jeudi 23 janvier 2014

LE CHAMEAU


LE CHAMEAU


Chanson enfantine
Interprétation : Les Quatre Barbus – 1956
Les petits chanteurs de l'Ile de France (1966) http://www.youtube.com/watch?v=7nJ2tN1KmeA


Et vive le chameau
Voyez comme il est beau !




Ah, « Le Chameau »... Voilà bien un quadrupède utile...


Attention, dit Lucien l'âne, quadrupède et de plus, c'est un ongulé et de surcroît, tout comme son compère le dromadaire, il est très costaud et certains sont très rapides à la course et peuvent courir jusqu’à 65 km/h en pointe. Ce sont de lointains cousins...


Ah, l'esprit de famille... Ne fais pas la grimace, Lucien l'âne mon ami. C'était juste une petite plaisanterie. Mais notre « Chameau » d'aujourd'hui est une chanson, sans doute anonyme, qui fut sauvée des eaux par les colonies de vacances, les soirées dans les auberges de jeunesse et les Quatre Barbus qui en 1956, en firent une version qui fit les bonnes heures de leurs tours de France... Mais ce n'est pas la seule et il existe aussi des variantes dans le texte... J'ai un souvenir de « Ce vaisseau du désert, c'est le … Chameau ». J'en ai même repéré une interprétation chorale avec orchestre... Ce sont « Les petits chanteurs de l’Île de France », une version de 1966.


Houlalala, en voilà une histoire... Ce chameau mérite bien des égards..., dit Lucien l'âne en entamant une étrange danse, tapant alternativement, en cadence et léger, léger comme un daim qui s'élance, ses petits pieds menus, menus, menus... Mais, se gondolant plus encore, Lucien l'âne dit : « Il ne faudrait quand même pas oublier le dromadaire, cet autre vaisseau du désert, un cousin lui aussi. »


Certes..., on ne peut l'ignorer... D'ailleurs, au moment d'insérer cette chanson qui a bercé bien des enfances – sages ou moins sages, à propos de l'impérissable Chameau et de son comparse le Dromadaire, il m'est revenu en mémoire un conte pour enfants pas sages de Monsieur Prévert... intitulé « Le Dromadaire mécontent ». Comme c'est toujours un plaisir de rire, je m'en vais te refaire voir et entendre cette délicieuse histoire, qui me paraît devoir figurer auprès des camélidés de Rodari et Savona.

C'est une nécessité absolue, rétorque Lucien l'âne. Par parenthèse, tu remarqueras aussi qu'en français curieusement, le chameau n'a qu'un "m", alors qu'en italien, il en a deux. Alors, je t'écoute ...

Il te faudra attendre un peu, car je vais l'insérer en tant que canzone à part entière dans les CCG...


Alors, patientons...


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Perdu dans le désert immense
L'infortuné bédouin – douin douin douin douin
N'irait pas loin – loin loin loin loin
Si la divine Providence
N'allégeait son fardeau – deau deau deau deau
Par un cadeau – deau deau deau deau
Ce cadeau précieux
De la bonté des Cieux
Ce précieux cadeau
C'est le chameau !
Halli ! Hallo !


Halli ! Hallo !
Et vive le chameau
Voyez comme il trotte
Halli ! Hallo !
Et vive le chameau
Voyez comme il est beau !
Himalaya, Java, Calcutta, Sidiborina
Himalaya, Java, Calcutta, Sidiborina
Aléa léa léa ! Ohé ! Aléa ! Ohé ! Ohé !
Aléa léa léa ! Ohé ! Aléa ! Ohé ! Ohé !


Il sait faire la révérence
Et se mettre à genoux – noux noux noux noux
Sur les cailloux – youx youx youx youx
Et sur son dos quand on s'élance
Aussi léger qu'un daim – daim daim daim daim
Il part soudain – dain dain dain dain
Yeux fermés, nez ouvert
Des sables du désert
Il soulève les flots
De ses sabots !
Halli ! Hallo !

Halli ! Hallo !
Et vive le chameau
Voyez comme il trotte
Halli ! Hallo !
Et vive le chameau
Voyez comme il est beau !
Himalaya, Java, Calcutta, Sidiborina
Himalaya, Java, Calcutta, Sidiborina
Aléa léa léa ! Ohé ! Aléa ! Ohé ! Ohé !
Aléa léa léa ! Ohé ! Aléa ! Ohé ! Ohé !


Grâce à cet animal utile
Vrai chemin de fer vivant - vant vant vant vant
De l'Hindoustan - tan tan tan tan
On transporte d'un pas agile
Cachemire et rubis – bis bis bis bis
Et des tapis – pis pis pis pis
De la gomme et du thé
Du sucre et du café
Du riz, du cacao
De l'indigo !
Halli ! Hallo !

Halli ! Hallo !
Et vive le chameau
Voyez comme il trotte
Halli ! Hallo !
Et vive le chameau
Voyez comme il est beau !
Himalaya, Java, Calcutta, Sidiborina
Himalaya, Java, Calcutta, Sidiborina
Aléa léa léa ! Ohé ! Aléa ! Ohé ! Ohé !
Aléa léa léa ! Ohé ! Aléa ! Ohé ! Ohé !

LE DROMADAIRE ET LE CHAMEAU

LE DROMADAIRE ET LE CHAMEAU


Version française - LE DROMADAIRE ET LE CHAMEAU – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne - Il dromedario e il cammello – Gianni Rodari – 1964



Il y avait un vieux bédouin 
Qui se disait en lui-même : 







Un jour, un dromadaire
Rencontrant un chameau
Dit : « Je te plains, mon beau
Mon très cher frère :
Tu serais un dromadaire
Proprement extraordinaire
Si seulement tu n'avais plus
Cette vilaine bosse de plus. »

Le chameau lui répond :
« Tu te trompes, mon bon.
C'est une malchance
De n'avoir qu'une seule bosse.
Il te manque peu pour être
Un chameau parfait.
Avec toi la nature
A manqué son effet.


La dispute allait de plus belle
Et dura tout le matin.
À écouter cette querelle
Il y avait un vieux bédouin
Qui se disait en lui-même :
« C'est bien malheureux
Voilà-t-il pas que ces deux
N'admirent qu'eux-mêmes
Ainsi dans le monde souvent
Raisonnent tant de gens
Qui rejettent sans autre jugement
Ce qui est seulement différent ! »

LE CHAMEAU ET LE DROMADAIRE

LE CHAMEAU ET LE DROMADAIRE

Version française - LE CHAMEAU ET LE DROMADAIRE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – Il cammello e il dromedario – Quartetto Cetra – 1963

Paroles et musique d'Antonio Virgilio Savona


Et le chameau, être bienveillant




Chanson emblématique du génie que fut Anton Virgilio Savona, un artiste capable de vivre sur le double mode de la chanson légère et de la chanson radicale et iconoclaste, parcours qui souvent se recoupaient, comme dans cette comptine au goût rodarien…




Un jour dans un désert se rencontrèrent
Sans le vouloir et par hasard se regardèrent
Un chameau pauvre et un riche dromadaire
Ils se saluèrent
Ils se dépassèrent
Puis, ils s'arrêtèrent
Ils se retournèrent
Et firent marche arrière
Puis, ils se regardèrent
Et le dromadaire dit très fier:

Bè, pourquoi
Toi, tu as deux bosses et moi, seulement une ?
Pourquoi
Me regardes-tu hébété de la dune ?
Pourquoi
Continues-tu à mâcher et tu ne réponds pas ?
Donne m'en une !
Si tu me la vends, je te donnerai une fortune ! »

Et le chameau, être bienveillant
Pour un instant, se montra conciliant
Puis, il regarda ses bosses d'un œil aimant.
Et alors, il y repensa
Et il les contempla
La tête, il balança
Et ensuite, il la releva
Son regard brillait
Sa poitrine gonflait
Et au dromadaire, il dit cela :

« Sais-tu ce qu'il y a ?
Je garde mes deux bosses et toi reste avec une
À moi
Que m'importe ta fortune
À moi
Qui suis pauvre, beau et charnu
Et moi
Je te dis salut
J'ai deux bosses et toi, une ! »


La, la, la...
Ainsi il se confirma
Que le chameau est bossu deux fois
Et que le dromadaire à une bosse restera !

mercredi 22 janvier 2014

L'HOMME À L'OREILLE VERTE

L'HOMME À L'OREILLE VERTE


Version française – L'HOMME À L'OREILLE VERTE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – Un signore maturo con un orecchio acerbo (L’orecchio verde) – Gianni Rodari – 1979










Dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, il me semble que dès le titre, tu en prends à l’aise avec la traduction... Explique-moi le pourquoi et le comment de cet étrange phénomène qui a raccourci le titre italien au point de ne plus le reconnaître...


Ah, salut à toi, ô Lucien l'âne à l’œil si ouvert et aux oreille si noires, salut à toi, Seigneur, Salut à vous notre Seigneur venu des temps si anciens et pourtant aux yeux et aux oreilles plus jeunes que l'enfant naissant et plus aigus que le diamant. Oh, je ne dirai pas de toi, ni de tes oreilles, ni de tes sabots, ni de ta queue, ni de rien de ce qui te constitue que l'âge, oui, l'âge ait pu un instant vous entamer... Eh oui, Lucien l'âne mon ami, tu es encore tel qu'en toi-même l'éternité te connaîtra et cela du début à la fin des temps, tu incarnes l'immortalité de l'âne. Donc, je te salue. Maintenant pour ta question concernant le titre de la traduction de la canzone ou la traduction du titre de la canzone, ce qui est la même chose, je m'en vais te répondre.


Il est temps... J'ai cru que tu n'y arriverais jamais...








Voyons, Lucien l'âne mon ami, ne relance pas si imprudemment mon discours... et laisse-moi aller mon train. Donc, j'y reviens à cette affaire de traduction. Certes, tu avais raison, le titre italien est bien long et pour te satisfaire, je m'en vais te le traduire littéralement. Que dit-il finalement ? Ceci : « Un signore maturo con un orecchio acerbo (L’orecchio verde) » : « Un homme mûr avec une oreille acerbe (L'oreille verte) ». Et moi, j'ai traduit : « L'homme à l'oreille verte ». Était-ce par souci de simplification ? Par goût de la compacité ? Peut-être, mais pas seulement. C'était certes un chemin qui m'y menait, mais vraiment, il y a autre chose, plus exactement encore d'autres choses, sans doute liées à des souvenirs d'enfance ou à des pensées d'un autre temps, à des réminiscences, des remembrances comme disait Rimbaud. Je m'explique en mettant tout sur la table :
L'homme à l'oreille cassée – L'homme à l'oreille coupée – L'Oreille cassée.
Pour faire court : l'Homme à l'oreille cassée, c'est le plus ancien... C'est le héros d'un roman d'Edmond About, vers 1860 – par parenthèse, un jeune homme ressuscité lui aussi ; L'Homme à l'oreille coupée, c'est évidemment, Vincent
Van Gogh ; quant à l'Oreille cassée... C'est une aventure de Tintin...







On ne peut être plus enfantin..., éclate l'âne Lucien dans un rire qui tonitrue encore. Tu m'as l'air bien acerbe, toi aussi. Va donc pour ton homme à l'oreille verte. Mais au fait, qu'est-ce donc qu'une oreille acerbe ou une oreille verte ?


À vrai dire, l'expression n'existe pas véritablement en français et je comprends ton ébahissement. Mais voilà, tu auras vu comme moi que le titre utilise deux façons, deux mots pour qualifier l'oreille : il la dit verte et il la dit acerbe. En italien, ils peuvent être synonymes et assez directement. En français, il y faut un (léger) détour... Mais dans les deux langues, il y a vert et vert. Vert étant une couleur, mais vert est aussi une manière de dire « encore jeune », « acide », « pas mûr ». Et là, dans les deux langues, nous y sommes. Je t'indique aussi qu'acide peut se dire acéré, aiguisé, aigu, précis, exact... Et donc, cette oreille verte est à la fois, et c'est dit dans la chanson, verte, jeune, aiguë, précise... On peut aussi pour être complet ajouter que par exemple, le raisin vert – celui qui n'est pas mûr – est tout petit... Donc, la signification est aussi celle-là : petite oreille. En somme, on nage en pleine amphibologie ; on est en Polysaimie, ce continent étrange entièrement peuplé de mots exilés de la terne platitude des mondes mûrs.


Je te propose d'arrêter là tes élucubrations et de passer à la chanson de l'homme dans le train avec une oreille verte. Sans toutefois oublier de reprendre notre tâche qui nous entraîne, tels des canuts à durée indéterminée, à tisser le linceul ou le suaire, ce qui est la même chose, de ce vieux monde trop mûr, carrément blet, pourrissant, pour tout dire en décomposition et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Un jour sur le direct Capranica-Viterbe
Je vis monter un homme à l'oreille verte.


Il n'était pas si jeune, tout en lui avait mûri
Tout, sauf l'oreille, qui était restée verte.
Je changeai vite de place pour être près de lui
et voir cette oreille si experte.

« Monsieur – dis-je donc – vous avez un certain âge
Que faites-vous de cette oreille verte ? »
Il répondit gentiment : « En effet, j'ai de l'âge
De ma jeunesse, seule cette oreille me reste.
C'est une oreille-enfant, elle me sert à comprendre
Les voix que les grands ne peuvent entendre.
J'écoute ce que disent les arbres, les oiseaux,
Les nuages qui passent, les cailloux, les ruisseaux.
Je comprends même les enfants lorsque ils disent des choses
Qui à une oreille mûre, paraissent mystérieuses. »



Voilà ce que dit le monsieur à l'oreille verte
Ce jour-là sur le direct Capranica-Viterbe.

mardi 21 janvier 2014

COMPTINE BOUFFONNE


COMPTINE BOUFFONNE


Version française – COMPTINE BOUFFONNE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – Filastrocca burlona – Gianni Rodari – 1981



Et moi, je veux noyer maintenant
Toutes les larmes dans l'océan...



Comptine un peu bouffonne
Pour divertir certaine personne :

Si la montée descendait,
Si la montagne s'étalait,
Si tous les escaliers étaient perdus,
Si les fleuves coulaient vers l'inconnu,
Si tous les jours, c'était fête,
Si le vent sucrait la tempête,
Si les plantes donnaient le pain,
Comme les pêches et les raisins,
Si on m'élevait un monument…
Moi, je ne serais toujours pas content.

Car, moi, je veux noyer avant
Toutes les armes au fond de l'océan
Et moi, je veux noyer maintenant
Toutes les larmes dans l'océan...

lundi 20 janvier 2014

NOUS DE LA VALSUSA

NOUS DE LA VALSUSA


Version française - NOUS DE LA VALSUSA – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – Quelli della Valsusa – Mariano Goitre – 2006



NOUS SOMMES TOUS DE LA VALSUSA







Tu vois, Lucien l'âne mon ami, j'ai traduit cette canzone en priorité afin de pouvoir insérer la traduction de la lettre de ces gens prisonniers pour avoir voulu sauver leur montagne. Et puis, comme tu le sais, dans la chasse aux sorcières, je suis toujours du côté des sorcières.


Moi aussi, dit Lucien l'âne en tapant de son sabot noir la pierre bleue. Moi aussi, je suis du côté des sorcières. Tu as bien fait de la traduire cette canzone et surtout aussi, la lettre de ces camarades emprisonnés... et je me souviens bien que tu avais fait pareil pour le livre « Achtung Banditen ! » qui racontait l'histoire de Marco Camenisch lequel menait un combat analogue, il y a déjà bien longtemps. Un livre que tu avais traduit et que tu avais inséré dans un de tes blogs [http://marcovaldo.over-blog.com/]. Combat analogue contre les pénétrations destructives des montagnes, mais aussi un combat pour les conditions dans lesquelles on détient les prisonniers et spécialement, ceux qui osent affronter à visage découvert l'ordre établi. Tu avais même traduit un deuxième livre au titre similaire, le « Achtung Banditen ! », qui racontait lui l'histoire de ces résistants qui avaient fait sauter à la nitro un régiment SS à la via Rasella en plein milieu de Rome. Comme tu avais fait ici-même avec le cycle du Cahier Ligné et les 104 chansons racontant l'histoire de ce blessé-prisonnier...tiré du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi, qui vers 1935 – sous le fascisme – fut lui aussi prisonnier dans les prisons de Turin. À mon sens, il y a un lien entre tous ces événements...


C'est exact sur toute la ligne. Carlo Levi a en effet fait deux séjours dans les prisons de Turin, mais aussi de Rome et de Florence en raison de sa résistance au fascisme. Je suggère que certains relisent son livre : « Paura della libertà »... Pour Marco Camenisch, je te signale qu'à ma connaissance, il est toujours en prison en Suisse ; vingt-cinq ans de prison et c'est pas fini ; on rejette tous ses recours, même quand il démontre que les balles de la Justice ne peuvent avoir été tirées par son arme. Quant au lien, c'est celui de la résistance à la domestication de l'humaine nation – Ora e sempre : Resistenza ! Enfin, le combat des NO Tav nous concerne aussi... D'autant plus que la ligne Tav contre laquelle ils se battent ne circule pas qu'en Italie, tout comme la montagne ne s'arrête pas à la frontière... Ce combat intéresse les deux côtés de la montagne et bien au-delà, toute l'Europe. Dès lors, leur combat – à ceux de la Valsusa, est celui tous ceux qui refusent que l'on fasse des travaux et des constructions pharaoniques et dispendieuses au détriment de l'avenir-même de nos régions... et aux frais des populations. Que l'on réduise toutes les lignes dites « secondaires » si utiles aux gens ou qu'on ne les entretienne plus afin de créer les lignes ultra-rapides et ultra-chères pour le confort des riches...


Tu as raison, c'est encore une fois un épisode de la guerre que les riches font aux pauvres, cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants imposent aux pauvres afin d'accroître leurs richesses (qui va gagner à ces chantiers mirobolants ? Qui gagne sur la fabrication et l'exploitation de ces trains dispendieux?), de multiplier leurs privilèges (à qui vont servir ces trains de luxe?), d'étendre leur imperium et leur domination, d'imposer leurs lois... Alors, nous avons encore pas mal de travail devant nous à tisser le linceul de ce vieux monde égocentrique, privilégié, richissime, destructeur, inconscient, malhonnête et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.




PRISONNIERS No Tav

Lettre de Niccolò, Claudio e Mattia de la prison de Turin
tirée du blog des Anarchistes de Pistoie.



Le texte qui suit a été écrit par Niccolò, Mattia et Claudio, arrêtés le 9 décembre dernier, en même temps que Chiara. Les trois camarades, bien qu'isolés du reste des détenus, ont la possibilité de se rencontrer quotidiennement (Claudio et Niccolò partagent la même cellule et ils se voient avec Mattia pendant les heures d'air et de socialité). Par contre, Chiara est dans un isolement presque absolu depuis maintenant plus d'un mois, vu que dans la section où elle se trouve, il n'y a pas d'autres prisonnières en régime de Haute Surveillance. La censure à laquelle est subordonnée toute leur correspondance provoque de considérables retards à la poste en entrée et en sortie et ainsi c'est seulement maintenant qu'il est possible rendre public ce texte écrit il y a presque un mois.

C'est hier que la nouvelle selon laquelle le Tribunal du Réexamen a rejeté toutes les requêtes de la défense, y compris celle de déclasser les faits de terrorisme. En séance, les Pm Padalino et Rinaudo ont réexigé que le caractère terroriste des délits contestés aux camarades ne soit réduit, pas plus que les modalités plus ou moins violentes de l'action contre le chantier du mai passé, étant donné le contexte global à l'intérieur duquel elle s'insère : l'opposition à la réalisation de la ligne Turin-Lyon. Ce qui préoccupe réellement le procureur turinois et tout le Parti du Tav (Train à Grande Vitesse), c'est la lutte qui dure maintenant depuis vingt ans contre le train rapide, la tentative de donner réalité à ce Non autour duquel le mouvement s'est développé.


La lettre sortie de prison

« Il est à peine quatre heures de l'après-midi et le soleil tombe derrière l'imposante chaufferie métallique, pendant dans le lointain, on entrevoit les premières montagnes de la vallée et l'imagination complète les contours du Musiné. Nous sommes enfermés ici depuis 10 jours, mais notre pensée voyage encore loin…

Que le procureur de Turin préparait quelque chose de gros, même les pierres le savaient. On le comprenait en raison du crescendo des dénonciations contre le mouvement, mais en raison surtout de cet intense travail de propagande par lequel les enquêteurs, les mass media et les politiciens ont cherché de briser la résistance Non tav sous ce mot magique qui permet tout : « terrorisme ». Pendant des mois entiers, ils n'ont rien dit d'autre, dans une mantra répétée de façon obsédante destiné à appeler une répression féroce

Finalement, ils ont pris certains des nombreux épisodes de lutte de cet été sur lesquels cette suggestion imaginaire pouvait trouver prise et ils les ont faussés et pliés à leur vision du monde faite de militaires et de paramilitaires, de hiérarchies, de contrôle et de violence aveugle.
Ils ont fait ainsi pour justifier les perquisitions de fin juillet, ainsi ils font maintenant pour justifier nos arrestations.

Mais il y a un abîme entre ce qu'ils prétendent voir en nous et ce que réellement nous sommes.
Il ne nous intéresse pas de savoir qui dans cette nuit de mai s'est effectivement aventuré parmi les bois de la Clarea pour saboter le chantier – cela n'intéresse probablement même pas les enquêteurs. Ce qu'ils veulent est avoir aujourd'hui quelqu'un entre leurs mains pour faire peser la menace d'années de prison sur le mouvement et sur la résistance active, pour arriver tranquilles et sans plus être dérangés à l’ouverture du chantier de Susa.

Ils veulent que les personnes restent chez elles à regarder du balcon le projet qui avance.
Pourtant ces personnes ont déjà les moyens pour se interposer ; nous avons appris à bloquer lorsque tous ensemble on criait « Non pasaran » et à passer à coups de masse lorsque le ciment du jersey nous barrait la route ; nous avons appris à regarder loin lorsque l'horizon se remplissait de gaz et à relever la tête quand tout semblait perdu.

Ce n'est pas la terreur qu'ils sèment à des pleines mains qui ruinera les récoltes futures de cette longue lutte. Il faudra continuer à construire des lieux et des moments de rencontre pour s'échanger des idées et des informations, pour lancer des propositions et pour être prêts à retourner sur les routes et au milieu des bois.
Le soir tombe aux Vallette, mais à part l'obscurité, il n'y a pas de grande différence avec le matin, vu que le blindage de la cellule reste fermé jour et nuit sans arrêt : haute sécurité !

Par rapport aux Nuovi Giunti, c'est beaucoup de plus calme et plus propre, mais l'absence de contact humain nous affaiblit.
La pagaille des blocs B, C ou F (à part l'isolement auquel est forcée Chiara) est pleine des histoires et des expériences de vie avec lesquelles se pétrir, dans lesquelles trouver de complicité et solidarité. Déjà le mois passé, Niccolò, arrêté fin octobre pour une autre procédure, a pu constater comme l'écho de la lutte contre le Tav est parvenu jusque dans les prisons et représente pour beaucoup le courage de ceux qui ont cessé de subir les décisions d'un état accablant.

Pour nous, forcés à l'isolement dans une section aseptique, il est vital de refuser la ségrégation et la séparation des détenus : nous sommes tous des « communs ».
Pour ces raisons aussi, ce serait bien si à l'intérieur du mouvement on développait un raisonnement et une réflexion sur et contre la prison.
La plupart des gardes des Vallette vivent ici, dans de grands immeubles à l'intérieur des murs ; eux, ils ne se libéreront jamais de la prison.

Pour cela dans cette section, ils nous traitent poliment, ils ne s'abaisseront pas pour faire rapport sur ordre d'un supérieur lorsque nous déciderons de lutter pour quelque motif.
Alors, avec les souvenirs que nous gardons fermement, nous ferons faisons prendre conscience à ces « porte-clés » de la limitation de leurs horizons.
« Avez-vous jamais vu la mer s'étendre au milieu des bois dans un bel après-midi de juillet, et se lancer contre les clôtures d'un chantier ? »
« Vous avez jamais senti la chaleur humaine de tout âge se serrer épaule à épaule pendant que les boucliers avancent, l'asphalte de l'autoroute se liquéfie et les petits chemins se remplissent de fumée ? »
« Vous avez jamais vu un serpent sans tête ni queue ou une pluie d'étoiles au cœur d'une nuit de milieu de l'été ? »
Nous si, et on n'en est pas encore rassasiés.
La route est longue, il y aura des instants exaltants et des raclées sensationnelles, on fera des pas en avant et d'autres en arrière, nous apprendrons de nos erreurs.
Pour l'instant nous regardons notre prison et ce n'est pas facile, mais si « la Valsusa n'a pas peur », nous ne pouvons certes pas faire moins.





Nous sommes les gens de cette région
Nous sommes des frères sur le sol libre
Nous sommes de la Valsusa et nous avons un beau rêve au coeur
Nous sommes de la Valsusa et ce rêve nous parle d'amour.
De la Sacra aux Rocciamelone
De la plaine aux pentes escarpées
Nous, nous sommes gens sans prétentions
Mais personne ne devra nous trahir !

Nous voulons que tous les gens
Soient libérés des puissants
Nous sommes de la Valsusa, nous luttons avec honneur
Nous sommes de la Valsusa, ici éclot une très belle fleur.
Dans les étés ensoleillés aux rencontres
Dans les nuits gelées à Venaus
À tous nous avons montré


Qu'on peut encore espérer, Putain con !
Dans la lutte nous nous sommes trouvés
Plus frères et plus unis que jamais
Nous sommes de la Valsusa, sur nous on pourra compter
Nous sommes de la Valsusa, nous ne trahirons jamais
Nous ferons de cette vallée
Un jardin pour qui le voudra
Dans le respect de la création
Ici n'importe qui pourra venir !
Il n'y a pas seulement le profit
Sans scrupules et sans pitié
Et les gens de la Valsusa sauront le montrer au monde
Nous sommes de la Valsusa, notre rêve est la LIBERTÉ !