vendredi 28 janvier 2022

L’inaccessible Rêve

 


L’inaccessible Rêve



Chanson française – L’inaccessible Rêve Marco Valdo M.I. – 2022




LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire


Épisode 19




LA VIE MÉLANGÉE


Vassili Kandinsky – 1907





Dialogue Maïeutique




Et voilà, Lucien l’âne mon ami, on continue notre voyage en Zinovie ; on écoute ce qui se dit là-bas, ce que veulent dire les gens. Pour nous, il ne s’agit pas vraiment de réaliser une notice touristique ; il s’agit, comme on aura déjà pu le constater lors des épisodes précédents, d’une sorte de reportage des profondeurs.


En effet, Marco Valdo M.I., comme tu le dis, on a déjà pu se rendre compte de la manière particulière, du prisme original au travers duquel on appréhende la Zinovie et ses habitants et sa façon d’être et de fonctionner. Qu’en est-il cette fois de cette chanson dont je perçois – au travers de son titre – qu’elle a une parenté avec l’inaccessible étoile que Jacques Brel célébrait dans La Quête ?


Avant de décortiquer un peu ce nouvel épisode, Lucien l’âne mon ami, je vais retracer ceux qu’on a précédemment parcourus :


Épisode 1 : où on rencontre les guides – l’actuel étant un certain Foutine.

Épisode 2 : où on pressent la guerre ; épisode que j’avais dans un premier temps intitulé : « Chanson pour la prochaine », où on croise le destin et la mort.

Épisode 3 : où on découvre qu’on est les mouches de l’éternité.

Épisode 4 : où on envisage la Zinovie comme paradis.

Épisode 5 : où on aperçoit les héros du faux front arrière.

Épisode 6 : où on s’interroge sur le mystère de la disparition des dissidents.

Épisode 7 : où on décèle de pouvoir réel en Zinovie.

Épisode 8 : où la carrière du directeur ressemble à la carrière du dirigeant.

Épisode 9 : où on parcourt les chemins de la réussite dans la vie en Zinovie.

Épisode 10 : où la culture s’avère un moyen d’atteindre le but final.

Épisode 11 : où on apprend la création de l’homme nouveau – le novhom.

Épisode 12 : où une jeune fille ne passe pas ses examens.

Épisode 13 : où il est question d’amour.

Épisode 14 : où on dévoile le suicide organisé.

Épisode 15 : où on parle des gens de Zinovie.

Épisode 16 : où on compare la Zinovie d’aujourd’hui à celle d’hier.

Épisode 17 : où on visite la Zinovie cachée.

Épisode 18 : où on confesse le Rat soldat.

Et pour ce qui est de la proximité avec l’inaccessible étoile, je confirme tout à fait ton impression ; la Zinovie s’était fixé un rêve grandiose et c’est bien là son malheur : plus elle affirme vouloir le réaliser, plus elle s’en éloigne.


Ainsi, dit Lucien l’âne, je vois tout notre parcours et où il en était arrivé. Mais ensuite ?


Ensuite, dit Marco Valdo M.I., comme tout le monde le sait ou en tout cas, devrait le savoir, l’humanité (et peut-être aussi les autres espèces vivantes) vit deux vies en même temps ; plus exactement, elle vit sur deux plans, dans deux mondes parallèles ou superposés, je ne sais comment dire. Enfin, le monde concret où elle s’affronte aux choses matériellement, d’une part et d’autre part, le monde idéal et intangible où elle vit en rêvant. C’est dans ce dernier qu’elle dessine sa gloire, qu’elle atteint son état de grâce, qu’elle trouve libre parcours pour ses ambitions et pour ses envies les plus secrètes ; là, elle se révèle à elle-même. Et c’est aussi son lieu de ressourcement ; là-bas, elle peut développer ses élucubrations et ses espérances ; elle peut y mitonner ses plans à l’ombre de la liberté. C’est le domaine qui échappe aux autorités et c’est précisément ce qui les tracasse, surtout en Zinovie où rien ne peut échapper au Guide et à ses subalternes. C’est pourquoi, sur instructions aussi confidentielles qu’impératives, on a mis au point le « morpho », un instrument qui explore les mondes intimes des rêves. À peine inventé et à peine expérimenté, le « morpho » a été débranché, mis au secret car s’il révélait les pensées secrètes de chacun, il révélait aussi les ruminations cachées du guide.


Oups, dit Lucien l’âne, c’est confondant ce morpho et je vois très bien pourquoi on l’a immédiatement détruit et mis au rebut. Comme quoi, la vérité n’est pas toujours bienvenue. Enfin, voyons ce qu’en dit la chanson et tissons le linceul de ce vieux monde menteur, dissimulateur, dictateur et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





D’où viennent tous ces gens ?

Y en avait-il avant ?

Il n’est pas bon en Zinovie

D’être un différent.

On peut bien vivre sa vie

Sans être un différent.

Pourtant des gens de chez nous

Amis, fils, filles, pépés, nounous,

Content des anecdotes anti,

Lisent la nuit des livres anti.

Chacun à n’importe quel moment

Peut devenir un différent.


Les gens dorment un tiers de leur temps.

Que font-ils, que pensent-ils en somnolant ?

Pensées vagabondes, songes inventifs ?

Sans contrôle, sans surveillance.

Jeux interdits, discours subversifs ?

Il faut conquérir les consciences :

Ordre du guide et du gouvernement.

On a mis le paquet et un tas d’argent,

Ainsi, on a inventé en Zinovie

Une nouvelle grande science :

L’étude du rêve, la morphométrie,

Et la machine à explorer les consciences.


Voilà le morpho, le révélateur de rêves :

Sur son grand écran tourne la Terre,

La boule bleue sans trêve ;

Elle grandit, partout, c’est la guerre 

Et l’Amérique, l’Afrique, les océans,

Les forêts, les fleuves, les villes,

Les foules ; en grand cortège, les gens

Par milliers vont en une infinie file

Portant magique relique, un seul portrait,

Les femmes nues tendent les mains.

Et crient « Génie des génies », tu nous plais !

Le Guide rêve des lendemains.


L’alcoolo rêve de bistrots,

De bouis-bouis, de gargotes impeccables,

Flanqués de désintoxariums confortables,

Chauffés, avec des salles d’eau

Où sévissent des filles empathiques

En tablier blanc et gestes précis.

Des médecins comme à la clinique

Auscultent les ivrognes ahuris

Et ordonnent des traitements appropriés :

Vodka, cognac, bière, vin pour commencer.

Sur le toit, la réclame en couleurs clique :

Vive l’avenir radieux des alcooliques !





mercredi 26 janvier 2022

LES CYCLISTES

 

LES CYCLISTES


Version française – LES CYCLISTES – Marco Valdo M.I. – 2022

Chanson italienne – Pedala pedalaFiumanò Domenico Violi – 2008


Paroles et musique :
Fiumanò Domenico Violi
Album :
Il Biciclettista


LES CYCLISTES

Fernand Léger – 1943-48



Dialogue Maïeutique


Ah, la métaphore, la métaphore !, s’exclame Marco Valdo M.I.


Quoi, la métaphore, la métaphore ?, demande Lucien l’âne.


Oh, à vrai dire, rien, répond Marco Valdo M.I. ; rien de vraiment particulier, sauf qu’il m’est soudain venu à l’idée de pousser cette bluette, assez sommaire, je l’admets. Pourtant, en vérité, c’est le fond de ma réflexion. Donc, d’abord, la métaphore est le procédé qui, en gros, parle de quelque chose pour ne pas parler d’une autre, tout en en disant des choses. Ainsi, ce qui est dit, est dit.


Définition rigoureusement exacte, dit Lucien l’âne. Mais qu’en est-il cette fois ?


Eh bien, cette fois, Lucien l’âne mon ami, on donne dans la métaphore cycliste.


Si je me souviens, Marco Valdo M.I. mon ami, on a déjà parlé du vélocipède dans l’un ou l’autre de nos dialogues ; par exemple, quand on devisait de « La bicicletta », que tu avais fort logiquement traduit par « La Bicyclette ».


Oui, dit Marco Valdo M.I., et on trouvera la métaphore cycliste évoquée aussi précédemment dans « L’uomo è una machina che va a calci in culo » – « L’Homme est une Machine qui avance à coups de pied dans le cul », où dans notre dialogue, on évoquait « La Passion considérée comme une course de côte », œuvre du cyclomaniaque Alfred Jarry et maintenant, on pourrait dire – pour paraphraser le ci-devant – voici « la vie considérée comme une course de côte » du cyclotouriste Fiumanò Domenico Violi.


Si je me souviens encore, reprend Lucien l’âne, j’ai en mémoire qu’on en conversa aussi lorsqu’on présenta ta chanson « L’Aviateur ».


Ah oui, l’aviateur, dit Marco Valdo M.I., c’est mon tour d’avoir une remembrance émue en me remémorant ce texte biblique, prophétique, moderne et orné de citations cachées. Par exemple, celle-ci, double, que je ne résiste pas à citer et je te laisse le plaisir de chercher l’origine:


« Dans la montée, Jésus revient
Dans la poussière et les bras en croix »


Références, révérences, dit Lucien l’âne. En tout cas, cet Aviateur était une bonne chanson, mais qu’en est-il vraiment, j’insiste, de cette ode aux cyclistes.


Oh, répond Marco Valdo M.I., c’est l’histoire de l’homme, l’histoire toute simple d’un homme simple, un parmi tous ces gens qu’on croise et qui ont bien besoin d’être supportés, d’être de vive voix encouragés. Jarry avait raison, il faut considérer l’existence comme une course de côte, où chacun et tous sont individuellement engagés, tous en route vers le même sommet où tout, y compris le champion, s’arrête.


« Dans ce pays de feu et de clous

Où la vie ne vaut pas un clou,

Où la route de l’homme est en montée,

Arrête-toi champion, ta course est terminée. »


Décidément, conclut Lucien l’âne, ces métaphores cycloïdes, dignes du professeur, contiennent la grande vérité de la réalité, celle que poursuivit à travers le cosmos tout entier, le philosophe athée Giordano Bruno qu’on fit décoller – sous mes yeux, si, si, j’y étais au campo dei Fiori – dans un grand bouquet de flammes romaines. Oui, tous en route pour le même sommet ! En attendant de rencontrer Mort – dont Terry Pratchett affirme qu’il est du genre masculin, un grand-père même, et qu’il nous indique le but final, tissons le linceul de ce vieux monde pentu, rond, raide, rude et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Pédale, pédale

Et plie la route,

Dompteur de courbes !

Entre les montées et les combes,

Ton visage fin,

Creusé par la soif et la faim,

Esquisse un demi-sourire

Entre fiel et sucre.

Pédale, pédale,

Graine de champion

Et forge l’asphalte,

Et fait sauter le goudron.


Dans ce pays d’épines et de roses

Où la vie ne vaut rien,

La route de l’homme est toute en côtes

Et l’omnipotence est une histoire sans fin.


Pédale, pédale,

Pédale d’amour,

Pédale toujours,

Sel de sueur et de larmes,

Pédale, pédale !

Où que tu sois,

J’espère que tu seras

Moins seul qu’avant,

Quand un diable blanc

Avec une queue et un trident

Te piquera les fesses

Pour maintenir ta vitesse.


Le sort t’attend

À chaque tournant,

Les gens en faction

Hurlent ton nom ;

Des yeux, tu les salues

Avec le cœur dans la gorge.

Un enfant rêve de son mythe

Et t’effleure et t’enflamme.


Pédale, pédale

Sans arrêter

Et laisse tomber

Les pensées létales,

Car il est un ange elfe

Qui assure tes arrières.

Pédale, pédale

Et ne regarde pas derrière

Pédale, pédale,

Graine de champion

Et forge l’asphalte,

Et fait sauter le goudron.


Dans ce pays de feu et de clous

Où la vie ne vaut pas un clou,

Où la route de l’homme est en montée ;

Omnipotence, l’histoire est fatiguée.


Pédale, pédale

Où que tu cavales,

Et laisse tomber

Les mauvais pensers.


Dans ce pays de feu et de clous

Où la vie ne vaut pas un clou,

Où la route de l’homme est en montée,

Arrête-toi champion, ta course est terminée.

lundi 24 janvier 2022

Mémoires d’un Rat militaire

 

Mémoires d’un Rat militaire



Chanson française – Mémoires d’un Rat militaire Marco Valdo M.I. – 2022




LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région

Épisode 18





DÉPART À LA GUERRE


Konstantin Vassiliev - 1974











Dialogue Maïeutique




Dans ce voyage en Zinovie, comme tu le sais, Lucien l’âne mon ami, on entend toutes sortes de voix, on capte des discours, des dialogues, des monologues, des ruminations, des échos, des remembrances.


J’avais remarqué tout ça, dit Lucien l’âne. C’est d’ailleurs un peu étrange, mais il est vrai qu’en voyage, on fait des rencontres insolites, on est interpelé par des inconnus en mal de confidences. J’ai toujours connu ça. Certaines gens gardent malgré eux sur leur conscience des secrets fort lourds qu’ils ne peuvent dévoiler à personne de leur entourage et qu’ils révèlent – pour se soulager, je pense – à l’anonyme de passage. Évidemment, on peut proposer la confession, mais c’est un procédé moins sûr.


De fait, reprend Marco Valdo M.I., la confession est chose délicate et sujette à précautions, surtout dans les pays comme la Zinovie où la dénonciation tient du sport collectif. Bon, tout ça pour dire que ces mémoires d’un rat militaire, qu’il aurait mieux valu appeler « mémoires d’un rat quand il était militaire », comme Pipo, héros de « La Guerre de Pipo », sont comme leur intitulé le laisse présager une débondade, un débondage irrépressible.


Soit, dit Lucien l’âne, je comprends de quoi il s’agit, en général, mais il faudrait quand même un peu préciser les détails de ces souvenirs soudain jaillissants.


Je vais, dit Marco Valdo M.I., d’abord situer le personnage. Au vu de son surnom « le rat », on peut aisément imaginer qu’il devait être – aux yeux de ses contemporains – assez répugnant et c’est le cas, en effet. Ici, il est seulement question du début de sa vie et de son engagement comme militaire. On notera en passant que la chanson précise qu’il avait rejoint l’armée dès avant la guerre. Il n’est pas clair s’il entendait faire carrière comme militaire ou s’il avait simplement devancé l’appel, faute de poursuivre des études. Toujours est-il qu’il fit la guerre à l’arrière dans un poste de commandement – comme commissaire politique. De son propre aveu, c’était un endroit beaucoup plus sûr, plus confortable et plus agréable que le front. On y bénéficiait d’un bon logement, d’une bonne nourriture, de bonnes femmes.


C’est assez classique dans les armées, dit Lucien l’âne.


À propos de bonnes femmes, continue Marco Valdo M.I., je laisse la chanson révéler ses mystères et ce qui s’en est suivi.


Voyons voir ça, dit Lucien l’âne, et tissons le linceul de ce vieux monde guerroyant, guerrier, martial, belliqueux, belligérant, bellifère, belliciste, boutefeu, toujours prêt à remettre ça et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Moi, je viens de cette froide savane ;

Je suis né dans une pauvre cabane.

Enfant, on m’appelait le rat.

À l’Institut, on me nomme comme ça.

Je ne suis pas un imbécile,

J’ai fini l’école secondaire.

Avant la guerre, déjà, j’étais militaire

Service dur, combat facile.

Tous les jours, tous les mois,

Dans la boue, la touffeur et le froid,

Lit au carré, fusil nettoyé, au pas,

J’étais le meilleur des soldats.


Ah, c’était le bon temps, la guerre !

Tout était net, tout était clair.

Épreuves, sacrifices héroïques,

C’était une époque magnifique.

Aucun doute, aucune hésitation

L’ennemi se trouvait devant,

On tenait nos positions.

On mangeait bien au restaurant :

Pain frais, viandes, crèmes,

On buvait tant qu’on voulait ;

Les femmes aussi pullulaient.

On était des hommes, quand même !


Au régiment, je partageais mon logement

Avec un capitaine fort séduisant.

Il ramenait des filles encore et encore ;

Il en voulait cinq cents, il visait un record.

J’avais une camarade, une cuisinière

Avec qui je copinais pépère.

Le capitaine dit : une seule, c’est pas assez.

À la guerre faut profiter.

Un soir, ma jeune secrétaire est venue ;

Avant, elle voulait se marier ;

Au matin, elle s’est pendue.

Dans une lettre, elle a tout raconté.


Qui disait : les pucelles sont sans danger ?

Ce fut toute une affaire ;

On m’a sermonné,

Puis, comme c’était la guerre,

On enterra cette histoire.

Quand c’est fini, c’est tout,

Sauf dans ma mémoire.

Alors, je bois comme un trou.

Les jeunes d’aujourd’hui ont tout reçu :

Tout ce qu’on a payé de notre chair,

Qu’au prix de notre peau, on a défendu.

Ils ont tout sans rien faire et pour pas cher.