samedi 7 janvier 2023

Le Veilleur de Nuit

 


Le Veilleur de Nuit



Chanson française — Le Veilleur de Nuit Marco Valdo M.I. — 2023


LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.


LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 6: Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; 071. Épisode : Un Conflit avec l’Étranger ; 072 : Petit Manuel de Survie ; 073. La Banalité ; 074. La Ligne de Conduite ; 075 : Les Femmes de Zinovie ; 076. La Légende ; 077 : Le Devoir sacré ; 078 : Les nouveaux Soldats ; 079 : Bruit de Fond ; 080 : Une résistible Ascension ; 081 : La Zone interdite ; 082 : Les Pommes ; 083 : La Normalité ; 084 : L’Autorisation ; 085 : L’Exclusion ; 086. Quelle Affaire ?; 087 : Le Vase vide ; 088. Introspection ; 089. Le Pays gris ; 090. Tout un Style ; 091. L’État unique



Épisode 92






NIKOULINE ET CHOUYDINE


Boris Strakhov — 1995









Dialogue Maïeutique




Donc, dit Marco Valdo M.I., les voix continuent à se faire entendre. Ce sont des bouts de conversation entre Zinoviens. Depuis quelques épisodes, on est dans un caboulot où nous a entraînés le veilleur de nuit. Il est à une table, dans un coin au sein d’un groupe qui s’est constitué fortuitement et par affinités ; il discute avec un autre Zinovien excentrique comme lui. L’un dit ci, l’autre dit ça. Allez savoir qui dit ça ?


C’est bien là le problème, dit Lucien l’âne, pour ceux dont le métier est de savoir qui dit quoi à qui, surtout dans la cohue des files, des arrêts de bus, des magasins, des bistrots et des autres endroits où se rassemblent les buveurs.


Oui, Lucien l’âne mon ami, tu as raison. Cependant, si les murs ont des oreilles et même beaucoup d’oreilles fureteuses, beaucoup d’yeux curieux, les citoyens ont depuis longtemps compris cette situation évidente et savent fort bien comment se protéger de leurs autorités. Et s’il faut bien qu’ils vivent et que comme la plupart des humains, ils aiment la parlote, la discussion, la confidence et qu’ils finissent ainsi toujours par dire des choses qui leur passent par la tête ou qui leur tiennent à cœur, ils s’arrangent pour que tout se passe sous le couvert de l’anonymat chaotique des lieux composites et par essence, eux-mêmes anonymes.


Mais enfin, dit Lucien l’âne, à la longue, ce doit être pénible de vivre dans la clandestinité alors qu’en principe, on est chez soi.


C’est vrai, dit Marco Valdo M.I., et comme on va le voir, il y a des moments où soudain ça éclate, où ça déborde. C’est le cas ici pour le veilleur de nuit qui pousse une gueulante de révolte. Son malaise mène son mal-être à une intensité insupportable.


« J’en ai marre, j’en ai jusque-là !

J’aimerais ne plus rien voir de tout ça,

J’aimerais être heureux d’être en vie… »


Et voilà, il déballe. Il déballe des choses sur le Guide :


« À présent, les cauchemars du Guide

Nous menacent du vide

Et de siècles de malédiction. »


sur les pères fondateurs :


« À l’origine, dans un lointain passé,

Ces sévères barbus sentencieux

Ces glorieux maîtres audacieux,

Ont contrefait la vérité. »


et dénonce sans fard l’état de l’État :


« Cette société fondée sur le crime

Est pure déréliction,

Disparition de la promesse ultime. »


Houla, dit Lucien l’âne, il y va vraiment fort.


Oui, dit Marco Valdo M.I., mais en paroles, car il se lamente aussi d’une certaine impuissance :


« Écrire des livres sans lendemain,

À quoi bon ? L’espoir est un poison.

Changer de Guide, changer de décor ?

À quoi bon ? Nul ne peut changer de corps. »


et s’il met le doigt dans la plaie, il reste assez circonspect quant à l’avenir :


« La Zinovie s’enfoncera

Encore plus à fond dans l’ordure.

L’humanité trouvera

Une issue. La chose est sûre.

Ça prendra des années et des années… »


Pour finir, un petit coup de projecteur sur la réminiscence voulue du refrain de la chanson de Jacky, de Jacques Brel :


« Être bien une heure seulement,

Être bien au moins une fois,

Être bien un jour, une semaine, un mois.

Être bien toute ma vie durant. »


Oh, dit Lucien l’âne, je l’avais reconnue comme celle où tu parodies Aragon, repris par Léo Ferré dans Est-ce ainsi que les hommes vivent ? :


« Changer de Guide, changer de décor ?

À quoi bon ? Nul ne peut changer de corps.

De longtemps, l’utopie nous trahit

Dans des rêveries diurnes de paradis. »


et plus subtile à déceler quand même, cette mémoire de Charles Cros, intitulée En Cour d’Assises :


« Je suis l’expulsé des vieilles pagodes

Ayant un peu ri pendant le Mystère ;

Les anciens ont dit : Il fallait se taire

Quand nous récitions, solennels, nos odes. »


que la chanson rappelle disant :


« Ces génies, en immortels rhapsodes,

Psalmodiaient solennels leurs odes. »


Maintenant, je propose d’en rester là et de laisser place à la chanson qui a encore tant de choses à dire, tant de secrets à révéler. Tissons alors le linceul de ce vieux monde menteur, vantard, fantomatique, roué, retors, roublard et cacochyme.


Heureusement !




Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




J’en ai marre, j’en ai jusque-là !

J’aimerais ne plus rien voir de tout ça,

J’aimerais être heureux d’être en vie,

D’être en liberté, ici, en Zinovie ;

Boire un coup, si j’ai envie ;

Avoir à manger, peu, mais assez ;

Être au chaud, à peu près habillé ;

Profiter de temps en temps de la vie :

Être bien une heure seulement,

Être bien au moins une fois,

Être bien un jour, une semaine, un mois.

Être bien toute ma vie durant.


Quelle vie, quelle existence !

Ici, on vit mal à l’avance

De vivre plus mal encore demain.

La joie à venir est déception,

Écrire des livres sans lendemain,

À quoi bon ? L’espoir est un poison.

Changer de Guide, changer de décor ?

À quoi bon ? Nul ne peut changer de corps.

De longtemps, l’utopie nous trahit

Dans des rêveries diurnes de paradis.

Rien, ni personne ne changera :

L’avenir radieux adviendra !


Ces génies, en immortels rhapsodes,

Psalmodiaient solennels leurs odes.

À l’origine, dans un lointain passé,

Ces sévères barbus sentencieux

Ces glorieux maîtres audacieux,

Ont contrefait la vérité.

À présent, les cauchemars du Guide

Nous menacent du vide

Et de siècles de malédiction.

Cette société fondée sur le crime

Est pure déréliction,

Disparition de la promesse ultime.

 

Les voies mystérieuses de l’histoire

Sont longues, lentes et noires.

La Zinovie s’enfoncera

Encore plus à fond dans l’ordure.

L’humanité trouvera

Une issue. La chose est sûre.

Ça prendra des années et des années,

Moi, j’ai construit cette société bornée.

C’était effroyable, on était implacable.

Combien ont souffert ? Combien ont péri ?

Je n’en dors plus, c’est épouvantable.

Alors, je suis veilleur de nuit.

jeudi 5 janvier 2023

MON CHAT

 



MON CHAT


Version française — MON CHAT — Marco Valdo M.I. — 2023

d’après la version italienne — Il mio Gatto — de Riccardo Venturi

d’une chanson en milanais — El me gatt — Ivan Della Mea — 1962




MAKHNO



Dialogue Maïeutique


Ah, Lucien l’âne mon ami, comme on peut le voir, cette chanson italienne originaire de Milan, là-bas au milieu de la grande plaine alluviale du Nord, intitulée « El me gatt », littéralement « Le mien chat », écrite et chantée d’abord par son auteur Ivan Della Mea a perduré au-delà de bien des années, reprise par toute une série d’artistes et non des moindres. Un de ses premiers auditeurs fut Umberto Eco qui la catalogua comme « Archétype ; je ne sais si lui-même la chanta. Un chanteur, auteur-compositeur à ses heures, Alessio Lega qui continue à lui donner sa voix, l’avait désignée comme la première chanson d’animalisme militant de l’histoire. Je ne sais s’il a raison. Ce que je sais, c’est ce que Brassens promettait comme vengeance à ceux qui fouettent, blessent, tuent, crèvent, éventrent, bref, font du mal aux chats.


« Qu’il boive mon vin, qu’il aime ma femme,
Qu’il fume ma pipe et mon tabac,
Mais que jamais — mort de mon âme !,
Jamais il ne fouette mes chats.
Quoique je n’aie pas un atome,
Une ombre de méchanceté,
S’il fouette mes chats, il y a un fantôme
Qui viendra le persécuter.
S’il fouette mes chats, il y a un fantôme
Qui viendra le persécuter. »


Oh oui, dit Lucien l’âne, et il le disait très solennellement dans cette chanson qu’il avait appelée « Le Testament » et comme on le voit, cette vengeance aurait été ce qu’elle devait être selon ce que disait ta grand-mère : « La vengeance est un plat qui se mange froid ». J’ajouterais en plusieurs fois. Dans de telles circonstances, le persécuté (ici, ç’aurait été la persécutée) n’en aurait plus dormi jusqu’à la fin de sa vie et ce n’aurait été que justice.


À propos de justice, dit Marco Valdo M.I., la chanson en parle et l’enfant s’en plaint de la justice :


« La justice a tort :

Car mon chat est mort

Et cette Ninetta vit encore. »


L’enfant s’en plaint et il n’a pas tort, car d’une part, personne du côté de la justice n’a cherché à poursuivre l’assassin du chat et de l’autre, tout ce que le pouvoir a fait, c’est faire la chasse à l’enfant et le mettre en prison. Prévert, environ trente avant, dénonçait déjà cette chasse à l’enfant et cette mise en prison des enfants. Il ne t’aura pas échappé qu’on en trouve un vers mot pour mot dans la chanson : « Ils m’ont appelé bandit, voyou, voleur, chenapan ».


Comme je le sais, Marco Valdo M.I., tu es l’auteur de la chanson qui défend l’égalité des humains et des animaux et qui affirme les droits universels des uns et des autres et même, plus généralement, de tous les êtres vivants — y compris les plus petits animalcules, y compris la biosphère elle-même. Pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore, ils peuvent en trouver le texte en de multiples langues sous le titre « Déclaration universelle des Droits de l’Âne ». Concluons ainsi et tissons le linceul de ce vieux monde ignorant, stupide, injuste et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane







Allongé au milieu des jardins,

Il voyait le ciel de ses yeux morts de chat.

Allez savoir quel est l’infâme crétin

Qui a crevé le ventre de mon chat.


Il était beau, il était sympathique :

Noir et blanc, une beauté, magnifique.

Si j’attrape celui qui l’a frappé…

Je lui briserai le cul à coups de pied.


Mes amis m’ont dit : « C’était la Ninetta,

Celle à la petite jambe tordue.

Dans les jardins hier matin, on l’a vue

Avec un couteau à la main guetter le chat. »


Un sale caractère, un visage épouvantable,

Et un gros nez de chamelle,

Une traînée vraiment pitoyable,

Tous les enfants se moquent d’elle.


Via Savona, je l’ai attendue.

Après midi, quand elle est revenue,

J’ai suivi cette infirme ingambe,

J’ai frappé sur sa bonne jambe.


J’ai entendu un crac d’os brisés,

Elle est tombée à terre comme ça,

Et elle criait : « Oh mamma mia ! »

J’ai eu peur, j’ai décampé.


Jirai dormir à la maison de correction.

Piazza Filangieri au numéro deux, à Milan,

Ils m’ont appelé bandit, voyou, voleur, chenapan,

Moi, je suis convaincu d’avoir raison.


Braves gens, comprenez-moi :

Je me fous de cette Ninetta,

Mais la justice a tort,

Car cette Ninetta vit encore

Et mon chat est mort.


La justice a tort :

Car mon chat est mort

Et cette Ninetta vit encore.

mercredi 4 janvier 2023

  NUAGES NOIRS

 

NUAGES NOIRS


Version française — NUAGES NOIRS — Marco Valdo M.I. — 2022

Chanson allemande — Schwarze WolkenBoigruB — 2021

 

 

 

 


L’ORAGE SUR LE VILLAGE

Johann Heinrich Bürkel – 1838







Dialogue maïeutique


Étrange, Lucien l’âne mon ami, comme les chansons sont quelquefois, prémonitoires ou semblent écrites pour des événements postérieurs à leur création.


Oui, dit Lucien l’âne, on l’avait déjà remarqué que la chanson semble ainsi anticiper les temps futurs et il faut sans doute constater qu’il en va de même pour la poésie en général comme pour le roman. C’est d’autant plus vrai quand il s’agit de romans d’anticipation, mais pas seulement. J’imagine que tu dis ça, car tu penses que c’est spécialement le cas de cette chanson allemande de 2021.


En effet, répond Marco M.I., ces nuages noirs ont des airs de météorologie historique. Comme on sait, les nuages noirs sont des annonciateurs d’orage dans les endroits où ils passent. Écrits et créés en 2021, ils décrivent avec de troublants détails ce qui se passe en 2022 à l’horizon de l’Allemagne. Par exemple, on peut voir ce qui a frappé l’Ukraine presque toute l’année dernière — comme disait Boris Vian : les journaux étaient pleins de cauchemars. Je cite les premières lignes de cette première strophe de la chanson Nuages Noirs :


« Nuages noirs au firmament,

Il pleut des cendres, brûle la terre ;

Dans les fosses se décomposent les enfants

Dévorés par les rats et les vers ;

La mort putride diffuse son odeur douce »


Et le refrain a tous les airs d’être adressé à un habitant d’Odessa ou d’un autre lieu de ces coins-là, qui a dû fuir et se réfugier loin de chez lui :


« Seul sur la plage, vous regardez la mer en silence

De vos yeux pleins de désir et d’indolence.

Ne vous retournez pas, regardez devant vous :

Vous avez perdu tout, derrière vous, laissé tout. »


On dirait bien, dit Lucien l’âne. Je ne sais pas si ces Allemands qui ont créé cette chanson avaient la prémonition de cette guerre d’Ukraine, mais on dirait vraiment qu’il en est ainsi et je pense savoir pourquoi. Je te le dirai tout à l’heure, mais poursuis ton idée.


Et, reprend Marco Valdo M.I., la dernière strophe est encore plus éclairante et tout aussi pleine d’effroi. Et puis, elle met les points sur les i ; elle dénonce les coupables, elle les décrit, elle expose leur façon de faire, leur manière d’être et leur fondamentale malignité, leur insondable bassesse et leur cruelle perversité :


« À la nuit, ils rodent et se répandent alors

Commandos d’assassins, escadrons de la mort,

En groupe, de maison en maison, pas à pas,

Ils enlèvent ceux qu’ils n’épargnent pas.

La haine efface leurs scrupules. »



Oui, dit Lucien l’âne, c’est ce que l’on constate tous les jours dans tous les journaux. Ces gens-là sont incivils, immoraux, ce sont des bêtes idiotes et brutales. Avant de conclure, je vais te dire pourquoi – à mon sens – la chanson parfois – celle-ci certainement – annonce avec tant de justesse certains événements ultérieurs et c’est tout simplement parce que ces événements, ces comportements sont quasiment des archétypes, des schémas profonds de certaines séquences de la vie et de l’histoire humaine. Ainsi ce que les Russes font actuellement à l’Ukraine est très semblable à ce qu’ils y ont fait antérieurement, à ce que les troupes nazies (allemandes celles-là) y ont fait, à ce que les Russes ont fait en Tchétchénie, en Afghanistan, à ce qu’ils font en Syrie et qu’ils feraient ailleurs si on les laissait faire. Voilà pour l’actualité de la chanson. Quant à nous tissons le linceul de ce vieux monde puant, putréfiant, putréfié, pourrissant et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane








Nuages noirs au firmament,

Il pleut des cendres, brûle la terre ;

Dans les fosses se décomposent les enfants

Dévorés par les rats et les vers ;

La mort putride diffuse son odeur douce ;

Les épidémies et la famine sévissent ;

Enveloppés dans de puantes couvertures

Malades et vieux crèvent dans d’obscures encoignures



Seul sur la plage, vous regardez la mer en silence

De vos yeux pleins de désir et d’indolence.

Ne vous retournez pas, regardez devant vous :

Vous avez perdu tout, derrière vous, laissé tout.


À la nuit, ils rodent et se répandent alors

Commandos d’assassins, escadrons de la mort,

En groupe, de maison en maison, pas à pas,

Ils enlèvent ceux qu’ils n’épargnent pas.

La haine efface leurs scrupules.

Ils enferment, ils massacrent, ils acculent

Dos au mur, ceux qui ne sont pas partis,

À devenir hors-la-loi dans leur propre pays.