mardi 23 août 2022

Que faire ?

 


Que faire ?




Chanson française — Que faire ? Marco Valdo M.I. — 2022



LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ;





Épisode 64








DÉFILÉ MILITAIRE

Konstantin Yuon — 1941





Dialogue Maïeutique



Une fois encore, Lucien l’âne mon ami, le chœur des voix s’emmêle dans la chanson où retentit plusieurs fois cette question angoissée : « Que faire ? » ; c’est la raison pour laquelle « Que faire ? » est le titre de la chanson.


Soit, dit Lucien l’âne, mais encore ?


Mais encore ?, reprend Marco Valdo M.I. ; d’abord, « Que faire ? », tout au long de la vie, est une question essentielle et même, existentielle et on peut y avoir souvent recours. Par exemple, sans qu’elle le dise ici, je suis certain que la grand-mère dont parle la chanson au début devait se la poser souvent cette question. Ici, Grand-mère parle de la santé et à sa manière, elle indique l’écart qui sépare le monde ancien (le sien) du monde nouveau (l’actuel) et l’incompréhension qui les sépare. Bien sûr, il faut avoir à l’esprit également, comme toujours dans les chansons qui racontent ce voyage en Zinovie, l’aspect symbolique de ces propos.


Oui, dit Lucien l’âne, le monde ancien a du mal à accepter l’évolution, à comprendre ce monde nouveau.


Ensuite, intervient une autre voix, dit Marco Valdo M.I., zinovienne qui reprend quasiment mot pour mot la doctrine officielle avec on ne saurait dire, un double sens, une distance d’ironie ou une énorme maladresse. J’en tiens pour preuve le très restrictif :


« Quand même en Zinovie,

Tout ne va pas si mal que ça. »


En effet, dit Lucien l’âne, c’est une formulation ambiguë. Logiquement, elle sous-entend et elle admet comme base que tout va mal, mais quand même pas si mal que ça. Ça ressemble fort à un vœu pieux, une façon d’atténuer le réel.


C’est bien ça, reprend Marco Valdo M.I., et ensuite, surtout, il y a ce passage :


« On a…

Une formidable technique militaire,

Et des guerres qu’on ne fait pas.

Certes, tout n’est pas parfait,

Mais dans le pays règne la paix. »


Oh, dit Lucien l’âne, on a souvent entendu ici et ailleurs, ce discours en porte-à-faux, ce discours faussé, ce discours faux, digne de la novlangue d’Orwell.


Ensuite, Lucien l’âne mon ami, les deux dernières strophes sont plus réalistes et lèvent le voile sur ce qui est réellement et examinent l’hypothèse d’un terrorisme intérieur comme solution à l’immobilisme de plomb (de ce plomb qui couvrait le toit de la prison vénitienne de Casanova ; de ce plomb qu’on envoie par balle dans le corps des gens), immobilisme plombé imposé par la dictature, installée depuis longtemps en Zinovie.


Eh bien, dit Lucien l’âne, on est loin de cette Zinovie tranquille que j’imaginais ; on dirait que sous la cendre refroidie des « rêves et des illusions » couve un feu nouveau et qui pourrait encore projeter des étincelles ou même provoquer l’effondrement du haut de l’édifice. On dirait qu’en Zinovie, la roue du destin s’est remise à tourner ; on verra le moment venu ce qu’il en sera. Cependant, tissons le linceul de ce vieux monde inconscient de lui-même, couvert de cendres, étouffé, rêveur, imaginatif et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Ma grand-mère disait ainsi,

Elle se parlait à elle-même,

Elle me transmettait aussi

Une forme de sagesse suprême :

L’important, c’est de bien se porter,

Tant qu’on peut se servir de ses bras,

Marcher, courir, aller au pas

Respirer, chanter, faire mille activités.

Il y a les maladies terribles,

Celles qu’on voit ;

Et les malaises internes invisibles,

Ceux-là ne comptent pas.


Quand même en Zinovie,

Tout ne va pas si mal que ça.

On a le plein emploi,

Les soins gratuits à vie,

Des satellites tout autour de la Terre,

Au bout du cosmos, on ira.

Une formidable technique militaire,

Et des guerres qu’on ne fait pas.

Certes, tout n’est pas parfait,

Mais dans le pays règne la paix.

On accueille des touristes étrangers,

On est un pays très hospitalier.


La Zinovie du siècle dernier

Vivait de rêves et d’illusions.

En Zinovie, un nouveau monde était né.

Le grand Guide protégeait la nation.

En Zinovie, la révolution a apporté

Tant de promesses d’amélioration.

Le monde nouveau a engendré

Pour tous, de nouvelles obligations.

En Zinovie, de ce destin malcommode,

Les gens patients s’accommodent.

Que faire ? Comment sortir de ce marigot ?

Que faire ? Que faire pour changer le haut ?



Et le terrorisme ?, dites-vous.

En Zinovie, ça n’existe pas.

On parle de groupes parfois,

On dit qu’il y en a partout,

Mais on ne les voit pas.

Que faire ? Que faire ?

Tirer sur qui ? Sur quoi ?

Mettre des bombes ? Où ça ?

Ce n’est pas si facile à faire.

Si on étouffe l’affaire, qui le saura ?

Faudrait y aller carrément

Et dire pourquoi aux gens.


dimanche 21 août 2022

L’Immolation

 


L’Immolation




Chanson française — L’Immolation Marco Valdo M.I. — 2022


063. L’IMMOLATION — 063. L’immolation





LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ;




Épisode 63




CLINIQUE SPÉCIALE


Konstantin Zvezdochetov et Larisa Zvezdochetova — 1996








Dialogue Maïeutique



Je suppose, Lucien l’âne mon ami, que tu sais ce qu’est une immolation.


Certes, dit Lucien l’âne, c’est un suicide mis en scène pour protester spectaculairement contre une injustice, une oppression, une dictature, un régime totalitaire. C’est donc un acte éminemment politique, une plainte exemplaire, un geste ultime de liberté opprimée. C’est du moins la forme que l’immolation a revêtue depuis quelques dizaines d’années. On n’y recourt que lorsqu’il n’y a plus d’autre moyen de se faire entendre ou pour donner de la voix à ceux qu’on étouffe et à ce qu’on fait recouvrir d’une chape de plomb usant de méthodes aussi brutales qu’éprouvées. C’est un chant du cygne, le dernier sourire de la vie.


C’est bien de cela qu’il est question, répond Marco Valdo M.I., à ceci près que l’affaire se passe en Zinovie et que ce n’est pas par le feu — le procédé habituel, mais par l’absorption d’acide que deux femmes s’immolent dans le Bureau des Visas, où depuis des années, on leur refuse systématiquement l’autorisation de rejoindre leur fils (pour l’une) et mari (pour l’autre), un matelot exilé, qui avait débarqué dans un port lointain à l’étranger — surtout, à l’étranger. Tel est l’événement ici raconté. La chanson explique aussi que le Guide, les dirigeants et ceux qui les suivent et les soutiennent s’en fichent complètement du malheur, du bonheur et tout ce qui fait la vie des gens de Zinovie. Tel est le propos des deux premières strophes.


Ah, dit Lucien l’âne, que raconte-t-elle d’autre ensuite ?


À partir de là, reprend Marco Valdo M.I., la chanson fait entendre une autre voix laquelle envisage le progrès futur en Zinovie qui consiste en « Un prudent retour à l’ancien temps. Il s’agit d’empêcher l’éclosion d’un nouveau monde en évolution ». Autrement dit, machine arrière toute, retour aux fondamentaux du Grand Guide pour assurer les privilèges des dirigeants et de leurs affidés.


Oui, oui, dit Lucien Lane, là comme ailleurs, les parvenus entendent bien le rester. C’est une jolie illustration du fonctionnement de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants (et tous ceux qui entendent le devenir ou en tirer bénéfice personnel) mènent contre les pauvres, les faibles et les désarmés afin de maintenir leur domination, d’étendre leurs privilèges, d’accroître leurs richesses, etc.


Quant à la quatrième, reprend à nouveau Marco Valdo M.I., et dernière strophe, elle trace le portrait au vitriol de la Zinovie, pays où le Guide accapare tout ce qu’il peut, vit comme un satrape et tous ceux de son monde font pareil également en fonction de la hiérarchie sociale établie par leurs soins et solidement gardée par leurs sbires et leurs mercenaires. Ils (le Guide et ses acolytes) la voudraient intangible, pétrifiée, héréditaire, cette sacro-sainte hiérarchie.


Ah, dit Lucien l’âne, ça va de soi, même si nul ne sait ce que demain sera. Pour ce qui nous concerne, hiérarchie sociale ou pas, tissons le linceul de ce vieux monde ignare, inculte, envieux, ambitieux, avide et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane















Venu de l’étranger, le bruit a circulé,

De bouche à oreille, sous le manteau :

La mère et la femme d’un matelot

Interdites de le rejoindre à l’étranger

Depuis cinq ans bientôt,

Dans la capitale, au Bureau des visas,

Devant tout le monde, sans discours,

Comme annoncé plusieurs fois,

Ont mis fin à leurs jours

En forme d’immolation publique.

Elles ont bu l’acide sulfurique

Et se sont effondrées pour toujours.


Elles avaient prévenu pourtant,

Elles avaient annoncé leur suicide.

Là-haut, les autorités et le Guide,

De leur mort, s’en fichent complètement.

Aux yeux des dirigeants,

Ce sont des éléments dérangeants,

Un simple incident de parcours

Comme il y en a chaque jour.

En Zinovie, pas d’indulgence,

Le Guide ne cède pas au chantage.

Les individus, quel que soit leur âge,

Sont tenus à l’obéissance.


La Zinovie prend un grand tournant,

Lentement, mais sûrement.

Un virage titanesque,

C’est une affaire gigantesque,

Un prudent retour à l’ancien temps.

Il s’agit d’empêcher l’éclosion

D’un nouveau monde en évolution,

D’une société où seraient mariés

Le savoir, la civilité et l’honnêteté,

L’intelligence, la correction et l’intégrité.

Alors, on exile les gens indépendants ;

On met à l’écart leurs enfants.


En Zinovie, on vit bien, en haut.

Le Guide a des fermes spéciales

Pour ses poulets, ses cochons, ses veaux.

Pour lui, des médications spéciales,

Des médecins, des cliniques complètes.

Toute une industrie secrète

Sous la surveillance militaire spéciale

De hiératiques gardes à l’allure martiale.

En Zinovie, l’inégalité sociale

S’impose de la gardienne de pissotière

Aux dirigeants, de la naissance au cimetière.

En Zinovie, on aime la hiérarchie sociale.


jeudi 18 août 2022

LUEURS

 

 

 

LUEURS

 

Version française — LUEURS — Marco Valdo M.I. — 2022

Chanson italienne — BaglioriGianni Siviero — 1988-1999

 

 

 


 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Lueurs, dit Marco Valdo M.I., est une chanson énigmatique qui rapporte un monologue, c’est-à-dire le discours, la réflexion à haute voix d’une voix anonyme. C’est un lui qui parle ; il y a quelqu’un qui raconte un passage de sa vie et le passage de sa vie.

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est assez habituel pour une chanson.

 

En effet, reprend Marco Valdo M.I. ; d’abord, le titre lui-même est une énigme ; que sont ces lueurs ? Qu’est donc cette lueur aveuglante qui revient lancinante. Est-elle un de ces éclaires d’orage qui soudain déchirent le ciel ? Est-ce même une illumination matérielle ? Est-ce l’éclat d’une bombe ? Ou n’est-ce pas plutôt une clarté qui surgit à l’intérieur de l’esprit, de la conscience de celui qu’elle atteint ?

 

Vues ainsi, dit Lucien l’âne, ces lueurs ne me semblent pas claires ; le mieux serait de dire un peu plus de ce que dit la chanson. Peut-être alors y verrait-on plus clair.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., j’aurais dû commencer par là. Donc elle (la chanson) raconte une série d’événements qui sont des éléments disparates d’un récit : l’enfant qui traverse une passerelle, il court rejoindre ses amis ; il va au jardin ; il écoute sa mère, il la caresse, la console de ses douleurs. Est-elle à l’agonie ? Et lui-même, est-il aussi ce pilote dont l’avion s’est écrasé ? Revoit-il, récapitule-t-il ainsi sa vie ?

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est souvent comme ça avec la chanson, elle évoque et sans doute, sait-elle elle-même de quoi il retourne et a-t-elle choisi la voie du mystère. Quant à nous, nous tissons le linceul de ce vieux monde étrange, multiple, agonisant, sombre et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Je traverse la passerelle

Car j’aime la ville

Vue de l’autre rive

Au-delà de l’eau verte

Une lueur aveuglante m’emporte.

 

Libre, vite je cours,

Dans les escaliers, je vole

Pour aller dans la cour

Où avec les amis, je joue.

Une lueur aveuglante m’emporte.

 

Je traverse l’allée

Du jardin à la porte.

Les fleurs sont arrosées

En fin de journée.

Une lueur aveuglante m’emporte.

 

J’écoute ma mère

Raconter sa vie

Du temps où elle était une fille,

Son futur, ses illusions mortes.

Une lueur aveuglante m’emporte.


Je regarde ma montre.

Il reste une heure

Pour terminer

Cette pénible activité.

Une lueur aveuglante m’emporte.


Je caresse sa tête,

Ma main se prête

À consoler ses douleurs

Et retenir mes pleurs.

Une lueur aveuglante m’emporte.


Je pense à demain

À ce que je vais faire,

À ce court destin qui est le mien

À mes petites attentes.

Une lueur aveuglante m’emporte.

 

Je suis là, sang et pierre,

Ailes écrasées à terre,

Bouche assoiffée d’air,

Suffoquant, les yeux ouverts

Dans cette obscurité sans fin où je ne vois guère.

 

Je suis là, sang et pierre,

Ailes écrasées à terre,

Bouche assoiffée d’air,

Suffoquant, les yeux ouverts

Dans cette obscurité sans fin où je ne vois guère.

Dans cette obscurité sans fin où je ne vois guère.