu paf. Moi des Virgiles, j'en ai connu plusieurs au cours de mes pérégrinations transhistoriques et notamment, un écrivain latin, l'accompagnateur de Dante aux enfers et celui de Carlo Levi en Géorgie et en Ukraine... C'est juste pour dire... À moins qu'il ne soit question de ce zievereer du Pourquoi Pas ? que j'ai croisé aussi un jour de marché sur la place communale de Schaerbeek. Je ne sais plus ce qu'on faisait là à sept heures du matin...


C'est bien celui-là..., dit Marco Valdo M.I. en riant. Celui qui disait des fables à la radio, parfois. Et justement, aujourd'hui, je te propose ce Loup et le Lemmeke, qui me semble une transcription assez fidèle de ce loup et l'Agneau de La Fontaine, qui fit trembler tant et tant d'enfants sous l'estrade à l'heure de la récitation et j'en suis persuadé, assez plus directement de la version en marollien de Coco Lulu. Il te souviendra que l'autre jour, j'avais proposé aux Chansons contre la Guerre, une version en marollien, c'est-à-dire en wallon des Marolles (quartier populaire du centre de Bruxelles), de ce Lupus in fabula... [[6558#agg220923]], apportant ainsi au passage une langue vernaculaire en plus au site des CCG. Je me réservais de réitérer l'exploit et d'en apporter une supplémentaire encore et la voici... C'est toujours la même histoire du Loup et de l'Agneau, mais cette fois en pur beulemans.


C'est-à-dire ?, dit l'âne Lucien passablement interloqué.

C'est-à-dire une variante de bruxellois, appelée le « beulemans » du fait que son œuvre la plus retentissante et fondatrice fut une pièce de théâtre intitulée « Le Mariage de Mademoiselle Beulemans » [https://www.youtube.com/watch?v=hiYCNIfgV6w], où cette langue se déborde en contraste avec celle du jeune Parisien, futur de la demoiselle. Cela dit, le beulemans n'est pas du wallon, mais bien une variante du belgicain, ou français de Belgique tel qu'il est parlé par des locuteurs imbibés de flamand et sans doute aussi, à certains moments, de bière nationale. Pour le petit couplet introductif, on dira qu'il est de nette inspiration flamande (mais de Bruxelles) – on y retrouve la mère-grand de Perrault (ici, Bomma), mangée par le loup du Chaperon rouge... tout comme dans la version de Daniele Sepe.


Awel, dit l'âne Lucien en pouffant doucement, y a pas à dire, c'est quelque chose. Si j'aurais jamais imaginé ça, Mademoiselle Beulemans dans les Chansons contre la Guerre... On aura tout vu. Bon, c'est pas tout ça, recommençons à tisser le linceul de ce vieux monde insipide, ronchon, trop riche, limite obèse et cacochyme.


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Viva Bomma Pataten et saucisses
Viva Bomma Pataten en cervelas
En een dikke troulala... Troulala


Le plus fort sait toujours prouver qu'il a raison
Dans la vie comme à la maison

Un Lemmeke, ça est un petit agneau
Était en train de boire au bord d'un ruisseau
Un loup arrive
Ce loup, un castar culotté
Depuis plus que trois jours avait rien boulotté
Ça tirait tellement dans ses instintins
Qu'il était fiel de faim
Espèce de knotsyphon qui ce qui vous a permis
De bleffer dans mon eau
Je ne pardonnerais pas çà à mon meilleur ami
Aussi je vous le dis, tu seras puni
Oui mais, pardon Mon Sire, qui dit le sukkeleir
Avouez que vous êtes un drole de pleikleir
Le coulant va par là
Et je bois à plus que vingt pas plus bas
Que Votre Majesté
Donc, je ne sais pas bleffer dans l'eau que vous boivez
Tûût, tûût, tûût répond le loup
Je vous dis que tu bleffes
Et avec ça, c'est tout.
Et puis, l'année passée, tu as raconté sur moi
Un tas de zieverderas
Permettez-moi que je le dise, Majesté
Vous êtes un leuigenoet
Pasque l'année passée, j'étais pas né
Et la preuve n'est-ce pas
C'est que je tette encore le sein de ma moema.
Si c'est pas toi, c'est ton frère
Et ça ne sont pas des choses à faire.
Mon frère !? Et bien merci, toi t'es un vrai comique
Car vous pouvez sacher que je suis un fils unique.
Dans tous les cas, c'est de ta famille
Et ça va changer potfermille !
Mais enfin, monsieur le loup...
A smoel toe! Taisez-vous !
Ton crime est sans excuse.
Ton berger et tes chiens me cherchent toujours des ruses
Et, plus de compliments.
Moi, je dois me venger.

Priez pour le petit schoop

Car le loup l'a mangé .