vendredi 13 décembre 2013

LE TRAIN EN BOIS

LE TRAIN EN BOIS

Version française – LE TRAIN EN BOIS – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – Ninna nanna – Luf – 2013







Quand la lune s'éteint
Et les étoiles ne pleurent plus
Ton train de bois s'en va
Il emporte tes rêves plus loin
Une route embrasse le crépuscule
Ensuite le couchant s'embrasera
Quand la nuit s'éveille
Et que pour elle se réveillent tes rêves
Quand le soldat revient
Ce n'est pas lui ; c'est la guerre qui a perdu.

Ninna nanna, ninna oh
Ninna nanna, ninna oh



Là où finit le sable
Il y a l'eau où finit la mer
Quand on éteint la radio
On apprend à voler haut
Un enfant veut espérer
Un père qui sait jouer
Il le verra au loin parti
Dans un train de bois
Sans épée et sans fusil
Un homme, un vrai, alors il verra




Ninna nanna, ninna oh
Ninna nanna, ninna oh
Ninna nanna, ninna oh
Ninna nanna, ninna oh

mercredi 11 décembre 2013

NOIX DE COCO

NOIX DE COCO


Version française – NOIX DE COCO – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – Noci di cocco – Giorgio GABER – 1972

Album: Dialogo Tra Un Impegnato E Un Non So (1972)












Avec la parodie des naufragés, GABER « vulgarise » sympathiquement la vieille théorie – commencée par Rousseau et ensuite reprise par les pères du socialisme – du « communisme primitif » de la préhistoire fondé hélas sur la pénurie alimentaire, et l'« invention » de l'État qui présenté comme une nécessité d'organisation devient ensuite – en instituant la propriété privée – l'expression et le moyen de la domination des privilégiés au détriment des autres, d'une classe sociale sur une autre.

J.J.Rousseau ouvrait la seconde partie de son « Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes » (1754) en disant :
« Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables: Gardez-vous d'écouter cet imposteur; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne. ».



Belle chanson que celle-là..., dit Lucien l'âne en riant. Elle me fait beaucoup rire tout en étant fort juste et instructive. Et puis, cette histoire de noix de coco m'en a rappelé immédiatement une autre histoire de noix de coco où Arthur, roi d'Angleterre, entame une discussion hallucinante et nébuleuse à propos d'hirondelles migrantes et de noix de coco, lui au pied du rempart interpellant les sentinelles, silhouettes chinoises déambulant au sommet. (http://www.youtube.com/watch?v=JHFXG3r_0B8 – http://www.dailymotion.com/video/x25er5_monty-python-sacre-graal_fun)


En effet, elles sont totues deux drôles. Quant à la chanson de Gaber, elle se présente comme une scène du théâtre de la vie primitive dans le décor d'une sorte d'île idyllique, où de « bons sauvages », collectifs en diable et a priori heureux et solidaires, vivant des fruits de la nature – qu'interprète LE CHOEUR, vont se faire avoir par un d'entre eux plus sournois, plus rusé et plus cynique – qu'interprète GABER , qui va les dépouiller de leurs droits naturels à la vie et imposer le principe de propriété et son corollaire qu'est l'État. D'une part donc, cette canzone montre comment on passe d'un monde commun, d'une société collectivement solidaire à un monde divisé : le monde conçu par et pour les riches, dont ma grand-mère énonçait ainsi le principe fondateur: « Rien pour les autres et tout pour moi ». D’autre part, elle indique de façon imagée ce qu'il en est des débuts de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin d'instaurer leur domination, d'imposer leur mainmise sur le monde, de privatiser à leur profit la nourriture, les biens, la Terre, en attendant de s'emparer de l'univers tout entier. C'est un acte de naissance – imprescriptible, du moins à leurs yeux et scellé dans la majesté de l'État, figure publique, sorte de totem de leur puissance, fondement de la spoliation éternisée et de la violence réservée.


En effet, c'est un joli coup tordu que cet État, seul détenteur de la force armée, seul autorisé à faire usage de la violence – y compris contre ses propres citoyens. Cet État est le moyen par lequel ils (les gens de pouvoir, les tenants et les servants du système) légitiment leur armée d'occupation permanente, chargée du maintien de l'ordre (de leur ordre, évidemment!) ; et son pouvoir intangible est l'instrument de l’iniquité fondamentale de leur société. Car il s'agit bien – dès le départ – de leur société, de leur pouvoir, de leur État, de leur Justice, de leur système où la propriété privatise progressivement tout et où véritable monstre glouton et insatiable, elle avale les biens et les choses et dévore la vie des hommes. Ainsi, il est légitime et il en est plus que temps, comme le chantaient les Canuts, de tisser le linceul de ce vieux monde propriétaire, étatique, inique, violent et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



LE CHOEUR:

Quelle faim !
Quelle faim !
Quelle faim !
Quelle faim !
Quelle faim !
Quelle faim !
Quelle faim !
Quelle faim !
Quelle faim !

GABER :
Quelle faim ! Quelle faim !
Et ici, dans cette île déserte, il n'y a rien à manger !

LE CHOEUR:
Quelle faim !

GABER :
Quelle faim !

LE CHOEUR:
Quelle faim !

GABER :

Quelle faim !
Pauvres de nous. Si unis, si solidaires, tous égaux sans rien à manger !
LE CHOEUR:
Quelle faim !

GABER :
Quelle faim !

LE CHOEUR:
Quelle faim !

GABER :
Quelle faim !

GABER :
Hè ! Hè ! Je vois des noix de coco. Oui, il y a plein de noix de coco !

LE CHOEUR:
Bien ! Hourra ! Nous avons trouvé les noix de coco !
Nous avons trouvé les noix de coco !
Nous avons trouvé les noix de coco !
Nous avons trouvé les noix de coco !

GABER :
Non ! Non. J'ai trouvé les noix de coco !
Ah oui, les noix de coco je les ai trouvées, donc je me les garde !

LE CHOEUR:
Mais nous aussi nous avons faim !

GABER :
Vous ne comprenez pas les gars... Faisons un raisonnement. Dans la vie, tous les hommes ne sont pas égaux : il y a des hommes normaux et des hommes de talent. Ce n'est pas par hasard que j'ai trouvé les noix de coco !



LE CHOEUR:
Mais qu'est-ce que tu en fais de tant de noix de coco ? Tu es seul et nous sommes nombreux !



GABER :
Ce n'est pas le nombre qui compte ; c'est l’intelligence de l'individu !



LE CHOEUR:
Tu es seul et nous sommes nombreux !



GABER :
Vous ne pensez pas me faire de la peur avec des menaces ?



LE CHOEUR:
Tu es seul et nous sommes nombreux !

GABER :
C'est vrai ! Je suis seul et vous êtes nombreux… Il faut que je vous calme. Certes pas avec les noix, hein ? Il faut que j'invente quelque chose, quelque chose de juste, de civilisé. Gaffe si nous commençons avec la violence. Le respect ! Le respect de ce que nous sommes, de ce que nous avons, quelque chose de sérieux, d'important, de démocratique !
Ça y est, j'ai trouvé ! J'invente l'État !

LE CHOEUR:
Entonne l'Hymne national


lundi 9 décembre 2013

LES ANCIENS COMBATTANTS

LES ANCIENS COMBATTANTS


Version française – LES ANCIENS COMBATTANTS – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – I reduci – Giorgio Gaber – 1976








En voilà encore une fois, un de ces titres de chanson qui évoque mille choses, dit Lucien l'âne en râpant d'un sabot rugueux le sol de gravillons qui s'étale jaunâtre devant lui. Les anciens combattants... depuis le temps que je cours le monde, j'en ai rencontrés de toutes les sortes et revenant de toutes sortes de guerre. Je me souviens assez bien de ceux qui revenaient de la guerre de Troie, par exemple, de la guerre des Gaules ou des guerres d'Espagne. Ceux qui s'en étaient allés avec Roland et bien entendu étaient revenus... Don Quichotte et Sancho... Ceux qui avaient fait les campagnes de Russie... Là d'ailleurs, il y en eut bien des vagues et de toutes les couleurs. Sans compter ceux qui s'en étaient allés à la croisade ou au Tonkin ou même en Chine ; ceux de Carthage ou de Rome, ceux qui avaient été dans les bataillons d'Afrique ou dans les légions...


Oh, moi, c'étaient plutôt mes grands-pères... Mais, je ne sais ce que tu en sais, ces anciens combattants se divisent en deux groupes : ceux qui racontent et même souvent, radotent leur guerre et ceux qui font silence sur le sujet ou s'en tiennent à de sobres évocations. Mais, pour en venir à la chanson elle-même, tout en étant spécifiquement italienne, elle ne parle ni de ceux qui revenaient du Carso ou du Piave, ni de ceux qui sont revenus plus tard d’Éthiopie ou du Don, ni de Grèce, ni d'Albanie, ni, ni. En fait d'anciens combattants, elle fait allusion aux combattants de la guerre civile qui est toujours en cours, la Guerre de Cent Mille Ans, cette Guerre que les riches font aux pauvres afin de maintenir leur système de domination, de maintenir leur système d'exploitation, de maintenir leurs privilèges, d'accroître leurs richesses, de décupler leurs profits... Elle est l'évocation par un d'entre eux des combats des années récentes... et comme elle date de 1976, il faut bien situer ces combats autour de 1970... Un peu avant, un peu après... Un récit, comment dire, un peu amer, un peu – pour user d'un mot de ce temps-là – autocritique, d'une ironie rétrospective... Mais finalement, peu importe de quelle guerre ils étaient issus, ces anciens combattants, l'important ici, c'est qu'ils sont en quelque sorte des archétypes, comment dire, des « anciens combattants » racontant leurs « anciens combats »... et c'est parfois dérisoire quand certains se roulent dans la gloire... et d'autant plus quand la guerre est la Guerre de Cent Mille Ans et qu'on est dans le camp des pauvres. Il n'y a aucune gloire à revendiquer, aucun bénéfice à en tirer à titre individuel... d'être un « ancien combattant ». Ce n'est pas le but du jeu ; du moins, ce ne devrait pas l'être.


Je le crois aussi, dit Lucien l'âne en secouant ses oreilles en signe d'approbation et il me semble que la chanson de Gaber va dans le même sens. Mais foin de ces dissertations et retournons à notre tâche... Tissons le linceul de ce vieux monde, le suaire de ce système guerrier, radoteur, dérisoire et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Et alors est venue l'envie de casser tout
Nos familles, les armoires, les églises, les notaires
Les bancs d'école, les parents, les « Cent vingt-huit »
De transformer en courage la rage qui est en nous.

Tout sautait en l'air
Et on avait un sentiment de victoire
Comme si l'histoire.
Tenait compte du courage

Et alors est venu le moment de s'organiser
D'avoir d'une ligne et de s'unir autour d'une idée
Des écoles et des quartiers aux usines pour se confronter
Et ensemble décider la lutte en assemblée.

Et tout semblait prêt
Pour faire la révolution…
Mais c'était seulement une illusion
Ou une belle intention.

Et alors est venu le moment des longs discours
De repartir de zéro et s'occuper un moment de nous
D'affronter la crise, de parler, parler et s'épancher
De s'introspecter pour savoir qui on est.

Et il y avait l’orgueil de comprendre
Et puis la certitude d'un virage
Comme si comprendre la crise voulait dire
Que la crise était révolue.

Et alors revient l'envie de faire une action
Mais chaque geste échappe de la main et s'enlise
La seule certitude qui reste est la confusion,
Le privilège d'avoir conscience qu'on existe

Mais le fait d'avoir la conscience
Que l'on est dans la merde plus totale
Est l'unique différence substantielle
Vis-à-vis du bourgeois normal.

Et alors nous nous sommes sentis incertains et dépassés
Rescapés déchirés et fatigués, inutiles héros,
Avec nos pansements perdus et les écharpes sur nos visages
À vingt ans déjà nous sommes ici à raconter aux petits-enfants que nous
Nous, nous avions tout fait sauter
Et on avait un sentiment de victoire
Comme si l'histoire.
Tenait compte du courage.

samedi 7 décembre 2013

LES MONSTRES DU DEDANS

LES MONSTRES DU DEDANS


Version française - LES MONSTRES DU DEDANS – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – I mostri che abbiamo dentro – Giorgio Gaber – 2002



Les Monstres du dedans
Peinture de Jérôme Bosch



Ça fait un certain effet si nous ne comprenons
Pas d'où viennent nos réactions.
Et on vit sans savoir jamais
Celui qu'on est, au fond
Celui qu'on est.

Les monstres du dedans
Qui vivent dans chaque homme
Cachés dans l'inconscient
Sont une réminiscence atavique.

Les monstres du dedans
Vaguent dans chaque esprit
Ce sont nos instincts obscurs
Et inévitablement
Il faut en tenir compte.

Les monstres du dedans
Silencieux et insinuants
Sont les gènes égoïstes
Sans ménagement
Dominateurs et conquérants.

Les monstres du dedans
Nous poussent à la violence
Qui presque par symbiose
S'est accolée
À notre existence.

Notre vie civilisée
Notre idée de justice et d'égalité
La société
Sont menacées
Par ces monstres qui sont notre substance.

Nos monstres du dedans
Nos monstres du dedans.

Les monstres du dedans
Nous alanguissent
Face à cette chose
Qu'avec impudeur
Nous appelons amour.

Les monstres du dedans
Sont insatiables et funestes
Veulent le pouvoir à tout prix
Même celui qui le hait
Le hait par envie.

Les monstres du dedans
Nous inspirent le grand rêve
D'un Dieu juste et sévère
Avec le besoin sans répit
D'un Allah ou d'un Jésus Christ.

Les monstres du dedans
Nous inculquent des idées tordues
Et le goût sadique et morbide
Face aux images de mort.

Notre vie consciente
Notre foi dans le juste et dans le beau
Est un équilibre apparent
Qui est menacé
Par les monstres au dedans
De notre cerveau.

Les monstres du dedans
Croissent dans le monde entier
Les monstres du dedans
Sont en train de nous ravager.


Les monstres du dedans
Vivent dans chaque esprit
Naissent dans chaque terroir
Inévitablement.