mardi 22 octobre 2013

ASILEOUBUREAU

ASILEOUBUREAU


Version française – ASILEOUBUREAU – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – Manicomioufficio – Vanesia – 2009

Canzone participante au concours oltre il muro





Ah, Lucien l'âne mon ami, voici une chanson au titre des plus étranges... En italien, « manicomio », c'est l'asile d'aliénés, ce lieu où à défaut de les soigner, on garde les fous, les malades mentaux. En italien, mais tu connais mieux l'italien que moi, je le dis donc de façon un peu rhétorique, à la cantonade, façon de causer donc et préambule à la chanson – canzone, en italien. Donc, en italien, « ufficio », c'est le bureau, mot qu'on trouve d’ailleurs en français, sous le nom d'office... Mais dans cet usage, il a vieilli et ce n’était de toute façon pas tout à fait correct... Un anglicisme, comme qui dirait. Je te dis tout ça, car le titre de la canzone est un motvalise qui rassemble en un seul mot les deux mots (manicomio et ufficio) pour en faire un seul (manicomioufficio); comme je viens de le faire pour le mot : « mot-valise ».


Je vois, je vois, dit l'âne Lucien, un peu éberlué. Tu te lances encore dans des considérations oiseuses, juste pour me dérouter. Comme si je ne savais pas ce qu'est un motvalise, et comme si je ne pouvais pas le distinguer... J'ai aussi compris que le nouveau français est très polymorphe et que bien inspiré par ses cousinages germaniques, il s'est enfin décidé à jeter sa gourme et à se comporter comme une langue moderne. Bref à se simplifier et à abandonner sans aucun complexe, le trait d'union superfétatoire, dans la création de motvalises. Comme tu le remarqueras, j'ai mis le motvalise au pluriel, je l'ai accordé ; enfin, je veux dire tout le motvalise, le considérant comme un objet en soi, somme un ensemble cohérent. Donc, un motvalise, des motvalises.


C'est la logique même, dit Lucien l'âne d'un air pénétré.


Il eût été absurde de faire autrement. On doit faire simple, car la modernité est de tout simplifier. Imagine un instant qu'on se règle sur bonhomme... Ça a l'air simple : un bonhomme, des bonshommes. Mais imagine un instant que ce bonhomme soit, comme on dit, d'un caractère bonhomme et donc, un bonhomme bonhomme et qu'il se reproduise, qu'il se mette à proliférer... On devrait alors dire et écrire de ses descendants ou de ses répliques : des bonshommes bonhommes. Car surprise ! Le nom « bonhomme » n'a pas le même pluriel que l'adjectif correspondant et homonyme. Donc, simplifions, compactons, serrons, cohérons...


J'ai cru aussi comprendre, dit Lucien l'âne d'un air rêveur, que soucieux des anciens et des ancêtres, il est admis de façon définitive que ce qui était reste et qu'on pourra donc sans aucune réticence vivre la bigamie des mots. Par exemple ici, mot-valise et motvalise...


C'est tout à fait ça ! Évidemment, il faudra que ces foutus correcteurs automatiques se fassent à cette mise en liberté des mots et des phrases... Abandonnons joyeusement le trait d'union et revenons à la chanson et à son curieux titre : manicomioufficio. Dit comme ça, à première vue, il me fut incompréhensible et pour respecter cette première sensation, sans doute intentionnellement posée là par l'auteur, j'ai donc dû recourir moi aussi à un motvalise et j'ai donc créé de toutes pièces le mot chargé d'exprimer « asile ou bureau » et qui de fait, est devenu : « asileoubureau ».


Voilà bien une histoire de fous, dit Lucien l'âne en riant de toutes ses dents, d'un rire énorme et pour lequel il dut relever le front, se balancer les oreilles en arrière et montrer sa belle langue au grand jour. Soudain, je me demande et je te le demande aussi pourquoi, finalement, on ne collerait pas l'adjectif au nom. Ce serait bien ; regarde : une bellefille, un beaujour, un méchanthomme, un bonâne, un fauxcol, un fauxcon (qui serait un drôledoiseau), une histoirealambiquée, un bourreaubeau, un beaumotvalise... Évidemment, comme dans certaines poses plastiques, quand il y a deux adjectifs, on pourrait en mettre un par devant, l'autre par derrière..., une longuehistoirealambiquée. Et même y ajouter un adverbe ; ce qui donnerait : une trèslonguehistoirealambiquée. Quand on disait tout à l'heure, qu'on pourra bientôt rivaliser avec nos cousins germaniques. C'est juste une question de temps et de mise en pratique.


Certes, à l'oreille, on ne sentirait pas la différence. Et à l'écrit, l'avantage serait de ne laisser aucun doute sur la parenté étroite du nom et de l'adjectif et de l'éventuel adverbe. Vraiment, ça fait plus solide, plus compact, plus moderne, en quelque sorte. Moi, j'aime beaucoup de telles constructions langagières, mais comme tu vois, faudra s'y faire. Encore une fois, revenons à la chanson. Que dire ? J'ai perdu le fil. Ah oui, je me souviens à présent. Sur le contenu de la canzone, je veux juste signaler qu'elle décrit très exactement la sensation que doivent ressentir des millions de gens dans ce monde plein d'écrans et de pointeuses. Ils finissent par avoir le cerveau cuit, le mental ravagé... Le phénomène - en franglais sanitaire : burn out, ce qui pourrait se traduire par cramé, brûlé, ravagé par le feu - s'aggrave d'année en année.


Cela ne se produisait-il pas auparavant ? , suggère Lucien l'âne un peu hagard.


Avant ? Auparavant ? Mais enfin, Lucien l'âne mon ami, auparavant, il n'y avait pas d'écrans... Le travail idiot ne s'en prenait pas comme ça au cerveau... Avant, les gens se résumaient à des bras. Pour le reste, c'était pareil. « Peu importe qui on est ! On est ce qu'on fait ! » était déjà vérité d'évangile. Le lieu de travail (forcé : celui de l'esclave, celui du salarié ou de tout qui est contraint à travailler pour survivre – la fameuse menace : « pas de travail, pas à manger ») a toujours été un lieu de folie – à la fois, lieu fou et engendrant la folie.


Ceci dit, dit Lucien l'âne, écoutons la chanson et reprenons notre tâche qui est, je le rappelle, de tisser le suaire de ce vieux monde dérangé de la coucourde avec ses araignées dans le plafond, ses punaises dans le bois de lit, et ses rats dans la contrebasse et de surcroît, cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.




À l'asile, j'y vais tous les jours
Les gens disent que c'est normal
J'ai un badge pour m'identifier
Eux disent : on va travailler.
Peu importe qui on est ! Peu importe qui on est !
On est ce qu'on fait ! On est ce qu'on fait !
Peu importe qui on est ! Peu importe qui on est !
On est ce qu'on fait !
8-12-14-18 … Je donne les numéros !
Je donne les numéros !
Peut-être suis-je fou... Oui ?
Peut-être est-ce la société qui est malade, à présent.
Sacrifice pour qui ?
Mais à la fin à quoi sert l'argent
Si pour le dépenser, on n'a pas le temps
C'est illogique, manifestement !

À l'asile, tout est programmé systématiquement
Et chaque jour semble égal
Je passe les heures à fixer un écran
Et maintenant, j'ai perdu mon équilibre mental !

lundi 21 octobre 2013

DOUCE RÉSISTANCE

DOUCE RÉSISTANCE

Version française – DOUCE RÉSISTANCE – Marco valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – Dolce resistenza – Massimo Priviero – 2006
http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=6869&lang=it#agg167384
Dal Sito ufficiale di Massimo Priviero






Nous sommes nés sous le soleil rouge sombre
Voyageurs qui ne vont jamais loin
Prêts à crier contre le vent, contre l'ombre
Prêts à combattre même en vain
Hommes qui n'ont jamais fermé les yeux
Et qui marchent un mètre plus en avant
Aucune caresse, aucun or du monde
Ni saints, ni drogues, ni argent
Nous sommes vivants, nous sommes prêts
Nous sommes, c'est tout ce qu'on sait
Ne t'arrête pas, ne t’arrête jamais
Nous sommes nés pour voler
Et pour tôt ou tard tomber
Ne t'arrête pas, ne t’arrête jamais
Et comme le temps est passé
Sur notre voix et nos traits
Et dans ma ville de silence hurlé
De nouveaux garçons cherchent la vérité
Combien de fois avons-nous vu la mer sous le ciel
Avec la pluie, avec le sel
Le temps s'envole mon ami, tu le sais
Et que sera demain, seul ton dieu le sait
Nous sommes vivants, nous sommes prêts
Nous sommes, c'est tout ce qu'on sait
Ne t'arrête pas, ne t’arrête jamais
Nous sommes nés pour voler
Et pour tôt ou tard tomber
Ne t'arrête pas, ne t’arrête jamais
Vois les gens qui vont, aucune question ni réponse ne viendra
Vois la vie qui va et ne me demande pas ce qui restera
Combien de fois nous avons escaladé des montagnes
Pour tirer au ciel et chercher des rêves.
Tant de jours malades et on ne peut y échapper
Combien de fois encore me demanderas-tu doucement ma résistance
Nous sommes seulement des soldats qui marchent fatigués
Cherchant leur pas tandis qu'ils avancent.
Et c'est moi qui t'appelle, qui t'appelle encore
Avec le dernier souffle de mon corps
Nous sommes vivants, nous sommes prêts
Nous sommes, c'est tout ce qu'on sait.

Ne t'arrête pas, ne t’arrête jamais
Nous sommes nés pour voler
Et pour tôt ou tard tomber
Ne t'arrête pas, ne t’arrête jamais
Nous sommes vivants, nous sommes prêts
Nous sommes, c'est tout ce qu'on sait
Ne t'arrête pas, ne t’arrête jamais

vendredi 18 octobre 2013

ENFANTS DE LA FOLIE

ENFANTS DE LA FOLIE

Version française – ENFANTS DE LA FOLIE – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – Comportamento da pazzo – Monna Lisa Clacson – 2009

http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=43003&all=1#last
Chanson participante au concours : oltre il muro




LA NEF DES FOUS
En route vers le pays de la folie



Monsieur Rossi vend de gros tracteurs
Il travaille même le dimanche pour faire de l'argent
Mais le matin, il va à la messe
Car après la mort, il ne sait pas ce qui l'attend

Le boulanger aussi va à la messe
Il est déjà réveillé. C'est un matinal.
Son sommeil n'est pas normal
Au regard des autres personnes

Les souffrances d'un homme et sa femme
L'écolier très sage
Puis, il y a le fou qui blasphème
Et la madone qui déménage

Puis, le fou qui aime les laids
Celui qui aime les beaux
L'autre qui aime les beaux et les laids
Et enfin, celui qui exhale des rots

Voici l'enfant qui tue ses poupées
Et sa sœur qui aime y mettre le feu
La nymphomane édentée
Au sourire de boulier vide

Un homme grand écrasé par son destin
Ses amours, sa vie. son travail de chien,
Mais pas vaincu, se trace
Un chemin divergeant des autres routes
Sur une porte, une plaque dorée
Deux gants blancs comme la conscience
Je suis malade, je les laisse conter
Que mon esprit ne sait rien de la sagesse

L'exalté qui brandit le poing
Fait baver une foule de couillons
Et hurle qu'il faut partager son dessein
C'est un fou qui ne tolère pas d'autres visions

Si nous sommes fous, nous le sommes tous.
Si nous sommes vivants, nous sommes enfants de la folie.
Qu'ils soient beaux, qu'ils soient laids, ils le sont tous,
Joyeux ou tristes, enfants de la folie.


lundi 14 octobre 2013

EN ATTENDANT LES BARBARES

EN ATTENDANT LES BARBARES

Version française – EN ATTENDANT LES BARBARES – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – Aspettando i barbari – Massimo Volume – 2013
Texte d'Emidio Clementi
Tiré d'un roman de John Maxwell Coetzee – En attendant les barbares – 1980 (Waiting for the Barbarians)





MASSIMO VOLUME






Maintenant que l'horizon
Est en flammes
Nous rentrons
Nous fermons en vitesse les volets
Nous mettons tout de côté
Les provisions
Les vêtements de l'été
En attente des barbares




Les empreintes le long du chemin
Mènent droit à notre jardin
Je ne te l'ai pas dit
Je ne te l'ai jamais dit
Dans ton sommeil, tes bras
Semblent des ailes fatiguées
Fuyant les barbares




Je le sais,
Ce n'était pas ça
Le vin promis
Les invitations
Les fleurs
Les rires
Mais cette nuit
La nuit
Est une lame illuminée
Qui coupe le noir
Et la peur
Et pointe en avant
Là où tout
Repose immaculé
Et juste
Et nôtre
Et pur
Avant l'arrivée des barbares




Maintenant que le soir
Raccourcit les ombres
Nous nous retirons
Et face au miroir
Comme des épouses
Nous nous préparons
En honneur des barbares




vendredi 11 octobre 2013

Dolly

Dolly

Canzone française – Dolly – Marco Valdo M.I. – 2013
Histoires d'Allemagne 96
An de Grass 97

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 – l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.






Petite illustration :  http://www.youtube.com/watch?v=kmfeKUNDDYs (Louis Armstrong - Hello Dolly Live )











Comme toutes les précédentes, cette Histoire d'Allemagne rapporte le récit en chanson d'un narrateur ; ici, il s'agit d'un amoureux, d'un étrange personnage amoureux de Dolly la clone, dont je te rappelle qu'elle fut conçue par deux savants écossais, qui à cette époque déjà lointaine, s'étaient pris d'un délire biogénétique. Je te cite la nouvelle telle qu'elle m'est revenue : « Deux scientifiques écossais annoncent publiquement qu'ils ont réussi, le 5 juillet 1996, à donner naissance au premier mammifère cloné à partir d'un animal adulte. L'animal est une brebis et s'appelle "Dolly" en hommage à la chanteuse Dolly Parton [http://www.youtube.com/watch?v=OTuQ9cKGSdM]. Souffrant d'une maladie pulmonaire incurable, Dolly (la brebis, pas la chanteuse) sera euthanasiée six ans plus tard. Une fois naturalisée, elle sera exposée dans un musée d'Edimbourg. »






Dommage pour la brebis... Quelle destinée ! J'imagine qu'au temps de leur découverte, ces savants Écossais ont attendu que Dolly tienne sur ses pattes pour annoncer cet heureux événement et présenter Dolly au monde entier. Je parle évidemment toujours de la brebis... Avec tout ça, on s'embrouille. Peux-tu revenir un peu sur la genèse de la chanson ?


Bien sûr ! Donc, si tu t'en souviens le professeur Vonderbrügge s'en était allé à un colloque, un congrès, un symposium... Bref, une rencontre de « call-girls » de Koestler sans répondre aux questions existentielles de son interlocuteur, qui n'était autre que Günter Grass lui-même, un pater familias assez patriarcal. Mais en homme de parole, à son retour, l'estimable Herr Professor va lui raconter Dolly la clone, telle qu'elle lui avait été exposée par le célébrissime professeur Wilmut, le père scientifique de Dolly la brebis, encore une fois pas la chanteuse. Quant à la mère de Dolly, le mystère est encore plus grand, car elle en a trois. Ceci relève de la science écossaise et est bien résumé dans la chanson.







Par ailleurs, dit Lucien l'âne en riant, il me semble reconnaître une chanson dans la chanson, car ce passage des trois mères me rappelle très fort la chanson de Jeanneton...


Et, non seulement, comme tous les ânes, tu as de l'oreille, mais tu as l’œil aussi. C'est bien de la chanson de Jeanneton que cette partie est , disons, inspirée.



Veux-tu que je te la chante, en vitesse ? C'est une de ces chansons du folklore, dont nul ne sait qui a bien pu en être l'auteur... Par ailleurs, on l'intitule La Rirette (http://www.youtube.com/watch?v=PGff9twp7UI), ce qui fait que sa ritournelle est logiquement « larirette » et non « lahilette »...

Jeanneton prend sa faucille,
La rirette, la rirette,
Jeanneton prend sa faucille,
Pour aller couper le jonc
Pour aller couper le jonc

En chemin, elle rencontre,
La rirette, la rirette,
En chemin, elle rencontre,
Quatre jeunes et beaux garçons
Quatre jeunes et beaux garçons

Le premier, un peu timide,
La rirette, la rirette,
Le premier, un peu timide,
Lui caressa le menton
Lui caressa le menton

Le deuxième un peu moins sage,
Larirette, larirette,
Le deuxième un peu moins sage,
La coucha sur le gazon
La coucha sur le gazon

Le troisième encore moins sage,
La rirette, la rirette,
Le troisième encore moins sage,
Lui souleva le jupon
Lui souleva le jupon

Ce que fit le quatrième,
Larirette, larirette,
Ce que fit le quatrième,
N'est pas dit dans la chanson
N'est pas dit dans la chanson

Et pour le savoir, mesdames
Larirette, larirette,
Et pour le savoir, mesdames
Allez donc couper le jonc
Allez donc couper le jonc

La morale de cette histoire,
Larirette, larirette,
La morale de cette histoire,
C'est que les hommes sont des cochons
C'est que les hommes sont des cochons

La morale de cette morale,
Larirette, larirette,
La morale de cette morale,
C'est que les femmes aiment les cochons
C'est que les femmes aiment les cochons

La morale de cette morale,
Larirette, larirette,
La morale de cette morale,
C'est que ça fait des petits cochons
C'est que ça fait des petits cochons »


Bravo, Lucien l'âne mon ami, ta culture folklorique est insondable. Des petits cochons et pas des brebis, comme tu le dis si bien... mais poursuivons... Car il y a une deuxième chanson dans la chanson... Je te laisse deviner...


Allons, Marco Valdo M.I. mon ami, pour qui me prends-tu ? Ne me prendrais-tu pas pour un âne ? Tu le sais bien que j'ai reconnu ce passage d'Arthur, chanson de Boris Vian [http://www.youtube.com/watch?v=MDF54OqCgSk]. Très exactement son dernier couplet :

« Ça tourne les enfants ça tourne:
"Arthur, es-tu là?"
"Oui les gars."
"Arthur, où t'as mis ton corps?"
"Mais j'ai pus de corps, les gars."
"Arthur, as-tu du cœur?"
"Belote, les gars, rebelote et dix de der." »




Oh, Lucien l'âne mon ami, tu connais les classiques, comme je vois. Donc, notre bonne Dolly la clone a été créée sans mâle (si l'on excepte les deux Écossais savants), ce qui ne cesse d'inquiéter notre narrateur, lequel – je te rappelle qu'il est amoureux de Dolly, sinon comment expliquer son intérêt et son désespoir – se lamente de ce qu'elle a été faite sans mâle et que cette circonstance mettrait ainsi fin aux relations sentimentales. Idée fausse comme il apparaît dans le deuxième couplet de la chanson. Réfléchissant un peu, le narrateur se dit que tous comptes faits, les hommes seraient plus tranquilles s'ils ne devaient pas satisfaire à certaines obligations naturelles et que Dolly la clone et ses adeptes les en débarrasseraient. Cette surprenante évolution aurait la conséquence heureuse de libérer les hommes et de leur permettre de ne plus « penser à ça » ou à tout le moins, de ne plus « penser qu'à ça ». Ce qui ouvrira la voie à de nouvelles façons de vivre. Mais comme tu le verras, il garde des relations chaleureuses avec elle(s) – Dolly la clone et les autres dames.


Donc, si je comprends bien, dit Lucien l'âne en souriant, il s'apprête à rejoindre le quatrième sexe ou genre... Après les hétéros, les homos, les ambis... Les « sans », ceux pour qui la « chose » est sans grand intérêt ou carrément, sans intérêt. Ce serait effectivement un grand moment dans l'évolution des sociétés humaines que d'arriver à se débarrasser du soi-disant « besoin sexuel ». Ce qui n'empêche en rien de bonnes relations, comment dire sentimentales et sensuelles. Je te parie que c'est en effet là un débat qui va surgir au-delà des questions actuelles du genre et du sexe.


C'est peut-être un peu tôt, mais en effet, la question se pose et s'imposera. Pour le reste, la chanson se termine en posant l'angoissante évolution du climat, du développement des catastrophes climatiques... et face au danger, que fait notre protagoniste ?... il se réfugie dans les bras de sa clone... Voila toute l'histoire de l'année 1997.


Alors, laissons notre narrateur à ses copulations avec Dolly la clone et tissons le linceul de ce vieux monde clonesque, clownesque, copulateur, cancanier, catastrophique, corrompu et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Hello Dolly
Ma jolie Dolly
On ne sait pas trop de quelle mère tu es la fille
Tu es si belle Dolly
La plus belle Dolly
C'est beaucoup trois mères dans une vie
La première est génétique, lahilette, lahilette

La première est génétique, lahilette, lahilette
Est-ce elle ta vraie maman ? Est-ce elle ta vraie maman ?

La deuxième est ovulaire, lahilette, lahilette
La deuxième est ovulaire, lahilette, lahilette
Est-ce elle ta vraie maman ? Est-ce elle ta vraie maman ?
La troisième, c'est la porteuse, lahilette, lahilette

La troisième, c'est la porteuse, lahilette, lahilette
Est-ce elle ta vraie maman ? Est-ce elle ta vraie maman ?

Elles sont toutes tes mères
Qui est donc ton père ?
Il n'y a plus de père, les gars
Mais ne vous en faites pas pour ça
Belote, rebelote et dix de der
Et tu nous as surpris, Dolly
Ma jolie Dolly
La plus belle, Dolly
J'ai cru que pour moi tout était fini
Quand j'ai compris, Dolly
Qu'il n'y aurait plus de gars dans ta vie





Hello Dolly
Ma jolie brebis

Grâce à toi, s'ouvre une nouvelle vie
On pourra danser Dolly
On pourra chanter Dolly

Car demain, nous serons des hommes libérés
On ne sera plus obligés
Dolly,
Grâce à toi, Dolly
De copuler dans la vie

Mais ne t'en fais pas
Tous ceux qui aiment ça
Pourront encore venir dans tes bras
Tout ça, ma jolie Dolly
C'est grâce à toi, Dolly
Et moi je chante pour toi

Je danse avec toi
Dans tes bras Dolly
Moi, j'aime ça, Dolly
Tu es si belle Dolly
La plus belle Dolly

Grâce à toi, on aura une nouvelle vie




Hello Dolly
Ma jolie Dolly
Il y a partout des inondations
Le temps change Dolly
Le climat Dolly

Bouleverse tout à sa façon
La terre s'échauffe, Dolly
Les eaux montent, Dolly
Le monde tremble, Dolly
Il est temps de se mettre au lit.
Dans tes bras, Dolly

Comme autrefois, Dolly
Quand tu es partie, Dolly
Ma jolie Dolly
J'ai cru que pour moi tout était fini
Mais tout va mieux depuis
Depuis que j'ai compris
Ma jolie brebis

On va danser tous les deux, Dolly
On va chanter tous les deux, Dolly

On va recommencer tous les deux , Dolly,

À copuler dans la vie.