vendredi 23 septembre 2022

Le Régime en Place

 


Le Régime en Place



Chanson française — Le Régime en Place — Marco Valdo M.I. — 2022





LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 64. Que faire ?; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ;


Épisode 70





CONFRONTATION


Alexandre Deineka — 1932




Dialogue Maïeutique



Encore, Lucien l’âne mon ami, encore des voix qui cette fois racontent la Zinovie et éclairent sous des angles fort différents ce que c’était et ce que c’est d’être des habitants de la Zinovie, comment on s’y sent et ce qu’on ressent face à ce que le titre de la chanson appelle « le régime en place ».


« Chez nous, l’ennui chronique est dominant…

La masse admet le régime en place…

En fait, chacun lutte pour améliorer ses chances

Selon sa naissance et d’après son expérience. »


Voilà qui est intéressant, dit Lucien l’âne. Peux-tu donner quelques précisions ?



Certainement, répond Marco Valdo M.I., les voici. De la première opinion, de la première voix — dont je rappelle que pour des raisons de sécurité, elles sont toutes anonymes, celle qui s’exprime dans la première strophe, je retiens :

— l’ennui chronique dominant qui baigne la société ;

— l’acceptation du régime par la population résignée et la lutte de chacun pour tirer le maximum de sa position dans ce régime socialement régulé.

En clair, la place de chacun est déterminée par le groupe social de sa naissance, très fortement délimité, et seulement dans ce cadre, chacun peut mener son existence, sauf exception.


Traduisons, dit Lucien l’âne, par une formule : à chacun selon son rang (c’est la naissance), à chacun selon sa débrouille (c’est l’expérience). Que dit la suite ?


La seconde des voix, reprend Marco Valdo M.I., reprend l’histoire de la Zinovie à partir de la grande Révolution : de l’enthousiaste espoir à l’usure de l’illusion ; autrement dit, de la joie de l’avenir radieux à la tristesse du quotidien morne ; le tout au travers des chansons :


« Au début, au vieux temps, on chantait :

Révolution ! Tous dans la ronde…

Après, on a jeté les vieilles chansons ;

C’en était fini de la révolution. »


Excellent résumé express, dit Lucien l’âne, d’un siècle de Zinovie : de la révolution à la rétrovolution. J’imagine que cette rétrovolution de l’enthousiaste participation de la masse du peuple correspond à la glaciation du pouvoir et à la stratification renforcée de la population. En bref, un pouvoir campé sur ses positions, qu’il renforce au fil du temps face à une population qui lentement prend ses distances et voit sa foi fondre comme un iceberg quittant le pôle pour s’en aller vers les tropiques.


C’est ça, dit Marco Valdo M.I., de façon très imagée, mais c’est bien ça. Quant à la troisième voix, elle fait part du discours national dominant tel que l’énonce le Guide.


« En Zinovie, un nouveau monde se bâtit,

On va l’étendre au monde entier.

Avec un cœur de fer et un moral d’acier,

Comme le Guide l’a toujours prédit.


Elle révèle pourtant mezzo voce, à mi-voix, à mots couverts, la discrète distance qui s’installe par rapport à l’allégeance inconditionnelle, exigée par le pouvoir :


« À l’étranger, des voix parlent de liberté ;

En cachette, on écoute les mots interdits. »


Oui, dit Lucien l’âne, en public, on ne peut que débiter le mantra, on ne peut que réaffirmer le discours officiel ; en privé, on rêve de liberté et on brave les interdits ; c’est un peu la lave sous le volcan.


Cependant, reprend Marco Valdo M.I., la dernière voix, racontant un séjour de travail forcé à la campagne pour les moissons d’un groupe de citadins (ces groupes rassemblent généralement des gens d’une entreprise, d’une institution, d’un centre de recherche), décrit la bataille menée contre les rats, la victoire des rats, qui finissent par envahir l’abri, et comme dans la chanson de Serge Reggiani : « Les Loups sont entrés dans Paris », les rats finissent par repartir, mais ici, bredouilles, dépités, car il n’y a rien à manger.


« Les rats sont entrés dans l’abri.

À part nous, il n’y avait rien à manger ;

Les rats en douce sont repartis, dépités. »


Enfin, les deux derniers vers donnent, toujours avec cette même ironie détachée, le sens de cette histoire de rats :


« Alors vraiment­ pourquoi voulez-vous

Que les étrangers viennent chez nous ? »


Pour ma part, dit Lucien l’âne, je m’en vais tisser avec toi le linceul de ce vieux monde illusoire, illusionniste, menteur, truqueur, délirant et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





En Zinovie, il n’y a aucun mystère.

Pour tous, les faits sont les mêmes,

Le tout est d’affronter le problème.

Grosso modo, il y a deux manières :

— Subjective : les sentiments des gens,

Chez nous, l’ennui chronique est dominant ;

— Objective : il faut voir le comportement,

La conduite des gens, et comment

La masse admet le régime en place,

Comme elle lui donne sa préférence.

— En fait, chacun lutte pour améliorer ses chances

Selon sa naissance et d’après son expérience.


Au début, au vieux temps, on chantait :

Révolution ! Tous dans la ronde,

Nous renions le vieux monde

Et dans la glorieuse lutte, on mourait.

Puis, on chanta un ton plus bas :

Un pays grandiose comme la Zinovie,

C’est sûr, ailleurs, il n’y en a pas.

Au monde entier, on fait envie.

À la guerre, notre chant héroïque,

Usé, s’était fait nostalgique.

Après, on a jeté les vieilles chansons ;

C’en était fini de la révolution.


En Zinovie, nous sommes des sauvages,

Sauvages, mais d’un genre particulier.

Des comme nous, dans tous les âges,

Vous pouvez toujours en chercher.

En Zinovie, on est des sauvages instruits ;

En Zinovie, un nouveau monde se bâtit,

On va l’étendre au monde entier.

Avec un cœur de fer et un moral d’acier,

Comme le Guide l’a toujours prédit.

On marche à la tête de l’humanité.

À l’étranger, des voix parlent de liberté ;

En cachette, on écoute les mots interdits.


De notre logis, on décida de chasser les rats.

Dans la phase décisive du combat,

Sans interrompre la bataille des moissons,

On les repoussa de mille façons.

On a vidé la grange, on a bouché les trous

Avec des tessons, avec des pièges à clous,

Peines perdues tout ça, les amis,

Les rats sont entrés dans l’abri.

À part nous, il n’y avait rien à manger ;

Les rats en douce sont repartis, dépités.

Alors vraiment­ pourquoi voulez-vous

Que les étrangers viennent chez nous ?

mercredi 21 septembre 2022

DÉMOCRATISATION DÉCENTRALISATION DÉMOBILISATION

 


DÉMOCRATISATION – DÉCENTRALISATION


DÉMOBILISATION


Version française — DÉMOCRATISATION DÉCENTRALISATION DÉMOBILISATION — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la version italienne de L’Anonimo Toscano del XXI SecoloDemocratizzazione. Decentralizzazione. Smobilitazione. — 2022

d’une chanson russe — Демократизация. Децентрализация. Демобилизация.Antivoennyj Bolničnyj / Антивоенный Больничный — 2022




Antivoennyj Bolničnyj (lit. “Congé maladie contre la guerre”) est un collectif anarchiste clandestin russe, qui prône une très légère opposition au régime de Vladimir Poutine et à ses guérillas “patriotiques”. Le titre de cette chanson (pour laquelle il n’y a bien sûr ni “auteurs”, ni supports vidéo) est aussi le programme de base du Collectif. Il est choisi pour être publié (avec une traduction italienne) le jour même où le tsar de toutes les Russies organise des référendums, annonce des mobilisations « quasi générales » et fait comprendre que les armes nucléaires sont une option à envisager…… [AT-XXI, 21-9-2022]


LE TRAIN

Natalia Gontcharova — 1914


 

 

Un convoi militaire roule

Vers la frontière de l’Ukraine,

Militarisation…

Devant lui, sur les voies,

Un groupe de saboteurs s’active,

Explosion !


Les partisans se meuvent la nuit,

Les partisans ont pris le maquis.

Plus de manifestations !

Fini les réunions et les affiches,

On incendie les bureaux militaires,

Radicalisation !


Un juge stupide, inepte,

Me met sous enquête,

Discréditation !

On lui revaudra,

À sa maison, le feu on mettra.

moralisation !


Dans son bunker, Poutine perd espoir,

Il n’atteindra pas la victoire.

Capitulation !

Le bunker se fissure,

Détruisons sa structure,

Dépoutinisation !


Pas besoin d’un Führer, pas besoin d’un drapeau

On n’est pas du bétail, on n’est pas un troupeau,

On n’est pas une nation d’esclaves !

Renversons le sadique chauve,

Tout le pouvoir à la population,

Démocratisation !


Pas d’ordre d’un tsar de Russie,

Construisons l’autonomie

Et une confédération !

Assez de cette bureaucratie de Moscovie !

Autonomie des régions !

Décentralisation !


Pas de jeux de guerre

Ni de projets autocratiques,

Pas de conflits planétaires !

On piétinera ce bunker diabolique,

Alors, viendra le jour pacifique.

Démobilisation !

mardi 20 septembre 2022

ELLE EST BLANCHE — POUR LA REVALORISATION DU NOIR

 

ELLE EST BLANCHE — POUR LA REVALORISATION DU NOIR


Version française — ELLE EST BLANCHE — POUR LA REVALORISATION DU NOIR — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la version italienne — È bianca (Per il ristabilimento del nero) — Riccardo Venturi — 2022

d’une chanson grecque — Άσπρη είναι (για την αποκατάσταση του μαύρου)Katerina Gogou / Κατερίνα Γώγου — Νοέμβριος 1982 / Novembre 1982]

Texte : Katerina Gogou
Musi
que : Kostas Athyridis
P
remier interprète : Lolek
I
nterprétée par : Georgia Velibasaki / Kostas Athyridis



Blanche est la race aryenne

GUERRIERS GRECS

CÉRAMIQUE — ANTIQUITÉ





Dialogue Maïeutique


Revoici, Lucien l’âne mon ami, un poème, devenu chanson chantée, de la poétesse athénienne contemporaine Katerina Gogou (elle aurait pu être encore vivante de nos jours, si la Parque funeste ne l’avait invitée à la suivre). On en a déjà recréés plusieurs en langue française et nous n’avons — les autres fois — pas fait de dialogue maïeutique, car il y avait une introduction de Riccardo Venturi. Cette fois, ce n’est pas le cas. Ceci explique cela qui suit. Donc, comme à l’habitude de Katerina Gogou, une poésie abrupte, des textes lapidaires qui entrent directement dans le vif de notre temps.


En effet, dit Lucien l’âne, j’avais suivi tes recréations et au premier coup d’œil, je trouve effectivement celle-ci digne d’être gravée dans la pierre blanche et sans doute, en lettres noires quand le soleil est au zénith et projette l’ombre à la verticale.


Quand le soleil est à la verticale, Lucien l’âne mon ami, tu as raison, il projette l’ombre noire du haut en bas et les lettres dans la pierre deviennent noires. Souviens-toi de notre dialogue à propos de la Lune Noire : « Lune Noire, Lune Noire… Cette Lune Noire de Carlo Levi rappelle étrangement le Soleil Noir d’Eliphas Levi, tu sais bien ce soleil noir qui apparaît dans cette phrase qui dit : « Le téméraire qui ose regarder le soleil sans ombre devient aveugle et alors pour lui, le soleil est noir ! »



Et de fait, dit Lucien l’âne aux yeux noirs, à trop regarder le soleil, on finit par le voir noir. C’est pareil pour nous les ânes. Mais une Lune Noire… »


Oui, dit Lucien l’âne, mais encore ?


Oh, répond Marco Valdo M.I., je voulais juste faire remarquer cette dichotomie du blanc-noir qui inspire de curieuses pensées. Notamment, revenons (à propos de noir et de blanc) à nos moutons et à la chanson de Katerina Gogou fondée sur le rapport blanc-noir et sa volonté de réhabiliter le noir face à l’omniprésence du blanc. C’est finalement fort simple : elle énumère des choses blanches et conclut à la difficulté de revaloriser le noir.


En réalité, de quoi parle-t-elle et à quoi se réfère-t-elle ?, demande Lucien l’âne.


Ce qu’elle dit, ce qu’elle dénonce, ce qu’elle appelle, dit Marco Valdo M.I., c’est la domination de la race blanche et la revalorisation de la race noire. Mais c’est aussi, la mise en cause d’un certain hellénisme, d’un certain national-nostalgisme qui identifie la race aryenne et une certaine nation grecque. Je rappelle au passage que les habitants de la Grèce sont généralement connus pour leur peau sombre et leurs cheveux noirs ; par ailleurs, toujours à propos de race aryenne, les représentations des céramiques antiques des guerriers grecs (aryens) en faisaient des hommes noirs. Les éléments du plaidoyer de Katerina Gogou sont ceux qu’elle rencontre dans sa vie, laquelle n’a rien d’une existence que les couleurs rendent plus douces à vivre. Tel est l’arrière-plan de ce poème : sa vie noire ; elle aussi aurait bien eu besoin d’être revalorisée ; mais il est trop tard. Pour mieux faire comprendre mon propos, je rappelle que Katerina Gogou est morte d’une overdose d’héroïne à 53 ans et qu’elle vivait au sein d’une population qu’on appellera marginale — misère, pauvreté, drogue, sursauts de révolte, répression. Enfin, pour ce qui est mon commentaire, voilà tout.


Et c’est bien assez, dit Lucien l’âne, car l’essentiel a été dit. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde binaire, aristotélicien, dur, rude et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane










Blanche est la race aryenne,

Le silence,

Les leucocytes,

Le froid, la froideur,

La neige,

Les blouses des docteurs,

Le linceul des morts,

L’héroïne encore.

Comme il est difficile alors

De revaloriser le noir.