vendredi 11 mars 2022

La Nénie de Zinovie

 


La Nénie de Zinovie


Chanson française – La Nénie de Zinovie Marco Valdo M.I. – 2022




LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère

Épisode 28






LE SABLIER

Petr Belov – 1954





Dialogue Maïeutique



La nénie de Zinovie, comme sans doute, Lucien l’âne mon ami, tu peux l’imaginer, c’est une lamentation de femmes. C’est un chant choral, un chant de choeur et aussi, le chant du cœur des mères, des sœurs, des filles, des femmes de Zinovie qui pleurent les fils, les frères, les pères, les hommes de Zinovie morts à la guerre, car en Zinovie aussi, on meurt de la guerre. Ainsi s’ouvre cette chanson.


Ce n’est pas sans rapport avec certaine guerre qui mobilise l’actualité, dit Lucien l’âne. Là aussi, il y a des soldats qui ne reviendront pas vivants. Une nénie comme on en faisait déjà dans le temps où je n’étais pas encore un âne. C’est toujours très émouvant d’entendre ces chœurs de pleureuses tout de noir vêtues. Elles arrivent à faire entrer la douleur dans l’air et le vent comme le concert sinistre des corneilles à l’heure de l’orage. Mais dis-moi la suite.


La deuxième strophe, reprend Marco Valdo M.I., évoque un autre tourment qui étreint le cœur de la Zinovie. C’est qu’en plus des morts des guerres, il faut pleurer les exterminés des camps et des chantiers lointains où sont expédiés les récalcitrants. Cependant, malgré tout, la vie continue, les saisons se succèdent et à un moment, inévitablement, revient le bon temps.


Oh, dit Lucien l’âne, c’est ainsi depuis la nuit des temps. Les plus grands massacres, les pires régimes, les empires maléfiques finissent toujours par passer.


La troisième strophe est tout aussi historique, reprend Marco Valdo M.I. ; c’est l’histoire d’un professeur d’histoire ort embarrassé par la question innocente d’un élève à propos de tous ces morts qui illustrèrent la période héroïque. Il n’est d’ailleurs pas certain que cette « erreur » ait vraient été corrigée, comme l’affirme le professeur.


Oui, dit Lucien l’âne, mais le professeur d’histoire n’est pas censé parler de ce qui ne se passe pas aujourd’hui comme le confirme le Guide lui-même chaque jour.


Et la dernière strophe, termine Marco Valdo M.I., est plus philosophique ; elle conclut à la manière d’une fable :


« Il vaut mieux vivre caché, dit le singe avisé,

On n’est jamais tranquille en haut du cocotier. »

 

Hohoho, dit Lucien l’âne, voilà qui est réjouissant. Allons, tissons le linceul de ce vieux monde pleureur, larmoyant, triste, funèbre et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





En Zinovie, à certaines époques,

Les femmes hurlent en chœur.

Honte à qui se moque !

La peine déchire leurs cœurs.

Les cris alors résonnent toujours

Longuement dans les rues

Et les échos peuplent les cours.

Que sont les amours devenues

Et les enfants tant aimés ?

La guerre là-bas les a ôtés.

Nous ne les verrons plus

Sourire aux beaux temps revenus.


Ah qu’il fait bon vivre ici,

En Zinovie, le plus grand des pays,

On y respire si librement,

On y chante, on meurt de famine.

Par milliers, par millions dans les camps,

Sur les champs de bataille, on extermine.

Tout va, tout s’en va. Avec le temps,

Les femmes ont désappris le chant

Désespéré des amours mortes.

L’hiver ne peut plus tenir,

Le bon temps frappe à la porte,

Le soleil veut encore revenir.


La Zinovie a un glorieux passé,

La chose est historique,

Et même un passé héroïque,

Le professeur vient de l’exposer.

L’élève pertinent pose la question :

C’était, dit-on, des années de chien,

Où des personnes par millions

Furent liquidées pour rien ?

Le professeur a toussé, bafouillé

Une réponse alambiquée :

Ce sont des racontars étrangers,

L’erreur a été corrigée.


Posséder à peine plus que rien,

Vivre au-dessous de ses moyens,

Simple employé, mal payé,

C’est le pied.

On a voulu augmenter mon salaire,

Pas question d’accepter,

À gagner plus, on perd

Les avantages de la pauvreté :

Les aides, les prêts, les réductions.

Je vis heureux, sans ambition.

Il vaut mieux vivre caché, dit le singe avisé,

On n’est jamais tranquille en haut du cocotier.


mercredi 9 mars 2022

 


LAtmosphère


Chanson française – LAtmosphère Marco Valdo M.I. – 2022




LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ;


Épisode 27




LE PROCÈS DU DÉNONCÉ


Nikolaï Sneïder – 1931







Dialogue Maïeutique



L’atmosphère, l’atmosphère ?, demande Lucien l’âne. Qu’est-ce qu’elle a cette atmosphère ? Qu’est-ce qu’elle vient faire dans la chanson ? Un clin d’œil à Jeanson, une œillade à Arletty ? Un vieux souvenir d’Hôtel du Nord, que cette « Atmosphère, atmosphère ! »


Pas du tout, dit Marco Valdo M.I., qui s’en souvient ? Quoique, quand même, un peu, finalement, puisque t’en parles. Peut-être même qu’elle a la voix et le bagout qu’il faut, cette fille qui raconte qu’on a envoyé son petit ami « au diable », c’est-à-dire dans un camp lointain, dans un trou d’oubli, comme on fait de millions d’autres en Zinovie.


Et pourquoi donc ?, demande Lucien l’âne.


Ce n’est pas qu’il en savait trop, dit Marco Valdo M.I., mais il en disait trop quand il avait trop bu. Il disait tout haut ce que presque tout le monde pensait tout bas. Et ses voisins lui offraient la vodka pour le pousser à ce crime.


En voilà, une idée, dit Lucien l’âne. Pour ils faisaient ça les voisins ?


En fait, répond Marco Valdo M.I., les voisins espéraient récupérer sa chambre dan l’appartement commun. Espoir déçu, d’ailleurs. On l’a attribuée à un garde qui arrivait d’une lointaine province pour travailler dans la capitale. En fait d’atmosphère, l’atmosphère est celle qui empuantit la Zinovie et celle d’une gargote malodorante où des voix racontent l’ambiance du pays, l’oppressante atmosphère qui tient mal à l’aise les habitants.


Alors, dit Lucien l’âne, je verrais fort bien la Zinovie réciter au Guide :


« C’est la première fois qu’on me traite d’atmosphère ! Si je suis une atmosphère, t’es un drôle de bled ! Les types qui sont du milieu sans en être et qui crânent à cause de ce qu’ils ont été, on devrait les vider ! Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? »


Soit, dit Marco Valdo M.I., j’admets qu’elle est très pertinente cette réplique ; elle vaut la peine d’y réfléchir. Maintenant, pour ce qui est de la chanson, elle décrit un pays où le Parti du Guide pèse de tout son poids sur le dos de la population.


« Et le système, qui le maintient ?

Qui sont ses vrais soutiens ?

Tous des encartés, tous des confirmés ;

Le Parti Zinovie Unie, c’est une machine. »


À cette atmosphère, certains s’y font, certains s’y résignent, certains se révulsent, certains se révoltent, mais nombreux – même parmi les membres du Parti Zinovie Unie – sont ceux qui ne croient pas ce que raconte le Guide :


« En Zinovie, les gens tournent en dérision

Les vérités officielles de la société.

Ils sont partout, ils sont des millions. »


Vu comme ça, dit Lucien l’âne, j’imagine dans quelle atmosphère doit se dérouler la vie des habitants. Ce doit être lourd, ce doit être pesant tous les jours. On comprend très bien que les vivent avec en tête un grand courant de dérision ; j’entends d’ici les blagues, les moqueries, les sous-entendus, les discours, les propos à double-sens.


Certainement, reprend Marco Valdo M.I., mais malgré ça, dans les interstices du quotidien, les gens vivent et comme l’eau finit par ronger le rocher, les bribes de la vie changent leur monde et malgré le Guide, son système et sa bande, ils se font, jour après jour, un futur.


Oui, dit Lucien l’âne, j’aime à penser que la vie est forte que l’ennui. Alors, nous aussi, sans nous presser, tissons le linceul de ce vieux monde étouffant, étouffé, oppressant, oppressé et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





En Zinovie, règne une atmosphère de puanteur,

La gargote est pleine de bruit,

Les conversations font un chœur,

Une fille parle de son petit ami,

Brutalement exilé de la capitale.

Avec la vodka, il devenait critique,

Une éruption volcanique orale.

Les voisins dénonçaient ses philippiques

La milice venait et verbalisait :

Quinze jours au trou, sans délai.

Nouvelle soirée arrosée mémorable

Et hop là, ils l’envoient au diable.


En Zinovie, qui affiche ses intentions

Est immédiatement anéanti,

Mis au trou sans discussion.

Tel est le sort des gens d’ici.

Il y a ailleurs dans le monde aussi

Des prisonniers politiques, des condamnations,

Des passages à tabac, des trous d’oubli,

Il ne faut pas prendre notre belle nation

Pour un État policier, ni pour un Paradis.

En Zinovie, dans l’intérêt supérieur du Pays,

Pour le bien commun de l’humanité,

L’homme aliène son individualité.


Les gens de Zinovie ne sont pas coupables ;

Le système seul est responsable.

Et le système, qui le maintient ?

Qui sont ses vrais soutiens ?

Tous des encartés, tous des confirmés ;

Le Parti Zinovie Unie, c’est une machine.

En rangs serrés, cette bande à Foutine,

Ce Parti soumis, encroûté, nécrosé,

À la gloire du Guide, marche au pas.

Les jeunes se bouchent le nez,

Les intellectuels sont écartés,

Les ouvriers non plus n’y tiennent pas,


La Zinovie est un État organisé.

Commander et subordonner, et même,

Contraindre, opprimer, réprimer

Sont les solides piliers du système.

En Zinovie, les gens tournent en dérision

Les vérités officielles de la société.

Ils sont partout, ils sont des millions.

Et par le seul fait d’exister,

Sans nostalgie du glorieux passé,

Même si on colle certains au mur,

Sans y penser, sans se presser,

Pas à pas, les gens font naître le futur.

jeudi 3 mars 2022

LA LUNE DE KYIV

 

LA LUNE DE KYIV



Version française – LA LUNE DE KYIV – Marco Valdo M.I. – 2022

Chanson italienne – La Luna di KievGianni Rodari – 1960
D
e Filastrocche in cielo e in terra (Einaudi, 1960).

Musi
que de Mario Fontana pour le Coro Calicantus (Chœur Calicantus)



POUTINE A PERDU LA TÊTE




Dialogue maïeutique


Quand il y a quelques jours, commence Marco Valdo M.I., j’avais parcouru en italien le texte de La Luna di Kiev, j’avais bien perçu qu’il avait un rapport certain avec l’actualité terrestre, dont l’histoire de fureur et de bruit et carrément insensée est faite par un idiot (« A tale told by un idiot, full of song and fury, signifying nothing » – Shakespeare, Macbeth, Acte V, scène V – 26-28), alors qu’il s’agissait d’une chansonnette du début des années soixante du siècle dernier.


Oui, dit Lucien l’âne, c’était, je m’en souviens de ce moment où j’avais entendu ce bip bip bip que serinait le premier satellite en orbite. Il s’appelait Spoutnik, il était russe et soviétique. Il a tétanisé le monde.


Donc, Lucien l’âne, bien avant les essaims de satellites dont on a peuplé le pourtour de la terre et qui la scrute de tous les côtés, il y avait cette Lune de Kiev et d’ailleurs, comme on le verra. Comme à chaque fois que je fais une version, j’ai essayé de lui donner une forme à son usage propre et ici, j’ai un peu laissé la bride sur le coup à l’astre de nos nuits pour qu’elle vienne en aide à ses petits humains dévastés par le délire d’un Macbeth moscovite. Le Macbeth originel avait lui au moins fini par voir venir la forêt qui allait lui conter sa dernière heure. C’est ce que fait la Lune qui lance ses lumières qui voyagent partout et voient tout. À l’heure des comptes, elle présentera son rapport dont on ne peut douter qu’il sera accablant.


Plus que certain, dit Lucien l’âne, d’après tout ce que les essaims de satellites nous ont rapporté.


Une dernière réflexion, reprend Marco Valdo M.I. ; j’ai apporté quelques nuances à la chanson que je te laisse le soin de découvrir : les noms des villes, par exemple ou un qualificatif à la ville et surtout, j’ai modifié le nom de la ville en reprenant l’ orthographe de Kyiv telle que les gens d’Ukraine souhaitent la voir, argumentant que le nom ancien était celui que lui donnait l’envahisseur. Enfin, pour illustrer cette chansonnette, je propose une photo d’un Foutine étêté ; je n’aurais pu le faire plus tôt, on l’a décapité tout récemment – aujourd’hui ou hier.


Pourquoi pas, dit Lucien l’âne. En tout cas, c’est assez dada, ce coup-là. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde perclus, déclinant, ahanant et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Qui sait si la Lune

À Kyiv est rebelle

Autant que la Lune

De Rome est belle ?

Qui sait si c’est la même

Ou si c’est sa jumelle ?

« Je suis toujours moi-même ! »

— proteste la Lune.

Je ne suis pas un bête

Bonnet de nuit

Enfoncé sur vos têtes !

Voyageant là-haut ainsi,

À tous, je dispense mon éclairage.

De Pondichéry au Pérou,

Du Grand Nord à Tombouctou,

Sans passeport entre les nuages,

Mes lumières voyagent

Et vont partout et voient tout. »