vendredi 6 septembre 2013

Il est né le divin Enfant

Il est né le divin Enfant

Chanson française – Il est né le divin Enfant – Jean Yanne – 1982



Il est né le divin enfant

http://www.youtube.com/watch?v=otRrwsK0neE&list=RD02otRrwsK0neE

Ah ! Lucien l'âne mon ami, aujourd'hui, je m'en vais te rapporter une fable... Non pas une fable d'Ésope ou de La Fontaine, emplie d'animaux et de proverbes, mais une fable en quelque sorte humaine. Une fable dont les personnages sont des êtres humains et bien évidemment, comme dans toutes les fables, des personnages inventés...

Voilà qui est intéressant et somme toute, qui nous rendra justice à nous les animaux. Mais, dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, n'appelle-t-on pas habituellement ce genre de récits des contes...


Bien évidemment. Les contes sont des fables où les personnages sont des humains. Ainsi en va-t-il des célèbres contes des mille une et une nuits. Donc, je précise : une fable du genre particulier appelé généralement « conte ».


En fait, fables ou contes, ce sont des histoires où il faudrait indiquer en préambule : « Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé... » Tu connais le texte habituel.



Certes, mais ce n'est pas exactement ça... Contes ou fables, il est essentiel de bien indiquer qu'il s'agit de pures inventions, de pures créations, même si comme c'est le cas ici, l'auteur est anonyme ou inconnu. Les contes ont toujours servi à mille choses et particulièrement, à dire ce qui ne peut être dit ouvertement. En clair : quand placé sous une chape de plomb ou face à une dictature avouée ou insidieuse (ici, pour Jean Yanne, il s'agit de mettre en cause le conformisme religieux de la bonne société, dont on sait qu'il est une dictature du genre insidieux et de plus sournoise) le poète, l’auteur, l'écrivain, l’artiste, le penseur, le philosophe, l'homme engagé ne peut dire la vérité, connaissant par avance le sort qui l'attend ; [[7878]] il suffit de voir ce qu'il advient des mécréants quand les religieux sont au pouvoir ou même simplement, en majorité ; ce qui se vérifie partout dans le monde et dans l'histoire. Le conte est un message crypté. Donc pour en revenir à notre chanson et plus précisément, à notre cantique – un cantique du 18 ou 19ième siècle, on ne sait trop – réinterprété par Jean Yanne. Ce cantique fort populaire au demeurant est resservi d'année en année au repas de Noël à la sauce Tino Rossi, sur les radios bien-pensantes; [http://www.youtube.com/watch?v=zrdPGF0vmQw]; pour la clarté des choses, je te rappelle le texte intégral :

« Il est né le divin enfant
Jouez hautbois, résonnez musettes
Il est né le divin enfant
Chantons tous son avènement.

Depuis plus de quatre mille ans
Nous le promettaient les prophètes,
Depuis plus de quatre mille ans
Nous attendions cet heureux temps.

Il est né le divin enfant
Jouez hautbois, résonnez musettes
Il est né le divin enfant
Chantons tous son avènement.

Ah! qu'il est beau, qu'il est charmant,
Ah! que ses grâces sont parfaites,
Ah! qu'il est beau, qu'il est charmant,
Qu'il est doux, ce divin enfant.

Il est né le divin enfant
Jouez hautbois, résonnez musettes
Il est né le divin enfant
Chantons tous son avènement.

Une étable est son logement,
Un peu de paille est sa couchette,
Une étable est son logement,
Pour un Dieu quel abaissement!

Il est né le divin enfant
Jouez hautbois, résonnez musettes
Il est né le divin enfant
Chantons tous son avènement.

O Jésus, ô roi tout puissant,
Tout petit enfant que vous êtes,
O Jésus, ô roi tout puissant,
Régnez sur nous entièrement.

Il est né le divin enfant
Jouez hautbois, résonnez musettes
Il est né le divin enfant
Chantons tous son avènement. »




Ce cantique, je le connais, tu parles , mon ami Marco Valdo M.I. Déjà qu'il est lui-même une parodie de cantique... le texte est aussi délirant que l'ironique interprétation qu'en fera un siècle après Jean Yanne. D'ailleurs, n'était son existence ancienne, on pourrait croire que lui aussi a été écrit par Jean Yanne... J'ai d'ailleurs longtemps cru que c'était une blague... Mais j'ai bien dû déchanter... C'était réellement un cantique. Le pire, c'est que j'ai dû le subir un nombre considérable de fois quand ils me réquisitionnaient pour jouer l'âne dans leurs crèches ; c'est un sommet du kitsch cathoromain. Ce n'est pas un hasard, si « Noi, non siamo cristiani, siamo somari »...


Tu remarqueras que dans la chanson, Jean Yanne prend le parti de l'âne et dénonce le sort qu'on lui fait subir. Et puis, Jean Yanne devait lui aussi en avoir par dessus la tête de cette siroperie ecclésiastique et il l'a passée au moulinet du reggae ; cette fois, il a encore eu recours à la parodie, à un « à la manière de... ». Ici à la manière du Gainsbourg de Aux armes [[2890]]; choristes y comprises. Avant d'aller plus loin, il faut quand même signaler que comme beaucoup de chansons de Jean Yanne, celle-ci avait été composée pour le film Deux heures moins le Quart avant Jésus-Christ (http://www.youtube.com/watch?v=AjhEKZE7SbM), dont elle était la conclusion .Le résultat est détonant et rebondit dans notre temps contemporain : la télé est là et surgit au dernier couplet le conflit absurde qui se déroule dans le pays où se déroula la vie de Brian (http://www.youtube.com/watch?v=bDDrKuJ76AM&list=RD02Xv2dVNu-Z34), film des Monty Pythons (1979) avec lequel il a une certaine parenté, c'est-à-dire en Galilée-Palestine-Israël-Judée, etc.


J'aime beaucoup cette canzone, ce cantique qui est finalement un beau conte et les beaux contes sont mes bons amis... Quant à nous, reprenons notre tâche, dans cette Guerre de Cent Mille Ans – réelle celle-là, et tissons le linceul de ce vieux monde engoncé dans ses crédulités, malade de ses croyances, bigot, infantile et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Il est né le divin enfant
Jouez transistors, résonnez cassettes,
Il est né le divin enfant,
Magnétoscopons cet événement
( Choristes : Il est né le divin enfant)

Le père vivait bien tranquille
Bon ouvrier, bon artisan ( Choristes : Il est né le divin enfant)
C'était le meilleur de la ville
Pour faire les tables et les bancs ( Choristes : Il est né le divin enfant)
Tôt le matin dans son échoppe
Avec le bois de l'olivier ( Choristes : Il est né le divin enfant)
Par le rabot, par la varlope,
Il ennoblissait son métier ( Choristes : Il est né le divin enfant)

Il est né le divin enfant
Jouez transistors, résonnez cassettes,
Il est né le divin enfant,
Magnétoscopons cet événement
( Choristes : Il est né le divin enfant)

L'histoire est simple et plutôt belle
Un jour, il rencontre Marie ( Choristes : Il est né le divin enfant)
Jeune et jolie, douce et fidèle,
Il veut lui consacrer sa vie ( Choristes : Il est né le divin enfant)
Le voilà déjà qui installe
Meubles et tapis dans sa maison ( Choristes : Il est né le divin enfant)
Il repeint les murs de sa salle
Et met des plumes aux édredons ( Choristes : Il est né le divin enfant)

Il est né le divin enfant
Jouez transistors, résonnez cassettes,
Il est né le divin enfant,
Magnétoscopons cet événement
( Choristes : Il est né le divin enfant)

Dans leur bonheur, un ange passe
Et dit à Marie étonnée : ( Choristes : Il est né le divin enfant)
Je vous salue pleine de grâce
Et vous annonce un héritier ( Choristes : Il est né le divin enfant)
Qui va naître sans toit, sans âtre,
Sans draps, sans berceau, presque nu ( Choristes : Il est né le divin enfant)
Près d'un bœuf que l'on va abattre
Et d'un âne qu'on a battu ( Choristes : Il est né le divin enfant)

Il est né le divin enfant
Jouez transistors, résonnez cassettes,
Il est né le divin enfant,
Magnétoscopons cet événement
( Choristes : Il est né le divin enfant)

C'est bien ainsi qu'en Palestine
La face du monde a changé ( Choristes : Il est né le divin enfant)
Qu'on prévienne les magazines
Et le journal télévisé ( Choristes : Il est né le divin enfant)
Sur la paille d'une cabane
Et sous le ciel de Galilée, ( Choristes : Il est né le divin enfant)
Ce jour entre le bœuf et l'âne,
Un petit enfant juif est né (Un petit enfant juif est né)

Il est né le divin enfant
Jouez transistors, résonnez cassettes,
Il est né le divin enfant,
Magnétoscopons cet événement
( Choristes : Il est né le divin enfant)

( Choristes : Il est né le divin enfant)
( Choristes : Il est né le divin enfant)


mardi 3 septembre 2013

PETITE LEÇON D'ÉCONOMIE POLITIQUE

PETITE LEÇON D'ÉCONOMIE POLITIQUE

Version française – PETITE LEÇON D'ÉCONOMIE POLITIQUE – Marco Valdo M.I. – 2013
d'après la version italienne - "Semplici lezioni di economia politica" – de Gian Piero Testa – 2013
d'une chanson grecque – Απλά μαθήματα πολιτικής οικονομίας – Loukianos Kilaidonis / Λουκιανός Κηλαηδόνης – 1975
Texte de Yannis Negrepondis
Musique de Loukianòs Kilaidonis
Interprètes: Alekos Màndilas, Loukianòs Kilaidonis, Pitsa Konitsioti, Kostas Thomaìdis
Disque: Απλά μαθήματα πολιτικἠς οικονομίας, 1975




Nous souvenons-nous encore de Bertolt Brecht ? « Apprends ce qui est le plus simple ! Pour ceux dont le temps est venu, il
 n'est jamais trop tard ! 
Apprends l'abc ; ça ne suffit pas, mais 
apprends-le ! Et ne te lasse pas ! Commence ! Tu dois savoir tout ! 
Tu dois prendre le pouvoir. 
Apprends, homme à l'hospice !
 Apprends, homme en prison ! 
Apprends, femme en cuisine ! Apprends, sexagénaire ! Tu dois prendre le pouvoir. Fréquente l'école, sans-abri ! 
Acquiers le savoir, toi qui as froid ! 
 Affamé, empoigne le livre : c'est une arme.
 Tu dois prendre le pouvoir. N'aie pas peur de questionner, camarade ! 
Ne te laisse pas influencer, 
vérifie toi-même ! 
Ce que tu n'apprends pas par toi-même, tu ne le sauras pas. Contrôle le compte, 
c'est toi qui dois le payer. Mets le doigt sur chaque mot, 
demande : et ceci, pourquoi ? 
Tu dois prendre le pouvoir ».

Brecht disait cela en 1933, une année mortelle. En 1975, avec dans le dos, la sombre période des Colonels, Yannis Negrepondis et Loukianòs Kilaidonis devaient avoir pensé que, dans le septennat précédent, les Grecs avaient manqué trop de leçons et qu'était venu l'instant de rafraîchir l'abc du peuple. Ils publièrent ce disque rapide, pédagogique, gnomique, ultra-idéologique – si l'on veut -, mais amusant, ironique, optimiste au fond ; et pourquoi ne pas l'être, optimistes, quand on respirait encore les émanations de l'ivresse et on pouvait rêver que, avec la liberté retrouvée, on pourrait même vaincre l'injustice du système ? Qui ne s'est jamais engagé dans ce passage du Nord-Ouest pour atteindre l'Océan Pacifique et ensuite se retrouver emprisonné dans les glaces et découvrir que le passage était encore une fois un malencontreux aller simple ? Ultra-idéologique, ai-je dit : mais, en réalité, je ne sais pas très bien ce que ça peut vouloir dire. Aujourd'hui il m'arrive – il m'arrive, malheureusement – de lire les articles des « terminators » des idéologies du XX siècle : les Panebianco, Ostellino, Zingales… [Disons, dit Lucien l'âne, que ce sont des « His Master Voices »... Les perroquets du capital. Sur ce même thème, je me rappelle l'éclairante chanson Les lanternes libérales [[7920]]]. Et bien, mais eux aussi enseignent son abc à la bourgeoisie, et proposent leurs formulettes libéralisantes et globalisantes indépendamment de toute considération de la réalité factuelle, et sans le moins du monde s'apercevoir que ces dernières (formulettes), en étant vastement mises en pratique sans aucun recours à leurs sages conseils, ne fonctionnent pas ; mais qui s'en soucie… L'idéologisme, on sait, est vice d'autrui ; certes pas de qui possède la science, ou – peut-être il vaut-il mieux dire – la formule magique et bonne à tout.
Du point de vue spéculatif, je n'arrive pas à saisir de différences de méthode entre les articles bourgeois du Corriere et ceux prolétariens de Lotta Comunista, qu'un temps je lisais pour l'avoir achetée, et que j'achetais car je n’avais pas le cœur d'envoyer au diable les jeunes camarades qui, comme de zélés Témoins de Jéhovah, sonnaient à ma porte le dimanche matin. Mais il y a une différence, de toute façon. La prédication idéologique des anti-idéologues du Corriere a accompagné un colossal transfert de richesse nationale, de sorte qu'aujourd'hui 10% de la population en possède 50% (avec le résultat que le Pays est dans l'ensemble beaucoup plus pauvre et, horreur, beaucoup moins compétitif sur la décisive scène mondiale) ; tandis que les autres, au moins, ont tapé sur le clou – un incontestable clou – disant que « qui a faim, a raison », comme le dit – voyez un peu – un proverbe populaire grec.
Dans ces limites – et avec cette appréciation – relisons et réécoutons, après presque quarante ans, le disque rouge de Kilaidonis-Negrepondis. Il est vraiment élémentaire, exactement comme il se proposait d'être ; mais j'ai la sensation que, dans la tourmente en cours, il ait encore des choses à dire. (gpt)


S'agissant de leçons élémentaires, il n'y a pas besoin de notes. Mais peut-être l'une ou l'autre peut être utile. Pour bien comprendre, la troisième chanson, l'avant-dernière strophe qui parle d'un conte long et emmêlé, c'est-à-dire la lutte des classes, il faut savoir que, alors que les contes italiens qui se terminent bien recourent à la sentence finale : « et ils vécurent heureux et contents » (les français à « Ils furent heureux et eurent beaucoup d'enfants »), les grecs disent : « et ils vécurent bien et nous encore mieux ». En ajoutant le fait que, mieux s'entend comme devrait être le résultat final – lorsqu'il adviendra – de la guerre de cent mille ans.

Gian Piero Testa - 20/8/2013 - 22:03

Fortes paroles … que la musique ne rend pas. Très belle cependant et c'est un travail considérable de GPT.
Krzysiek Wrona - 21/8/2013 - 03:33

Je comprends, Krzysiek Wrona, tes réserves sur la contribution musicale de Kilaidonis. Mais essaye d'imaginer que ces textes, en grande partie sérieux et tous terriblement catéchétiques, étaient modulés sur une musique qui en reflétait – autant sérieusement – les profondes vérités… Deux paris insoutenables. Mais ainsi, entre le sérieux et facétieux, entre le puéril et l'épique, le message devient plus fluide, selon moi. Et il a plus de probabilité d'approcher le sens. Et on ne peut pas, d'autre part, demander à un artiste, dont la nature profonde est sarcastique et farceuse, de se faire tout à coup grave et prophétique. Mais essaye de les réécouter plusieurs fois, ces chansons et tu t'apercevras que, ne fois après l'autre,ils se font plus convaincants. Merci pour les mots d'appréciation.
Gian Piero Testa - 21/8/2013 - 21:25





1- ARITHMÉTIQUE ÉLÉMENTAIRE
(Interprète Alekos Màndilas)


Un plus un font deux
Pas besoin d'un grand cerveau
Un plus un font deux
Pas besoin d'un grand cerveau
Deux plus un font trois
Si ça ne suffit pas, fais la grève.
On te prend dix, on te rend un
Qui donc l'appelle justice cette chose-là
On te prend, on te rend un
Qui donc l'appelle justice cette chose-là

Un plus un font deux
Pas besoin d'un grand cerveau
Un plus un font deux
Pas besoin d'un grand cerveau
Dix fois mille dix mille
Et seulement mille pour mille ouvriers.
Donc neuf mille, neuf fois mille
Voilà ce qu'on appelle la plus-value.
Donc neuf mille, neuf fois mille
Voilà ce qu'on appelle la plus-value.

Un plus un font deux
Pas besoin d'un grand cerveau
Un plus un font deux
Pas besoin d'un grand cerveau
Six plus deux, huit personnes
L'affamé roule de gros yeux
Six fois six trente-six
Pour le capital, ce sera toujours une aubaine.
Six fois six trente-six
Pour le capital, ce sera toujours une aubaine.

Un plus un font deux
Pas besoin d'un grand cerveau
Un plus un font deux
Pas besoin d'un grand cerveau
Quand le capital courra des risques
Il renverra ton fils à la guerre.
Il y a toujours une loi pour te lier les mains
Quand les choses se compliquent pour eux.
Il y a toujours une loi pour te lier les mains
Quand les choses se compliquent pour eux.

Un plus un font deux
Pas besoin d'un grand cerveau
Un plus un font deux
Pas besoin d'un grand cerveau.



2 – LE SYSTÈME
(Interprète Loukianòs Kilaidonis)


Tes mains collègue
Lorsque tu les loues
Pense que ton patron
Est un mal pour l'homme

Car même si ce matin
Il t'accepte comme être humain
Le système tôt ou tard
T'enverra au placard

Que ceci jamais ne te sorte de la tête
Tu donnes en location au mécanisme
Tes mains comme deux moteurs
Que cela te plaise ou pas où il y a une machine,
Il n'y a pas humanisme
Ni à plus forte raison, de cœur.

Tes mains, collègue,
Quand tu les loues
Sais-tu que c'est au système
que tu portes remède.

Quand ton patron lui-même
Parle de confiance
Au système
Il t’aliène

Que ceci jamais ne te sorte de la tête
Tu donnes en location au mécanisme
Tes mains comme deux moteurs
Que cela te plaise ou pas où il y a une machine,
Il n'y a pas humanisme
Ni à plus forte raison et de cœur.



3 – SAUT RÉVOLUTIONNAIRE
(Interprète Pitsa Konitsioti)


D'aïeuls en aïeules
De génération en génération
Qu'on s'arrête ou qu'on bouge
Toujours plus à chaque génération
Ils nous appauvrissent et ils prospèrent.

Anxieux ceux avec les gros billets
Nous maugréons avec la petite monnaie
Tu vois, pour eux, c'est la fête
Et il nous reste à gratter nos têtes.

L'eau qui bout là
Lorsqu'elle débordera
Ce sera l'explosion
Dit Marx et alors,viendra l'action

La fable est encore longue
Et comporte moult épisodes
Eux vivent heureux
Et nous encore toujours mieux

L'eau qui bout là
Lorsqu'elle débordera
Ce sera l'explosion
Dit Marx et alors, viendra l'action


4 – LES SCRUPULES
(Interprète Kostas Thomaìdis)


Quand la malhonnêteté gouverne le monde
Il n'est pas juste d'être honnêtes.

Distingue une fois pour toutes
Ce qu'est la valeur, ce qui est juste
Et n'écoute pas ceux qui mesurent
Avec leurs mètres et te trompent.

Quand l'injustice gouverne le monde
Il est insensé d'être justes.

Distingue depuis le commencement
Quelle est ta juste place.
Seul le droit de ta classe
Est viril et franc.


5 – LA PATRIE
(Interprète Alekos Màndilas)



La patrie est un navire
Qui tous nous transporte
Sur le pont supérieur, la bonne classe
Puisque c'est elle qui commande

En bas, le petit peuple
Moteurs, cuisine, cambuse,
Sur le pont supérieur, la bonne classe
Puisque c'est elle qui commande

Doucement la mer, doucement
Le bateau file au vent
Pour ceux d'en haut, c'est la fête
Pour le petit peuple, la tristesse.

Même si le temps se gâte
Et tourne à la tempête
Toujours, la classe d’en haut
Saura sauver sa peau.

Au petit peuple, il est permis
De donner sa vie
Toujours, la classe d’en haut
Saura sauver sa peau.

La mer forcit aille, aille
Le navire coule à pic aille, aille
Mon Dieu, sauvez ceux d'en haut
Et donnez du courage au populo

La patrie est un navire
Qui tous nous transporte
La formule fonctionne assez bien
Et la « populace » – à mâcher – n'a plus rien !


6 – LE CONTRAT
(Interprète Loukianòs Kilaidonis)



Ils ont signé le contrat
En une nuit, rapidement
Pour qu'il ne reste pas
De comptes dits courants

Un contrat de cinquante ans
À neuf pour cent
Aux étrangers tous les droits
En veux-tu, en voilà.

Les termes du contrat
Au plus fort tous les droits
Du côté politique
Et aussi économique

Les journalistes sans émoi
Ont publié dans un corps tout petit
Deux trois pages aussi
Confuses que celles du contrat.

Qui peut le dire
Qui ose le dire
quel parfait asservissement
économique et politique
Signifie cet engagement

Car neuf pour cent
C'est un montant risible
Pour un contrat de cinquante ans
Quand à ces seigneurs
On offre les bras des travailleurs
Pratiquement gratuitement

Quand ce dernier t'aura imposé
L'exclusivité
Tu ne pourras accepter d'autres
Avec qui collaborer
Sur le terrain de la politique
Ou de l'échange économique


7 – LES REMÈDES AUX PSYCHOSES -
(Interprète Loukianòs Kilaidonis)



Une entière société
Affectée de psychose
De centres de psychiatrie
Nulle part où se sauver

La psychose dérive
D'une cause très profonde
Au cœur de la structure
Économique et sociale

Quand on soignera, il faudra
Qu'on aille tout droit
À la racine de la cause
Et qu'on change le monde

Et le mal à la racine
Si on le veut affronter
Il faudra le frapper fermement
Économiquement et politiquement


8 – LE CADEAU
(Interprète Alekos Màndilas)



Ouvrier le cadeau que
Ton patron t'offre
Il tire le double
De ta besogne
De ton travail, de ta peine

La drachme que le patron
Va, va, va t'offrir...
Il ne se décidera à ce don
Que s'il en tire
Deux ou trois fois plus encore

Donc si même ton patron
Semble te vouloir du bien
Pense que c'est de ton travail
Que tout cela provient

9 – COMPROMISSION
(Interprète Kostas Thomaìdis)

Notre patron a invité
Stratis le jeune effronté
Il lui a dit couche-toi et sois prudent
Et s'est aligné prudemment.

Stratis où est ton sourire
Ton regard et ton rire
Où est allée ton innocence
Où donc a disparu ton arrogance ?

Pour un Stratis qui se couche
À l'appel du maître
Les camarades sont des milliers
Un seul cri de mille gosiers.


10 – LA LEÇON DE DIEU
(Interprète Alekos Màndilas)



Tous les doigts semblables
Ne sont pas
Et donc, que tous ne mangent pas
Est chose juste.

On nous l'a servi ainsi
Nous le présentons ainsi
Et jusqu'à tant que nous mourrons
Nous le refuserons

Prêtres maîtres
Et gendarmes
Et nous tous voulons ici-bas
L'ordre et la loi

Et ceux qui veulent
Qu'arrive le contraire
Sont des sans-patrie
Des sans-religion et des brutes.

Tous les doigts semblables
Ne sont pas
Et donc, que tous ne mangent pas
Est chose juste.

Les grains se répartissent
Selon la règle divine
La nation, le trône et la famille
Et les 12 évangiles


11 - LE CONCEPT D'HONNÊTETÉ
(Interprète Pitsa Konitsioti)



D'individu à individu
Selon profession métier
Religion recettes et idéologie
Changent les sens de honnêteté

L'écrivain a sa propre idée de l'honnêteté
Le prêtre entend tout autre chose par honnêteté
Et celle de l'idéologue diffère
De celle du soldat mercenaire

Ce qui paraît honnête
Au capitaliste
Pour le travailleur
Est une indécence
Qui vit pourtant dans le coeur
D'un petit propriétaire

Comment ? La propriété privée
Ne serait pas une monstruosité

La monogamie est à l'honneur
Mais seulement chez le paria
Tandis que pour le bourgeois
Ou l'entrepreneur
C'est un état pas naturel
C'est une histoire très vieille

Le prix donne le pas
À l'honnêteté
La question n'est donc pas là
Compatriote, écoutez !


12 - L'ÉMIGRATION
(Interprète Loukianòs Kilaidonis)



L'émigration est une solution
Quand l'inoccupation
Frappe notre pays
Mais à l'économie
Que coûte-t-elle ?
L'émigration est une solution
Mais au plan individuel

Quand travailleur tu t'en vas
À dix-huit ans déjà
Dans ton pays encore
Tu es un poids mort
Et malgré ce que tu as coûté
À ta patrie, à son peuple
Tu donnes à un pays étranger
Ton activité

D'autre part, c'est forcé
Pour le patron local
L'élément inoccupé
Est révolutionnaire

Solution du désespoir
Pour toi l'émigration
Met fin à ton chômage
Mais ta patrie, elle,
Elle l'endommage
L'émigration est une solution
Seulement au plan individuel

13 – LES MOTS ET LES FAITS
(Interprète Loukianòs Kilaidonis)



C'est évident pour tous et toutes
Le problème n'est pas simple
Le problème est vraiment énorme

Nous disons ceci en paroles
Cela et autre chose encore

Mais voyons un peu qu'on te dise :
Donne même ce que tu possèdes !

En paroles, il y a le prêtre
Et le maître
Mais elle vient de la divinité
Une telle immuabilité

En paroles, il y a travailler
Travailleur et contremaître
Mais la boue que tu dois labourer
Pèse-t-elle pareil sur celui qui commande ?

C'est évident pour tous et toutes
Le problème n'est pas simple
Le problème est vraiment énorme

En paroles, il y a fantassin
Infanterie et cavalerie
Mais est-ce le même destin
Quand survient la boucherie ?
Il y a des étudiants. En paroles
Étudiants et ouvriers une seule chose
Mais voyons voir si dans la vie
Ils se tiendront compagnie

En paroles, celui d'en haut est bon
celui d'en bas aussi
Mais voyons voir s'ils te diront
Assieds-toi ici toi aussi

Ainsi parlait le bourgeois
Et juste à côté, le petit bourgeois
De sa grande tête acquiesçait
Mais le prolétaire
Malheureux de tout ce qu'il avait vu
Souriait amer
Car même l'autre chose et l'autre manière
Où quelquefois, il entrevoyait la lumière
D'une façon ou d'une autre le dupaient


14 - L'USURIER
(Interprète Loukianòs Kilaidonis)



Dans une cave sombre
Comme une bête aveugle se terre
L'usurier

Il n'a jamais une drachme, dit-il
Et il ne peut pas vivre autrement, dit-il
L'usurier

Qu'il ne t’advienne pas d'être obligé
D'aller chez lui t'endetter
L'usurier

Il te noircit la vie
Il te dépouille le corps et l'âme
L'usurier

Mais il ne faut pas être des benêts
Et dire que la cause de ceci est
L'usurier

Il y en a d'autres cachés
Qui le soutiennent et comment le soutiennent
L'usurier


15 - ABSOLU ET RELATIF
(Interprète Loukianòs Kilaidonis)

Si le bien
Est un concept absolu
Il faudra donc bien
Que le juste aussi soit absolu

Posons que c'est l'homme bien
Qui distribue le bien
Et qui définit
Comment, pourquoi et à qui

Mais comment
Distinguer clairement
Si il veut d'office
Pratiquer la justice

Il estimera absolus
Faits et événements
Car le bien, c'est évident
Pour lui sera un absolu

Mais sans doute la justice
Peut être indépendante
Quand c'est la bonté, vois-tu
Qui la mène à l'absolu

Tandis que la métaphysique
Généralement se trompe
Marx a vu à fond
Les choses comme elles sont

Et vu que le juste et le bien
Sont relatifs. À l'évidence,
La question n'est jamais que certain
En ait l’intelligence

Au cas où tu serais contraint
D'offrir à ton voisin
De juger si le bien effectif
Est absolu ou relatif.


16 - TRAVAILLEUR, PRENDS GARDE !
(Interprète Kostas Thomaìdis)



Les temps sont troubles. Travailleur, prends garde.
Tiens l’œil toujours en éveil
Tiens l’œil toujours en éveil
Ennemis et amis. Travailleur, prends garde.

Derrière Franco, Mussolini, Hitler
Ce sont d'autres, toujours les mêmes
Toujours les mêmes capitalistes
Dont la cible, c'est toi prolétaire.

Ceux-là payeront, quoi qu'il arrive,
En argent ou sous d'autres formes,
Car dans les mêmes sombres ténèbres
Travailleur, toujours ils te serrent.

Et les amis sont légions
Qui opportunistes qui te trahiront
Qui en opportunistes, te trahiront
Et qui, travailleur, pour cible te prendront.