lundi 8 août 2022

CHANSON POUR UN CONDAMNÉ À PERPÈTE

 



CHANSON POUR UN CONDAMNÉ À

PERPÈTE


Version française — CHANSON POUR UN CONDAMNÉ À PERPÈTE — Marco Valdo M.I. — 2022

Chanson italienne — Canzone per un ergastolanoCarmelo Musumeci — 2021

Texte : Carmelo Musumeci — Musique : Marco Chiavistrelli
Interprét
ation : Marco Chiavistrelli





LE MORT JOYEUX

Edvard Munch — 1896




Carmelo Musumeci est finalement libre. Nous parlons de l’un des rarissimes cas d’un condamné à perpétuité incompressible qui a obtenu la pleine liberté après un long et tortueux parcours qui l’a conduit d’abord à obtenir une libération conditionnelle, et finalement à l’extinction de sa peine grâce à l’ordonnance du Tribunal de surveillance de Pérouse. Mais comme il l’explique, il est une exception qui confirme la règle. Pas seulement ça. Il est maintenant prêt à demander la révision du procès. Il a commis plusieurs crimes qu’il n’a jamais cachés, mais a été reconnu coupable d’un meurtre à Massa Carrara en 1991 qu’il dit ne pas avoir commis. Derrière se cache une affaire entre le chef de la mafia de l’époque, Antonino Buscemi, et l’entreprise de béton Ferruzzi Gardini qui exploitait les carrières de Carrare. Cette affaire est liée aux enquêtes de l’ancien Ros (Regroupement Opérationnel Spécial — département spécialisé des Carabinieri, spécialisé dans la lutte contre la mafia et le terrorisme) de Palerme coordonnées par Giovanni Falcone. Des enquêtes qui ont donné lieu au brûlant dossier des contrats mafieux, sur lequel Paolo Borsellino a également enquêté par la suite. Mais c’est une histoire qu’il faudra un jour affronter


Musumeci, vous avez été l’un des premiers à définir l’emprisonnement à vie incompressible, une « peine sans fin ». Mais il y a trois ans, vous avez réussi à obtenir une libération conditionnelle et maintenant la liberté.

Pendant trente ans, j’ai été un condamné à la « peine de mort vivante » : c’est ainsi que les hommes de l’ombre appellent la punition de l’emprisonnement à vie incompressible. Pendant plus d’un quart de siècle, ma vie a été une non-vie, car les prisonniers à la peine à vie incompressible ne vivent pas, ils survivent et il est terrible de n’être ni vivant ni mort. L’emprisonnement à vie est une peine sans fin, sans possibilité de libération, sauf si vous mettez quelqu’un d’autre à votre place dans la cellule. En d’autres termes, si vous parlez et vous confessez, vous pouvez sortir, sinon vous restez à l’intérieur jusqu’à la fin de vos jours, comme au Moyen Âge. Notre punition ressemble à une mort au ralenti, bue goutte à goutte, car nous mourons un peu tous les jours et toutes les nuits. Si cela ne m’est pas arrivé, c’est parce que je suis l’exception qui confirme la règle et avec l’extinction de ma peine par le Tribunal de Surveillance de Pérouse je continue à l’être encore.


Vous avez toujours dit que depuis son plus jeune âge, vous étiez en guerre contre le monde. Pourquoi ?

Je pourrais me justifier en disant que je suis devenu un criminel parce que, alors que beaucoup de gens honnêtes sont nés parmi les pâtisseries et les biscuits, je suis né dans une maison où il n’y avait pas de livres (probablement parce qu’ils n’étaient pas bons à manger). Je pourrais me justifier en disant que j’étais ce que je pouvais être et non ce que je voulais être. Je pourrais attribuer mes choix criminels à mon enfance malheureuse ou aux coups que j’ai reçus au pensionnat de la part des religieuses et des prêtres, puis en détention juvénile (alors que je n’avais que quinze ans, j’ai été attaché à un lit de contention pendant sept jours). Je préfère toutefois ne me donner aucune circonstance atténuante car, comme je le dis souvent : « Je suis né coupable ; puis j’y ai mis du mien pour le devenir. »


Dans “Zanna Blu. Le nuove avventure”, l’un de ses premiers livres, il écrit que « plus que d’aimer Dieu, il faut aimer les loups, même les plus méchants, car si vous croyez qu’un loup n’est jamais perdu pour toujours, vous l’aidez déjà à devenir meilleur ». Parlez-vous de ce qui vous est arrivé pendant votre emprisonnement ?

C’est le livre que j’aime le plus, car ce sont les histoires que je n’ai jamais pu raconter à mes enfants avant et plus tard à mes petits-enfants. Si je me limite à regarder la prison, je peux dire qu’elle m’a rendu pire, mais qu’elle m’a aussi beaucoup blessé. Ce qui m’a amélioré et m’a changé n’est certainement pas la prison, mais l’amour de ma compagne, de mes deux enfants, les relations sociales et humaines que j’ai créées pendant toutes ces années, ainsi que la lecture de milliers de livres dont je me suis toujours entouré, même dans les moments de privation absolue.


Vous êtes né en Sicile mais avez vécu ailleurs. Vous faisiez partie d’une bande, mais qui n’avait rien à voir avec Cosa Nostra. Peut-être que le fait que vous soyez un rebelle vous a aidé ? Dans quelle mesure votre tempérament s’est heurté à l’institution carcérale et, surtout, aux chefs mafieux emprisonnés ?


Je me suis toujours considéré comme un « sans Dieu ». Et je me suis souvent qualifié de rebelle social. J’ai toujours dit non à tous. Parfois même à moi-même. À l’extérieur comme à l’intérieur, j’ai toujours dit non à la mafia et à leur culture. Je me suis aussi souvent heurté à eux en prison ça les dérangeait que je me batte et que j’écrive pour faire respecter mes droits et ceux de mes camarades. À l’intérieur, je me suis toujours trouvé entre ces deux feux : l’État et la mafia, tous deux voulaient me dompter, je ne pense pas qu’ils aient réussi. J’ai passé les meilleurs moments en prison avec les Brigadistes : ils avaient de la culture et de l’humanité. Eux, ils avaient détruit la prison de l’Asinara, en 1978, parce qu’ils savaient s’unir et se battre. En revanche, de nombreux mafiosi ne veulent pas ou ne savent pas le faire.

À la fin, vous avez réussi à devenir porte-parole du désespoir. J’ose dire « Spes contra Spem ». D’avoir de l’espoir, vous avez réussi à être l’espoir. Vous en êtes conscient ?


Je ne sais pas. Le condamné à perpétuité, s’il veut vivre plus sereinement, doit espérer mourir avant la fin de son temps, au contraire, j’ai choisi de vivre et de lutter.


Faisons un pas en arrière. En 1991, vous avez été condamné à la prison à vie incompressible. Après les massacres de la mafia, les prisons spéciales ont été rouvertes et vous avez été transféré à l’Asinara. Avez-vous vous aussi subi des tortures ?

Et qui ne les a pas subies ? Après les premiers jours est venu le premier passage à tabac : lorsque nous sommes sortis à l’air libre, les gardes étaient tous alignés, matraque à la main. Un camarade âgé, lent dans ses mouvements, resté en arrière, a reçu des coups de pied, des coups de poing et des coups de matraque. Nous entendions des cris déchirants. À notre retour, nous avons vu tout le sang répandu dans le couloir, mais nous étions trop effrayés pour lui donner notre solidarité. Et cette faiblesse de notre part a été le début de la fin, car des événements comme celui-ci se sont souvent répétés par la suite. À cette époque, j’ai appris à me connaître, à grandir intérieurement, j’ai découvert que l’État était pire que je ne le pensais : il m’a fait connaître des privations, des tortures et des souffrances, dans l’absence totale de légalité, de justice et d’humanité. Sur cette île maudite, même les mouettes étaient mécontentes de ce qu’elles voyaient. C’est peut-être pour cela que sont sortis de ce lager en un an 42 collaborateurs de justice.

Vous avez toujours dit que vous étiez “mauvais” et que vous avez fait de graves erreurs dans la vie. Vous avez purgé une peine de prison à vie, une longue période de 41 bis et de torture dans des prisons spéciales. Avez-vous vraiment commis le crime pour lequel vous avez été condamné ?

Il y a une grande différence entre la vérité vraie et celle de la procédure. Spécialement dans les procès de la mafia, vous êtes souvent condamné sur la base d’ouï-dire ou à cause de collaborateurs qui utilisent la justice pour sortir de prison. Vous êtes souvent condamné parce que vous êtes culturellement mafieux et non parce que vous êtes coupable du crime dont vous êtes accusé. Dans mon cas, j’ai été acquitté pour des crimes que j’ai commis et condamné à la prison à vie pour un meurtre que je n’ai pas commis. Ce n’est pas moi qui l’ai dit, mais un célèbre repenti de la mafia (Angelo Siino, décédé récemment et décrit comme « le ministre des travaux publics de Totò Riina », ndlr), dans des déclarations faites au parquet de Palerme : il m’a disculpé de ce meurtre, mais malheureusement ces déclarations ont d’abord été secrètes et ensuite ont disparu. Maintenant que je suis un homme libre, par amour de la vérité, je vais demander une révision. Je me suis diplômé en droit en prison pour ça.



Le jour d’avant et le jour d’après encore

Le jour effrité d’heure en heure

Regards durs, figures scellées,

Âmes cachées,

Un jour inutile après l’autre

Un jour toujours pareil après l’autre,

Voix invisibles, tristes pensées

Âmes jamais vues,

Âmes jamais vues.



Le jour d’avant et le jour d’après encore

Le jour d’heure en heure effrité,

Inutile jour mort-né,

Un jour toujours pareil après l’autre,

Voix invisibles, tristes, bonheurs perdus

Amours marginalisés, enfants jamais vus.

Le jour avant le jour avant encore

Encore avant, avant encore

Ressenti en chaque heure.


Dans l’air comme les spectres,

Trois pas en avant, je compte, je les connais par cœur.

Je retourne trois pas en arrière, vide encore

Tendu vers le néant de chaque heure.

Dans l’air comme les spectres,

Comme les jeunes déjà changés en vieux,

Trois pas en avant trois pas en arrière

Et les faire et les refaire.


Le perpète ne regarde pas le futur en face.

Il peut seulement compter le temps qui va et baste

Le futur, ils l’ont écrit et l’agonie est lente.

Même le coupable, finit innocent

Et on meurt chaque jour pour encore revenir

Sans fin mourir,

C’est ce que je ressens.


Un étrange fantôme n’arrive pas à mourir,

Peut seul s’étioler, peut seul s’évanouir ;

N’a plus rien ni aucune vie personnelle,

Seule cette cellule son pied chancelle.

Il veut être seul des mois contre les murs.

Parfois, ils le frappent, c’est sûr.

Cette douleur ronge l’âme et le corps.

Une vie de vivant avec un cœur de mort

Et se meurt chaque jour, chaque jour vide,

Chaque jour vide autour de ce jour, là, vide.


La prison est la vengeance des vivants

La vengeance des forts très patients

Une course de la mort contre la mort

Et on meurt chaque jour ; sans relâchement,

On revient encore à mourir encore

Chaque jour, chaque moment de chaque heure,

Mais je vais le dire et le toujours dire ;

Oh, je vais le dire, je vais le dire ;

Oh, je le dirai, pour sûr, je le dirai tout le temps.

Entre vos mains, le coupable devient innocent.



samedi 6 août 2022

La Grande Zinovie

 

La Grande Zinovie


Chanson française — La Grande ZinovieMarco Valdo M.I. — 2022


LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ;






Épisode 60




L’AVIATEUR

Kasimir Malevitch — 1929










Dialogue Maïeutique


Comme s’en va le temps, dit Marco Valdo M.I., va notre voyage en Zinovie. On entend à nouveau des échos venus de cette anonyme cohue de gens, dont nous ne saurons jamais plus que ce qui est dit ici. Les uns disent ceci, les autres cela ; nous, on se contente de noter ce qu’ils se racontent. Nous sommes les oreilles enregistreuses qui traînent au coin des rues, sur les places, au fond des parcs, jusque dans les arrières-cours des immeubles, dans les marchés, dans les bistrots, les tavernes, dans les gares, les bus, les trains, que sais-je, j’en oublie certainement, chez des gens ou dans des assemblées. Le principal sujet de conversation dans tout ce brouhaha est évidemment la Zinovie elle-même, ceux qui la dirigent, ceux qui y vivent y meurent. On y trouve souvent — dans la mouvance du Guide et de ses séides, des propos nostalgiques qui exhalent un regret malsain du passé et pas de n’importe quel passé.


J’imagine, dit Lucien l’âne, que ce sont des discours du genre : c’était mieux avant, au temps où…


Exactement, Lucien l’âne mon ami. Il s’agit surtout de l’époque du grand guide (Jisef Stalone), quand, disent-ils, les trains étaient à l’heure et les ennemis intérieurs fusillés ou envoyés moisir au camp. Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes et après être entrés dans le Paradis, on s’en allait défiler en rangs vers l’avenir radieux.


Si je suis bien, répond Lucien l’âne, c’est la Zinovie de cette époque-là que l’actuel Guide et sa camarilla veulent rétablir.


Oui, dit Marco Valdo M.I., et qui plus est, ils veulent refaire une Zinovie encore plus grande et au demeurant, carrément messianique. Au besoin par la guerre. Tel est le thème de la chanson et à la guerre comme à la guerre, c’est un aviateur qui conclut l’affaire — je veux dire la dernière strophe.


« À mon dernier raid, je suis parti,

J’ai rien vu, j’étais fini.

C’est dur de mourir à vingt ans ?

Je n’ai plus mal aux dents. »


Oui, dit Lucien l’âne, c’est toujours comme ça. On part dans l’enthousiasme et on finit on ne sait jamais comment.


Incidemment, Lucien l’âne mon ami, deux mots à propos de la fin de cette chanson pour indiquer que si certains (toit par exemple) y respirent un parfum de Brel et de Brassens, ils auraient raison. Ainsi, « À mon dernier raid » renvoie à « À mon dernier repas » de Brel — en ce que tous deux sont les prémices de la mort ; « C’est dur de mourir » au Moribond de Brel ; « Je n’ai plus mal aux dents » au Testament de Brassens ; et enfin, « je suis parti, J’ai rien vu, j’étais fini » au Veni, vidi, vinci de Jules César.


Arrêtons là, dit Lucien l’âne, et reprenons notre sempiternelle tâche et tissons le linceul de ce vieux monde nostalgique, vindicatif, brutal, bête, barbare et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Le vieux dit : vous n’avez pas vécu

Ce que nous avant, on a connu.

Quel changement maintenant en Zinovie,

Avec le temps, on améliore la vie.

Bon débarras, cette émigration,

Elle nettoie le pays de ces gens

Toujours à faire de l’agitation.

Qu’ils restent à l’étranger et longtemps.

Il y a du laisser-aller à présent ;

Avant, faces au mur, on les mettait en rang.

Il faut refaire pareil, en plus intelligent.

Il n’y a pas à dire, tout fout le camp.


La Zinovie a plus de terres vides

Qu’aucun autre pays sur Terre ;

Elle est grande, très grande

Elle veut étendre encore ses frontières.

La résistance des pays voisins

Rend nos dirigeants chagrins,

Avec nous, tous seraient si bien,

On leur offrirait notre langue, notre littérature ;

On leur apprendrait notre science, notre culture.

Ces gens ne comprennent rien.

En tout, on les mettrait à notre niveau ;

Ils verraient l’avenir radieux du monde nouveau.


En Zinovie, on édifie une seconde nature.

Le Guide veut une pensée uniforme ;

Une humanité d’une nouvelle stature ;

La vie entière sous une commune norme ;

Vider l’homme ancien de sa substance

Pour instaurer une nouvelle conscience,

Adaptée à la nouvelle forme de vie

Qui s’impose à la Zinovie :

Un citoyen ardent au travail, adapté,

Prêt à répondre à l’appel, sans rechigner

Apte à manifester, acclamer et si nécessaire,

À se sacrifier, à faire la guerre.


À la guerre comme à la guerre,

Chacun vide son verre.

Moi, j’étais pilote de guerre,

Comme qui dirait, un chasseur de l’air.

Bombarder, tirer en piqué,

Et ce qui est bien, ne voir jamais

Les gens qu’on va assassiner.

À chaque fois, l’instant parfait.

À mon dernier raid, je suis parti,

J’ai rien vu, j’étais fini.

C’est dur de mourir à vingt ans ?

Je n’ai plus mal aux dents.