jeudi 24 octobre 2013

Monsieur le Président

Monsieur le Président


Chanson québécoise
Paroles et musique : Jean-François LESSARD – 2013
http://www.youtube.com/watch?v=dYUXKbp-lpA



Où on voit que de l'autre côté de l'Atlantique, jusqu'au Québec, les choses sont très sensiblement les mêmes qu'ici. C'est matraques et compagnie.

Je n'arrête pas de le dire... La Guerre de Cent Mille Ans est universelle... Elle durera tant qu'il y aura des riches..., dit Lucien l'âne en inclinant sa vaste tête. Là comme ici, comme ailleurs, il convient de tisser le linceul de ce vieux monde matraqueur, laveur de cerveaux, mondain, pollué, cacocéphale et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Il y a une crise sociale dans ma tête
Je ne m'en débarrasserai pas
Et pour preuve qu'elle n'est que dans ma tête
Le Président dit qu'il n'y en a pas

Il y a de la pollution dans ma tête
Je ne m'en débarrasserai pas
Mais ce ne doit être que dans ma tête
Le Président ne s'en fait pas

Il y a des indigents dans ma tête
Je ne m'en débarrasserai pas
Je suis seul à subir leurs complaintes
Le Président ne les entend pas

Même si dans ma tête, ça fait mal
Je vous fais confiance Monsieur le Président
Car si mon cerveau est très sale
Vous me le lavez régulièrement

J'ai des idées noires dans ma tête
Des sans-papiers, des illégales
Monsieur le Président faites leur la fête
Je veux dans ma tête votre loi martiale

J'ai dans ma tête vos coups de matraque
Monsieur le Président vous êtes génial
Mon cœur a oublié son attaque
C'est pour mon bien que vous me faites mal

Même si dans ma tête, c'est lugubre
Je vous fais confiance, Monsieur le Président
Car si mon cerveau est insalubre
Vous me le lavez régulièrement

J'ai des maladies dans ma tête
Je rends sur moi, je ne m'en plains pas
C'est mon effort pour votre guerre
Contre ceux qui vivent sur les bras de l'État

Désormais, je vais plus travailler
Comme vous le voulez, Monsieur le Président
Fini de lire, vivre ou penser
Je suis bien assez intelligent

Mais dans ma tête, j'ai toujours très mal
Je vous fais confiance, Monsieur le Président
Car dans ma tête où j'ai très mal
Dans mon cerveau bien tranquillement
J'attends votre solution finale.

mercredi 23 octobre 2013

LES FOUS SONT DEHORS

LES FOUS SONT DEHORS

Version française – LES FOUS SONT DEHORS – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – I pazzi sono fuori – Roberto Vecchioni – 1972







Dehors dans son pyjama nouveau
Napoléon à Waterloo.
Passe l'homme blanc
Qui demande à tous « Vous vous sentez comment ? »
« Docteur, venez là,
J'ai un rhume qui ne passe pas »
« Ma Nina a écrit comme ça:
Celui qui m'a tuée, ce n'est pas toi »

Les fous sont dehors, c'est sûr
Ne les cherchez pas ici,
Le monde derrière les murs
Est plus désespéré que celui-ci.

Brouillard le matin
Le vieux rouge ne discute pas
Il pense serein.
Il regardait en haut, il regarde en bas.
On ne peut pas lui parler
Il s'échauffe, crie, saute en l'air
« Partez d'ici, docteur, de l'air
Je veux mourir en liberté »

Les fous sont dehors, c'est sûr
Ne les cherchez pas ici,
Le monde derrière les murs
Est plus désespéré que celui-ci.

« Aujourd'hui au petit déjeuner
Il y a les douceurs et le café »
Rocco Sansimone n'en peut plus
Il est pâle comme le dernier Jésus,
Il pense à l'anarchie
Et à cette bombe faillie
Qui dans son esprit
Grandit, grandit

Les fous sont dehors
Ne les cherchez pas ici,
Le monde derrière les murs
Est plus désespéré que celui-ci.

Des visites, des parents,
la charité des amis
« Des visages souriants 
Assurent, tu sortiras d'ici »
On demande à ce garçon
pourquoi sa mère ne vient jamais le voir
« Sans sourire, il répond,
Je la cache dans l'armoire »

Les fous sont dehors
Ne les cherchez pas ici,
Le monde derrière les murs
Est plus désespéré que celui-ci.

mardi 22 octobre 2013

ASILEOUBUREAU

ASILEOUBUREAU


Version française – ASILEOUBUREAU – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – Manicomioufficio – Vanesia – 2009

Canzone participante au concours oltre il muro





Ah, Lucien l'âne mon ami, voici une chanson au titre des plus étranges... En italien, « manicomio », c'est l'asile d'aliénés, ce lieu où à défaut de les soigner, on garde les fous, les malades mentaux. En italien, mais tu connais mieux l'italien que moi, je le dis donc de façon un peu rhétorique, à la cantonade, façon de causer donc et préambule à la chanson – canzone, en italien. Donc, en italien, « ufficio », c'est le bureau, mot qu'on trouve d’ailleurs en français, sous le nom d'office... Mais dans cet usage, il a vieilli et ce n’était de toute façon pas tout à fait correct... Un anglicisme, comme qui dirait. Je te dis tout ça, car le titre de la canzone est un motvalise qui rassemble en un seul mot les deux mots (manicomio et ufficio) pour en faire un seul (manicomioufficio); comme je viens de le faire pour le mot : « mot-valise ».


Je vois, je vois, dit l'âne Lucien, un peu éberlué. Tu te lances encore dans des considérations oiseuses, juste pour me dérouter. Comme si je ne savais pas ce qu'est un motvalise, et comme si je ne pouvais pas le distinguer... J'ai aussi compris que le nouveau français est très polymorphe et que bien inspiré par ses cousinages germaniques, il s'est enfin décidé à jeter sa gourme et à se comporter comme une langue moderne. Bref à se simplifier et à abandonner sans aucun complexe, le trait d'union superfétatoire, dans la création de motvalises. Comme tu le remarqueras, j'ai mis le motvalise au pluriel, je l'ai accordé ; enfin, je veux dire tout le motvalise, le considérant comme un objet en soi, somme un ensemble cohérent. Donc, un motvalise, des motvalises.


C'est la logique même, dit Lucien l'âne d'un air pénétré.


Il eût été absurde de faire autrement. On doit faire simple, car la modernité est de tout simplifier. Imagine un instant qu'on se règle sur bonhomme... Ça a l'air simple : un bonhomme, des bonshommes. Mais imagine un instant que ce bonhomme soit, comme on dit, d'un caractère bonhomme et donc, un bonhomme bonhomme et qu'il se reproduise, qu'il se mette à proliférer... On devrait alors dire et écrire de ses descendants ou de ses répliques : des bonshommes bonhommes. Car surprise ! Le nom « bonhomme » n'a pas le même pluriel que l'adjectif correspondant et homonyme. Donc, simplifions, compactons, serrons, cohérons...


J'ai cru aussi comprendre, dit Lucien l'âne d'un air rêveur, que soucieux des anciens et des ancêtres, il est admis de façon définitive que ce qui était reste et qu'on pourra donc sans aucune réticence vivre la bigamie des mots. Par exemple ici, mot-valise et motvalise...


C'est tout à fait ça ! Évidemment, il faudra que ces foutus correcteurs automatiques se fassent à cette mise en liberté des mots et des phrases... Abandonnons joyeusement le trait d'union et revenons à la chanson et à son curieux titre : manicomioufficio. Dit comme ça, à première vue, il me fut incompréhensible et pour respecter cette première sensation, sans doute intentionnellement posée là par l'auteur, j'ai donc dû recourir moi aussi à un motvalise et j'ai donc créé de toutes pièces le mot chargé d'exprimer « asile ou bureau » et qui de fait, est devenu : « asileoubureau ».


Voilà bien une histoire de fous, dit Lucien l'âne en riant de toutes ses dents, d'un rire énorme et pour lequel il dut relever le front, se balancer les oreilles en arrière et montrer sa belle langue au grand jour. Soudain, je me demande et je te le demande aussi pourquoi, finalement, on ne collerait pas l'adjectif au nom. Ce serait bien ; regarde : une bellefille, un beaujour, un méchanthomme, un bonâne, un fauxcol, un fauxcon (qui serait un drôledoiseau), une histoirealambiquée, un bourreaubeau, un beaumotvalise... Évidemment, comme dans certaines poses plastiques, quand il y a deux adjectifs, on pourrait en mettre un par devant, l'autre par derrière..., une longuehistoirealambiquée. Et même y ajouter un adverbe ; ce qui donnerait : une trèslonguehistoirealambiquée. Quand on disait tout à l'heure, qu'on pourra bientôt rivaliser avec nos cousins germaniques. C'est juste une question de temps et de mise en pratique.


Certes, à l'oreille, on ne sentirait pas la différence. Et à l'écrit, l'avantage serait de ne laisser aucun doute sur la parenté étroite du nom et de l'adjectif et de l'éventuel adverbe. Vraiment, ça fait plus solide, plus compact, plus moderne, en quelque sorte. Moi, j'aime beaucoup de telles constructions langagières, mais comme tu vois, faudra s'y faire. Encore une fois, revenons à la chanson. Que dire ? J'ai perdu le fil. Ah oui, je me souviens à présent. Sur le contenu de la canzone, je veux juste signaler qu'elle décrit très exactement la sensation que doivent ressentir des millions de gens dans ce monde plein d'écrans et de pointeuses. Ils finissent par avoir le cerveau cuit, le mental ravagé... Le phénomène - en franglais sanitaire : burn out, ce qui pourrait se traduire par cramé, brûlé, ravagé par le feu - s'aggrave d'année en année.


Cela ne se produisait-il pas auparavant ? , suggère Lucien l'âne un peu hagard.


Avant ? Auparavant ? Mais enfin, Lucien l'âne mon ami, auparavant, il n'y avait pas d'écrans... Le travail idiot ne s'en prenait pas comme ça au cerveau... Avant, les gens se résumaient à des bras. Pour le reste, c'était pareil. « Peu importe qui on est ! On est ce qu'on fait ! » était déjà vérité d'évangile. Le lieu de travail (forcé : celui de l'esclave, celui du salarié ou de tout qui est contraint à travailler pour survivre – la fameuse menace : « pas de travail, pas à manger ») a toujours été un lieu de folie – à la fois, lieu fou et engendrant la folie.


Ceci dit, dit Lucien l'âne, écoutons la chanson et reprenons notre tâche qui est, je le rappelle, de tisser le suaire de ce vieux monde dérangé de la coucourde avec ses araignées dans le plafond, ses punaises dans le bois de lit, et ses rats dans la contrebasse et de surcroît, cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.




À l'asile, j'y vais tous les jours
Les gens disent que c'est normal
J'ai un badge pour m'identifier
Eux disent : on va travailler.
Peu importe qui on est ! Peu importe qui on est !
On est ce qu'on fait ! On est ce qu'on fait !
Peu importe qui on est ! Peu importe qui on est !
On est ce qu'on fait !
8-12-14-18 … Je donne les numéros !
Je donne les numéros !
Peut-être suis-je fou... Oui ?
Peut-être est-ce la société qui est malade, à présent.
Sacrifice pour qui ?
Mais à la fin à quoi sert l'argent
Si pour le dépenser, on n'a pas le temps
C'est illogique, manifestement !

À l'asile, tout est programmé systématiquement
Et chaque jour semble égal
Je passe les heures à fixer un écran
Et maintenant, j'ai perdu mon équilibre mental !

lundi 21 octobre 2013

DOUCE RÉSISTANCE

DOUCE RÉSISTANCE

Version française – DOUCE RÉSISTANCE – Marco valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – Dolce resistenza – Massimo Priviero – 2006
http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=6869&lang=it#agg167384
Dal Sito ufficiale di Massimo Priviero






Nous sommes nés sous le soleil rouge sombre
Voyageurs qui ne vont jamais loin
Prêts à crier contre le vent, contre l'ombre
Prêts à combattre même en vain
Hommes qui n'ont jamais fermé les yeux
Et qui marchent un mètre plus en avant
Aucune caresse, aucun or du monde
Ni saints, ni drogues, ni argent
Nous sommes vivants, nous sommes prêts
Nous sommes, c'est tout ce qu'on sait
Ne t'arrête pas, ne t’arrête jamais
Nous sommes nés pour voler
Et pour tôt ou tard tomber
Ne t'arrête pas, ne t’arrête jamais
Et comme le temps est passé
Sur notre voix et nos traits
Et dans ma ville de silence hurlé
De nouveaux garçons cherchent la vérité
Combien de fois avons-nous vu la mer sous le ciel
Avec la pluie, avec le sel
Le temps s'envole mon ami, tu le sais
Et que sera demain, seul ton dieu le sait
Nous sommes vivants, nous sommes prêts
Nous sommes, c'est tout ce qu'on sait
Ne t'arrête pas, ne t’arrête jamais
Nous sommes nés pour voler
Et pour tôt ou tard tomber
Ne t'arrête pas, ne t’arrête jamais
Vois les gens qui vont, aucune question ni réponse ne viendra
Vois la vie qui va et ne me demande pas ce qui restera
Combien de fois nous avons escaladé des montagnes
Pour tirer au ciel et chercher des rêves.
Tant de jours malades et on ne peut y échapper
Combien de fois encore me demanderas-tu doucement ma résistance
Nous sommes seulement des soldats qui marchent fatigués
Cherchant leur pas tandis qu'ils avancent.
Et c'est moi qui t'appelle, qui t'appelle encore
Avec le dernier souffle de mon corps
Nous sommes vivants, nous sommes prêts
Nous sommes, c'est tout ce qu'on sait.

Ne t'arrête pas, ne t’arrête jamais
Nous sommes nés pour voler
Et pour tôt ou tard tomber
Ne t'arrête pas, ne t’arrête jamais
Nous sommes vivants, nous sommes prêts
Nous sommes, c'est tout ce qu'on sait
Ne t'arrête pas, ne t’arrête jamais

vendredi 18 octobre 2013

ENFANTS DE LA FOLIE

ENFANTS DE LA FOLIE

Version française – ENFANTS DE LA FOLIE – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – Comportamento da pazzo – Monna Lisa Clacson – 2009

http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=43003&all=1#last
Chanson participante au concours : oltre il muro




LA NEF DES FOUS
En route vers le pays de la folie



Monsieur Rossi vend de gros tracteurs
Il travaille même le dimanche pour faire de l'argent
Mais le matin, il va à la messe
Car après la mort, il ne sait pas ce qui l'attend

Le boulanger aussi va à la messe
Il est déjà réveillé. C'est un matinal.
Son sommeil n'est pas normal
Au regard des autres personnes

Les souffrances d'un homme et sa femme
L'écolier très sage
Puis, il y a le fou qui blasphème
Et la madone qui déménage

Puis, le fou qui aime les laids
Celui qui aime les beaux
L'autre qui aime les beaux et les laids
Et enfin, celui qui exhale des rots

Voici l'enfant qui tue ses poupées
Et sa sœur qui aime y mettre le feu
La nymphomane édentée
Au sourire de boulier vide

Un homme grand écrasé par son destin
Ses amours, sa vie. son travail de chien,
Mais pas vaincu, se trace
Un chemin divergeant des autres routes
Sur une porte, une plaque dorée
Deux gants blancs comme la conscience
Je suis malade, je les laisse conter
Que mon esprit ne sait rien de la sagesse

L'exalté qui brandit le poing
Fait baver une foule de couillons
Et hurle qu'il faut partager son dessein
C'est un fou qui ne tolère pas d'autres visions

Si nous sommes fous, nous le sommes tous.
Si nous sommes vivants, nous sommes enfants de la folie.
Qu'ils soient beaux, qu'ils soient laids, ils le sont tous,
Joyeux ou tristes, enfants de la folie.


lundi 14 octobre 2013

EN ATTENDANT LES BARBARES

EN ATTENDANT LES BARBARES

Version française – EN ATTENDANT LES BARBARES – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – Aspettando i barbari – Massimo Volume – 2013
Texte d'Emidio Clementi
Tiré d'un roman de John Maxwell Coetzee – En attendant les barbares – 1980 (Waiting for the Barbarians)





MASSIMO VOLUME






Maintenant que l'horizon
Est en flammes
Nous rentrons
Nous fermons en vitesse les volets
Nous mettons tout de côté
Les provisions
Les vêtements de l'été
En attente des barbares




Les empreintes le long du chemin
Mènent droit à notre jardin
Je ne te l'ai pas dit
Je ne te l'ai jamais dit
Dans ton sommeil, tes bras
Semblent des ailes fatiguées
Fuyant les barbares




Je le sais,
Ce n'était pas ça
Le vin promis
Les invitations
Les fleurs
Les rires
Mais cette nuit
La nuit
Est une lame illuminée
Qui coupe le noir
Et la peur
Et pointe en avant
Là où tout
Repose immaculé
Et juste
Et nôtre
Et pur
Avant l'arrivée des barbares




Maintenant que le soir
Raccourcit les ombres
Nous nous retirons
Et face au miroir
Comme des épouses
Nous nous préparons
En honneur des barbares