samedi 5 février 2022

Le Progrès

 


Le Progrès



Chanson française – Le Progrès Marco Valdo M.I. – 2022




LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ;




Épisode 21





LES MEULES


Isaac Levitan – 1900











Dialogue Maïeutique




Ah, Lucien l’âne mon ami, d’abord, il me semble utile de repréciser que ce que rapportent ces chants de Zinovie n’est rien d’autre que l’écho – tel que perçu par les voyageurs – de récits, propos, discussions, discours et que sais-je encore des Zinoviens eux-mêmes. Il importe beaucoup que ce soit clairement établi. Cela dit, le progrès, qui est le titre et l’objet de la chanson, est une des grandes ambitions de l’espèce humaine. En Zinovie, c’est sa voie royale ; c’est une promesse constante, constamment renouvelée, toujours réitérée de guide en guide ; le progrès emmène toute la Zinovie vers l’avenir radieux ; il conduit le peuple vers le meileur des mondes, vers une perfection encore plus parfaite.


De ce fait, dit Lucien l’âne, le guide, l’ânier suprême en quelque sorte, ressemble au patriarche guidant le troupeau du peuple vers des prairies magnifiques toujours au-delà de l’horizon.


C’est un peu ça, répond Marco Valdo M.I., sauf qu’ils sont déjà arrivés.


Alors, dit Lucien l’âne, le progrès fait du sur place.


Tu galéjes, Lucien l’âne mon ami, sans doute, faut-il mieux dire que le progrès se fait sur place. Comme on le voit au début de la chanson, la Zinovie, qui a connu de glorieux grands épisodes guerriers, se pense avec un esprit tout martial ; la stratégie et la tactique sont des règles de vie et le pays fourmille de généraux, bardés de médailles. Deux mots, vite fait, pour situer Tacticus, le théoricien inventeur de la tactique (connu également dans le Disque Monde) et de son impérissable ouvrage : La Guerre zinovique, dont le modèle est certainement La Guerre gallique (De Bello Gallico) de son lointain prédécesseur : Jules César, modèle de tous les Césars à venir et de tous les Csars (alias guides) de Zinovie.


Je vois, je vois, dit Lucien l’âne. J’ai connu le premier sur les routes légionnaires lors de ses campagnes provinciales – un bonhomme chauve et un peu bègue. Et que raconte d’autre la chanson ?


Elle nous apprend, Lucien l’âne, plus exactement, la deuxième strophe nous rappelle qu’en Zinovie, l’alcoolisme n’est pas un fléau, c’est un caractère national très largement partagé :


« En respectant l’adage populaire :

« À chacun selon sa soif, avalons le verre solidaire ! »


Et les deux dernières strophes traitent du progrès tel qu’il est vécu en Zinovie depuis sa grande révolution ; cela, je te le laisse découvrir.


Je m’en vais le faire avec attention, dit Lucien l’âne. Pendant ce temps, tissons le linceul de ce vieux monde progressiste, perfectible, stratège, stratégique et cacochyme.




Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane









Vivre ici, c’est avant tout résister.

C’est toute une pratique ;

Il faut pour se guider

La stratégie et la tactique.

La stratégie est l’invention du génial

Stratège militaire Stratégugus.

La tactique est l’invention du général,

Auteur de La Guerre zinovique, Tacticus.

La stratégie se résume à penser :

Il n’y a pas à réfléchir.

La tactique consiste à montrer

Qu’on n’a rien à redire.


Les citoyens habituels du pays

En deux camps sont répartis.

Les sobres, les abstèmes, les abstinents,

Et puis, les ivres, les ivrognes impénitents.

Parmi tous ces acharnés biberonnant,

On a d’un côté, les travailleurs et les dirigeants.

Ce sont les alcoolos, les siffleurs, les picoleurs

Qui trinquent en tout bien tout honneur,

En respectant l’adage populaire :

« À chacun selon sa soif, avalons le verre solidaire ».

Par ailleurs, les intellos, les absents, les mal-pensants

Qui se soûlent en groupes dissidents.


La Zinovie doit son indépendance

À ses grandes plaines arables

Capables de fournir en abondance

Légumes, fruits, blés, viandes convenables.

Un temps, on les négligea,

On industrialisait à tour de bras.

Les jeunes s’en allaient à la ville.

Devant l’usine, ils prenaient la file.

Sans paysans, le pays a dû acheter

Cher ses victuailles à l’étranger.

On décida de corriger ces inepties.

Ainsi court le progrès en Zinovie.


Depuis ce moment, on sème, on plante

Beaucoup plus qu’on ne peut récolter

Et à la fin, on récolte

Énormément plus qu’on ne peut stocker.

C’est l’inconvénient de l’abondance.

On dépasse toujours les objectifs.

Le guide comminatoire et impératif

Impose au travail d’héroïques cadences.

De cette épuisante et absurde vie,

La population, grosso modo, s’est satisfaite ;

Elle n’en veut pas une plus parfaite.

Ainsi court le progrès en Zinovie.




mercredi 2 février 2022

PRAGUE

 

PRAGUE


Version française – PRAGUE – Marco Valdo M.I. – 2022

Chanson italienne – PragaMassimo Bubola – 1989



 

 


 PRAGUE

 

 

 

Dialogue Maïeutique




Ah, Lucien l’âne mon ami, nous voilà de retour à Prague.


Oui, Marco Valdo M.I. mon ami, finalement avec tes chansons, on est devenus des enfants d’Herbert Georges Wells, de véritables voyageurs temporels.


Quoi, dit Marco Valdo M.I., mais nous n’avons pas de machine ?


Certes, dit Lucien l’âne, nous n’avons pas de machine, mais nous avons les mots. Nous ne voyageons pas en peau et en poils, mais en chanson. Souviens-toi, à Prague, on y était déjà venus bien sûr quand on parlait d’Ilse Weber, Karel Kryl et d’autres, mais aussi en pèlerins pèlerinants avec Matthias, Matěj, l’Arlequin amoureux dont tu contas les aventures entre Marengo (1800) et Austerlitz (1815), au travers des lettres du Lieutenant : La Lettre de Marengo et La Lettre d’Austerlitz. On y était revenus avec Le Parti que créa pour les élections de Prague en 1911 et tout ce qui s’en est suivi, Jaroslav Hašek, l’auteur de Chveik, qu’on salua ici dans La Chanson de Chveik le Soldat.


Oui, répond Lucien l’âne, tout ça est bien beau, mais je suis sûr que ce n’est pas de ça que s’inquiète la chanson.


Ho, Lucien l’âne mon ami, laisse-moi terminer. Je laisse de côté les autres incursions que nous avons occasionnellement faites là-bas pour en venir directement à la chanson Praga de Massimo Bubbola, qui elle date de 1989. L’année a tout son sens. Donc, il faut se souvenir qu’en 1989, à Prague, à l’annonce de la chute du Mur de Berlin – autrement dit d’un énorme craquement annonciateur de l’effondrement de l’ère de glaciation, reprenant l’andante tchécoslovaque brutalement interrompu en 1968 par les touristes motorisés et lourdement armés, mais néanmoins, amicaux, qu’ils disaient –, se déclencha la révolution de Velours, qui est l’objet de la chanson. On festoyait à Prague et Sonia dansait jusque tard dans les rues de Prague ;


« Au long de la Moldau, on dansait l’une

Contre l’autre dans le vieux Prague. »

 

et la chanson de raconter ce temps où les chars ne servaient plus que de sapins de Noël, c’est la symbolique de la chanson.


« Les soldats et les rubans de couleur,

Accrochés aux chars des libérateurs,

Jouaient aux sapins de Noël, tranquilles

Au beau milieu de la ville. »


Eh bien, dit Lucien l’âne, il faut toujours se méfier des touristes lourdement motorisés. Cela dit, ce dut être un moment exaltant et depuis, il en est passé des eaux charriées par la Moldau. Alors, quant à nous, fête pour fête, tissons le linceul de ce vieux monde branlant, dansant, swinguant, bégayant, roulant et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Sonia était son nom,

Mon pouls vibrait dans l’obscurité ;

Sonia était son nom,

Soudain le train s’est arrêté.

et autour toujours, la neige

Et encore autour la plaine beige.

Nous avons bu une liqueur

Pour étouffer nos peurs.

Dansant pour le printemps,

Dansant le long de la frontière,

Dansant seuls dans les rues de Prague,

Au long de la Moldau, dansant

Dansant pour la lune claire

L’un contre l’autre dans le vieux Prague.

Les cheveux sous un châle

Lui descendaient dans le dos,

Aux lumières jaunes et aux contrôles,

Elle se cachait dans mon manteau.

Les soldats et les rubans de couleur,

Accrochés aux chars des libérateurs,

Jouaient aux sapins de Noël, tranquilles

Au beau milieu de la ville.

On dansait pour le printemps et la fin de l’hiver,

On dansait le long de la frontière,

On dansait seuls dans les rues de Prague.

On dansait pour la nouvelle lune

Au long de la Moldau, on dansait l’une

Contre l’autre dans le vieux Prague.


lundi 31 janvier 2022

La Gastronomie des Étoiles

 


La Gastronomie des Étoiles



Chanson française – La Gastronomie des Étoiles Marco Valdo M.I. – 2022




LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ;


Épisode 20







BANQUET DE MARIAGE DE CUPIDON ET PSYCHÉ


Raphaël – 1517










Dialogue Maïeutique




Pour ce qu’on en apprend dans cette chanson, Lucien l’âne mon ami, la Zinovie est la pionnière porteuse d’une conception particulière de science révolutionnaire, axée sur l’espace intersidéral, une science dont, comme il se doit, les premiers pas se font sur terre. Pour mener à bien ces recherches spatiales, il lui faut – faisons court – expérimenter sur l’homme. L’homme au sens large qui inclut la femme et toute autre forme. Cependant, on n’en est encore qu’aux débuts.


« On n’est que trois

Deux étranges créatures –

Cet homme, cette femme – et moi.

Tous semblables, tous rasés,

Tous pareils dans cet habit banal. »


En fait, et c’est tout aussi fantastique, la Zinovie invente ainsi l’humanisme intégral :

 

« Une société d’êtres asexués,

C’est de l’humanisme intégral. »


Oh, dit Lucien l’âne, voilà un concept appelé à un grand avenir et qui me semble un grand progrès au regard des divisions actuelles de l’espèce humaine et de l’égalité à laquelle elle aspire.


Oui, certes, répond Marco Valdo M.I. ; cependant, ce bel engagement dans la science progressiste cache une terrible réalité. Pour développer ses recherches, il faut amener des êtres humains à participer aux expériences et en Zinovie, on en chipote pas, on n’y va pas par quatre chemins. On désigne les volontaires – ce sont les volontaires zinoviens, qui ont, en outre, une série de caractéristiques utiles : celle d’être secrets et anonymes et celle d’être interchangeables et remplaçables ; de surcroît, c’est une ressource quasiment inépuisable. Leur recrutement est aisé : on les arrête et on les enferme dans un lieu que – « ni prison, ni hôpital » – j’appellerai faute de mieux, un expérimentorium.


« Ni en prison, ni à l’hôpital,

Cobayes involontaires

Du laboratoire sidéral

D’une science révolutionnaire. »


Par parenthèse, c’est le sort qu’on réserve aux animaux de laboratoire, dit Lucien l’âne, et je me demande, comment ça se passe dans cet « expérimentorium » ?


Justement, dit Marco Valdo M.I., la dernière partie de la chanson donne quelques précisions triviales, mais intéressantes à propos de l’hygiène et de l’alimentation.


« L’avenir radieux nous dévoile

L’hygiène et la gastronomie des étoiles. »


Ce sont évidemment des choses essentielles, dit Lucien l’âne, et comme toujours, la Zinovie nous met en perspective l’avenir radieux. Il y a là un je ne sais quoi de prodigieux qui m’intrigue. En attendant, tissons le linceul de ce vieux monde trivial, banal, bancal, quotidien et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



En Zinovie, on a un laboratoire

D’expériences spéciales particulières

Aux visées un peu aléatoires

Un lieu d’études peu ordinaires.

On fait entrer devant la commission spéciale

Un homme accusé de maladie mentale.

C’est un cas peu banal à étudier,

Tête glabre, visage émacié, air égaré,

Un nain entre ses deux infirmiers.

Il dit : Je suis ici contre mon gré.

Gardez-votre calme, asseyez-vous

À votre aise, faites comme chez vous.


Je n’ai pas de chez moi.

Et puis, pourquoi je suis là ?

On va soigner votre hystérie.

Je ne comprends rien à vos âneries.

On le pousse dans une grande salle,

L’homme trébuche, tombe à terre,

Se redresse tant bien que mal.

Il regarde dans le local ;

Pas de fenêtre, d’où vient la lumière ?

Et d’où vient ce fracas infernal ?

Une radio hurle à pleins micros

De vieux bulletins d’infos.


Dix lits nichent dans les murs,

Pourtant, on n’est que trois,

Deux étranges créatures –

Cet homme, cette femme – et moi.

Tous semblables, tous rasés,

Tous pareils dans cet habit banal ;

Une société d’êtres asexués,

C’est de l’humanisme intégral.

Ni en prison, ni à l’hôpital,

Cobayes involontaires

Du laboratoire sidéral

D’une science révolutionnaire.


Soudain, silence, la sonnerie claironne.

Oh, miracle de la grande technique,

Des toilettes sortent des briques.

Pendant une minute, ça sonne

Et c’est fini, les cuvettes se retirent.

Une nouvelle sonnerie s’étire,

Les tubes sortent des parois.

C’est l’heure du repas.

On prend chacun en bouche un tuyau,

On déglutit l’aliment du cosmonaute chaud.

L’avenir radieux nous dévoile

L’hygiène et la gastronomie des étoiles.